‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 77 sur 226 · AU BARON DES ADRETS · texte numérisé non relu

AU BARON DES ADRETS

Chulon, 9 juillet loG2,

Monsieur des Adrez, j'ay receu voz lettres par où me requérés certains marchans de Lyon qui ont esté arrestez à Tornuz (2), et encoires que toute

(1) François de Beaunionl, baron des Adrets (1513-1586), gouverneur du Daiiphiné, se déclara pour les prolestants eu 1562; il prit Valence, Greuoble, Lyou, etc., et se rendit promptement fameux par ses cruautés.

(î) Une lettre des éclievins de Lyon à Tavanes, datée du 7 juillet (Ms. 4o:iG, f. 81), inilitiue les noms de ces marchands et donne des délaili sur leur arrestation. Les échevins de Lyon invoquaient, pour obtenir leur élarjrijsemeut, la neutralité existant entre eux et les habitants de l;i iîourgogne.

Sur cette airaire , on peut encore consulter deux lettres de Jean de Morvillier, évoque d'Otléans, à Tavanes, eu date des 18 et 19 septembre I56i (ils. 46;i, f. U-42).

DE GASPARD DE SAULX-TAVANE5 iOl

ma vie j'ay bien voulu et faict plaisir à ceulx de la ville dudictLyonJesuis bien ayse que m'ayésescript, affin d'avoir occasion de me plaindre à vous de vosmesmes et d'eulx, lesc^uelz sans avoir esgard à ce pays qui tant de foys les a tiré de calamité pour leur avoir distribué leur propre substance de bled, vin et aultre chose, jusques à encourir pour eulx la famine et pouvreté qu'ilz eussent portez, sont venuz s'en saisir et enmener les despoilles par le mesme chemin qui les nourrit, qui est la rivière. Non contans de ce, sont venuz à Mascon accompaignez de certains soldatz se renommans de vous, soustenir ces désobéissans qui ajuste cause se peuvent dire rebelles, ayans, soubz couleur de la reli|;ion nouvelle, esté achetter ceulx dudict Lyon pour les soustenir en leur infidélité. A laquelle religion toutesfoys je leur avoys asseuré et promis ne toucher, suyvant les eedictz publiez en leur parlement, et depuis, encoires que je leur aye faict quelque petit signe qu'ilz faisoient mal, sont tousjours en leur obstinacion portez des susdictz, advoubez de vous, qui pour estre homme de guerre et pour avoir prins la nourriture où vous dictes, pouviés bien respecter les villes de la frontière qui, estans si près des ennemys, peuvent tant porter de donmiage à ceste coronne de qui nous sommes subjectz. Kt avec toutes ces^ occasions je ne désire le mal de personne, comme peuvent congnoistre ceulx dudict Lyon, car il en a passé cinq cens marchans allans et venans depuis ce que dessus, sans qu'ilz ayent esté arrestez, comme aussi j'ay renvoyé une infinité do soldatz prisonnicM's libres sans leur riiMi drniandor. Mais

ces jours passez, passant un^,^ jeune garson chevalier de Rode venant de chez hiy, qui alloit trouver le sieur d'Achon fut prins prisonnier en passant à une lieue dudict Mascon, occasion que ledict sieur d'Achon a arresté les marchans que vous demandés, desquelz j'ay escript à la Royne et au roy de Navarre à ce qui leur plaise et à Messieurs du conseil du Roy me mander ce qui en doibt estre faict. Si vous leur voulus obéyr comme moy et vous y envoyés ung homme par icy, j'envoiray ung des miens avec lui pour sçavoir ce qui s.e doiht appeller prison ou butlin, car puisque les armes trettent ainsi, il s'en fault résouldre, et ne fault poinct que soubz ce manteau de religion, où je trouve si peu de différend, puisque tous voulons Jésus-Chi'ist, que nous noz coppions ainsi la gorge les ungs aux aultres. Quant à moy je n'ay poinct de masque, passion ny rien de caché, et suis résolu de faire du tout la guerre ou du tout la paix, ou, pour ne sçavoir servir mon maistre avec dissimulacion, ne m'en mesler plus. Et quant à ce que vous me mandés du sieur de Maugiron et de ses gens, ilz sont passez du costé de deçà par le commandemant qui luy en a esté faict du Roy et de la Royne par deux ou troys foys. Vous voulant bien asseurer, monsieur des Adrez, que a cause de nostre vielle congnoissance vous me trouvères du tout à vostre commandemant. Qui est Tendroict de mesrecommandacions bien fort et de bien bon cueur à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner en sancté très bonne et longue vie.

De Chûlon, ce ix« juillol 15C2.

h\h\. Nat. — Fonds français. — Ms. 'ICai, f. 10??. — Miiuilc

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