‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 84 sur 226 · A LA REINE-MIlRE · texte numérisé non relu

A LA REINE-MIlRE

Mîlcon, 30 Boplcmbre lo62.

Madame, Monsieur de Nemours s'estantacbemy.né avec son armée du coslé de Vienne, m'a renvoyé icy ung homme pour avoir la giosse artillerye qui est en ce pays, les pouldres et municions, de quoy il m'a semblé vous devoir adverlir, pour la conséquence et grand danger où vous mectrez cedict pays, le despourvoyant de municions et grosse artillerye; mesme pour la ville de Chàlon où j'avoys faict mener une partye desdictes grosses pièces, laquelle ne se peult delTendre en façon cpielconque sans cela, et ne vouldroys entreprandrela garder aultremant. Sic'eust été seullementpourla mener jusques à Lyon, il y eust eu quehjue a[)parence de la retirer avant que l'arfaire fust venue ; mais de la conduyre jusques à Valence où je présume qu'il veult aller, cela est pour ne la ravoir de ces guerres, occasion que je ne puis moings pour ma descharge que de protester des inconvéniens qui en peuvent advenir, et néantmoings vous obéyr en tuuL ce qu'il vous

plaira me commander. Je vous ay mandé il y a environ deux moys qu'il y avoyt des pouldres en Bourgon;:;ne pour tirer dix mil coups; mais cela s'entanl de toutes sortes pièces sur rouhes et en desgarnissant du tout les places; que vous ne trouverez, à mon advis, par vostre conseil estre raisonnable. Si mondict sieur de Nemours va au-devant de monsieur de Sommeryve, comme facillement il peut faire avec les forces qu'il a, et se joindre ensemble, il a l'arlillerye de quoy il a prins Cisteron. Davantage il y a à Marceille et aux environs bien vingt canons, de quoy il se pourra ayder, et dont j'avoys recouvré ung petit mémoyre, quant je fuz à Valence, que je vous envoyay ; cela se trouvera plus aysez, et n'y fault poinct d'escorte, laquelle seroit malaisée à passer par deçà à cause dudict Lyon. Et n'ayant que huict enseignes pour la garde de tout cedict pays, je n'en pourroys tirer une seulle pour la susdicte escorte, où il fauldroytpour le moings deux ou troys mil liommes sans les gens de cheval, d'aultanl qu'il fault désambarquer auprès de ladicte ville et en passer bien près. Et parce que tout cela vient à considérer grandemant, je vous en ay bien voulu advertir, aflin que j'en soys descliargé. J'ay baillé audict sieur de Nemours deux baslardes, deux moyennes et deux canons pour prendre les petites villes qui vouldi'oiont faire les rebelles. Il peult passer par tout le Daui)hiné et prendre toutes les villes, réservé Valence. Par (juoy luy est fort facille de s'aller joindre avec ledict sieur de Sommeryve. Je me suis émancippé de bailler les susdicts deux canons; je vous supplie très humblement le trouver bon. Ce a

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esté aflin que les susdicles pidites villes ne le puissent arrester. Madame, il vous plaira considérer ce que dessus ut rinq)ortance de ce pays pour ce Royaulme, et que nous sommes sur la descente de rAlemaif;'ne par le cousté de la Conté de Ferrelte, de la luorraine, comme aussi des Suisses noz ennemys à Lyon et par tout le pays, mesmes aux villes nouvellement rep[aii-aiées.

Madame, je ne fauldray à très humblement obéyr en tout ce qu'il vous plaira me commander, et voys prier Dieu vous donner en sancté très bonne et longue vie.

De Mascon, ee deruier jour de septembre 1562.

Bibl. Nal. — Fond» frani.ais. — Ms. iGSo, f. 57. — Minule.

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