‹ Correspondance des Saulx-Tavanes au XVIe siècleChapitre 85 sur 226 · AU DUC DE NEVERS (I · texte numérisé non relu

AU DUC DE NEVERS (I

Mâcon, 7 oclobro lo62.

Monseigneur, j'ay receu lectres de la Royne, par lesquelles elle me mande que je m'acliemyne avecques les deux mille Suisses de ceste levée dernière du costé de Vandeuvre ou Barsurseine ou Ausserre avec le plus de forces que je pourray pour les joindre avec les vostres, s'il est besoing, aldn d'empescher la vegnue des Ailementz que conduict Monsieur d'Andelot. J'ay renvoyé au devant desdicts

(I) FraDo.ois II de Clt^ves, né en 1540, gouverneur de Champague comme son [)ère, et mort le 10 jauvier 15G3 dtis^auiles d'uue blessure reçue à la bataille de Dreux.

Suisses pour les faire reprendre ce chemin là ; lesquolz j'avoys nnandé s'achemyner du cousté de Bourg en Bresse, estimant qu'ilz venoyent pour le cousté de Lyon, comme Ton m'avoit commandé. Quant à mectre quelques forces ensemble pour les acompaigner, je n'ay ung seul homme pour cella, d'aultant que ce peu de forces que j'ay sont engagées tant en ceste ville que Chàlon, où il y en a ung peu, veu que ce sont villes nouvellement regaignées et de maulvaise volunté. Ma compaignie qui est fort harassée est à Villefranche par le commandemant de mondict sieur de Nemours, occasion que je ne sçauroys les favoriser d'ungseul homme de cheval. Je feray achemyner lesdicts Suisses droict à Dijon, et de là audict Barsurseine, si je n'ay nouvelle de vous avant qu'ilz ayent passé Dijon. Par quoy, s'il vous plaict, manderés en dilligence le chemin qu'il fauldra faire pour vous aller trouver; et si vous congnoissés qu'il y ayt des assemblées du costé de delà Dijon, si vous plaict, vous y envoyrez des gens de cheval pour les acompaigner; car ilz n'ont point accoustumé d'aller en lieu où il y a le moindre danger du monde, sans gens de cheval. J'envoye un gentilhomme pour les servir île commissaire, les cpiérir jnsc^ues auprès de leur pays, ducpiel ilz doibvent sortir le huicliesme de ce moys. Il les conduyra tant (jue le gouvernement de Bourgongne durera. Le gentilhomme par (jui vous manderez le chemin ([ui fauldra qu'il/ tiennent pour vous joindre, leur pourra servir de commissaire pour leur taire administrer vivres, quant ilz sortiront de ladicte Bourgongne. De ma part je m'en iray les

Ili CORRESPONDANCE

trouver le plus soudain qu'il me sera possible, estant loulesfoys cncoires ung peu foyble d'une maladye que j'ay heue. Je m'en voys passer à Châlon pour veoir si sera possible de rompre une trouppe de gens de six ou sept cens hommes, qui sont ensemble soulz la charge d'ung nommé Travé près Ostun, et pour ce faire, feray assembler les comunes avec ce que je pourray tirer dudict Chalon, et feray dilligence d'y mectre soudain une fin pour m'achemyncr. L'on m'avoyt mandé que leur argent estoyt à Bar-sur-Seyne; j'avoys envoyé trente ou quarante chevaulx pour faire escorte à le faire venir. Toutesfoys depuis les susdictes lectres que la Royne m'a escripte, je leur ay mandé que ledict argent ne bougeast de là, estimant qu'ilz vouldront bien aller faire leur monstre. J'ay peur qu'ilz ne veullent passer la Bourgongne sans faire ladicte monstre. L'on y fera ce que l'on pourra.

Monseigneur, etc.

De Mascon, ce vii« octobre 1562.

Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 4G3i, f. 75. — Minulo.

Page 1