A LA REINE-MERE (Novombrol
Madame, j'ay ce jourd'huy seullcment receu ung brevet, que Monsieur de Nemours m'a envoie, despeché à Rouen le cinquiesme de ce mois, par lequel il est mandé à Monsieur d'Aumalle bailler six canons et deux longues coulevrines, oultre deux canons, deux bâtardes et deux moyennes, que j'ayjà baillez, qui est en tout quatorze pièces; aussy pourle ledict brevet de bailler cinquante milliers de pouldre et des boulletz à ré(|uipolent, qui est en se faisant desgarnyr et mectre entièremant en basart ce pays; occasion que je ne l'ay peu ny deu faire sans vous en fiiire les protestations et remonstrances, telles qu'il appartient pour ma descbarge et pour le service du Roy et le vostre, et m'estimeroie bien malheureux de préveoir ung si grant inconvénient sans vous en advertir, car je ne vois pas que cela ne pourte la perte de tout, si nous sommes assailliz, oultre le malcontantement du peuple qui esclame le plus fort du monde, d'autant que presque toute la grosse artillerye est à culx et a esté faicte à leurs despens avec promesse qu'elle ne sortiroit jamais du pais. Par quoy je vous supplie très humblement y penser, et sy à tout advenernent que les choses aillent ainsin qu'il vous plaict, que soubz les remonstrances que j(î vous envoyé, il \\\v\\ soit faict une ordonnance signée de vous et de Messieurs de vostre
DE GASPARD DE SAULX-TAVANES i3o
conseil, et m'escusiez et pardonniez, sy prévoyant les ruynes qui en peuvent advenir, je ne le fais sans en avoir bonne descharge.Vousvoullantbien advertir que j'ay esté assuré par de mes amys du conté de Ferrette que le roy de Bouesme, qui est à son coronnement, nous doibt venir veoir bientost; encoires que cella ne doibve estre creu ligièrement, et que vous le sçachiez niieulx qu'eulx, il m'a semblé le vous debvoir mander. Nos voysins de la Conté sont aussy en quelque double (jui ne leur faille changer de maistre. Sy bien tout cella estoit véritable, si ne debvroit Ton desgarnyr ce pais, estant sy prés des Allemans. Et les choses comme elles sont, qui eust demandé quehjue moyenne quantité, il y eust eu quelque apparence ; mais cela est hors de raison. Au demeurant, Madame, j'ay fait faire ung retranchement servant de citadelle à Challon qui est beau et grand; il est nécessaire d'y pourveoir d'ung cappitaine, à qui il fauldra seullemont une ensaigne. L'on pourra lever la despence des aultres enseignes qu'il fault pour ladicte ville. Elle sera en deffence deans quinze jours; par quoy, s'il vous plaict, ferez nommer le cappitaine. J'en ay escript ung mot à Monsieur d'An malle; il vous en pourra dire son advis. J'ay faict faire deux l)oullevai's à ^hlscon, despuis qu'elle est réduille. Il yra une grande besoigne pour la faire forte, et me semble qu'il seroit bon d'y fau-e comm:uic(M' aussy une citadelle (1).
(1) « Ces citadelles, plus pour éviter surprise que pour extn'^nie résistance, des9«Mftnres s«»U>n l'arpent qu'où peut lever d'une province en guerre civile sans moyens, ne furent si parfaites qu'il les diisirail. » {Aiétnoires de Tavanes, au. 150i.)
i3G CORRESPONDANCE
Ledict porteur vous fera entendre le surplus; je vous supplie très humblement le croire.
Je suis en grant soupçon de ladicte ville pour l'infidélité des habitans, et suis contrainct tenir plus grosse garnison qu'il ne seroit de besoing, par ce que, quelque chose que j'aye mandé au gouverneur de Bresse, se sont retirez à Pont-de-Vaulx, Pont-de- Velle (1) et aultres petites villes viz à viz dudit ^lascon plus de deux mil hommes tant de Bourgongne, de Lyon que aultres, et en y arrivent tous les jours ; je ne sçay soubz quel prétexte ilz les retirent ; mais cela vous mect toujours en plus grande despence e dangier.
Bibl. Nat. — Fonds français. — Ms. 4635, f. 74. — Miaule.