SECTION DES PIQUES
Assemblée des jeunes républicains.
Le 29e jour de Pluviôse, l’an deuxième.
Les jeunes citoyens Cerf et Marche sont députés pour aller s'informer de la santé du citoyen Robespierre, accompagnés du citoyen Petit et du citoyen Perrier, qui a demandé la parole pour cet objet, brûlant de la plus grande amitié et fraternité pour un de nos plus dignes montagnards et républi- Cains. Signé CuareL, président ; Girarp, secrétaire.
Le citoyen Dupont, dans une pétition à Robespierre, s'exprime ainsi :
Pétition à Robespierre.
Robespierre, républicain vertueux et intègre, ferme appui et colonne inébranlable de la République française, une et
D* wi
ss Se indivisible, permets aujourd'hui qu'un vrai citoyen, pénétré de tes sublimes principes et rempli de la lecture de tes illustres écrits où respirent le patriotisme le plus pur, la morale la plus touchante et la plus profonde, vienne à ton tribunal réclamer la justice qui fut toujours la vertu imnée de ton âme... Des médisants ou des envieux de mon sort ont trompé sur mon compte l'opinion du représentant Guyot qui a prononcé ma destitution, fondée sur mon défaut de connaissances dans ma partie. Tu sais, Robespierre, s’il faut être un Voltaire, un Rousseau, un Racine, un Robespierre enfin, pour exercer de pareilles fonctions... Je t’invoque, citoyen représentant, au nom de cet Etre suprême dont l'auguste Convention a reconnu la grandeur et l’immensité des pouvoirs, dont les chefs-d'œuvre et les merveilles de la nature opérées chaque jour par son influence divine attestent l'irrévocable existence, elc., elc.
Extrait de la lettre de C... à Robespierre.
Citoyen fondateur de la République française,
Permettez, je vous supplie, à un jeune homme de quatrevingt-sept ans de vous féliciter sur ce qu'il a vu et lu dans le Moniteur... Je vous regarde, citoyen, comme le Messie que l'Etre éternel nous a promis pour réformer toute chose. Pardonnez, je vous supplie, à ce vieillard Ja liberté qu'il prend de vous interrompre par sa faible plume: soyez persuadé que son cœur est véritable, qu'il a remercié Dieu d’avoir conservé vos jours (1)}. Hélas! qu’il est malheureux pour des hommes justes d’être obligés de craindre des scélérats : je prie l’Etre éternel de les exterminer et de n'en pas laisser un sur la terre! C’est la grâce que je lui de-
(1) On verra plusieurs fois reparaître ce remerciment à l'Eternel, au sujet des jours conservés du chef des tueurs; cette flagornerie fait allusion à une prétendue tentative d’assassinat dont il aurait été victime.
met M mande, ainsi que votre conservation et celle de toute l'Assemblée.
kkxX
Signé C**”*, capitaine commandant la compagnie des vélérans.
Extrait d'une lettre du citoyen J.. à Robespierre.
Juge du plaisir dont je viens de jouir, lorsque des personnes à qui j exprimais mon admiration pour toi, et mon désir de te connaître, de te voir, de t’entendre, m'ont assuré que la ressemblance entre nous deux était frappante, jusqu'a me dire : Tu veux voir Robespierre, regarde-toi dans ce muroir. Je rougis de ne ressembler que par le physique au corégé nérateur et bienfaiteur de ma patrie. Mais, si la nature m'a refusé ton génie, tes talents et tes vertus sublimes, j'ai senti toujours la dignité de mon être : j'étais né pour la liberté.
Adieu, Robespierre, adieu mon frère. Signé B. J°”*.
Autre lettre de J. M... à Robespierre.
La nature vient de me donner un fils ; j'ai osé le charger du poids de lon nom, Puisse-t-il être aussi utile et aussi cher à sa patrie que toi ! mes vœux... les vœux d’un père ne voient rien au-delà.
Autre lettre du citoyen P***.
Paris, le 26 Floréal de l’an deuxième.
Admirable Robespierre ; Flambeau, colonne, pierre angulaire de l'édifice de la République française, salut. Je ne suis qu’un simple individu qui relève d’une grande maladie; et, dans mes rêves, l’ardeur de mon patriotisme à produit dans mon imagination un
= 96 moyen de défense contre nos ennemis, que je regarde comme: infaillible et capable de les renverser, ou de les arrêter sur cul, sur tout dans les combats sur mer. Comme j'en fais un secret, etc... (L'auteur se borne à demander un rendez-vous à Robespierre pour lui communiquer ce fameux secret, sans doute moyennant une remunération honnête.)
Paris, Le 18 juin 1793, l’an IT de la République, etc.
G..., rédacteur en chef de l’article Convention nationale du Moniteur.
Au citoyen Robespierre.
Citoyen, plusieurs personnes m'ont fait craindre que votre motion de dimanche dernier ne tendit à une proscription générale des feuilles publiques. Il n’y a que deux mois qu'on avait l'opinion qu'un journal devait également publier tout ce qui se dit dans une séance pour et contre ; en sorte que nous étions forcés, sous peine d'être dénoncés, sous peine de perdre la confiance de nos abonnés, de publier les diatribes les plus absurdes des imbéciles ou des intrigants du côté droit. Cependant vous devez avoir remarqué que toujours le Moviteur a rapporté avec beaucoup plus d'étendue les discours de la montagne que les autres. Je n'ai donné qu'un court extrait de la première accusation qui fut fuite contre vous par Louvet, landis que j'ai inséré en enter votre réponse. J'ai rapporté presqu'en entrer lous les discours qui ont été prononcés pour la mort du ror, et je ne cilais quelques extraits des autres qu'autant que j'y étais indispensablement obligé pour conserver quelque earactère d'impartialité. Nous avons publié l'appel nominal de cette délibération avec la plus grande étendue. Il nous à occasionné 6,000 livres de frais : et vous avez dû remarquer que ce travail, fruit de mes veilles, a été rédigé dans le sens le plus pur, et que toutes les opinions
qui concluaient à la mort du tyran ont été mises dans leur intégrité, etc.
Conseil général d’une commune, qui a crié vive Robespierre dans une église, son curé en tête, et qui réclame pour cet honorable curé qu’on veut punir. Patois de la pièce.
Citoyen Maximilien Robespierre , législateur et père du bon peuple,
Le conseil général et toute la commune de Marion, assemblés au sujet de la religion, étant dans la crainte et l’espérance, ont l’honneur de vous représenter qu’au moment qu'elle reçut votre rapport fait au nom du comité de salut public, le quintidi 45 frimaire, elle chanta, avec son charitable pasteur, bon républicain, le Te Deum, à la fin duquel les acclamations de vive Robespierre, vive la République s'élevèrent jusqu'au ciel.
Quelque ennemx de votre bienfaisance eut la malice d'aller nous dénoncer comme perturbateurs du repos public, au citoyen Ysabeau. N'ayant pas pu nous inculper autre chose, on menace notre pasteur de le mettre en arrestation.
Le conseil général et toute la commune se jettent à vos pieds, espérant que vous voudrez bien avoir pour agréable: qu'elle garde son pasteur.
Signé LaBé, agent national ; Broneus, Dupoury, officiers. municipaux; Ficuez, notable; DarNAUzAN, SAUvIN, notables.
Voici qui est plus fort, on offre la couronne à Robespierre, et, non content de cela, on parle de lui élever un: autel. Empereur et Dieu, comme Néron!
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Lettre du citoyen J... à Robespierre.
Tous les braves Français sentent avec moi de quel prix sont vos infatigables efforts pour assurer la liberté, en vous criant par mon organe, béni soit Robespierre, le digne imitateur de Brutus !
LA COURONNE, le triomphe vous sont dus, et ils vous seront déférés, en atiendant que l'encens civique fume devant l'autel que nous élèverons et que la posiérité révèrera, tant que les hommes connaîtront le prix de la liberté.
Signé J*.
Un autre citoyen écrit à Robespierre ce qui suit :
L’estime que j'avais pour toi dès l'Assemblée constituante me fit te placer au ciel à côlé d'Andromède, dans un projet de monument sidéral que je proposai pour immortaliser notse révolution.
L’extrait suivant d’une lettre du ministre de la guerre Bouchotte établit un des faits les plus monstrueux de la révolution, l'envoi aux armées des journaux jacobins par ordre du gouvernement. Ces journaux devaient empécher les soldats de s’engouer de leurs généraux, et attaquer, ou au moins critiquer ces derniers sans relâche. En fait, cela se réduisait à donner le commandement à des hommes qu’on faisait déchirer par des folliculaires furieux ; comme résultat, cela conduisait à une indiscipline qui devint du brigandage et de la lâcheté, comme nous le verrons. |
J. Bouchotte à Robespierre.
Après le 31 mai, le comité de salut public manifesta l’intention d'envoyer des papiers publics aux armées : des fonds furent mis à la disposition du conseil, qui en assigna pour cet objet. La feuille du PÈRE DUCHÈÊNE, le JOURNAL DES HOMMES LIBRES , le JOURNAL UNIVERSEL et plusieurs autres furent envoyés. Le but élait d'empécher les soldats de s'engouer de leurs généraux, et de leur présenter l'aristocratie sous les couleurs odieuses qui lui appartiennent. La feuille du Père Duchéne semblait destinée à ce but. L'on était loin de supposer alors les mauvaises intentions de l’auteur que l’on a découvertes, etc.
Il arrivait plus d'une bonne vérité à Robespierre dans son abominable dictature; en voici un exemple :
Lettre anonyme à Robespierre.
L'arrêté du comité de salut public concernant la commission populaire est révoltant par son injustice et son atrocité. Il veut que cette commission, d’ailleurs très mal composée, condamne à la déportation les détenus suspects, c'est-à-dire innocents, ou, ce qui est la même chose aux yeux de la loi, non convaincus et même non accusés d'aucun délit.
Je connais un malheureux père de famille qui est en prison depuis six mois, par ordre du comité révolutionnaire de sa section. Pourquoi y est-il? parce que ce comité l’a trouaé suspect. Et pourquoi l’a-t-il trouvé suspect? parce qu'ayant des affaires très urgentes dans son pays, il demandait un passe-port pour y aller. Le comité le remit au lendemain ; le lendemain ce comité parla encore de remise ; mon homme dit ce qu'il put pour l’éviter, et par là montra l'impatience de:
partir. Alors un des membres du comité, avec lequel il s’était trouvé en opposition d'opinion, dans une assemblée de la section, et qui est un ancien portier, dit à ses collègues, Ce citoyen est trop pressé de quitter Paris, pour qu'il n'ait pas quelque chose contre lui. Il m'est suspect ; je suis d'avis que nous le foutions en prison, et on l'y foutit à l'instant. Eh bien, cet homme qui gémit dans les fers depuis six mois, parce qu'il a demandé un passe-port, et qu’il a trouvé un ennemi au comité, peut être condamné à la déportation par la commission. Et pour combler la mesure de l'iniquité et de l'atrocité, le même arrêté qui donne à la commission le pouvoir effrayant de condamner arbitrairement des gens qu'on ne peut acccuser devant aucun tribunal, lui défend d’acquitter et de meltre en liberté ceux qu'elle trouvera innocents.
Tibère, Néron, Caligula, Auguste, Antoine et Lépide imaginérent-ils dans leurs fureurs cruelles quelque chose d'aussi horrible!
On va voir, dans la pièce suivante, une comédie qui soulèvera tous les cœurs de dégoût et qui paraîtrait in compréhensible, si l’on ne savait que le chef de la tyrannie révolutionnaire était le type de l'hypocrisie la plus abominable qui ait jamais existé.
Rapport fait & la police par Faro, administrateur de police, sur l’entrevue qui a eu lieu entre les représentants du peuple Amar et Voulland, envoyés par le comité de sûreté générale, et les députés détenus aux Madelonnettes.
Les représentants du peuple se sont transportés le 5 thermidor aux Madelonnettes, où ils ont demandé de faire venir leurs chers collègues, qui s’y sont rendus avec un administrateur. Ils les ont invités, dans les termes les plus pressants
et les plus affectueux, à dénoncer les administrateurs qui auraient avili dans leur personne la représentation nationale par leur transfèrement. Il leur ont fait les demandes suivantes: Arrête-t-on votre correspondance ? Vous refuse-t:on toutes les douceurs de la vie, soit en café, soit en sirop, chocolat et fruits! Votre caractère est-il méconnu ici ! Le con— cierge s'est-il refusé à mettre sur le registre votre qualité de député ! Parlez, parlez, nos chers collègues, le comité de: sûreté nous envoie vers vous, pour vous apporter la consolation et recevoir vos plaintes, afin de faire punir ceux qui ont avili en vous les représentants du peuple. Sur quoi les détenus firent mille plaintes, sur ce qu'on les traitait comme les autres prisonniers, que leur caractère de député était méconnu. Alors l'un des deux membres du comité de sûreté générale poussa l’attendrissement jusqu à verser des larmes... Essuyant ses yeux, il s’écria : C’est un crime affreux ; ditesnous bien, nos chers collègues, les noms de ceux qui ont avili la représentation nationale ; ils seront punis ; le comité en fera justice. De suite ils donnèrent l’ordre à l’administrateur d’avoir pour les détenus tous les égards qui sont dûs aux représentants du peuple: ils ordonnèrent aux administrateurs (en présence des détenus) de choisir une maiso® commode avec jardin, de la désigner au comité, pour les députés ; qu’il y enverrait souvent de ses membres pour voir s'ils y étaient bien traités. Alors tous les députés tendirent leurs mains, qui furent serrées alternativement par Amar et Voulland. Les plaintes furent renouvelées sur la nature des lits, des locaux destinés à les recevoir. Les deux députés. leur dirent : Vous êtes les représentants du peuple, et c'est une insulte faite à la représentation nationale; ils ajoutérent, en se tournant vers l'administrateur : Vous voyez combien l'administration est coupable, et que l’on cherche à perdre le comité de sûreté, en faisant entendre aux départements de la République que c'est lui qui ordonne les mauvais trailements à leurs députés, que l'on avilit aussi indignement. Eosuite ils se retirèrent.
Ep) VE
comme les autres prisonniers.
de révolte.
ments pris sur le compte de
N. B. Ce rapport a été dicté par Faro lui-même.
Le comité de sûreté générale a été instruit que ce rapport avait été fait à la police. Le soir Amar a avoué aux trois administrateurs qui allèrent à la séance, qu'il n’avait pu s'empêcher de pleurer sur le sort de ses collègues ; qu'il avait eu‘tort de se mettre en colère contre l'adminisiration de police; qu'au reste, il ne fallait pas suivre les ordres qu'il avait donnés alors ; mais traiter les députés détenus, comme auparavant,
On doit être curieux de connaître les cas qui entrainaient alors des peines terribles , par exemple celle de la déportation; le tableau ci-joint édifiera à cet égard. Ce tableau est concluant, mais il n’empêchera pas nos pa— triotes de 1851 de déclarer infâme la déportation appliquée à leurs amis pris en flagrant délit de complot ou