‹ Correspondance des terroristes de 93: précédée de quelques mots sur la situation actuelleChapitre 2 sur 14 · SP OÉ · texte numérisé non relu

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mieux instruit des faits que vous et moi, et même que la presse qui sait tout, s’avise-t-il de nous prévenir qu'il n’y a pas lieu d’être complètement rassuré sur l'avenir, nous partons d’un grand éclat de rire. La police... mais ici je suis arrêté court; oh! l'excellente plaisanterie, n'est-ce pas”? que la police avec ses complots et ses sociétés secrètes! Le Siècle se tient les côtes rien que d’y penser ; et le National, qui connaît la démocratie en blouse, — pour l'avoir lorgnée de ses fenêtres, — trouve qu'il est d’un haut comique de parler aujourd'hui de conspirations, choses rendues impossibles par l’éminentissime sagesse du peuple. Ouvrez les oreilles, elles s’empliront en une minute de mille sottises pareilles qui courent les rues comme à la veille de toutes nos catastrophes. Et les badauds de trouver cela admirable, et de se mettre à faire écho aux agréables ricanements de messieurs de la presse. N'est-ce pas chose indigne de vouloir les effrayer, eux, les braves et bons badauds, qui ont lu leur journal et qui savent à quoi s’en tenir? fourrezles dans quelque belle sottise, faites-les rouler au fond d’un précipice bien noir; à la bonne heure ! Mais ne leur parlez pas du péril avant qu’il soit arrivé, ne leur criez pas casse-cou ! avant qu'ils aient la figure en sang; ils vous regarderaient d’un air fin en disant que vous voulez les exploiter. Ces choses-là font pitié; mais c’est ainsi. Les gobe-mouches acclamaient encore la réforme très innocemment le 24 février au matin ; le soir, ils ont été fort surpris de voir que la république leur était tombée sur la tête. Ces mêmes gens s'occupent aujour-

1455 UE — d’hui à donner des leçons au pouvoir qui, disent-ils, ne peut se déshabituer de leur faire des peurs inconvenantes. Soyez assuré que, si on ne les arrache pas malgré eux à leur terrible enfantillage, ils iront jusqu’au bout , et ne s’apercevront que la rouge a des dents lon— gues qu’au moment où elle les étranglera.

J’ai parlé d’un second motif; j'éviterai, par respect pour un nom illustre et pour la première autorité du pays, de m'étendre à cet égard. Je dirai seulement que des rumeurs, colportées des salons dans la presse, et de là dans la rue, ne sont pas des faits; que des interpré— tations ne sont pas des preuves, et que des soupçons ne sont pas des vérités; or, puisque l’on reconnaît que le prince Louis-Napoléon n’a failli en rien jusqu'ici au parti de l’ordre dans ses actes, il y aurait convenance à ne pas incriminer sans cesse ses intentions, et dignité à ne pas prendre texte de préventions ou de rancunes, pour mettre obstacle aux mesures de salut public.

Si l’on veut y réfléchir, on verra qu’il ne s’agit ici que d’une élection de représentants où le prince Louis n’a qu'un intérêt indirect. D'autre part, on reconnaitra qu'aucune dégradation au monument Marrast n’est proposée, et que tout le respect possible est gardé envers les factionnaires de la Constitution. On se place sur le ter— rain unique de l'intérêt général, demandant que cet intérêt soit indiqué par le pays lui-même , et qu’alors deux choses soient bien entendues : la première que les bons citoyens seront tenus de reconnaître l'indication de la majorité ; la seconde, que le pouvoir retrempé ne

ER mettra plus aucune hésitation à détruire l'anarchie et à préparer l'avènement d’un gouvernement stable.

Encore une fois, s’il m'était permis de donner un avis dans une question aussi haute, je dirais et répéterais : Il faut faire les élections, les faire avec la loi du 31 mai et les faire sans retard. Le parti dela dévastation n'a pas encore toutes ses mesures prises, ni tous ses hommes prêts, 1l faut le prévenir et le défier en ouvrant hardiment les scrutins, qui sont l’arêne où il prétend nous anéantir. Ne nous amusons pas à ergoter sur l'intérêt vrai ou faux que le Président peut avoir dans des élections rapprochées, quand il est évident que notre intérêt propre s’y trouve engagé avant celui du Prince.

La résolution d'en appeler au pays une fois prise, l’état de guerre commence; cela n’est pas douteux. La démagogie nous signifiera qu’elle entend s’opposer aux élections, parce qu'elle ne reconnaît pas le droit du corps électoral actuel. A cela, il n’y aura qu’un mot à répondre : ce corps électoral, c’est la loi, et la loi doit être exécutée. Au surplus, que l’idée d’une lutte n’arrête personne ; elle est inévitable un peu plus tôt, un peu plus tard; en la précipitant, nous ne faisons qu’user du droit naturel de prendre nos avantages sur l’ennemi.

Seulement on comprend qu'il s’agit ici d’une résolution suprème; que le parti de l’ordre ne pourra plus reculer sans se perdre, et que le gouvernement aura besoin de moyens d'action aussi puissants qu’étendus. C’est à Paris que le choc le plus rude aura lieu ; c’est là surtout qu'il faudra armer formidablement la résistance et la

30, = mettre en état d’éclater, dès le premier moment, d’une maniere foudroyante.

Une autorité forte et une, qui aura pris par avance certaines grandes mesures, qui s'emparera sur l'heure de tout promoteur de rébellion, qui, au lieu de gardes nationaux raisonneurs, mettra à la tête des détachements les dix mille gardes municipaux, gendarmes mobiles et chasseurs de Vincennes de la garnison, qui, au premier rassemblement qui refusera de se disperser, agira sans hésitation et sans faiblesse, qui, enfin, fera ce qu’on fait quand on veut vaincre, cette autorité, espérons-le, viendra à bout de soutenir une prétention qui se réduit tout simplement à prendre les ordres du pays. Elle aura mar— ché à l’improviste sur un ennemi qui ne l’attendait que dans sept mois, se sera posée hardiment devant lui sur un terrain qu'il se flattait de rendre inabordable, aura enflammé par sa confiance le courage des soutiens de l’ordre, et ainsi, je n’en saurais douter, aura obtenu ce grand résultat d'ouvrir à la France une voie de salut.

S'il y avait lutte, si des urnes étaient renversées, si même l'élection devenait impossible, eh bien! le pays est maître, je pense; et, devant une révolte inique contre son droit, il aviserait, non plus dans sa puissance calme, mais dans sa colère.

Ï faut que la volonté du pays se fasse!

Lucien De La Hopve.

5 octobre 1651.

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