‹ Correspondance des terroristes de 93: précédée de quelques mots sur la situation actuelleChapitre 6 sur 14 · COMMISSION RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

COMMISSION RÉVOLUTIONNAIRE

Sous peine d’être traitée révolutionnairement, la nommée veuve Vayer, de Thionville, versera, dans trois heures, à la caisse de la commission révolutionnaire, entre les mains du citoyen Lemoissant, un de ses membres, la somme de {rois mille livres.

Les membres de ladite commission :

Signé LEMoIsSANT.

Noia. Ce mandat est trace en rouge, couleur analogue au métier des terroristes.

On a parlé d’une sensibilité profonde qui se cachait dans le cœur des Robespierre, et qui s'épanchait dans le calme du foyer domestique et de la famille; voici deux pièces relatives à ce sujet; on y verra les sentiments des deux frères mis en parallèle avec ceux de leur sœur :

Robespierre jeune à son frère.

Ma sœur n'a pas une seule goutte de sang qu? ressemble au nôtre. J'ai appris et j'ai vu tant de choses d'elle, que je la

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regarde comme notre plus grande ennemie. Elle abuse de notre réputation sans tache pour nous faire la loi.

Il faut prendre un parti décidé contre elle. Il faut la faire partir pour Arras, et éloigner ainsi de nous une femme qui fait notre désespoir commun. Elle voudrait nous donner la réputation de mauvais frères ; ses calomnies, répandues contre nous, viennent à ce but.

Je voudrais que tu visses la citoyenne Lasaudraie ; elle te donnerait des renseignements certains sur tous®les masques qu'il est intéressant de connaître en ces circonstances. Un certain Saint-Félix paraît être de la clique.

Lettre de la citoyenne Robespierre à son frère. 18 Messidor, l’an IIe de la République française.

Votre aversion pour moi, mon frère, loin de diminuer, comme je m'en étais flattée, est devenue la haine la plus implacable, au point que ma vue seule vous inspire de l'horreur ; ainsi, je ne dois pas espérer que vous soyez jamais assez calme pour m'entendre, c'est pourquoi Je vais essayer de vous écrire.

Abimée sous le poids de ma douleur, incapable de lier mes idées, je n’entreprendrai pas mon apologie ; il me serait cependant si facile de démontrer que je n'ai jamais mérité, en aucune facon, d’exciter celle fureur qui vous aveugle : mais j'abandonne le soin de ma justification au temps qui dévoile toutes les perfidies, toutes les noirceurs. Alors, quand Île bandeau qui couvre vos yeux sera déchiré, si vous pouvez, dans le désordre de vos passions, distinguer la voix du remords ; si le eri de ia nature peut se faire entendre ; revenu d'une erreur qui m'est si funeste, ne craignez pas que jamais je vous reproche de l'avoir gardée si longtemps; je ne m'occuperai que du bonheur d’avoir retrouvé votre cœur. Ah! si vous pouviez lire au fond du mien, que vous rougiriez

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de l’outrager d'une manière si cruelle ! vous y verriez, avec la preuve de mon innocence, que rien ne peut en effacer l'attachement tendre qui me lie à vous, et que c’est le seul sentiment auquel je rapporte toutes mes affections; sans cela, me plaindrais-je de votre haine! Que m'importe, à moi, d'étre haïe par ceux qui me sont indifférents et que je méprise! jamais leur souvenir ne viendra me troubler : mais être haïe de mes frères, moi pour qui c'est un besoin de les chérir ; c'est la seulé chose qui puisse me rendre aussi malheureuse que je le suis,

Que cette passion de la haine doit être affreuse, puisqu'elle vous aveugle au point de vous porter à me calomnier auprés de mes amis! Cependant, n’espérez pas, dans votre délire, pouvoir me faire perdre l'estime de quelques personnes vertueuses, unique bien qui me reste; avec une conscience pure, pleine d'une juste confiance dans ma vertu, Je peux vous défier d'y porter atteinte, et j'ose vous dire qu’auprès des geus de bien qui me connaissent, vous perdrez votre réputation plutôt que de nuire à la mienne.

Il importe donc à votre tranquillité que je sois éloignée de vous ; il importe même, à ce qu'on dit, à la chose publique, que je ne vive pas à Paris! J'ignore encore ce que je dois faire; mais, ce qui me semble le plus urgent, c’est de vous débarrasser de la vue d’un objet odieux. Aussi, dès demain, vous pouvez rentrer dans votre appartement, sans craindre de m'y rencontrer ; je le quitterai dès aujourd’hui, à moins que vous ne vous y opposiez formellement.

Que mon séjour à Paris ne vous inquiète pas ; je n’ai garde d'associer mes amis à ma disgrâce. Le malheur qui me poursuit doit être contagieux, et voire haine pour moi est trop aveugle, pour ne pas se porter sur tout ce qui me témoignera quelque intérél ; aussi je n'ai besoin que de quelques jours pour calmer le désordre de mes idées, me décider sur le lieu de mon exil ; car, dans l’anéantisement de toutes mes facultés, je suis hors d’état de prendre un parti.

Je vous quitte donc, puisque vous l'exigez; mais, malgré

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vos injustices, mon amitié pour vous est tellement indestructible, que je ne conserverai aucun ressentiment du traitement cruel que vous me faites essuyer. Lorsque, désabusé tôt ou tard, vous viendrez à prendre pour moi les sentiments que je mérite, qu'une mauvaise honte ne vous empêche pas de m'instruire que j'ai recouvré votre amitié; el, en quelque lieu que je sois, fussé-je mème par delà les mers, si je puis vous être utile à quelque chose, sachez m'en instruire, et bientôt je serai auprès de vous... Signé ROBESPIERRE.

Notes écrites de la main de Robespierre.

Quels seront nos ennemis?

Les hommes vicieux et les riches.

Quels sont les obstacles à l'instruction du peuple ?

Les écrivains mercenaires qui l'égarent par des impostures journalières et impudentes.

Que conclure de là ?

QU'IL FAUT PROSGRIRE LES ÉCRIVAINS COMME LES PLUS DANGE- REUX ENNEMIS DE LA PATRIE.

Il faut une volonté UNE.

Les dangers intérieurs viennent des bourgeois ; pour vain- CRE LES BOURGEOIS, il faut RALLIER LE PEUPLE. Tout était disposé pour mettre le peuple sous le joug des bourgeois et faire périr les défenseurs de la République sur l’échafaud. IL. faut que l'insurrection actuelle continue, jusqu’à ce que les mesures nécessaires pour sauver la République aient été prises. Il faut que le peuple s'allie à la Convention, et que la Convention SE SERVE DU PEUPLE.

Il faut que l'insurrection s'étende de proche en proche sur le même plan;

Que les sans-culottes soient payés et restent dans les villes.

Il faut leur procurer des armes, LES COLÉRER,

Il faut exalter l'enthousiasme Républicain par tous les moyens possibles,

Avoir de l'argent ;

Une fédération de la commune de Paris avec Marseille;

Suppression des papiers contre-révolutionnaires ;

Armer les sans-culottes et les salarier;

Faire suspendre les travaux jusqu'à ce que la patrie soil sauvée.

Ici Robespierre se donne le plaisir de peindre soit au venin, soit au vitriol, quelques uns de ses ennemis.

Tous les chefs de la coalition sont des scélérats déjà notés par des traits d'immoralité et d'incivisme.

Dubois-de-Crancé. Il est dans le cas de la loi du 17 germinal, qui bannit de Paris ceux qui ont fait valoir de faux titres pour usurper la noblesse.

Thuriot ne fut jamais qu'un partisan d'Orléans. Il se borne à intriguer sourdement et à s’agiter beaucoup à la montagne, lorsque le comité de salut public propose une mesure fatale aux factions. Il était des diners de Lacroix, de Danton, chez Gusman et dans d’autres lieux de la même espêce. C’est lui qui, le premier, fit une tentative pour arrêter le mouvement révolutionnaire, en préchant l'indulgence sous le nom de morale, lorsqu'on porta les premiers coups à l’aristocratie.

Bourdon {de l'Oise) s'est couvert de crimes dans la Vendée, où il s’est donné le plaisir, dans ses orgies avec le traître Tuuk, de tuer des volontaires de sa main. Il joint la perfidie à la fureur.

Il y a à peu près dix Jours, il se transporta chez Boulanger, et trouva chez ce dernier une Jeune fille qui est la nièce de ce citoyen. Il s’informa des liaisons de son oncle, de ses moyens d'existence. La fille lui répondit vaguement. Il prit deux pistolets sur la cheminée. La fille lui observa qu'ils étaient chargés. « Eh bien, répondit-il, si je me tue, on dira « que c'est toi, et tu seras guillotinée. » Il continua de ma-

RC CM nier les pistolets, et les tira sur la jeune fille ; ils ne partirent pas, parce que l'amorce était ôtée.

Cet homme se promène sans cesse avec l’air d’un assassin qui médite un crime ; il semble poursuivi par l’image de l’échafaud et par les furies.

Léonard Bourdon, intrigant méprisé de tous les temps. À la Convention il fut un des premiers qui introduisirent l'usage de l’avilir par des formes indécentes, comme d’y parler le chapeau sur la tête et d'y siéger avec un costume ridicule.

Lettre de Payan à Robespierre ou à Collot.

Paris, le 9 Germinal, l’an IT de la République française, etc.

Je vous adresse, citoyen, la décision des administrateurs de police, relativement à la pièce de Timoléon, de Chénier. Je vous prie de la lire avec attention ; la représentation de cette tragédie produirait, je pense, les plus mauvais effets ; les poètes se modéleraient sur Chénier, et nous ne verrions bientôt plus sur le théâtre que des rois honnéles gens et des républicains modérés. Belle leçon à présenter au peuple ! beaux exemples à lui donner !

Salut et fraternité.

Signé Payan.

Nous retrouverons plus loin ce Payan; il était honoré de toute l'estime de Robespierre, ce qui en dit assez.

La lettre suivante est anonyme. Les accusations de trahison et de connivence avec l’étranger s’y répètent; il est bon de remarquer que cette idée de réduire la France à l’exténuation pour la livrer à l'étranger a été souvent reprochée à Robespierre.

Extrait d'une lettre anonyme à Robespierre.

(Le timbre de l’ancien comité de salut public dont elle est frappée, annonce qu’elle a passé sous-ses yeux.)

Robespierre, Robespierre ! je le vois, tu tends à la dictature. Tu te crois un grand politique, parce que tu as réussi à faire périr les plus fermes soutiens de la République.

Malheureux, tu as vendu ta patrie ! tu déclames avec tant de force contre les tyrans coalisés contre nous, et {u veux nous livrer à eux ! tu leur as vendu notre sang, notre or, nos vivres, nos provinces, pour ton ambition enragée de régner sur vingt lieues de pays : tu leur promets de nous faire égorger les uns après les autres, et pour comble de rage, les uns par les autres ! que l’avons-nous fait ?.. Ah scélérat, tu périras et tu périras de mains desquelkes tu n attends euère le coup qu'elles te préparent. Quoi ! nous faire périr, tous périr les uns après les autres, tes collègues, toutes les autorités, et jusqu’au peuple même: les uns par le fer, les aatres dans les prisons, et la plus grande partie par la faim ! Quoi! réduire la France à deux millions d'hommes, et c'est encore trop, as-tu dit ! quoi ! entretenir une guerre défensive pour faire périr tous nos soldats, les uns après les autres, par le feu des despotes que tu feins tant de haïr ! quoi ! faire de la France un vaste cimetière en proposant des lois dures dont l'enfreinte, à chaque instant, fera périr le peuple! Dis-moi, est-il un tyran dans l'histoire plus tyran que toi ?.. et tu ne périrais pas! et nous ne délivreriors pas notre patrie d’un tel monstre ! nous mourrons tous, s’il le faut,

mais Lu n'échapperas pas.

Robespierre, sans doute, se croyait déjà maitre des vingt lieues de terrain que devaient lui concéder les

ER étrangers, et c'est ce qui fait que, par avance, ilse donnait des gardes, ainsi qu'il appert de la pièce suivante :

Notes recueillies au tribunal révolutionnaire, sur les complices de Robespierre.

Garnier-Delaunay, Juge au tribunal révolutionnaire, est prévenu de complicité avec Robespierre, pour avoir pris ouvertement son parti aux Jacobins, la nuit du 8 au 9 thermidor, en appuyant de toutes ses forces son discours liberticide, en mettant le poing dans les dents au citoyen Bentabole, qui contrariait les vues de ce discours ;

Et pour être un des hommes de l'escorte du traître Robespierre lorsqu'il sortait des Jacobins.

Nora. Une partie de l’escorte se séparait de Robespierre, allait ouvrir sa porte avec empressement, et attendait ce traitre qui se présentait avec un air de grande importance.

Peut-être le moment d'aller régner, ou au moins d'aller profiter à l'étranger de son terrible savoir faire, était-il arrivé au moment où il reçut l'étrange lettre que voici :

Lettre anonyme à Robespierre, sans date de lieu ni d'époque.

Sans doute vous êtes inquiet de ne pas avoir reçu plus tôt des nouvelles des effets que vous m'avez fait adresser, pour continuer le pian de faciliter votre retraite dans ce pays. Soyez tranquille sur tous les objets que votre adresse a su me faire parvenir, depuis le commencement de vos craintes personnelles, et non pas sans sujet. Vous savez que je ne dois vous faire de réponse que par notre courrier ordinaire; lorsque vous le recevrez, vous emploierez toute la vigilance qu'exige

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la nécessité de fuir un théâtre où vous devez bientôt paraître et disparaître pour la dernière fois. Il est inutile de vous rappeler toutes les raisons qui vous exposent, car le dernier pas qui vient de vous mettre sur le sopha de la présidence vous rapproche de l'échafaud, où vous verriez cette canaïille qui vous cracherait au visage, comme elle a fait à ceux que vous avez jugés. Egalité, dit d'Orléans, vous en fournit un assez grand exemple. Ainsi, puisque vous êtes parvenu à vous former ici un trésor suffisant pour exister longtemps, ainsi que les personnes pour qui j'en ai recu de vous, je vous altendrai avec grande impatience, pour rire avec vous du rôle que vous aurez joué, dans le trouble d'une ration aussi crédule qu'avide de nouveautés... Prenez votre parti, d'après nos arrangements ; tout est disposé. Je finis, notre courrier part ; je vous attends pour réponse.

Nous entrons ici dans une série de tableaux effrayants et hideux; c’est la correspondance des terroristes de province. Les bandits y étalent leurs passions avec un cynisme qu'aucune histoire n’eût osé peindre, et que tous les commentaires ne pourraient qu'affaiblir.

Lettre de Couthon à Saint-Just.

À Ville-Affranchie, le 20 octobre, l'an Ie de la République, etc.

Je crois que l'on est stupide ici par tempérament, et que les brouillaräs du Rhône et de la Saône portent dans l'atmosphère une vapeur qui épaissit également les idées. Nous avons demandé une colonie de Jacobins, dont les efforts,

a. pen réunis aux nôtres, donneront au peuple de Ville-Affranchie une éducation nouvelle. J'aurais envie d’aller respirer un peu l’air du midi, peut-être rendrais-je quelque service à Toulon; mais je désire que ce soit un arrêté du comité qui m'y envoie. Fais-moi passer cet arrêté, et aussitôt le général ingambe se met en route, et, ou l'enfer s'en mèlera, ou bien le système de vive-force aura lieu à Toulon, comme il a eu lieu à Lyon. Toulon brûlé, car il faut absolument que celte ville infâäme disparaisse du sol de la liberté, Toulon brûlé, je reviens auprès de vous, et y prends racine jusqu’à la fin. Ma femme Hippolyte et moi, t'embrassons du fond du cœur.

P.S. J'ai chargé D’aumale, notre secrétaire, de demander si je pouvais conserver le télescope de l'infâme Précy, dont je suis jaloux comme pièce d'histoire.

Signé G. Courrox.

Précy était l’un des chefs de la résistance contre-révolutionnaire de Lyon. Le vertueux Couthon, comme on l’appelait, demande à s'emparer de son télescope comme pièce d'histoire; nous verrons plus loin que d’autres terroristes avaient mis la main sur les chevaux et le mobilier de leurs viclimes , sans doute aussi comme pièces d'histoire.

Extrait d'une lettre de Gatteau, employé dans les subsistances militaires.

Strasbourg, 27 brumaire, an IT.

J'aurais bien besoin à Paris pour mettre à couvert des intérêts qui, quoiqu'offrant un résultat moins prochain, n'en sont pas moins précienx ; ce sont ceux de non associalion

cr MORE de

de terrains nalionaux avec les hommes que tu connais: mais mon devoir m'attache à mes coopérateurs. Conviens, Daubigny, qu'on ne peut être plus malheureux; mais je m'en fous, pourvu que la République triomphe.

Il était temps que Saint-Just vint auprès de cette malbeureuse armée, et qu'il portât de vigoureux coups de hache au fanatisme des Alsaciens, à leur indolence, à leur stupidité allemande, à l’égoïsme, à la cupidité, à la perfidie des riches; autrement c'en était fait de ces: beaux départements. Il a tout vivifié, ranimé, régénéré, et, pour achever cet ouvrage, il nous arrive de tous.les coins une colonne d’apôtres révolutionnaires, de solides sans-cülottes ; SAINTE GUILLOTINE EST DANS LA PLUS BRILLANTE ACTIVITÉ, ET LA BIENFAISANTE TERREUR produit ici, d'une maniére miraculeuse, ce qu'on ne devait espérer d’un siècle au moins par la raison et la philosophie. Quel maître bougre que ce garçon-là! La collection de ses arrêtés sera sans contredit un des plus beaux monuments historiques de la révolution.

Tu apprendras, sous quelques jours, que l’armée du Rhin a recouvré toute son énergie. Nons nous soulerons, sur la fin de cette semaine, à Landau, avec les braves qui y défendent la liberté ;.et messieurs de Prusse et d'Autriche prendront une potion dans le Bhin. Ruamps, Nion, Milhaud et Borie, tous quatre représentants du peuple, se sont conduits ici comme des imbéciles, de plats insouciants, des lâches et peut-être quelque chose de plus. Le moment de la justice terrible est arrivé, et toutes les têtes coupables doivent passer sous le niveau national.

Je t'embrasse, ton frère et ami, Signé GATTEAU.

Courtois parle d’une autre lettre de Gatteau, qu'il ne croit pas devoir imprimer, mais qu’il signale à cause de

cette circonstance hideuse qu’elle porte un cachet sur

lequel est gravé une guillotine.

DOO———

Dans les évènements révolutionnaires fde la Vendée que nous abordons, on verra le beau résultat de cette politique qui envoyait le Pére Duchéne aux armées pour déconsidérer les généraux, et voulait qu'avant tout les soldats fussent de bons sans-culottes. Le monde a vu à cette époque une armée commandée par des généraux convaincus d’imbécilité et de friponnerie, et composée de soldats qui méritaient de porter l’habit du bagne plutôt que l’uniforme français.

Lettre de Bouverey à Robespierre.

Le troisième jour de la seconde décade du second mois de l’an Ile de la République française.

Témoin et acteur de la guerre cruelle qui règne entre Îles Français républicains et les royalistes, mon cœur se soulève de toutes les horreurs qui s'y commettent. Le cri qu'il jette est celui de la nature ; je le dépose dans ton sein, Ô vertueux législateur ! Oui, il faut que le fer réduise des rebelles. Oui, il faut des horreurs pour contenir des fanatiques qui s’imaginent combattre pour le ciel, en combattant contre la nature et les lois ; mais que ces horreurs ne se commettent que le moins possible.

Aussitôt que notre armée est entrée dans la Vendée, chaque soldat a dès-lors mis à mort qui àl lui a plu, à pillé qui il

lui a plu, sous prétexte que celui qu'il tuait ou pillait était vebelle ou fauteur de rebelles, ow méme pensait royalistement. Aucune peine n'a été portée, aucune précaution n'a été prise pour réprimer ou modérer l'ardeur du sang et du pillage. Dés lors juge à quels excès a dû se porter la fureur du scélérat délivré du frein des lois! Juge combien d’innocents ont dû tomber victimes du brigandage ! La vie et les biens du meilleur citoÿen se trouvèrent à la merci de vingt mille hommes entre lesquels il ne pouvait manquer de se trouver un grand nombre de scélérats. Oui, chaque individu d'une arnée entière put à son gré porter et exécuter des sentences de mort et de confiscation. Cependant, quiconque tue un autre sans défense n'est qu’un bourreau ou un assassin : quiconque s’arroge à son caprice des biens qu’un autre possède et que Ja loi ne lui distribue pas n’est qu’un brigand. Les effets les plus précieux sont brülés ou fracassés sans utilité pour le bien public, la discipline s'énerve, le soldat ne pense plus qu'à s’enrichir; la soif de l'or et l'amour de la vie succèdent au noble désintéressement du guerrier. J'en vois parmi nous qui ne cessent de crier au carnage, ils ne respirent que le sang, is prennent plaisir à égorger un malheureux tombé sans défense entre leurs mains, el ils fuient au premier coup de feu.

Que dans aucune guerre, aucun soldat ne mette à mort un homme hors de combat ; que dans aucune guerre, aucun soldat ne s'arroge d'effets sans une distribution légale ; voilà comme devrait débuter le code militaire d’un peuple libre et de tous les peuples. Si tel homme à mérité la mort, si tel autre doit être privé de ses possessions, pourquoi abandonner un point aussi important au caprice de chacun, tandis que la loi peut le décider ! Signé Bouverey, capitaine.

Leitre du citoyen Gainon à un chirurgien de ses amis.

Rennes, ce 26 novembre (vieux style), l'an Ile de la République française, une et indivisible.

Citoyen et ami,

C'est avec douleur que je vous apprends une déroute que nous venons d'avoir entre Dol et Antrain. Il faut vous dire que les soldats indisciplinés, pas susceptibles de la moindre réflexion, se sont portés dans les hôpitaux de Fougères, y ont égorgé les blessés des brigands dans leurs lits: plusieurs femmes des brigands y étaient malades, ils leur ont arraché les poils et les ont égorgées après, sans qu'ils eussent reçu aucun ordre ni des représentants, ni des généraux. Ce n’est pas que je veuille dire qu'il ne faut pas exterminer teus les brigands, au contraire ; mais c’est sur le champ de bataille qu'il faudrait signaler son courage. Enfin, notre colonne à nous, composée d'environ vingt mille hommes, alla vers dix heures, les attaquer aussi. L'on avait une avantgarde de mille hommes, elle fut mise en déroute; notre dernière division a soutenu un feu très vif pendant une heure et un quart; mais, nous voyant abandonnés par la lâchelé des volontaires, nous fûmes obligés de courir aussi.

Il'y a une grande quantité de volontaires qui sont indisciplinés et qui sont lâches, qui font fuir ceux qui se battraient bien. Nous venons de faire conduire dix-sept cents malades, tant vénériens que blessés, à Nantes, pour la plus grande sûreté. Signé Gainox, chirurgien.

Voilà done ces fameux volontaires de la République pour lesquels on n’a pas assez de rhétorique dans les livres, ni de couleur dans les tableaux; ce sont des pillards et des Tâches qui font fuir ceux qui se battraient bien, c’est-à-dire les anciens soldats de la monarchie.

Angers, 4 floréal, au HE:

Vous ne vous occupez pas beaucoup de la Vendée ; mais elle nous occupe, nous ; c’est une plaie, quoi qu'on vous dise, qui n'est pas près d'être guérie ; vous l’aviez mise entre les mains de trop mauvais médecins. On rencontre aujourd'hui un corps de brigands, on le bat ou il met en déroute, et ilen est vingt autres qui font d'un autre côté des progrès. On s'est trop servi contre eux de la torche au lieu de la baïonnette. Ne parlons plus de cela, mais ne comptons plus rentrer jamais dans nos malheureuses contrées : au reste ÿ n'en existe plus que le sol.

Il faut trancher le mot, il n'y eut Jamais sous la tente, rien d'aussi pervers, d'aussi immoral que tous ces généraux qui partagent successivement le commandement des armées ; leur présence offense autant le ciel que le peut faire celle des brigands : ce n’est pas parce qu'ils font massacrer et mcendier ; c’est un grand malheur, mais il a été jugé nécessaire ; mais c'est parce qu'ils sont presque tous, je ne dirai pas des ignoran(s, quoiqu'on pût l'assurer sans craindre de se tromper, mais des traîtres. On est peut-être bien embarrassé pour les remplacer, el ia commission ne serait pas facile à remplir pour quelqu'un de bien intentionné; et il sé rencontrerait encore un autre obstacle, c'est l’indiscipline, l'insouciance, le goût du pillage de tout soldat de la Vendée.

Ce qui désole, dans ce moment, c’est de voir les apparences de la plus superbe récolte qui ait jamais existé dévouées à la dévastation, pour ne pas devenir la proie des brigands ; car nous prévoyons avec peine que le feu exercera ses ravages sur celle riche production de la nature. Ce n'est pas là ce qui affectera nos militaires ; ils y sont déjà familiarisés; ‘its ont brülé, depuis quinze jours plus de quatre cenis fournttures de blés, en grains ou en gerbes, dans une très petite étendue de terrain, el qui pouvaient étre facilement enlevées

et mises en sûreté. Des patriotes de Chavagnes me racon- {aient aujourd'hui qu’une colonne d'armée, partie de Doué pour se rendre vers Chemillé, passant par Montilliers dans l'intention d’y mettre le feu, le général avait fait requérir les voitures du canton de Martigné, au nombre d’une centaine, avec chevaux, etc. ; elles devaient se trouver le lendemain à sept heures ; l’ordre ne fut donné pour la réquisition, qu'une beure avant l'arrivée de l’armée : on fit néanmoins toute diligence ; mais l'armée arrivée ne voulut pas attendre et brüla tout. Les voituriers requis eurent la douleur, en arrivant, de voir les monceaux de blés s’écrouler des greniers dans les flammes, et les tas de gerbes, au ci-devant prieuré et ailleurs, enflammés. Il y eut plus de trente fournitures, dans ce seul endroit, m'a-t-on assuré, de perdues: ef on en usa ainst toujours en avançant. Quand on a eu bien brûlé, on s’en est revenu à Doué, sans avoir tué de brigands armés, mais seulement de malheureux métayers de l'intérieur, restés avec leurs femmes ou leurs enfants, ignorant peut-être les mesures sévères qu'on avait à exécuter ; et le massacre de toutes ces victimes sans défense vous est envoyé avec emphase comme celui de brigands déterminés.

Nous ne mangeons ici, depuis deux mois, que du pain de fèves abominable. Mais pourquoi perdre ce qu'on peut sauver ? Certes, il vaut mieux brüler que d'abandonner aux brigands. Je ne finis point ; le papier finit, heureusement pour Loi, Signé D...

Lettre du citoyen Gillet, représentant du peuple. Paris, le 16 Frimaire, an IT de la République, etc.

Citoyen collègue, J'ai l'âme trop oppressée des affreux succès des brigands et des nouveaux malheurs qui viennent d'arriver dans mon propre pays, pour ne pas Le communiquer quelques unes des

réflexions qui se présentent à mon esprit sur celte exécrable guerre.

La cause de tous nos désastres est dans. le mauvais choix des généraux.

Le choix ces généraux est sans doute souvent difficile : mais il semb'e que, par une sorte de fatalité, on ait rassemblé, dans cstte malheureuse armée, tout ce qu'il y a de plus inepte et de moins propre à commander des hommes. Si je te citais tout ce que je sais sur la plupart de ces officiers, tu serais indigné de voir à la tête de nos phalanges des hommes qui ne seraient pas bons pour élre caporaux; et, cependant, je ne dirai ue la vérité, Rossignol est patriote, je le crois , mats c'est un vérilable délire de le croire général, et ce n’est pas encore L2 plus mauvais.

J'ai vu élever au grade de général divisionnaire, un capitaine imbécile, qui n’est ni aristocrate, ni patriote ; un homme nul, officier de l’ancien régime, et qui mérita au mois de mar: dernier d’être destitué pour un trait de lâcheté.

Signé GiLLET.

Extrait d’une lettre de Westermann.

La Chataigneraie, 27 septembre, an [I.

Hier l'armée des Sables, commandée par le général Mieskowsky, a été complètement mise en déroute. Notre marche rétrograde n’a pas peu contribué à ce nouveau malheur; l’on a heurté l'opinion publique par la nomination de Rossignol, que l'on fait Jouer dans cette guerre le rôle d'automate: les personnes qui l'entourent sont elles-mêmes toutes jalouses de commander ; il n’a pas un seul ami sur lequel il peut compter : les uns choqués de sa nomination ont juré sa perte en lui faisant faire des sottises; les autres profitent de son ineptie pour s'emparer du commandement auquel ils n'entendent pas plus que lui, je vous répète ce que je vous ai dit dans-ma der-

péts nière, que cette guerre n'est qu'une guerre d'intrigue ; cha- | que jour vous en donne la preuve; il n'y a pas cependant un moment à perdre; si cette guerre ne finit pas avant la pluie,

la moitié de l’armée périra par les fièvres etc.

Signé WESTERMANN.

Lettre anonyme d'un ex-constituant trouvée dans les papiers de Robespierre.

Nantes, le 30 Ventôse l’an IT.

Nous commençons enfin à entrevoir la fin de la Vendée. L'arrestation de Ronsin et Vincent et leur prochain supplice feront plus que les armées. Ton âme sensible frémirait d'horreur au récit des mesures exécutées dans les cantons paisibles des départements insurgés. Tout, tout sans exception est massacré, incendié, dévasté.….. Des villes, des bourgs, des villages habités par des patriotes ont disparu, et le fer a achevé ce que la flamme épargnail : c'est ainsi qu'on a ressuscité la Vendée. Elle était finie par la prise de Noirmoutiers, mais Ronsin et Vincent ne le voulaient pas, ils l'ont recréée, en forçant les paysans, dont un grand nombre rapportaient leurs armes, à se réunir aux brigands pour éviter la mort, etc.

Au milieu de toutes ces horreurs, voici une lettre non moins horrible, qui arrache pourtant une sorte de sourire, par le sentiment d’ignoble avidité qui s’y révèle.

Lettre de Cousin à Robespierre.

Cossé, 27 Nivôse, an II de la République une, indivisible, impérissable.

Nous sommes ici à exterminer le restant des chouans enfouis dans les bois; le sang impur des prêtres et des aristocrales abreuve donc nos sillons dans les campagnes, et ruis-

M pou.

selle à grands flots sur les échafauds, dans nos cités; juge quel spectacle est-ce pour un républicain animé comme je le suis du plus pur amour et du feu le plus sacré de lu liberté et de la patrie qui brûle dans mes veines !

Néanmoins la campagne glorieuse de la Vendée m'a cruellement faligué ; tu jetteras je t'en conjure, un coup d'œil sur mon mémoire. Je ne l'en dirai pas davantage, sinon que les prêtres, nom qui devrait êlre à jamais proscrit, qui par cela même qu'ils sont prêtres, sont et ne peuvent être que plus ou moins scélérats, sont des intrigants qui briguent et occupent toutes les places à Laval. Bissy ton collègue, malgré mes certificats, ne me connaissait pas assez, disait-il, n'ayant pas de recommandalion par écrit d'aucun de ses collègues, pour me nommer dans une des commissions militaires : eh bien, ce sont, la plupart, tous prêtres et curés qui les composent, au grand scandale et murmure des patriotes. Vois mon mémoire. Tu as déjà eu des bontés pour moi, Je te prie de les continuer à un père de famille, qui ne veut rentrer, ainsi que mes deux fils, dans mes foyers, que lorsque les tyrans d Europe seront {ous extirpés. Vive la république, une indivisible et impérissable !

Salut et fraternité, Signé Cousix.

Quelques extraits d'un mémotre fait au nom de la garnison de Mortagne, à la date du 1° Floréal an II.

Des renseignements feront connaitre que la République & perdu des millions dans l'évacualion de Chollel ; qu'outre les grains, farines et habillements pour les troupes qui ont été abandonnés, tant aux flammes qu'aux brigands, elle a perdu les approvisionnements des manufactures qui y étaient établies. On saura qu'il se fabriquait à Chollet une quantité considérable de toiles et de mouchoirs, et qu'au lieu de conserver celte ressource, d'une utilité indispensable, et de faire trans-

D nes porter les matières premières et façonnées, soit à Saumur, soil ailleurs, on les a incendies.

La Convention a-t-elle autorisé le pillage chez les patriotes dont les propriétés devaient étre incendiées ? a-t-elle voulu qu'on refusät aux propriélaires le moyen d'enlever leurs effets? A-t-on donné le pouvoir de mettre à mort des hommes por leurs de cerlificals qui conslalaient qu'ils avaient bien servi la république, des hommes qui bénévolement servaient de quides à nos colonnes, à nos détachements, qui, au moindre mouvement de l'ennemi, allaient prendre des renseignement précis, et revenaient, après s'être exposés aux plus grands dangers, rapporter le résultat de leurs découvertes aux chefs de nos troupes ?

La Convention a-t-elle ordonné de mettre & mort de tels hommes ? A-t-elle ordonné aux chefs de nos colonnes, en entrant dans les communes où les brigands avaient séjourné, de passer au fil de l'épée tous les individus qui s'y trouvaient, sans distinction des femmes et des enfants des patriotes qui n'avaient pu se sauver ? On accusera donc aussi les officiers municipaux de Mortagne de parler comme Charrette, quand ils diront dans leur rapport, qu'il est de notoriété publique dans le pays, que si tout ce qui restait d'hommes dans les campagnes a repris les armes et se balavec le courage du dé-

sespoir, c’est parce que l'armée du nord et la division aux ordres du général Huchet ont mis à mort hommes, femmes, enfants et vieillards, etc.

Signé Desprez, le républicain; MoxGuxox, sergent-major, Charpentier.

Les braves gens qui dénoncent avec cette chaleur les dévastateurs de la Vendée, et qui constatent que lesillustres volontaires républicains ne se contentaient pas d’exterminer les brigands, mais tuaient et pillaient les patriotes par-dessus le marché, étaient accusés d’incivisme pour avoir évacué la place de Mortagne; c'était bien mal

les connaître, comme on va le voir par la dernière phrase de leur mémoire.

Représentants, on peéut nous calomnier, nous persécuter, nous empêcher de servir la République; mais on ne nous empêchera jamais de faire des vœux pour son affermissement; jusqu’au dernier soupir, nous n'aurons pas d'autre devise que celle-ci : Obéissance aux lois, guerre aux tyrans, aux fanatiques, aux royalistes et aux traîtres ; dévouement inviolable à la représentalion nationale, union indissoluble avec les amis de la liberté et de l'égalité. La République une

indivisible, ou la mort!

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