‹ Correspondance des terroristes de 93: précédée de quelques mots sur la situation actuelleChapitre 7 sur 14 · LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Arras, le 6 Germinal, l'an Ile de la République, etc.

« Du 6 au 7.

« Mot-d'ordre républicain, PILLAGE, Ralliement HOR- « REUR.

« Le commandant amovible de la place d'Arras. | « Signé FRANCASTEL. »

Au dos est écrit :

« Au citoyen Joseph Lebon, représentant du peuple près « l’armée du nord, à Arras. »

sh Sapin

Cambrai, ce 23 Floréal, l’an Il de la République française, une et indivisible.

Joseph Lebon à ses collèques Lebas et Saint-Just.

La machine est en bon train, je l'espère ; l’aristocratie tremble, et les sans-culottes relèvent leur tête si longtemps humiliée.

Messieurs les parents et amis d'émigrés et de prêtres réfractaires accaparent la quillotine. Avant-hier, un ex-procureur, une riche dévote, veuve de deux ou trois chapitres, un banquier millionnaire, une marquise de Monaldy ont subi la peine due à leurs crimes.

Hier, trois espions et cinq ci-devant Français devenus échevins autrichiens, ont également disparu du sol de la liberté. Salut et fraternité.

Signé Josern LEBoN.

Arras, 3 Floréal, l'an Ile de la République.

Joseph Lebon au comité de salut public.

Votre arrêté pour continuer les fonctions du tribunal révolutionnaire séant en celte commune, a été un coup de foudre pour l'intrigue, le modérantisme et l'aristocratie. La loi générale qui appelle à Paris les conspirateurs de tous les points de la République avait été ici interprétée par quelques scélérats, comme une improbation des actes du tribunal, et de la célérité de ses jugements; mais le courrier, le bienheureux courrier est arrivé. Tout le peuple l'attendait avecimpatience. J'ouvre le paquet, je lis l'arrêté; mille cris de réjouissance s'élèvent, et le patriotisme reprend.une nouvelle force.

Le président, l’accusateur publie et l'un des principaux membres du comité de surveillance, plus que soupçonnés sur l’article de la probité et de la justice, ont été les premiers

loss

à travestir, contre l'énergie que nous développons, le décret de la Convention nationale. Dans leur rage imprudente, croyant l'occasion favorable, ils se sont livrés à des propos indignes dans la bouche d’un simple citoyen, atroces dans celle de fonctionnaires publics ; ils sont depuis décadi en lieu de sûreté, et leurs places, au grand contentement de tout le peuple, ont été confiées à des braves qui n’ont pas besoin de briser les échafauds. Nous allons bien: nous irons encore mieux. Mais, encore une fois, Je vous le répéte, ne détachez aucune partie de ce faisceau terrible. Songez que, plus nous frappons de rudes coups, plus nous avons de pièges à éviter et d'hommes faibles à encourager contre les tentatives des

malveiliants.

Le représentant du peuple, Signé Josern LEBon.

P. S. L’adjudant général Leblond, à qui la quilloline déplait sans doute, s'est permis, dans une campagne, de me regarder comme un complice de la conspiration d'Hébert, un gueux et un coquin. L’adjudant général Leblond a été arrêté. et son affaire s’instrumente pour être envoyée à Paris ; Je ne réserve pour le tribunal d'Arras que les piliers anciens et notoires de la contre-révolution. Depuis sa réinstallation, le tribunal a condamné sept contre-révolutionnaires à mort, et a innocenté un patriote poursuivi par la femme d'Omoran le guillotiné

Leltre de Brune, relative aux affaires d'Arras, à la citoyenne Robespierre.

Paris, le 6 Floréal, an Ile de la République.

Nous sommes passés à Arras sans nous arrêter ; pendant que l'on relayait, je me suis acquitté de ta commission. Ce que l'on a dit de ton pays est vrai: depuis six semaines on y a guilloliné cent cinquante personnes, et incarcéré environ trois

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mille.Le rapport de Saint-Just, etle décret qui porte que les accusés de conspiration seront traduits au tribunal révolutionnaire à Paris, avaient fait naître quelques espérances; mais hier on a publié que, dans toute la République, la seule ville d'Arras ne jouirait pas de la sagesse de cette loi. Depuis longtemps l'on convient qu'un homme revêtu de grands pouvoirs fait plus de mal que de bien, lorsqu'il est envoyé dans son pays. Depuis longtemps l’on est d'accord sur les vertus morales des prêtres. Que ‘nous sert donc d'être si bons théoriciens ! Je t’épargne d'autres détails qui sont trop atroces pour être crus, lorsqu'on n'en a pas été témoin oculaire. Salut et fraternité, BRUNE, Employé près le citoyen Richard.

Lettre de Darthé à Lebas.

À Cambrai, le 30 Floréal, l’an I[e de la République française, etc.

Mon cher ami,

Lebon est revenu avant-hier soir de Paris ; le comité de salut public lui à rendu toute la justice qu'il méritait, et ses calomniateurs ont été couverts du mépris et de l’opprobre que leur conduite infâme leur à altirés depuis longtemps. J{s voulaient nous faire passer pour des assassins tout dégoütants du sang innocent ; ils espéraient nous faire monter à l’échaffaud qui les attend depuis longtemps. Ils voyaient avec peine les conspirateurs écrasés, les malheureux soulagés. Leurs complots abominables sont déjoués. Guffroy serait déjà décrété d'accusation, sans des raisons de politique. Dumont est rappelé, etles quatre détenus, Demeuliez (1), Beugniet et les Leblond vont être livrés au tribunal révolutionnaire de Paris.

(1) Ce Demeuliez poursuivi par Lebon, est celui que Lebon, par la lettre suivante, annonçait à Robespierre favoriser lanomination de Robespierre jeune. Reconnaissance tout-à-fait révolutionnaire.

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Le comité de salut public a dit à Lebon, qu'il espérait que nous irions tous les jours de mieux en mieux, Robespierre voudrait que chacun de nous pût former seul un tribunal et empoigner chacun une ville de la frontière. La vertu.et la probité sont plus que jamais à l'ordre du jour.

Au milieu de leurs exploits sanglants, les terroristes n'oubliaient pas leurs petites affaires personnelles, comme le prouve la pièce suivante :

Leitre de J. Lebon à Robespierre.

L’an IIIe de la révolution, 28 août.

Courage, mon cher ami, nous sommes au comble de nos vœux. Si tu appuies fortement la pétition des commissaires, ton frère alors sera nommé d'emblée ; sinon, je crains toujours que la rage de nos ennemis ne l’éloigne à force de calomnies. Nous nous remuons comme des diables pour déjouer des millions de manœuvres qui te pénêtreront d’indignation, lorsque nous pourrons le les apprendre à loisir. La f,.. Assemblée nationale actuelle nous taille un ouvrage immense et périlleux. Bon soir. On attend cette lettre. Le porteur, nommé Demeuliez, a projeté des arrangements avec ton frère, pour procurer à celui-ci l'exécrable marc d'argent.

Signé Josern LEBoN.

P. S. Nous t'embrassons tous les trois d'un seul coup.

Lettre de Darthé.

A Arras, le 29 Ventôse, an Ile de la République, etc.

Je vais te donner, cher ami, quelques détails sur ce qui se passe Ici.

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Lebon est revenu de Paris, transporté d’une sainte fureur contre l'inertie qui entravait les mesures révolutionnaires. Tout de suite un jury terrible, à l'instar de celui de Paris, a été adapté au tribunal révolutionnaire ; ce jury est composé de soixante BOUGRES À POIL.

Un arrété vigoureux a fait claquemurer les fenunes aristocrates dont les maris sont incarcérés, et les maris dont les femmes le sont.

Les rédacteurs et fonctionnaires publics, signataires des arrêtés liberticides de 1792.

Une perquisition vient d’être faite à la citadelle de Doullens par une commission ardente de sept patriotes (j'étais du nombre). On y a trouvé des papiers contre-révolutionnaires, des provisions de bouche et d'argent énormes. L'infâme commandant se prêtait et favorisait la correspondance des monstres dont la garde lui était confiée. Nous l'avons enlevé, ainsi que douze de ces scélérats. La quillotine, depuis ce moment, ne désempare pas ; les ducs, les marquis, les comtes el les burons, mâles et femelles, tombent comme gréle.

La société populaire vient de se régénérer ; de trois cents à quatre cents membres qui la composaient, elle n’est plus que de soixante-trois. On m'a rendu justice, je suis des soixante-trois. Nous venons d'arréler que nous dresserions l'acte d'accusation de tous les gros aristocrales d'Arras d'abord, et ensuite des autres endroits du département.

Le tribunal ne peut plus y suffire; aussi Lebon vient-il d'y adjoindre une seconde seclion.

Lebon n’est occupé qu'à rédiger des actes d'accusation; el nous, à cinq à six, à interroger, faire des visites domiciliaires dans lesquelles nous faisons toujours des découvertes précieuses : nous ne dormons plus.

Guffroy a révolté tous les patriotes contre lui. Il enfile le chemin de la quillotine.

Caprou, Lavocat, Henri, Thellier, père et fils, Amort, Auge, Joana, Eusèbe, Hermann, elc.,elc., elc., ont été arrêtés, il y a quelques jours, par le comité de surveillance de Saint-Pol.

ml ee Jl n’y a pas un de ces coquins-là qni n’ait mérité D'ÉTER- NUER DANS LA BESACE. Tu imagines bien qu'il a fallu donner quelques coups de fouet. Je lance d'ici nos sans-culottes et leur mets le feu sous le ventre.

Lebon et sa femme t’embrassent et ta femme.

Je t'embrasse. Signé DarTné.

Déclaration faile par André Dumont le 14 Frimaire à l'Assemblée nationale.

« On avait envoyé dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, Saint-Just, Lebas et Lebon ; les deux premiers trailaient la dépopulation en grand ; ils proscrivaient tous les ex-nobles, tous les prêtres, tous les marchands gros propriétaires ou riches ; ils alimentaient des tribunaux féroces de viclimes qu'on envoyait sans examen à l'échafaud. Lebon, de son côté, avait reçu de votre comité, le droit d’envoyer à un tribunal de sang formé par lui, ceux qu'il voulait, et ce droit lui fut donné sur six départements. Muni de cet arrêté du comité qui lui conférait un droit que le comité n’avait pas lui-même, il écrivit à tous les agents nationaux de district de lui envoyer un état nominatif de ceux qui payaient plus de 30 livres. Jugez d’après cela de ce qu’on avait résolu; ajoutez à cela cet exécrable ordre d'arrêter tous les ci-devant nobles, négociants et riches, el voyez ce qu’on préparait, etc. »

Signé AxDré Dumonr.

Il n'est pas douteux que Robespierre et sa bande avaient juré le renversement, non seulement de l’ancien régime, mais de l’ordre social tout entier. Après la noblesse, le clergé et les gros propriétaires, s’était le tour

du négociantisme, comme on disait dans l’argot du temps. Tout cela détruit, il ne restait plus qu’à fonder une dictature effrontée sur le partage des biens. On verra tout à l'heure que ce partage avait été proposé lors du sac de Lyon. En attendant, voici d’autres pièces qui prouveront chez les terroristes des idées de communisme et un plan complet de destruction sociale.

Extrait d'une lettre de Buissart à Robespierre.

Buissart, à son ami Maximilien Robespiere.

.... Nous mourons de faim au milieu de l'abondance; je crois qu'il faut tuer l'aristocratie mercantile, comme on a tué celle des prêtres et des nobles. Les communes, à la faveur d’un comité de subsistances et de marchandises, doivent étre seules admises à faire le commerce. Cette idée étant bien développée peut se réaliser : alors, tout le bénéfice du commerce tournerait à l'avantage de la République.

Arras, ce 14 Pluviôse de lan If.

Extrait d'un écrit intitulé . Complot dévoilé par le citoyen Compère.

« Les artisans du grand œuvre savaient bien qu'ils ruineratent la France, ses arts, ses manufactures ; mais qu'importe la misère, la perte même d'une génération qui existe, lorsqu'il s’agit d'un grand changement dans l'ordre général des choses !...

Il faut, dit Robespierre, substituer aux qualités de noble, négociant, manufacturier, artiste, honnête, qui divisent les peuples en des castes privées, le nom vraiment indépendant

LT a P

de sans- culotte. . . . . qui, n'altachant à rien, dispose à tout tenter, à tout entreprendre, sans craindre el sans rougir. »

C’est donc avec grande raison qu'aujourd'hui on vénère les terroristes; car ils sont les pères de notre République démocratique et sociale.

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