Rapport sur le maintien du Zollverein
12 octobre 1852. — « Votre Excellence ne l'ignore pas, je travaille à multiplier et à faire éclater les sympathies qui dans l'Aile-
magne du Sud ont accueilli l'idée du maintien du Zollverein, afin de créer en sa faveur une agitation au sein de la population.
Depuis la rupture des conférences, conséquence de la dépêche circulaire du 27 du mois dernier *, les tentatives des gouvernements de la coalition, ainsi que les efforts de l'Autriche, pour transformer la situation de l'Allemagne, font ressortir plus que jamais la nécessité de défendre avec la plus grande énergie les intérêts de la Prusse dans l'Allemagne du Sud, et de paralyser les effets de ses tentatives et de ses efforts. Je prends donc la liberté de soumettre à Votre Excellence un résumé des démarches que j'ai faites dans ce sens, et des mesures que j'ai prises.
Pour atteindre le but dont il s'agit, nous avions, en somme, deux moyens à notre disposition; nous pouvions : 1° Agir sur la presse ;
2° Nous mettre en rapport avec les hommes influents favorables à la Prusse dans l'Allemagne du Sud.
Je prends la liberté d'appeler votre attention sur le premier point :
1° La plupart des journaux de l'Allemagne du Sud — Votre Excellence ne l'ignore pas — sont ou des organes gouvernementaux, ou ultramontains, ou placés sous l'influence de l'Autriche. Malheureusement il n'y a point dans le Sud un grand organe prussien comme celui que l'Autriche possède dans la Gazette universelle d'Augsbourg. J'ai pu néanmoins arriver à exercer une action plus ou moins forte sur un certain nombre de journaux de l'Allemagne du Sud2.
Votre Excellence aura pu se convaincre par ce que je viens de dire que les résultats obtenus sont loin d'être défavorables; ils n'en sont pas moins insuffisants dans la situation actuelle. Aussi ne restet-il d'autre parti à prendre que celui de répandre des feuilles volantes, et d'achever par ce moyen notre action sur la population de l'Allemagne du Sud. J'ai pris pour cela les mesures nécessaires, dans l'espérance que Votre Excellence daignera les approuver.
! Comp. à cet égard AI. VVebkr, Histoire du Zollverein, p. 322. 2 Suivent des détails plus complets sur ce point.
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2° Mais il ne suffit pas d'agir sur la presse, j'ai cru devoir, en outre, nouer des relations avec des personnes influentes et dévouées à la Prusse, qui me renseignent sur les sentiments de la population ou qui la poussent à provoquer des pétitions, des propositions aux Chambres, etc. '.
Ces relations toutefois ne donneraient des résultats complets que si l'on réussissait à les grouper, à en faire un corps, à couvrir en quelque sorte l'Allemagne du Sud d'un réseau d'hommes de confiance, qui aurait son centre et sa direction à Francfort. Pour constituer ce centre, il suffirait de profiter d'une institution qui existe ici et qui, pour produire des effets utiles, n'aurait besoin que d'être étendue d'une manière intelligente et pratique.
Je veux parler de Y Institution industrielle et statistique, qui est en relation avec une grande partie de la population industrielle, et qui, en utilisant nos rapports avec les sociétés industrielles, les députés des Chambres et la presse de l'Allemagne du Sud, serait à même de nous servir dans les différents Etats et de hâter le succès final à force d'activité et d'énergie. L'institution dont il s'agit sert à de nombreux industriels de bureau de renseignements auquel ils s'adressent pour obtenir la solution des questions pratiques les plus diverses.
Un produit de l'activité de cette institution est la Société commerciale allemande-américaine, qui compte quarante membres et vient d'envoyer à New-York un gérant avec une cargaison de marchandises.
Pour mettre V Institution industrielle et statistique à même de réunir tous les fils encore épars, et d'en faire un tout organique, capable de servir nos intérêts d'une manière efficace sans que le public s'en doute, il suffirait de faire créer par elle une Association industrielle et commerciale pour V Allemagne du Sud, association qui. aurait pour mission d'étudier et de résoudre les questions pratiques, et à laquelle on adjoindrait un organe de publicité, par lequel son influence s'étendrait sur les industriels.
1 Suivent des observations sur quelques personnages particulièrement en vue sur les différents territoires des Etats de la coalition.
Comme principes fondamentaux de l'association, il y aurait peutêtre lieu d'établir les points suivants :
§ 1. — Maintien et extension du Zollverein allemand.
§ 2. — Achèvement de la réforme des tarifs.
§ 3. — Droit accordé aux membres de l'association de recourir à Y Institution industrielle et commerciale comme bureau de renseignements, afin de favoriser leurs intérêts industriels.
Le journal dont on ferait l'organe de l'association pourrait d'abord ne paraître qu'une fois par mois, comme supplément du numéro du dimanche du Journal de Francfort. Il parlerait du développement des établissements créés par l'institution, et ferait une revue des événements commerciaux et politiques.
Outre ce journal, les membres de l'association recevraient, suivant les besoins, des correspondances lithographiées. La publicité jointe à des relations personnelles aussi étendues que possible, assurerait les moyens d'influencer l'opinion, de près comme de loin. Si ce projet recevait l'approbation de Votre Excellence, je la prierai de m'accorder l'autorisation de prendre immédiatement les mesures nécessaires à sa réalisation '. »
56. Rapport sur l'attitude de l'Autriche dans la question douanière.
14 octobre 1852. — « Le baron de Reden est revenu récemment de Vienne. Pendant le séjour qu'il y fit, il a été en relation avec le conseiller ministériel M. le docteur Hock, qu'il connaissait de longue date, ainsi qu'avec d'autres personnes influentes.
A l'entendre, le ministère et l'Empereur lui-même ont l'intention bien arrêtée de réaliser le projet d'union douanière par tous les moyens possibles. Si parfois on a semblé renoncer à ce projet, ce n'a été que par tactique et parce qu'il fallait compter avec les circonstances; mais il était certain que l'union douanière de l'Allemagne et de l'Autriche restait, pour des raisons à la fois personnelles etmaté-
1 Le ministre do Manteuffel répond qu'il a constaté avec beaucoup de satisfaction l'intelligente activité que déploie M. de Bismarck pour défendre les intérêts du gouvernement dans la presse de l'illlemagnc du Sud. (Lettre du G novembre 1852.)
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rielles, un des buts principaux que poursuivait la polique du gouvernement, que l'Empereur lui-même s'y intéressait d'une manière d'autant plus vive qu'il rêvait plus ou moins confusément le rétablissement de l'empire de Habsbourg et voyait dans l'union commerciale avec l'Allemagne le premier pas vers la réalisation de ce rêve... »
57. Rapport sur V administration de la chancellerie fédérale.
21 octobre 1852. — a ...Le gouvernement autrichien fait tout ce qu'il peut pour donner à la chancellerie fédérale le caractère d'une institution exclusivement autrichienne.
A ce fait se rattachent les nombreux empiétements dont j'ai plusieurs fois entendu se plaindre, dans des moments d'épanchement, même les délégués entièrement dévoués à l'Autriche.
Le directeur de la chancellerie est surtout l'objet de plaintes nombreuses ; on sent bien la différence qu'il y a entre lui et ses prédécesseurs. Ces derniers, surtout MM. de Handel et de Wessenberg, se comportaient en fonctionnaires de la Confédération, regardaientles délégués delaDiète comme leurs supérieurs, considéraient leurs désirs comme des ordres et les accomplissaient avec un zèle parfait. M. de Brenner, au contraire, ne croit être que le fonctionnaire de l'Autriche, et a l'air de faire par pure complaisance ce que les délégués sont en droit de lui demander. D'autre part, il est absorbé par des travaux particuliers dont le charge l'ambassade autrichienne ; il surveille la presse quotidienne pour le compte de l'Autriche, donne des instructions aux nombreux écrivains à sa solde : lors de la perquisition faite par la police chez un certain Week, de Coblentz, que Votre Excellence connaît, on a trouvé parmi ses papiers plusieurs enveloppes portant l'écriture du baron de Brenner. Comme d'ailleurs sa position ne lui plaît pas et qu'il aurait préféré rester dans la carrière diplomatique, il n'est pas étonnant que les affaires fédérales en souffrent et ne soient pas traitées avec la ponctualité et la diligence nécessaires. Je ne citerai qu'un fait à l'appui : plusieurs semaines se passent ordinairement avant qu'un protocole de séance soit mis en circulation pour recevoir les signatures des délégués. Il e facile de prévoir que les affaires
seront négligées davantage encore quand le baron de Brenner sera nommé, comme on a l'intention de le faire, ministre résident auprès de la cour ducale de Nassau et de la ville de Francfort, en remplacement du baron de Mensshenger. Il vaudrait mieux qu'il parvînt à quitter définitivement pour un autre poste, but dans lequel il vient de partir pour Vienne.
La réunion dans un même palais des locaux consacrés aux affaires de la Diète et de la demeure du président, des archives allemandes et des archives autrichiennes, entraîne d'autres et de nombreux abus; quand les délégués demandent des documents, on ne les leur communique qu'autant qu'on veut bien le faire, car dans le nombre il peut y avoir des pièces destinées seulement au délégué autrichien. Jamais, du reste, un délégué ne reçoit un document au moment où il le demande, parce qu'il faut d'abord s'informer si la pièce peut être communiquée. Si l'Autriche a quelque intérêt à ce qu'elle ne passe pas sous les yeux d'autres délégués, soit à cause de discussions pendantes, soit pour d'autres motifs, on trouve une raison pour ne pas s'en dessaisir, comme cela est arrivé récemment au représentant de la Bavière. Le prétexte ordinaire est qu'elle n'existe pas ou qu'elle est introuvable. Il n'y a pas de répertoire ou de contrôle qui permette de vérifier si les documents sont au complet. Les mesures prises du temps de la commission centrale, par les fonctionnaires prussiens, ne sont plus appliquées.
En ce qui concerne les employés, ils se regardent purement et simplement comme fonctionnaires de l'Autriche, et se trouvent en même temps au service de la Diète et de la délégation autrichienne. Sous ce rapport, une réorganisation est absolument nécessaire... L'assemblée fédérale, dans sa séance du 17 juillet, § 80, article 5, c, a déjà décidé qu'elle inviterait la présidence à congédier ceux des individus attachés à la chancellerie comme employés ou comme domestiques, qui sont inutiles... On en a profité pour renvoyer surtout les employés d'origine prussienne... Ceux des fonctionnaires qui n'ont pas été renvoyés sont des gens aveuglément dévoués aux intérêts de l'Autriche. On les emploie en partie comme agents autrichiens, et ils font delà propagande en faveur de l'empire. Les fonctionnaires d'un ordre plus élevé soignent les affaires de l'ambassade,
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et le personnel des employés subalternes, qui est de beaucoup le plus nombreux, n'est occupé qu'au service particulier du comte de Thun et des autres membres de la délégation autrichienne...
Ces irrégularités ne sont un secret pour personne. On les désapprouve, mais les délégués des petits Etats n'osent pas élever la voix pour s'en plaindre, de crainte de déplaire au comte de Thun. J'ai eu beau inviter officieusement celui-ci à procéder à une révision complète et radicale de la situation de la chancellerie et du règlement en général; j'ai eu beau revenir à la charge, il ne m'a jamais répondu que par des promesses vagues ou par des paroles évasives. Pour ne pas augmenter le désaccord qui règne entre nous dans des questions plus importantes, et pour ménager la susceptibilité du comte de Thun, j'ai évité de m'engager sur ce terrain brûlant...
Il est un fait toutefois que je ne crois pas pouvoir passer sous silence : les délégués de la Diète se rendent chez celui de l'Autriche pour assister aux délibérations de l'assemblée fédérale; ce dernier seul a la préséance sur les ambassadeurs accrédités auprès de la Confédération, et dans le palais fédéral se trouve une garde autrichienne qui rend exclusivement les honneurs au comte de Thun, tandis que le bataillon de ligne de Francfort devrait fournir les postes du palais; ainsi le gouvernement impérial s'imagine réaliser la fiction dont il aime à se repaître : que la situation privilégiée de l'Autriche dans la Confédération repose non-seulement sur les prérogatives de la présidence, mais encore sur d'autres droits : faits qui tous tendent à faire croire au public que l'assemblée fédérale est une institution autrichienne auprès de laquelle les autres gouvernements confédérés accréditent leurs délégués... »
58. Rapports sur la question du Zollverein dans le Palatinat.
22 octobre 1852. — ce Pour faire suite à ma dépêche télégraphique du 15 de ce mois, dépêche relative à la résolution prise par le conseil général du Palatinat au sujet de la question du Zollverein ',
1 Dans cette dépêche, M. de Bismarck informait le ministre de Manteuffel que, dans la séance du conseil général du Palatinat tenue le 15 octobre, le rapporteur
j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que j'ai envoyé immédiatement à Spire un agent sûr, pour recueillir des renseignements, et pour agir, si c'est possible, sur les membres les plus influents du conseil général. Comme il existe des relations déjà anciennes entre nous et le rédacteur de la Gazette de Spire, un nommé Kolb, notre agent, a commencé par s'aboucher avec lui. Kolb est, comme on sait, membre de la seconde Chambre bavaroise, dans laquelle il a déjà interpellé le ministère relativement à la question du Zollverein (mai 1862). Il est vrai qu'il appartient au parti démocratique, mais il est partisan déclaré de la Prusse contre l'Autriche et la coalition... »
26 octobre. — (Envoi de la Gazette de Spire du 2-4 octobre.) — uD'aprèscejournalJeconseilgénéralduPalatinataprisdansla séance du 22 de ce mois, à la presque unanimité des votants, une résolution dans la question du Zollverein, qui répond aux intérêts de la Prusse.
Si cette résolution tient le juste milieu entre les nuances extrêmes, si, pour cette raison même, elle a entraîné les suffrages des conservateurs, mon intervention secrète n'a sans doute pas été étrangère à ce résultat. Aussi je prie Votre Excellence de m'autoriser à continuer d'agir dans ce sens sur les membres du conseil général.
Pour répandre la résolution de ce conseil le plus possible et en augmenter l'effet qu'elle a produit, il serait peut-être bon d'imprimer séparément les délibérations se rapportant au Zollverein. Je prie Votre Excellence de vouloir bien m'en accorder l'autorisation \ »