Rapports sur le Zollverein
ht novembre 1852. — « J'ai appris, par les feuilles publiques, que la commission avait publié la première partie de son rapport officiel du Zollverein sur l'Exposition universelle. Il paraît que ce document est précédé d'une préface dans laquelle on insiste sur les avantages du Zollverein. On pourrait tirer parti de l'ouvrage, pour répandre, au moyen de la presse du Sud, certains faits particulièrement frappants, et pour démontrer par des chiffres l'importance du maintien du Zollverein. Je prie donc Votre Excellence de vouloir bien me faire adresser un exemplaire de cet ouvrage. »
8 novembre. — « J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Excellence une lettre particulière datée de Spire, 28 octobre, qui m'a été communiquée. On voit par cet écrit avec quelle persistance le gouvernement bavarois travaille à empêcher toute manifestation favorable au maintien du Zollverein. La lettre contient en même temps des indications sur une entente projetée entre l'Autriche et la France contre la Prusse.
Je n'attache aucune importance particulière à celte nouvelle ; néanmoins, le fait que dans le Palalinat on croit à une pareille alliance peut être considéré comme un symptôme des sentiments qui régnent dans ce pays, et mérite d'autant plus notre attention qu'on y entretient, paraît-il, des relations très-actives avec Paris, et qu'on y est toujours parfaitement renseigné sur ce qui se passe en France. »
41. Rapport sur l'accession de la Confédération au traité de Londres du 8 mai 1852.
16 novembre 1852. — «A la suite des instructions de Votre Excellence, je me suis entretenu à plusieurs reprises avec le comte de Thun de l'exécution de l'article IV du traité signé à Londres le 8 mai dernier1. Auparavant, j'avais essayé de m'éclairer, par des conversations avec mes collègues, sur la nature et l'étendue des mesures que pourraient prendre les divers gouvernements pour s'opposer à l'accession de la Confédération au traité.
Mes tentatives sont restées sans résultat, et je suis arrivé à la conviction que partage aussi le comte de Thun : qu'on est mal placé à Francfort pour apprendre à connaître les dispositions des gouvernements. Le fait s'est confirmé une fois de plus, que la plupart des délégués à la Diète, je serais presque tenté de dire tous, n'ont aucune influence sur leurs gouvernements; qu'on ne les renseigne ni d'une manière générale ni en temps utile dans les questions politiques, et qu'ils ne reçoivent des instructions spéciales que sur les affaires particulières pendantes à la Diète ; encore ne leur parviennent-elles qu'au moment de voter. Il est donc impossible de se renseigner d'une manière tant soit peu sûre auprès des délégués sur les intentions de leurs gouvernements; pour être édifiés à cet égard, il faudrait que les délégués s'adressassent eux-mêmes à leurs cabinets respectifs, ne fût-ce qu'à titre confidentiel. Reste à savoir si on leur répondrait. C'est d'autant plus douteux que la plupart des gouvernements, instruits par l'expérience, évitent de faire connaître ou même de prendre de leur autorité privée, et sans se renseigner exactement sur la conduite des autres cabinets allemands, des résolutions sur des questions politiques de ce genre, à moins qu'ils n'y soient forcés par des raisons puissantes. Ajoutez à cela que le petit
1 Aux termes du traité en question, le droit de succession au trône de Danemark fut assuré au prince Christian de Sehleswig-Holstein-Souderburg-Gliïcksburg et à ses héritiers mâles; le traité reconnaissait en même temps l'intégrité de la monarchie danoise. On se préoccupa aussi peu de l'approbation de la Diète que de celle des agnats du Sclileswig.
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nombre de mes collègues qui ont du crédit auprès de leurs gouvernements, s'intéressent trop peu à cette partie de la solution de la question danoise, pour dépenser dans cette affaire une influence qui a besoin d'être ménagée pour rester efficace. La plupart regardent le traité de Londres comme une violation des droits des duchés; et, désireux de rester populaires, ils ont aussi peur de dire leur avis que celui de leur gouvernement; quelques-uns même, surtout celui de la Bavière, si je puis en croire des informations récentes, profiteraient avec empressement de cette occasion pour faire une démonstration dans le sens de l'opinion publique.
Le comte de Thun est aussi convaincu que moi qu'on ne peut obtenir un résultat favorable à la reconnaissance du traité de Londres que si l'on procède comme dans l'affaire du Holstein, c'est-à-dire si Berlin et Vienne font des démarches communes auprès de (ous les gouvernements confédérés pour les sonder sur la question, et si on ne la porte devant la Diète qu'en étant sûr de toutes les voix. Dans le même sens Je comte de Thun s'exprimera auprès du cabinet impérial. Il appartient à Votre Excellence d'examiner si elle croit devoir se mettre en rapport avec le cabinet de Vienne et engager ainsi l'affaire. En soulevant directement la question par les ambassadeurs de l'une ou des deux grandes puissances allemandes, les gouvernements éviteront moins facilement une déclaration que si on les faisait sonder à l'avance par leurs délégués. »
42. Lettres particulières sur la question de la reconnaissance de l'Empire français,
3 décembre 1852. — « Je m'empresse d'informer Voire Excellence que je viens de recevoir de M. de Tallenay pour la Diète, au moment du départ du courrier, la notification officielle du changement de gouvernement qui vient d'avoir lieu en France. Comme je me trouve sans renseignement sur la façon d'accueillir ce document, et que j'ignore de quelle manière Sa Majesté le Roi entend que la communication officielle se fasse, je vous prie de me donner vos instructions. Jusqu'au moment où je les aurai reçues, je ne ferai pas connaître officiellement la notification à l'assemblée fédérale, et je ne
remettrai pas à M. de Tallenay l'accusé de réception habituel, car je ne puis mesurer les termes de l'avis de réception sans connaître auparavant les intentions de Sa Majesté. La note de M. de Tallenay est accompagnée d'une copie légalisée du sénatus-consulte et du décret du 7, etc., portant convocation des comices '. »
5 décembre 1852. « — J'ai reçu hier par la voie télégraphique les instructions de Votre Excellence ?. J'annoncerai demain, à la séance de la Diète, que j'ai reçu la notification de M. de Tallenay, et de quelle manière j'y ai provisoirement répondu Je suppose que j'aurai demain matin, par le courrier venant par Eisenach, la copie de la réponse que Votre Excellence a faite à M. de Varennes 3. Si je ne la recevais pas, je dirais à l'assemblée que mon intention était de répondre à la note, ainsi que la dépèche télégraphique de Votre Excellence, datée du 5 courant, me le prescrit; mais que je voulais d'abord communiquer officieusement la note à la Diète, pour m'assurer des vues de mes collègues.
M. de Tallenay m'a dit, il y a quelques jours, qu'il avait engagé avec le comte de Thun des négociations au sujet d'une convention à arrêter entre le gouvernement français et la Confédération germanique pour empêcher la contrefaçon des livres; il m'a demandé si je pensais que des négociations de ce genre eussent des chances de succès. Je lui ai répondu que je n'avais pas encore assez réfléchi à la chose pour pouvoir me prononcer, mais que, d'après ma conviction, il y aurait plus de probabilité d'arriver à un résultat favorable, h le gouvernement français voulait s'assurer de l'accord des cabinets de Vienne et de Berlin, avant d'entamer des négociations directes avec la présidence de la Diète. Au dire de M. de Tallenay, les vœux de la France n'auraient d'autre objet que de supprimer la contrefaçon à l'intérieur de chaque pays, sans pour cela interdire la vente
1 Le ministre de Manteuffel écrivit qu'il n'avait répondu à une notification semblable du baron de Varennes, ambassadeur de France à Berlin, que par un accusé de réception et par la déclaration que jusqu'à nouvel ordre les relations entre la France et la Prusse continueraient sous une forme officieuse. Il ajoufa qu'il fallait faire une réponse analogue à M. de Tallenay. (Télégramme du 5 décembre 1852.)
9 Cf. note 1.
3 Ambassadeur de France à Berlin.
des contrefaçons étrangères. Je laisse à Votre Excellence le soin de me munir d'instructions; pour le cas où M. de Tallenay remettrait la question sur le tapis, devrai-jc me borner à décliner ses ouvertures ou lui recommander de pousser à l'examen de la question à Berlin?
A titre d'on dit, M. de Tallenay m'a informé que l'ambassadeur de France à Vienne, M. Delacour, pourrait bien être destiné à remplacer M. de Varennes, et qu'on nommait le duc de Guiche comme le successeur probable du premier. Quoi qu'il en soit, ajouta-t-il, on ne sait encore rien de positif; le nombre des aspirants au poste d'ambassadeur est tout aussi grand que celui des gens qui prétendent avoir rendu des services au gouvernement actuel.
Je puis encore ajouter que les délégués de Bade et de Hesse- Darmstadt m'ont répété que les ministres de leur gouvernement, à Francfort et à Paris, ont reçu l'avis de se conformer entièrement à la conduite tenue par la Prusse et par l'Autriche. M. de Marschall (Bade) a ajouté qu'il désirerait être instruit le plus tôt possible des intentions des deux grandes puissances, parce qu'à cause du voisinage on s'attendait certainement à Paris à une prompte déclaration de la part de son gouvernement. »
43. Rapport sur la crise du Zollverein dans le duché de Nassau.
6 décembre 1852. — « Les Chambres du duché de Nassau se réunissant au mois de décembre de cette année, il m'a paru important de faire en sorte que les sentiments du pays, qui sont favorables au maintien du Zollverein, puissent franchement s'affirmer.
On a donc agi auprès de quelques personnages particulièrement influents, pour leur faire prendre l'initiative d'une pétition demandant ce maintien. Ces démarches ont abouti. Déjà, le 27 du mois dernier, a eu lieu dans le Rhingau une grande réunion, qui a discuté les termes de la pétition et qui, en même temps, a nommé la députalion chargée de la remettre au duc. Votre Excellence trouvera les détails dans l'annexe A.
Ce qu'il importe surtout de considérer, c'est que ce sont précisément des conservateurs, dans toute la force du terme, et même des
membres du parti tiltramontain, ainsi que des hommes qui, en 1848, se sont sacrifiés pour le duc personnellement, qui figurent parmi les pétitionnaires. C'est un de ces derniers qui a écrit la lettre ci-jointe, que le Journal des Etats rhénans du centre a publiée à Wiesbaden, le 27 octobre, dans le numéro 257. Il est d'autant plus regrettable que le gérant responsable de cette feuille se soit laissé intimider par les avertissements réitérés qu'il a reçus, et qu'il fasse juste en ce moment les plus grandes difficultés pour accepter des articles tant soit peu vifs. Une autre raison empêche la feuille d'agir dans un sens favorable : le docteur Balsch, qui en avait été le rédacteur en chef, a quitté la rédaction le l,r novembre, et i) n'est pas encore remplacé. On n'en a pas moins réussi à faire signer pendant le dernier mois, dans les parties les plus diverses du pays, sept pétitions en faveur du Zollverein, qui ont été remises à qui de droit.
J'ai fait imprimer les cinq premières pétitions ; elles ont été distribuées dans l'Allemagne du Sud par des voies sûres. J'ai l'honneur d'en adresser quelques exemplaires * à Votre Excellence, à laquelle je ne manquerai pas d'envoyer prochainement les deux autres pétitions...
Parmi les sept pétitions, celle des industriels de Wiesbaden, ainsi que celle qui a été signée dans le Rhingau, ont été remises au duc en personne, par des députés du parti conservateur, que leur situation et leur caractère mettent particulièrement en vue...
Voici la réponse du duc à la députation du Rhingau : « Messieurs, je suis heureux de vous voir ici; j'éprouve toujours un sentiment agréable quand mes fidèles sujets de Nassau s'adressent directement à moi. Je partage entièrement vos désirs de maintenir le Zollverein tel qu'il existe aujourd'hui; mes vœux sont les mêmes que ceux des autres Etats avec lesquels je suis entré en relation; aussi j'ai l'intime , la ferme conviction que le Zollverein ne se dissoudra point. Je ne puis à cet égard vous donner une certitude absolue, parce que ces questions, transportées du terrain commercial
1 La brochure porte le titre suivant : Pétitionnement de la population du duché de Nassau et d'autres pays en faveur du maintien du. Zollverein. Francfort-sur- Mcin, imprimerie de Charles Horstmann. 1852. (Anonyme.)
sur le terrain politique, sont l'objet de négociations encore ouvertes. Mais lors même qu'il y aurait de légères modifications à l'état actuel des choses, elles n'auront pas les conséquences fâcheuses que vous redoutez; elles ne seront, d'ailleurs, que transitoires, car souvent il faut découdre pour recoudre ensuite plus solidement. »
D'après les informations de source sûre qui me sont parvenues, ces pétitions n'ont pas manqué de faire une certaine impression sur le duc. On peut donc presque affirmer que ce prince a déjà pris une résolution favorable à nos intérêts, à moins que l'adjudant-major de Sziemiecky, qui est entièrement dévoué à l'Autriche, et le prince de Wittgenstein ne l'amènent, à force d'obsessions, à se prononcer dans un sens contraire. »
44. Rapports, dépêche télégraphique et lettres sur la question de la reconnaissance de l Empire français,
18 décembre 1852. — ce En même temps que votre rescrit du 6 de ce mois, sur la question française , j^ai reçu la circulaire officielle adressée à toutes les ambassades royales, ainsi que la circulaire confidentielle 1 envoyée aux représentants du gouvernement en Allemagne. Par suite, je suis allé avant la séance d'hier, ainsi que me le prescrivait la lettre de Votre Excellence au baron de Varennes 2, du 5 de ce mois, remettre à M. de Tallenay la réponse ci-annexée3. Il était impossible de ne pas lui donner le titre de « Monsieur le ministre », du moment que je ne voulais pas choisir la forme employée dans la note officielle, et dire : « Le soussigné. » Autrefois, M. de Tallenay a refusé de se laisser appeler « Monsieur le marquis »,
1 Dans la circulaire en question , le ministre de Manteuffel disait que la Prusse s'était empressée d'agir auprès des puissances pour amener une parfaite conformité de vues dans la question. Comnie presque tous les représentants de gouvernements allemands à Paris avaient reçu l'ordre de régler leur conduite sur celle des représentants des deux grandes puissances de l'Allemagne, il était permis d'admettre que le but visé serait atteint. II était à souhaiter que la conduite ultérieure des gouvernements allemands dans une affaire aussi importante pour toute l'Allemagne fût, autant que possible, en harmonie avec celle des cours de Berlin et de Vienne.
2 Voir note p. 81.
3 Monsieur le ministre , j ai eu l'honneur de recevoir la lettre du 3 du cou-
et le simple titre de « Monsieur » ne me semblait pas convenable. Je cite le fait parce que M. de Brenner l a élevé des objections contre le titre de a Monsieur le ministre » .
J'ai soumis à l'assemblée fédérale la note de M. de Tallenay, et en même temps je lui ai fait part officieusement des vues générales que renferment les instructions adressées par Votre Excellence aux légations royales en Allemagne. De toute part s'est manifesté le désir d'être instruit le plus tôt possible des résolutions des deux grandes puissances, afin de pouvoir y conformer celles des autres gouvernements. Après la séance, M. de Tallenay m'a dit qu'il recevrait bientôt une lettre, qui l'autoriserait à remettre ses nouvelles lettres de créance comme représentant de l'Empire français auprès de la Confédération.
Il est certain que l'envoi d'une pièce de ce genre est nécessaire, pour que la Diète ne se trouve pas dans une situation différente de celle des gouvernements. Car, tandis que ces derniers reconnaissent le changement de gouvernement survenu en France par l'envoi de lettres de créance à leurs représentants à Paris, la Confédération n'est pas en situation de faire connaître par cette voie qu'elle est disposée à recevoir un représentant du nouvel empire. J'ai répondu provisoirement à M. de Tallenay qu'on ne pouvait guère s'attendre à ce que, sur sa lettre adressée au président de la Diète, l'assemblée prit une résolution, d'autant plus que cette lettre n'avait pas été communiquée en forme de note. Il me répondit que, suivant ses instructions, il s'était servi de la forme épislolaire en s'exprimant ainsi : « Monsieur le président m , mais que la forme de la marge pliée qu'il avait employée, était pour la diplomatie française le
vaut, par laquelle Votre Excellence a bien voulu ni informer de la transformation qui vient de s'opérer dans la constitution politique de la France, et je ne tarderai pas à porter cette importante communication à la connaissance de la Diète germanique.
En attendant, je m'empresse de vous exprimer, Monsieur le ministre, tout le plaisir que j'éprouverai à entretenir avec vous à titre officieux les rapports agréables auxquels j'attache tant de prix, et qui sont si conformes à la bonne intelligence qui existe entre la Confédération germanique et la France. Francfort, 8 décembre 1852.
Je suis, p. p.
Von Bismarck.
1 Le directeur de la Chancellerie.
signe caractéristique d'une note. Cependant il déclara qu'il serait satisfait pour peu que je voulusse lui faire connaître prochainement, au nom de la présidence, par un écrit rédigé sous une forme quelconque, les bonnes dispositions delà Diète à recevoir un ministre de l'Empereur.
Le plus convenable, selon moi, serait qu'aussitôt que les ambassadeurs de Prusse et d'Autriche à Paris auraient remis de nouvelles lettres de créance, le président adressât à M. de Tallenay une communication dans le sens indiqué, après avoir exprimé officieusement à la Diète l'espoir qu'elle approuverait une pareille conduite.
En priant Votre Excellence de m'envoyer ses instructions, je serais désireux d'être instruit des intentions de Berlin et de Vienne dans cette question '. »
11 décembre 1852. — « Depuis quelque temps le Journal de Francfort publie une série d'articles qui se prononcent catégoriquement en faveur de Louis-\Tapoléon , et approuvent sans réserve l'élévation de ce prince au trône impérial sous le nom de Napoléon III, témoin ceux que Votre Excellence pourra lire dans les numéros ci-joints 2.
Plusieurs indices m'avaient déjà fait supposer que ces articles avaient été envoyés au journal par le cabinet de Vienne; depuis peu cette supposition s'est changée en certitude. Au cours d'un entretien que j'ai eu ces jours-ci avec le baron de Vrints 9, je félicitai ce dernier, en parlant de ces articles, des relations directes qu'il entretenait avec Louis-Napoléon. Il repoussa mes compliments avec une indignation non feinte, et à ce propos il déclara, pour se justifier, qu'il avait reçu directement ces articles de Vienne. »
12 décembre 1852. — (Dépêche télégrci2)hique.) — « Le sénat de
1 Le ministre de Mantcuffel promit d'envoyer des instructions à M. de Bismarck après qu'il se serait entendu avec le cabinet de Vienne. (Rescrit du 18 décembre 1852.)
- M. de Bismarck envoya au ministre de Mantcuffel les nos 279 (21 novembre), 285 (28 novembre) et 295 (10 décembre) de la feuille en question.
;i Le baron de Vrints, beau-frère du comte de Buol, ministre des affaires étrangères d'Autriche, était le propriétaire du Journal de Francfort.
Francfort a reconnu officiellement l'Empire le 6 de ce mois. Depuis ce moment il est en pourparlers avec Smidt, de Brème1, en vue d'amener les villes banséatiques à en faire autant. On peut aussi considérer la réponse du duché de Nassau comme équivalant à une reconnaissance. »
12 décembre. — (Lettre particulière.) — « J'ai eu déjà l'honneur d'annoncer par voie télégraphique à Votre Excellence que la ville libre de Francfort a répondu officiellement, dès le 6 de ce mois, à la notification de l'Empire français en déclarant qu'on s'empresserait d'envoyer de nouvelles lettres de créance à M. Rumpf2, et « qu'on serait charmé » de recevoir les pleins pouvoirs conférés par l'Empereur à M. de Tallenay. D'après le numéro du Journal des Débats d'aujourd'hui, Rumpf parait déjà être accrédité. Le cabinet de Nassau a répondu qu'il serait heureux de continuer « les mêmes relations qu' il avait entretenues avec le Président » , et qu'il espérait que a la cour impériale » renouvellerait bientôt les pleins pouvoirs. Nassau n'a pas, que je sache, d'agent officiel à Paris.
Ces deux faits me semblent jeter un triste jour sur la fragilité du lien dont la Confédération germanique enlace ces petits États à l'heure du danger. Il est sans doute regrettable que l'Angleterre ait prouvé que, vis-à-vis du nouvel Empire , l'Europe n'agira pas de concert dans toutes les démarches importantes; mais la conduite de Nassau et de Francfort atteste un tel oubli de leur situation politique et de leurs devoirs fédéraux qu'il ne peut guère être passé sous silence par le gouvernement royal et par la Diète. Le secret qui a été gardé si sévèrement prouve à lui seul combien les deux Etats sentaient l'inconvenance de leur démarche. Hier soir seulement j'ai réussi à obtenir de M. de Tallenay des renseignements précis à ce sujet; avant-hier je n'avais recueilli que des on dit. Je me suis empressé de vous mander la nouvelle par le télégraphe, parce qu'en même temps j'entendais parler de démarches que Francfort aurait fait faire par le sénateur Smidt auprès des trois villes banséatiques,
1 J. Smidt, bourgmestre de Brème (chargé des affaires étrangères).
2 Vincent Rumpf, représentant de la ville libre de Francfort à Paris.
et que Votre Excellence voudrait peut-être agir encore auprès de ces villes pour les empêcher de suivre l'exemple de Francfort. M. de Tallenay est heureux d'être le premier qui ait « pratiqué une brèche » dans la phalange de la Confédération; il a dit à ce propos qu'il s'était attendue ce que, dans la réponse à sa notification, je parlasse également du prochain renouvellement des pleins pouvoirs. «
17 décembre. — {Lettre particulière.) — « J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence un rapport sur des conversations que j'ai eues avec quelques diplomates à propos des affaires françaises.
Le délégué fédéral de la ville de Francfort, Téchevin Harnier, est venu me voir pour excuser la conduite de la ville dans l'affaire de la reconnaissance de l'Empire français. Il me dit qu'on s'était, dans cette circonstance, réglé entièrement sur les errements suivis lors de la reconnaissance de Louis-Philippe, et qu'on n'avait pas cru que la question serait traitée à la Diète d'une manière collective; du resle, ajouta-t-il, les démarches faites jusqu'à présent ne préjugent rien, attendu que M. Rumpf ne remettra ses lettres de créance à Paris que lorsque les autres représentants de l'Allemagne en auront fait autant ; la ville est loin d'avoir eu l'intention de s'isoler des autres Etats de la Confédération, et l'interprétation donnée à la réponse faite à M. Tallenay a très-péniblement affecté le sénat. J'ai réfuté en détail les assertions de M, Harnier, et je ne lui ai pas dissimulé que l'attitude observée par la ville dans cette affaire avait produit l'impression la plus fâcheuse, aussi bien chez les deux grandes puissances que chez les autres cours d'Allemagne. Plusieurs de mes collègues, surtout le délégué de la Bavière, regrettent que le droit fédéral ne permette pas d'évoquer la conduite de Francfort devant la Diète.
Le délégué du Nassau, M. de Dungern, a égalementessayé de me faire comprendre que la réponse du prince de Wiltgenstein n'impliquait pas une reconnaissance de l'Empire français, et qu'il reconnaissait que dans la rédaction de la réponse du gouvernement ducal son intention n'avait pas reçu une expression tout à fait heureuse et claire. Je n'ai pu me procurer une copie de ce document, mais M. Tallenay m'a dit de vive voix qu'après avoir témoigné la
vive satisfaction que lui causait le changement de gouvernement survenu en France, le prince de Wittgenstein avait à peu près employé la phrase suivante : « qu'il verrait avec plaisir que la cour impériale continuât à entretenir les mêmes relations diplomatiques qui avaient subsisté entre le président de la République et le duc de Nassau ». J'ai surtout appelé l'attention de M. de Dungern sur ce fait, qu'étant donné la tendance visible du cabinet français à constater des actes isolés de reconnaissance de la part d'Etats allemands, M. de Tallenay pourrait facilement et avec raison s'autoriser de leur réponse pour remettre ses nouvelles lettres de créance. En réponse, M. de Dungern crut pouvoir lui affirmer que dans ce cas Son Altesse le duc refuserait de les recevoir; mais de toute manière, ajouta-t-il, on fera son possible pour détourner M. de Tallenay de faire une pareille démarche, et à cet effet il se proposait de se mettre aussitôt en relation avec le ministre français.
Dans la séance de la commission militaire, le délégué du Wurtemberg nous a déclaré officieusement que les racontars sur les félicitations adressées au duc de Guicbe par l'aide de camp général de Spitzemberg reposaient sur un malentendu. En jouant au billard, Sa Majesté le Roi de Wurtemberg aurait dit par hasard à M. de Spitzemberg : a Si vous voyez le duc de Guiche, veuillez lui dire combien les nouvelles venues de France m'ont fait plaisir. » De ces paroles M. de Spitzemberg aurait conclu, paraît-il, que Sa Majesté l'avait chargé d'une mission particulière et officielle.
Le délégué du grand-duché de Hesse, qui était présent, fit remarquer qu'en ce qui concernait son gouvernement, des expressions dictées par la simple politesse étaient exploitées par les journaux français comme des actes de la plus haute importance, et il fut d'accord avec M. de Reinhard pour dire que les gouvernements allemands devaient être surpris de trouver de pareilles assertions jusque dans le Moniteur. Les membres de la commission militaire, dont font partie, outre ces deux délégués, ceux de la Saxe, de la Bavière et du Hanovre, furent unanimes à reconnaître que dans cette question tous les Etats de l'Allemagne devaient agir de la même manière et, autant que possible, simultanément.
Le représentant de la Bavière à Paris, M. de Wendtland, est venu
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me voir avec M. de Schrenk. Je crois que le principal but de sa visite a été de me déclarer que tous les bruits d'après lesquels il avait ses nouvelles lettres de créance dans sa poche, étaient absolument dénués de fondement. La Bavière, dit-il, se réglera entièrement sur les cabinets de Vienne et de Berlin; on désirerait seulement que la résolution des grandes puissances fût arrêtée le plus tôt possible, parce que les ministres de la France en Bavière et dans les autres petits Etals insistaient vivement pour obtenir une prompte déclaration. Les députés de Bade et de Saxe m'ont exprimé le même vœu; j'en dirai autant de Son Altesse Royale le grand-duc de Hesse, avec qui j'ai chassé hier.
M. de Wendtland espérait que la reconnaissance par toutes les cours d'Allemagne et celle de Russie pourrait avoir lieu encore dans le courant de ce mois, car le nouvel empereur tenait beaucoup à voir le corps diplomatique au complet pour la réception du jour de l'an.
Je lui ai répondu, à lui et à d'autres messieurs, que je n'avais pas de renseignements précis sur l'état actuel des pourparlers entre les puissances de l'Est, mais que, même en l'absence de toute difficulté matérielle, au seul point de vue de la forme, il me paraissait peu digne de pousser à une modification de ces traités de Vienne que toute l'Europe avait sanctionnés avec une solennité toute particulière, et de le faire avec une précipitation qui impliquait un encouragement à élever d'autres prétentions, et exposait les puissances à faire supposer chez elles l'existence de craintes exagérées. M. de Tallenay lui-même trouve cette manière de voir parfaitement juste, car le parti de la paix en France, auquel suivant lui appartient le chef de l'Etat, serait certainement entraîné par une partie de l'opinion publique, si l'on montrait trop nettement combien l'Europe est disposée à se soumettre aux vues de la France par amour de la paix. Cependant M. de Tallenay m'assura qu'il exprimait son opinion personnelle, et que ses paroles avaient un caractère strictement confidentiel; comme représentant de son gouvernement, il devait désirer qu'on se prononçât bientôt : aussi vient-il souvent me voir pour me demander où en sont les choses.
Le député du Hanovre m'a déclaré à plusieurs reprises que dans
Ja question de la reconnaissance de l'Empire fiançais, ses instructions lui prescrivent de s'associer à toute démarche sur laquelle l'Autriche et la Prusse sont d'accord. Sir Alexandre Mallet m'a fait part, avec une sorte d'embarras, de la reconnaissance du nouvel empire par l'Angleterre, d'où j'ai pu conclure que son gouvernement ne s'attendait pas à voir cette nouvelle accueillie favorablement par ses alliés, et que lui-même en avait été désagréablement surpris.
Le représentant de la Russie à la Diète, M. de Glinka, m'a parlé à différentes reprises et avec une vive indignation de la conduite de Francfort et de Nassau ; il a insisté auprès de moi pour que la Prusse ainsi que la présidence de la Diète fassent des représentations sérieuses aux petit Etats, dont l'attitude apparaissait sous un jour équivoque. »
45. Rapport sur la création d'un lien entre les associations scientifiques de V Allemagne du Sud et de Berlin.
27 décembre 1852. — (Le projet de transférer l'Académie Léopoldine1 à Vienne, et de mettre les notabilités scientifiques de l'Allemagne en relation plus étroite avec la capitale autrichienne, avait rencontré un adversaire décidé dans la personne de M. de Bismarck, qui travaillait de son côté à créer un lien plus intime entre les associations scientifiques de l'Allemagne du Sud et Berlin.) « J'ai commencé par tâcher de relier ensemble la Société de physique et le Bureau de statistique qui existent ici... Le succès Recette première tentative me fait espérer qu'il sera aussi possible de nouer des relations semblables entre les associations scientifiques de Wiesbaden et de Nassau. Il y a de même ici, depuis un certain nombre d'années, une Société de géographie, qui a publié sous forme de mémoires et dans des feuilles locales bien des documents précieux de statistique. Cette Société compte parmi ses membres des hommes tels que l'historien Kriegk, le statisticien Meidinger, l'habile dessinateur de cartes Revcnstein et l'auteur des panoramas connus
1 II s'agit de YAcademia Leopoldina naturœ curiosoritm instituée à Breslau (depuis 183D), dont Nées d'Eesembeek fut longtemps le président. Cette académie avait toujours son domicile dans la résidence de son président.
du Rhin et delà Suisse, Delkeskamp. D'après les pourparlers confidentiels qui ont eu lieu avec les membres de la direction, cette Société serait disposée à entrer en relations plus étroites avec le Bureau de statistique de Berlin. Une fois la voie frayée, le mouvement s'étendrait à la Société géographique de Darmstadt, à la Société d'histoire naturelle de Nassau, qui a son siège à Wiesbaden, ainsi qu'à d'autres sociétés de statistique qui existent dans les Etats environnants ; Francfort deviendrait ainsi le centre d'une organisation de ce genre, qui embrasserait l'Allemagne du Sud.
A cet égard, j'observerai encore que les sociétés d'histoire et d'archéologie qui se trouvent à Francfort, à Darmstadt, à Mayence, à Cassel et à Wiesbaden, se sont réunies, et que la Société historique de Nassau m'a nommé membre honoraire. »
46. Lettres et rapports sur la question de reconnaissance de l'Empire français .
28 décembre 1852. — [Lettre particulière.) — « J'ai reçu le rescrit de Votre Excellence, daté du 22 courant. Conformément à la circulaire ' qui l'accompagnait, je me suis mis en relation avec mes collègues afin de m'informer s'ils étaient pourvus d'instructions en vue des éventualités indiquées.
A cette occasion, j'ai constaté que dans la nouvelle marche suivie sur l'initiative du cabinet de Vienne, et l'attitude prise par les deux grandes puissances, la plupart des délégués voient plutôt un oubli
1 Le ministre do Manteuffel dit dans cette circulaire que le gouvernement prussien comprenait les raisons qui faisaient désirer aux différents gouvernements de l'Allemagne de voir rétablir bientôt les relations officielles avec l'empereur des Français, Aussi était-on tombé d'accord à Vienne et à Berlin que le mieux sciait que la reconnaissance se fît par l'assemblée fédérale dès que les cours de Berlin et de Vienne auraient fait parvenir à Paris les déclarations par lesquelles elles reconnaissaient l'empereur des Français sous des réserves indispensables pour ellts. Dès que ce moment arriverait, M. de Bismarck en serait informé; les gouvernements allemands devraient munir dès maintenant leurs représentants à la Diète des instructions nécessaires. Quand la reconnaissance aurait eu lieu, tantducôté de l'Autriche que d2 celui de la Prusse, on laisserait aux divers gouvernements le soin de régulariser leurs rapports diplomatiques avec la France en accréditant de nouveau leurs représentants à Paris ou bien en recevant les nouvelles lettres de créance des représentants français à accréditer auprès d'eux.
DE M. DK BISMARCK. — 1852. 93
qu'une satisfaction du besoin qu'ils éprouvent de voir bientôt régler leurs rapports avec l'empereur des Français. M. de Schrenk surtout a donné clairement à entendre que le gouvernement royal de Bavière se formaliserait de son exclusion indirecte des négociations pour le maintien des traités. M. de Reinhard aussi a fait valoir que le roi de Wurtemberg serait blessé du passe-droit fait aux petits Etats de l'Allemagne, et d'autant plus que ce prince, en faisant démentir officiellement le Moniteur qui avait dénaturé les faits, avait donné un nouveau gage de sa sincérité à ses alliés. M. de Reinhard voudrait qu'on donnât, au moins indirectement, l'occasion aux Etats confédérés de s'associer aux réserves des deux grandes puissances, en les comprenant dans la déclaration que la Diète devait faire à M. de TalIenay.Dans la séance de la commission militaire, les représentants des quatre royaumes allemands se sont exprimés avec plus ou moins de vivacité dans le sens que j'indique. J'ai tâché de leur faire voir la question sous un autre jour; j'ai rappelé que le gouvernement royal a eu primitivement l'idée de remettre une déclaration identique de concert avec tous les Etats confédérés, mais que depuis le cabinet impérial d'Autriche, s'inspirant précisément de l'intérêt des Etats de la Confédération, avait prétendu qu'il serait fâcheux pour eux de voir différer la régularisation de leurs rapports avec la France plus longtemps qu'il ne serait nécessaire s'ils suivaient la même marche que les deux grandes puissances. J'appuyai ces explications de la lecture des passages les plus concluants de votre circulaire du 21 de ce mois et de la note autrichienne du 18.
Mais je n'ai pu convertir entièrement mes collègues. Ils regrettaient vivement que l'affaire n'eût pas été réglée dans le sens du projet primitif; ils trouvaient que par le procédé actuel on affirmait trop hautement la théorie qui ne reconnaît qu'aux grandes puissances le droit d'intervenir dans la politique européenne, en même temps qu'on compromettait l'unité de la Confédération. L'impression produite jusqu'ici par l'accord des Etats de l'Allemagne à l'égard de la France s'effacerait, parce que les réprésentants desEtats secondaires seraient, dans tous les cas, accrédités à Paris plusieurs semaines avant ceux de l'Autriche et de la Prusse, et que cette inégalité se prolongerait peut-être davantage dans le cas où les réserves des deux grandes
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puissances seraientde nature àfaire ajourner l'admission des lettres de créance des représentants de la France à Vienne et à Berlin. Ces messieurs semblaient tous désirer que ces réserves fussent également formulées par la Diète ; ils reconnaissaient toutefois qu'en ce cas ils seraient sans instructions et ne pourraient en recevoir que lorsque tous les gouvernements allemands en connaîtraient la nature. Je reçois à l'instant les instructions que Votre Excellence m'envoie1 par la voie télégraphique. Conformément à vos désirs, je proposerai, dans la séance qui aura lieu jeudi, de répondre à M. de Tallenay que la Diète est disposée à recevoir ses nouvelles lettres de créance.
Après avoir été informé ce matin par le télégraphe del'expédition prochaine des déclarations de Vienne et de Berlin, M. de Schrenk m'a déclaré que la Bavière reconnaîtra sans délai l'empereur des Français sans attendre la résolution de la Diète. Ilparaît que cet empressement extraordinaire est destiné à traduire le mécontentement provoqué par la marche suivie par les deux grandes puissances. Votre Excellence ni le cabinet de Vienne ne pourront probablement tenir compte du vœu, exprimé par mes collègues, d'associer la Confédération germanique aux réserves à faire; le temps manque, et les informations à prendre seraient trop longues et trop minutieuses. Je n'en ai pas moins voulu faire connaître à Votre Excellence l'impression que la marche adoptée a produite sur les représentants des Etats de l'Allemagne auprès de la Diète. »
31 décembre. — « Conformément aux instructions que Votre Excellence m'a envoyées le 28 de ce mois par le télégraphe, et hier matin par la poste, j'ai fait, dans la séance tenue hier par la Diète, la proposition présidentielle dont vous trouverez ci-joint la copie2.
1 Le ministre disait que ia déclaration contenant la reconnaissance de l'empereur des Français partirait le soir même pour Paris. Il est à souhaiter, ajoutait-t-il, que la Diète fasse aussitôt que possible sa réponse officielle à la lettre de M. de Tallenay, et qu'elle en reçoive immédiatement après les nouvelles lettres de créance ; qu'il n'y avait pas lieu de faire des réserves particulières dans la lettre à M. de Tallenay.
2 La proposition tendait à ce qu'il plût à l'assemblée d'autoriser la présidence à répondre à M. de Tallenay; dans cette réponse, le président devait se déclarer disposé à recevoir les lettres de créance d'un représentant de Sa Majesté l'empereur des Français auprès de la Diète
La proposition fut adoptée à l'unanimité, après que le député de la Saxe royale, qui hier encore disait être sans instructions, m'eût signifié son adhésion, en exprimant le désir que le protocole fût modifié en conséquence. J'avais primitivement l'intention de soumettre à la Diète, en même temps que la proposition susdite, la rédaction delà lettre à adresser par la présidence à M. de Tallenay, pour que l'assemblée prît une résolution à cet égard. Je me rappelais que, dans un cas antérieur, le comte de Thun avait essayé de soustraire au contrôle de rassemblée la rédaction de lettres de ce genre, sous prétexte que cela regardait la présidence. L'objection que je fis alors eut l'approbation de Votre Excellence, qui me dit que pour des notes pareilles, où la forme est tout, la rédaction devait faire l'objet d'une résolution de l'assemblée. Mon projet s'est modifié à la suite de la dépêche télégraphique du comte de Buol l, dont la cepie est ci-jointe, dépêche que le baron de Brenner m'a remise avant la séance, et de laquelle je conclus que le cabinet de Vienne a quelque désir particulier concernant la rédaction de la lettre officielle à adresser à M. de Tallenay. Aussi ma proposition n'a-t-elle porté que sur l'autorisation de répondre dans le sens indiqué à l'ambassadeur français. D'après le contenu de la dépêche télégraphique de Vienne, le courrier dont parle le comte de Buol passe par Berlin; le comte de Thun donnera sans doute connaissance du contenu de la dépêche qui m'est destinée à Votre Excellence, qui jugera peutêtre nécessaire de me faire part, par la même occasion, des idées du gouvernement royal, afin que je puisse faire à M. de Tallenay la réponse officielle aussitôt après l'arrivée du courrier. En attendant, j'ai renseigné ce dernier confidentiellement sur l'état des choses, et, sur le désir qu'il m'en a exprimé, je lui ai lu les deux notes que le comte de Hatzfeld communiquera à M. Drouyn de Lhuys2. M. de Tallenay a été visiblement satisfait de leur contenu, ainsi que de la perspective de la reconnaissance de l'Empire français par la Diète;
1 Elle contenait la nouvelle que la communication adressée à M. de Bismarck, relativement à la reconnaissance de l'Empire français, avait été emportée dans la soirée du 29 décembre par un courrier passant par Berlin , et qu'elle lui serait expédiée de cette ville. « On désire dans tous les cas que la réponse officielle à l'ambassadeur français soit différée jusqu'à l'arrivée de la lettre en question. *
2 Nommé ministre des affaires étrangères de France le 28 juillet 1852.
9C CORRESPOXDAXCE DIPLOMATIQUE
d'après ce qu'il disait, on paraissait n'avoir pas été sans inquiétude à Paris et avoir craint que les réserves à faire parles grandes puissances ne fussent présentéessous une forme plus vive. Mes collègues espèrent avec moi que nous garderons ici M. de Tallenay, parce que la manière simple et discrète, exemple de faux zèle, avec laquelle il traite les affaires, plaît à tout le monde. Dès que les dépèches de Vienne seront arrivées , je formulerai, en supposant qu'elles ne soient pas en contradiction avec les instructions que j'ai reçues de Votre Excellence, la réponse à M. de Tallenay, dont je soumettrai officieusement le texte à l'assemblée, en lui proposant de faire figurer dans le protocole de la séance d'hier, à la fois le texte de la note et l'approbation de l'assemblée. Lorsqu'on a répondu à la notification de l'avènement du roi Louis-Philippe, l'assemblée a également fait figurer la réponse dans le protocole avec la mention : Adopté. Cependant, en 1830, la situation était tout autre : le roi Louis-Philippe avait écrit lui-même à la Diète, tandis que la notification actuelle a eu lieu sous la forme d'une note adressée par l'ambassadeur à la présidence.
« P. S. — Je reçois à l'instant, après avoir terminé ce rapport, une dépèche expédiée à 3 heures 15 minutes, qui contient les instructions nécessaires pour le règlement de cette question1. »
A janvier 1853. — (Rapport immédiat.) — « J'ai pris la liberté d'informer Votre Majesté, dans mon rapport sur la dernière séance tenue par la Diète dans l'année qui vient de s'écouler, de l'état de la question de la reconnaissance de l'Empire français par la Confédération 2.
Comme les dépêches adressées à l'ambassadeur de Votre Majesté à Paris étaient parties de Berlin le 28 décembre, et qu'elles pouvaient arrivera Paris le 31 du même mois, j'ai profité de la séance du jeudi, qui tombait le 30, pour me faire autoriser par l'assemblée fédérale à rédiger la réponse à adresser à l'ambassadeur français3
1 Voir plus haut, p. 94, note 1.
2 On connaît le contenu de ce rapport immédiat par la lettre de M. de Bismarck au ministre de Manteuffel, datée du 31 décembre 1852. (Voir plus haut, p. 94, 95, 96.)
* Cf. prot. 1852, § 311.
Je voulais soumettre à la Diète une rédaction conforme à mes instructions ; mais j'en ai été détourné par une dépêche télégraphique du comte de Baol, remise au baron de Brenner avant la séance. Cette dépêche annonçait l'arrivée prochaine d'un courrier et le désir du comte de Buol qu'on différât jusqu'à ce moment la remise de ma réponse au ministre français. A la suite de la communication que m'en fit le baron de Brenner, j'arrangeai mon rapport de manière à garder toute latitude en ce qui concernait la rédaction
J'ai reçu, le 2 de ce mois, la lettre du comte de Buol, par laquelle il me fit connaître la dépêche circulaire adressée, le 26 décembre dernier, aux légations impériales en Allemagne, ainsi que les dépêches envoyées à l'ambassadeur impérial à Paris, au sujet de la question de la reconnaissance de l'Empire français. Le comte de Buol désirait que je conformasse, autant que possible, la réponse au marquis de Tallenay au contenu des dépêches officielles adressées par les cabinets de Berlin et de Vienne à leurs ambassadeurs à Paris; il voulait dans tous les cas qu'on évitât aussi bien de mettre dans cette réponse le chiffre dynastique que des réserves, qui pouvaient empêcher l'adoption du texte à l'unanimité et provoquer de nouvelles demandes d'instructions. Enfin le comte de Buol trouvait qu'il serait opportun de consigner dans un protocole confidentiel une communication de la Prusse et de l'Autriche, par laquelle les deux cours feraient connaître à la Diète les réserves sous lesquelles elles avaient décidé de reconnaître l'Empire français.
Avant la réception de cette dépêche, le gouvernement de Votre Majesté m'avait déjà fait savoir par le télégraphe qu'il en acceptait le contenu, en même temps qu'il me prescrivait de ne faire remettre la note au marquis de Tallenay que lorsque j'aurais été informé télégraphiquement de la remise des dépêches adressées au ministre des affaires étrangères de France. Comme je m'attendais à recevoir cette nouvelle d'un instant à l'autre, j'ai convoqué la Diète hier1, pour soumettre à son approbation le projet de réponse,
1 Cf. prot. 1853, § 2.
rédigé d'après mes instructions. Avant la séance, j'ai pu me convaincre que l'adoption pure et simple de la dépêche n° 1 rencontrerait des obstacles auprès des représentants des royaumes, à l'exception du Hanovre, parce qu'ils ne voulaient pas avoir l'air d'accepter mot pour mot la déclaration prescrite par les deux grandes puissances. Dans ces circonstances, j'ai cru devoir éviter de reproduire le contenu de ces dépêches plus exactement que je ne l'ai fait dans le projet ci-joint l, où je n'ai cité que le passage relatif à l'observation des traités, comme étant le plus important des notes prussiennes et autrichiennes n° 1.
Ce projet s'est encore heurté à l'opposition des représentants du Danemark et de la Hollande, opposition que le délégué du Luxembourg a motivée en disant qu'il venait de recevoir l'ordre de ne s'engager, sans instructions préalables, dans aucune autre question que celle de l'autorisation à donner à la présidence de recevoir les lettres de créance du ministre français. Les délégués de la Bavière, de la Saxe royale et du Wurtemberg voulaient aussi demander des instructions, moins parce qu'ils refusaient d'admettre le contenu des dépêches, que parce que leurs gouvernements étaient portés à séparer leur politique de celle des deux grandes puissances, à cause d'une exclusion que ne justifiait point la loyauté de leur conduite. C'est la Bavière qui se montra la plus mécontente; le délégué de ce royaume s'est plaint officieusement à moi que d'abord son gouvernement ait eu à subir la volonté des grandes puissances, qui prétendaient formuler seules les réserves à faire, et que maintenant on vienne encore demander à son cabinet de s'approprier une partie du contenu des déclarations remises par elles.
Après une assez longue discussion, j'ai réussi à convertir les trois délégués nommés ci-dessus : ils n'ont pas fait inscrire un vote défavorable dans le protocole, et se sont même déclarés prêts à demander des instructions avant la clôture du procès-verbal, en exprimant l'espoir que ces instructions seraient conformes à nos vœux.
D'après la lettre du comte de Buol, qui fait une condition de
1 La lettre de M. de Bismarck à M. de Tallenay se trouve imprimée dans le prot. 1853, § 2.
la résolution prise à l'unanimité et sans instructions préalables, je nie trouvais dans l'alternative, ou bien de renoncer à tout ce qui allait au delà d'une simple déclaration portant que la Diète était disposée à recevoir les lettres de créance du ministre français, ou bien de m'écarter de la lettre de mes instructions en abandonnant l'espoir d'obtenir l'unanimité des voix, mais en me contentant d'un résultat qui du moins ne mettrait pas en lumière l'opposition de quelques gouvernements.
J'ai cru le mieux répondre aux intentions des deux gouvernements en choisissant ce dernier parti, d'autant plus que onze voix se prononcèrent immédiatement en faveur du projet, sans que les autres y fussent contraires.
La Bavière, la Saxe royale et le Wurtemberg ne figureront pas au procès-verbal jusqu'à nouvel ordre; leurs délégnés croient que d'ici à trois jours ils pourront remettre l'adhésion de leurs gouvernements. Le Danemark et les Pays-Bas prennent l'affaire ad référendum ; quant au député de Nassau, suppléant la Hesse électorale, il n'était pas au courant des vues du gouvernement hessois.
Je crois pouvoir compter positivement sur l'adhésion prochaine de la Bavière, de la Saxe royale, du Wurtemberg et de la Hesse électorale: nous aurons alors obtenu au moins que tous les gouvernements exclusivement germaniques soient d'accord sur la manière d'envisager la question, ce qui est, je crois, le principal vœu des deux cabinets. Dès que le télégraphe m'aura fait parvenir la nouvelle de la remise des notes des deux grandes puissances à Paris, j'expédierai au marquis de Tallenay la réponse ci-annexée.
L'affaire réglée, je déclarai la séance secrète, et je remis les dépêches officielles n08 1 et 2, adressées par Votre Majesté et par le gouvernement autrichien aux ambassadeurs accrédités à Paris , dépêches qui contiennent les réserves sous lesquelles a été reconnu le nouvel Empire.
Je me permettrai d'ajouter que le comte de Buol commence la lettre qu'il m'adresse en disant qu'il profite de l'occasion pour reprendre la tradition antérieure des relations directes entre le
cabinet impérial et le délégué de la Prusse en cas de suppléance du président à la Diète.
J'ai répondu au comte en l'informant du cours de l'affaire à l'assemblée fédérale, et j'ai envoyé la lettre au président du cabinet de Votre Majesté, en le priant de la faire parvenir par le comte d'Arnim, à Vienne, au comte de Buol, au cas où il n'aurait point d'objection à faire contre ce mode de communication ni contre le contenu de la lettre '. »
Lettre autographe adressée au ministre et jointe au rapport.
« Dans le rapport immédiat ci-joint, j'ai oublié de rappeler une dernière raison qui m'a déterminé à faire adopter, même à la simple majorité, le projet de réponse. Si j'y avais renoncé, M. de Tallenay n'aurait pas tardé à savoir, grâce à l'indiscrétion en usage ici, que la Prusse et l'Autriche avaient essayé en vain de faire passer à la Diète des modifications ou des réserves à la reconnaissance pure et simple. »
6 janvier 1853. — (M. de Tallenay n'a pas encore reçu ses lettres de créance; aussi n'est-il guère impatient de recevoir la note contenant la réponse à la demande de reconnaissance.)
u Dans l'intervalle, je me suis entretenu confidentiellement avec lui de la remise des dépêches du comte de Hatzfeld et de M. Hùbner, à Paris. Jelui ai fait observer que la note qui lui était adressée se trouvait à la chancellerie, et que j'espérais la lui faire parvenir demain. A ce propos, il s'est mis à parler des obstacles provenant de la Russie, et m'a communiqué une dépêche du ministre Drouyn de Lhuys, datée du 27 décembre dernier. Je ne doute pas que Votre Excellence n'ait des nouvelles détaillées â ce sujet; néanmoins je crois devoir lui mander que, d'après M. de Tallenay, l'empereur de Russie avait adressé, à la fin du mois de novembre 1852, une lettre autographe au président de la République française, qui lui a
1 Le ministre de Manteulfel déclara qu'il approuvait entièrement la lettre envoyée au comte de Buol. (Rescrit du 7 janvier J853.)
té seulement remise par M. de Kisseleff1, après qu'il s'était fait proclamer empereur; que l'empereur de Russie ne voulait pas le reconnaître comme tel avant qu'on eût répondu, tandis que l'empereur des Français ne croyait pas pouvoir répondre à une lettre adressée au président de la République, avant que sa nouvelle qualité fût reconnue; que du reste l'empereur des Français avait déclaré à M. de Kisseleff qu'il aurait répondu d'une manière satisfaisante s'il avait reçu la lettre quelques jours plus tôt.
M. de Tallenay a voulu voir dans ce fait la raison pour laquelle les dépêches contenant la reconnaissance de l'empereur des Français n'avaient pas encore été remises par la Russie à Paris.
J'ajouterai, pour finir, que AI. de Tallenay a déjà entre les mains ses lettres de créance pour Nassau et pour Francfort, mais qu'il ne veut les remettre, à ce qu'il dit, que lorsqu'il aura été accrédité comme ambassadeur auprès de la Confédération. »
6 janvier 1853. — [Lettre autographe .) — « J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que M. de Schrenk a reçu l'ordre de persister dans son vote du 3, d'après lequel il ne voulait pas adhérer au projet de réponse à M. de Tallenay sans avoir reçu de nouvelles instructions, attendu que la Bavière n'avait aucune raison de modifier ses premières instructions, données à la suite des notes circulaires de la Prusse et de l'Autriche. Ce fait ne constitue pas, selon moi, un motif de ne pas envoyer ou de modifier la réponse adoptée par la Diète, même si la Saxe et le Wurtemberg se prononçaient dans le même sens; il semble indiquer plutôt que l'accord de la conduite de la Bavière avec celle des grandes puissances sera toujours conditionnel à l'égard de la France, et que la susceptibilité de Munich pourrait devenir bien vite un écueil contre lequel se briserait la concorde.
Il est également extraordinaire qu'une heure après la dernière séance M. de Tallenay en ait su tous les détails. Voici la clef du mystère : Immédiatement après la séance du 10, où la question française fut soulevée pour la première fois, j'ai vu M. de Reinhard (Wurtemberg) sortir avec M. de Tallenay de la maison de ce der-
1 Ambassadeur de Russie à Paris.
102 CORRESPOXDANCE DIPLOMATIQUE
nier, ce que j'ai pu observer de mon jardin. Le même jour, M. de Dalwigk est venu de Darmstadt; il n'est allé que chez Tallenay, pour retourner aussitôt au chemin de fer. M. de Reinhard est un ergoteur qui parle dans toutes les séances, la plupart du temps sans savoir de quoi il s'agit; il déteste la Prusse sans aimer l'Autriche. Dans la dernière séance, il a déclaré qu'il était convaincu que son gouvernement n'aurait aucune objection à élever contre le projet de réponse soumis à la Diète, mais que, d'après sa manière de voir personnelle, il ne pouvait pas voter pour le projet, quoique la veille il me l'eût à moitié promis.
Les journaux me déplacent à l'envi et m'envoient à Saint-Pétersbourg ; j'ai cherché dans des feuilles d'ici la source d'un article de ce genre, daté de Berlin, et j'ai découvert que l'auteur était un certain H. E. Hehner, aux gages de l'Autriche, correspondant d'un grand nombre de journaux, qui habite Francfort depuis des années. Je soupçonnais déjà mon ami Rochow ' d'avoir voulu me fournir l'occasion de me perfectionner dans l'art de patiner. Si Hehner est réellement chargé par l'Autriche de parler de mon déplacement, cela m'étonne, parce que je sais de très-bonne source que le jeune empereur m'honore de sa bienveillance. »
lu janvier. — (Rapport immédiat.) — (Parmi les gouvernements qui s'étaient réservé l'inscription au protocole de l'avant-dernière séance de la Diète, la Saxe s'est décidée à donner son adhésion; le délégué des Pays-Bas a également reçu des instructions dans le même sens.) « Par contre, la Bavière a envoyé à son délégué Tordre formel de faire inscrire au procès-verbal un vote contraire, auquel le conseiller intime de Reinhard s'est associé pour le Wurtemberg.
Pendant que je cherchais à décider le délégué de la Bavière à renoncer à sa déclaration séparée, ce dernier me dit que, malgré ses instances réitérées, il avait reçu l'ordre le plus formel de déposer un vote défavorable; il en avoua franchement la raison, que son gouvernement était blessé, d'abord d'avoir été exclu malgré lui des déclarations remises par les grandes puissances, ensuite de se voir
1 Voir plus haut, p, 1,
imposer une autre ligne de conduite après qu'il s'était résigné à cette exclusion. Du reste,, c'est plutôt au gouvernement autrichien qu'à celui de Votre Majesté que la Bavière paraît en vouloir; le baron de Schrenk m'a avoué que dès le mois dernier une note avait été expédiée de Munich à Vienne, qui contenait l'expression du mécontentement du cabinet bavarois.
Le marquis de Tallenay m'a annoncé qu'il avait reçu ses lettres de créance pour la Confédération, et que, selon l'usage, il en joignait une copie à sa lettre. Je le recevrai lundi, jour où il me remettra l'original, que je présenterai à la Diète dans la prochaine séance, jeudi. Après la séance, je donnerai, suivant la coutume, en ma qualité de délégué chargé de la présidence, un dîner de gala au marquis de Tallenay, auquel j'ai invité tous les délégués à la Diète, les ministres étrangers accrédités et, selon la tradition, le personnel de la légation française. »
(L'empereur d'Autriche , reconnaissant V « activité infatigable et féconde » que M. de Bismarck a déployée au service de son royal maître, « le dévouement et la fidélité qu'il n'a cessé de montrer » , et en même temps « se rappelant avec plaisir » la mission que ce dernier a remplie récemment à la cour impériale, confère à M. de Bismarck, « à titre de témoignage public de bienveillance » , l'ordre de la Couronne de fer de première classe. — (Janvier 1853.)
47. Lettre au Dr Quehl, rapporteur du bureau central des affaires de presse, sur des informations émanant du bureau.
%& janvier 1853. — (M. de Bismarck demande à être renseigné de temps à autre sur les nouvelles qui de tous les côtés viennent se réunir au bureau central de la presse. Il a éprouvé dans différentes circonstances le besoin de recevoir des informations plus exactes et plus régulières que jusqu'ici sur la politique intérieure de la Prusse, et notamment sur les projets ministériels.) « Obligé par la position officielle que j'occupe de défendre nos intérêts vis-à-vis de l'extérieur, je pourrais agir avec plus d'autorité, si j'étais parfaitement renseigné sur les importantes mesures de politique intérieure qu'on est en train d'étudier et de préparer. »
104 CORRESPOXDANCE DIPLOMATIQUE
48. Lettre particulière sur un entretien avec le baron de Prokesch.
2 février 1853. — « J'ai reçu hier de M. de Prokesch x une visite que je lui ai rendue aujourd'hui. Il m'a entretenu des objets les plus divers, sans s'exprimer nettement sur aucun. L'idée principale sur laquelle il revenait constamment était la nécessité de l'entente de la Prusse et de l'Autriche, qui lui était démontrée plus encore par la situation de la France que par celle de l'Allemagne. Il a répété plusieurs fois, en s'appuyant sur l'autorité du prince de Metternich, que jamais l'avenir de l'Europe n'avait été aussi sombre, et qu'il redoutait qu'à Berlin on ne se fasse illusion sur la gravité de la situalion. Il croit que l'empereur des Français, ou bien ne se soutiendra pas, cas dans lequel les rouges seraient le seul parti assez solide pour profiter de sa chute, ou bien que sa position s'affermira, et alors l'empereur Napoléon, qu'il connaissait personnellement, se montera l'imagination, et la nouvelle impératrice encouragera plutôt qu'elle ne réprimera ses idées ambitieuses. Il dit que Sa Majesté l'empereur d'Autriche était prêt à toutes les éventualités, que les complications de la question d'Orient, provoquées à dessein par la France, faisaient redouter la possibilité d'un conflit prochain entre les puissances européennes, et que si l'Allemagne ne faisait absolument rien pour assurer la sécurité commune, si elle laissait ses armées sur leur pied modeste et ses forteresses à moitié achevées et sans portes, l'Empereur son maître se trouverait impuissant à faire pour elle ce qu'il voudrait.
M, de Prokesch a qualifié la question douanière d'absurde et d'accessoire ; selon lui, elle n'aurait jamais dû prendre l'importance qu'on lui a donnée.
La volubilité de mon collègue ne m'a pas permis de lui expliquer, à mon point de vue, les questions qu'il avait mises sur le
1 Dans la séance du 20 janvier, M. de Bismarck avait porté à la connaissance de la Diète la nomination du lieutenant feld-maréchal baron de Prokesch-Osten comme ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Impériale Royale et président de l'assemblée fédérale.
tapis. Il regrettait enfin l'opposition faite par la Bavière, dans la première séance de cette année, à propos de la question de la reconnaissance de l'Empire français, en ajoutant que ces velléités des petits Etats allemands ne pourraient jamais se produire si l'Autriche et la Prusse étaient étroitement unies. »
49. Rapport immédiat sur Ventrée du baron de Prokesch dans l'assemblée fédérale.
A février 1853. — « Le baron de Prokesch est arrivé ici le 31 du mois dernier. Dès le lendemain il est allé, en uniforme de lieutenant feld-maréchal autrichien, rendre visite à tous les membres de la Diète, et hier il a fait son entrée dans l'assemblée, qui tenait sa séance habituelle du jeudi.
Quoique les militaires même en activité n'aient jamais jusqu'alors porté l'uniforme à leur entrée dans la Diète, il s'est présenté dans celui de lieutenant feld-maréchal autrichien, et sur sa poitrine brillaient la croix de l'Aigle rouge et celle de l'ordre autrichien de Léopold.
Le baron de Prokesch a ouvert la séance par la lecture de ses pleins pouvoirs; il a profité de la circonstance pour prononcer un assez long discours, qui s'éloignait tout à fait du ton auquel la Diète est habituée, et se rapprochait du ton parlementaire. Dans une revue rapide de l'histoire de l'Allemagne, il fit ressortir les heureux effets des deux principes opposés : la diversité des races et l'unité du droit, rappela les premiers débuts de la société germanique à partir de Charlemagne, effleura la question du schisme religieux, et termina par un pompeux éloge de l'Empire, de la nation, et de l'époque du moyen âge. Ensuite il a parlé de la décadence de l'Empire et des causes qui l'ont amenée, ainsi que des nécessités historiques d'où est sortie la Confédération, cette forme politique qui n'est ni l'œuvre du hasard ni celle des hommes. En somme, ce discours a accentué plus qu'on n'aurait dû s'y attendre l'importance de la diversité des races et des intérêts particuliers, le besoin de se rattacher par des liens étroits à l'ensemble pour les garantir, et la faiblesse de ce même ensemble dès qu'on essayait de lui attribuer
le rôle d'un pouvoir ayant de l'unité, tandis que sa force et son droit consistaient dans la protection et dans la sécurité qu'il assurait contre les agressions du dehors et les troubles de l'intérieur. Vers la fin cependant il insista sur la nécessité d'une extension plus forte du pouvoir central, rappelant surtout les besoins militaires du présent, et affirmant que l'Autriche voulait une Allemagne puissante par l'unité; que tel était le sens dans lequel il concevait sa tâche, dont l'accomplissement lui serait rendu possible par la confiance de ses collègues. L'animation de l'orateur s'est soutenue jusqu'à la fin du discours; il a terminé en me remerciant pour la façon dont j'avais dirigé les affaires l.
J'ai répondu en exprimant ma reconnaissance pour le gouvernement impérial d'Autriche, de ce qu'il avait envoyé pour le représenter un homme qui, par sa profonde connaissance de la situation de l'Allemagne et par son expérience diplomatique, était, plus que tout autre, capable de diriger les affaires de la Confédération, et dont le nom, célèbre dans le monde de la science, serait un honneur pour l'assemblée. J'ajoutai que j'étais convaincu du succès de notre action commune si nous nous efforcions de développer les institutions fédérales dans le sens prévu par leurs fondateurs, et si, pour atteindre notre but, nous restions toujours dans les limites du possible 2. »
1 « Je le fais, disait-il en terminant, avec d'autant plus de plaisir que j'honore en lui (M. de Bismarck) un homme de sentiments élevés, animé du zèle le plus éclairé et du plus ardent patriotisme, et que je suis sûr de son loyal concours, comme je demande, comme j'espère fermement celui des hommes que j'ai l'honneur d'appeler désormais mes collègues, a
2 Voici, d'après les protocoles de 1853, § 28, le texte littéral de la réponse de M. de Bismarck : « Je suis convaincu que les paroles que nous venons d'entendre ont éveillé en nous tous le sentiment de la reconnaissance que nous devons à Sa Majesté l'empereur d'Autriche, car elles nous confirment que le choix du représentant de la cour présidentielle est tombé sur un homme qui, par sa longue expérience diplomatique, par sa profonde connaissance de l'Allemagne, par le grand nom qu'il porte dans le monde scientifique, méritait d'être appelé avant tous à diriger cette assemblée. Et s'il m'est permis d'affirmer au nom de tous les membres de la Diète que nous avons tous dans l'honorable collègue devenu notre président, la confiance qu'il a déclaré avoir en nous, nous pouvons espérer aussi que nous réussirons de concert avec lui à perfectionner les institutions de la Confédération germanique dans les limites du possible et dans le sens4> revu par leurs fondateurs. »
50. Rapport sur une tentative faite par le baron de Prokesch pour agrandir illégalement l'autorité du président.
7 février 1853. — « Quelques collègues plus anciens que moi m'ont assuré que jamais, sauf en 1848, un changement clans la présidence ne s'estaccompli sansqu'ily eût des tentatives plus ou moins heureuses pour en augmenter le prestige et les avantages. Le caractère militaire du nouveau président de la Diète semble devoir amener des empiétements de ce genre.
Contrairement aux habitudes qu'il avait à Berlin, M. de Prokesch porte son uniforme en tout temps, même chez lui; les nombreuses relations d'affaires et de société qu'il a nécessairement avec des officiers de toutes les armées allemandes, lui rendent facile d'exploiter sa haute charge militaire en faveur du prestige du délégué président.
Il a encore une autre ressource : il feint d'ignorer complètement les traditions et les règles qui ont présidé à l'organisation de la Confédération, et, quand il essaye d'outre-passer ses droits et que ses empiétements rencontrent de l'opposition, il les justifie par cette prétendue ignorance.
A mes yeux, le degré d'importance qu'on a voulu primitivement attribuer à la présidence de la Diète est aujourd'hui largement dépassé par celui qui occupe actuellement le fauteuil présidentiel. Je ne me le dissimule pas, ces conquêtes successives ont dû presque toujours leur succès à la répugnance qu'éprouvaient le représentant de la Prusse et les autres délégués à faire de détails personnels, insignifiants en apparence, l'objet d'une discussion politique. Je n'en ai pas moins cru devoir surmonter l'éloignement que m'inspirent, à moi aussi, les discussions de ce genre, et dans une lettre adressée à M. de Prokesch, lettre dont la copie est ci-jointe, je me suis prononcé dans un ton amical, mais ferme, contre les efforts qu'il a faits pour effacer le caractère purement militaire de la visite que les officiers de l'armée royale lui ont faite. Je vous envoie également la copie de la réponse de M. de Prokesch, au sujet de laquelle je
me permettrai de remarquer que l'allégation de M. de Prokesch, qu'il n'était pas instruit des démarches officieuses du major général de Schmerling, n'est pas vraie. J'espère que de pareilles tentatives ne se renouvelleront plus, quand on saura par expérience qu'elles rencontreront de l'opposition chez nous, même si elles se produisaient sous les formes les plus amicales; je les ai combattues dans la conviction que l'approbation de Votre Excellence ne me fera point défaut. Si je me suis trompé, je fais appel à votre indulgence. Votre Excellence voudra bien considérer combien il est difficile de se défendre contre un système d'envahissement poursuivi méthodiquement depuis quarante ans, qui ne procède pas par la violence, mais qui part du principe que la goutte d'eau finit par creuser le rocher. Votre Excellence peut être certaine que, dans mes efforts pour arrêter ces empiétements, j'observerai toujours les formes, et qu'en tout état de cause je prendrai pour règle de conduite les intentions de Sa Majesté le Roi, que votre rescrit du 1er de ce mois m'a fait connaître l. »
5 1 . Rapports sur la force et la composition de V armée fédérale,
10 février 1853. — « M. de Prokesch m'a annoncé il y a quelques jours que dans la séance d'aujourd'hui il fixerait au 24 de ce mois le scrutin sur la force et la composition de l'armée fédérale, et qu'à cette occasion il dirait quelques mots sur l'importance de la question. En même temps, si le gouvernement royal était d'accord sur ce point avec le cabinet autrichien, il m'a invité à en faire la déclaration.
Vu l'extrême importance que le gouvernement royal attache au développement des forces germaniques, je n'ai pas hésité à me déclarer prêt à exprimer mon adhésion. J'ai l'honneur d'en envoyer ci-joint le texte à Votre Excellence, ainsi que les paroles de M. de Prokesch 2. Je n'ai pas répondu catégoriquement à l'invitation
1 Le ministre de Manteuffel informa M. de Bismarck que le Roi approuvait la conduite tenue par son représentant dans cette affaire. (Rescrit du 13 février 1853.)
2 Les paroles de M. de Prokesch et la réponse de M. de Bismarck se trouvent imprimées dans le protocole spécial de la 6e séance de la Diète du 10 février 1853. (Prot. 1853, p. 120 et suiv.)
qu'il m'a faite de préciser les points que je désirais voir modifiés dans son projet ; je me suis borné à le rendre attentif à ce fait, que la Diète trouverait peut-être étrange que la France seule fût désignée, et cela en termes blessants, comme étant le pays qui faisait craindre de voir la paix troublée et qui, par suite, nécessitait plus que tout autre une augmentation des moyens de défense de la Confédération. M. de Prokesch s'est rendu à mes raisons et a fait quelques modifications à son projet. Je n'ai pas mentionné dans ma réponse la situation politique actuelle; j'ai dit seulement que l'extension des forces militaires de l'Allemagne, calculée d'après l'accroissement de la population, était la conséquence de l'exemple donné par tous les États civilisés, qui avaient augmenté leurs effectifs tandis que la Confédération était restée stationnaire sous ce rapport; j'ai fait ressortir que notre opinion, faite depuis longtemps, provenait d'une étude sérieuse et attentive de l'état général de l'Europe.
M. de Prokesch désirait que, dans ma déclaration, je fisse entendre qu'à l'occasion on saurait atteindre les gouvernements qui s'opposeraient à l'augmentation de l'effectif de l'armée fédérale ; mais j'ai cru devoir décliner sa proposition et lui laisser le soin d'introduire dans son rapport une menace de ce genre, en lui faisant observer qu'elle ferait bien plus d'effet venant de l'Autriche. »
10 février. — {Rapport autographe .) — « A mon rapport1 sur les deux déclarations remises aujourd'hui à la Diète par M. de Prokesch et par moi, et qui se trouve en ce moment à la chancellerie pour y être copié, j'ajouterai ce qui suit :
Ces deux déclarations ont formé l'unique objet de notre ordre du jour. Il a été décidé qu'on les ferait imprimer au plus tôt dans un protocole séparé, et qu'on les porterait à la connaissance des gouvernements, mais que dans trois semaines on voterait sans faute sur la question de l'augmentation des contingents de la Confédération. Dans la discussion purement intime qui a précédé cette résolution, la Bavière et le Wurtemberg n'ont pas voulu exposer leurs vues. Le délégué de la Saxe a dit qu'il s'empresserait de profiter de cette occa-
1 Voir le document qui précède.
110 CORRESPOXDAXCE DIPLOMATIQUE
sion pour rappeler à son gouvernement qu'il attendait toujours les instructions promises. M. de Bothmer a exprimé franchement le désir du gouvernement hanovrien de voir prendre sans tarder toutes les mesures relatives au règlement de la question militaire; mais il a parlé tout aussi nettement de l'éloignement qu'on éprouvait dans le Hanovre contre le changement de la matricule, même si Ton se décidait à augmenter Farinée fédérale. Il a protesté à l'avance contre tout ce qu'on pourrait faire pour rattacher à cette augmentation l'introduction d'une matricule nouvelle. Parmi les autres délégués, celui de la Hesse électorale s'est prononcé sans réserve, au nom de son gouvernement, pour les vues de l'Autriche et de la Prusse. Celui de la seizième curie espérait également pouvoir adhérer aux propositions de la minorité; même la dix-septième curie n'était pas éloignée d'en faire autant, à condition qu'on diminuerait certaines charges excessives que supportaient les villes libres. Les délégués de Bade, de Hesse-Darmstadt, de Thuringe, de Nassau, de Mecklemhourg et d'Oldenbourg ont été moins affirmatifs; cependant, ils m'ont semblé disposés à appuyer auprès de leurs gouvernements les vœux de la Prusse et de l'Autriche.
Après la séance, j'ai remarqué avec quelle ardeur le délégué du Wurtemberg, M. de Reinhard, travaillait à prévenir quelques collègues, particulièrement celui de Bavière, contre le contenu des propositions des deux grandes puissances, critiquant surtout la forme sous laquelle la question revenait devant la Diète, disant quepar égard pour les autres Etats confédérés, il aurait fallu une deuxième discussion dans la commission militaire. J'en ai été d'autant plus surpris qu'hier M. de Prokesch, suivant mes conseils, s'était entendu avec M. de Reinhard, que je lui avais désigné comme étant le plus enclin à l'opposition, et qu'il avait reçu de lui l'assurance qu'il accepterait sans réserve la forme proposée pour la discussion de l'affaire. A l'occasion de la reconnaissance de l'Empire français, M. de Reinhard avait tenu une conduite semblable ; il m'avait déclaré qu'il adhérait d'avance à tout ce qu'on ferait, tandis qu'il essayait de provoquer sous main l'opposition de M. de Schrenk et d'autres délégués.
Les vues des deux grandes puissances n'auront, à mon avis,
des chances sérieuses de triompher qu'à la condition que Votre Excellence veuille bien s'entendre avec le cabinet de Vienne pour que les ministres plénipotentiaires des deux puissances agissent sur les différentes cours par des représentations énergiques.
Il y aurait peut-être quelque chose de plus efficace encore que les motifs lires de la chose même ; ce serait de faire sentir, sous forme d'une menace plus ou moins directe, que les grandes puissances n'hésiteront pas, dès que des complications européennes leur en fourniront l'occasion, à se procurer des garanties sérieuses contre la continuation d'un système qui offre aux autres gouvernements de l'Allemagne le moyen, dont on a si souvent abusé, de neutraliser totalement ou en partie leurs forces militaires. Je laisse à la sagesse de Votre Excellence le soin de juger à quels Etats et jusqu'à quel point il y aurait lieu de tenir un pareil langage. J'ai décliné la proposition de M. de Prokesch d'introduire des menaces de ce genre dans nos déclarations d'aujourd'hui, et notamment dans la mienne \ »
52. Lettre particulière sur des propos tenus par le baron de Prokesch relativement à la question d'Orient, à la question douanière et commerciale, et à la constitution prussienne.
12 février 1853. — «... M. de Prokesch parla dans son discours de la question d'Orient; d'après lui, l'affaire du Monténégro ne recèle aucun germe de complication européenne ; c'est plutôt la querelle de la Russie et de la France au sujet des lieux saints qui pourrait faire naître des difficultés. Il dit que la mission du comte de Leiningen à Constantinople n'avait d'autre but que le rétablis-
1 Le ministre de Manteuffel répondit qu'il avait préféré, avant de faire des démarches auprès des autres gouvernements, se mettre en rapport avec le cabinet de Vienne, d'autant plus que les offres faites antérieurement dans le même but étaient restées sans réponse; par contre, que les légations prussiennes avaient reçu l'ordre de s'entendre avec leurs collègues d'Autriche à l'effet d'arriver à obtenir l'adhésion des autres Etats aux propositions de la minorité du comité, et que les menaces dont M. de Prokesch avait parlé à M. de Bismarck avaient été évitées dans l'instruction circulaire adressée par l'An (riche aux représentants des cours d'Allemagne; que par suite la Prusse s'était également abstenue de les formuler. (Rescrit du 28 février 1853.)
sèment des relations de bon voisinage avec la Turquie ; relations qui resteraient compromises tant que la Porte aurait près des frontières autrichiennes une armée nombreuse, commandée par d'anciens rebelles hongrois dont le sultan avait promis l'internement, mais qui ne cessaient d'entretenir des relations criminelles avec les agitateurs de leur pays, et dont les projets pourraient trouver, contre l'attente de la Porte elle-même, un appui sérieux dans le caractère entreprenant et déloyal du renégat Omer-Pacha comme dans ses idées d'indépendance bien connues. De plus, ajoutait-il, l'Autriche ne saurait permettre que le fanatisme musulman soit excité près de ses frontières par la proclamation de la « guerre sainte » , et le danger qui la menaçait du côté de la France lui commandait impérieusement d'assurer la parfaite sécurité de sa frontière du sud-est ; en travaillant à obtenir ce résultat, elle croyait pouvoir compter sur l'appui moral de la Prusse.
Relativement à la question douanière et commerciale, M. de Prokesch rappela que le comte de Thun l'avait prié de seconder ses efforts pour obtenir la ratification de la convention arrêtée entre le comte et M. de Bruck, en agissant sur le cabinet de Vienne ; qu'il l'avait fait d'autant plus volontiers qu'il partageait entièrement les grandes idées politiques de M. de Bruck, si différentes des vues étroites du ministère des finances autrichien, particulièrement de M. Hock, lequel jouissait d'une grande influence dans le département, et se trouvait parfaitement d'accord avec le comte de Buol. En somme, le nouveau président fait tout ce qu'il peut pour dissiper, par ses manières conciliantes, les préjugés dont il se sait l'objet. Jusqu'ici mes rapports personnels avec lui ne laissent rien à désirer, bien que j'aie été amené à lui dire des choses désagréables à propos de la présentation de notre corps d'officiers et de la commissionmilitaire. Cependant je suis obligé d'avouer que mes doutes au sujet de son amour de la vérité, doutes que je désirerais vivement voir dissipés par des faits, sont trop enracinés pour que je puisse attacher une sérieuse importance à tout ce qu'il m'a dit jusqu'à présent. Chez la plupart des membres de la Diète, sa prolixité didactique et l'inutile prolongation des séances n'ont pas fait une impression favorable; d'après ce que m'a dit M. de Scherff,
plusieurs délégués avaient désapprouvé sa longue dissertation sur l'augmentation des contingents fédéraux; à l'entendre, on aurait dit que l'Autriche désirait voir éclater la guerre avec la France» ou du moins qu'elle la prévoyait pour un avenir prochain.
Je me permettrai de citer encore, à titre de curiosité, le fait que M. de Prokesch a parlé de la suppression totale de la Constitution en Prusse comme d'un projetque nourrissait le gouvernement royal ; mes dénégations, ainsi que mon opinion qu'une résolution aussi extrême serait une erreur politique, ont eu l'air de le surprendre.