AVEC L'ANGLETERRE
25 fructidor an V (H septembre 1797).
Citoyens,
Les négociations que vous êtes chargés de reprendre et de continuer n'ont pas eu, jusqu'à présent, le caractère que le Directoire veut leur imprimer dès aujourd'hui. Il veut que le lord Malmesbury, voyant arriver d'autres hommes, s'aperçoive aussi qu'ils sont dirigés par d'autres principes : qu'en mettant fin aux tâtonnements, on parle clair et que l'on finisse.
Il était tout simple qu'observant notre situation intérieure, le cabinet de Londres traînât les négociations en longueur et voulût tout attendre du temps : il était simple aussi qu'il crût que la victoire allait se décider
' Séance du 22 fructidor an V (8 septemhre 1797).
« On s'occupe des négociations entamées à Lille. Les ministres plénipotentiaires et leurs secrétaires sont rappelés, les citoyens Treilhard et Bonnier sont nommés pour la suite des négociations avec l'Angleterre. »
La feuille de travail de la séance du 25 fructidor, écrite de la main de Talleyrand, porte : " Arrêté relatif à la négociation avec « l'Angleterre, instructions sur le même objet. »
{Procès-verbaux des séances du Directoire.)
pour le parti royaliste, l'espérance de la contre-révolution n'ayant jamais abandonné les puissances coalisées.
C'est donc dès le premier moment de la victoire remportée par la République dans son propre sein, qu'il faut montrer à l'ennemi extérieur que c'est lui qui a été vaincu.
Il n'y a pas de sûreté à négocier longuement avec un cabinet étranger qui conspirait jusque dans le Corps législatif, et', sans doute, il ne doit pas s'attendre, après que ses trames ont été déjouées, à de meilleures conditions que celles qu'on lui offrait auparavant.
Le Directoire veut donc, Citoyens, que, regardant les pourparlers qui ont eu lieu jusqu'à ce jour comme non avenus, vous repreniez les instructions données à
^ Le prince de la Paix écrit de Saint-Ildephonse, le 31 juillet, à Talleyrand :
« La multitude d'émigrés salariés par l'Angleterre et Ténorme luxe auquel s'abandonnent les oisifs dans tous les pays, sont deux causes qui tendent il détruire la tranquillité de Paris. Et je sais que ces deux ennemis de la tranquillité se flattent d'être arrivés à leur but. On parle de l'établissement d'un souverain, la guerre civile paraît prête à éclaler dans les provinces. Quel sera le résultat de ces préparatifs? On assure le succès, on menace l'Espagne en cherchant à lui persuader que le traité d'alliance sera rompu; les apôlres de cette doctrine arrivent à Madrid, répandent ces bruits, et le peuple commence à se défier du ministère. Quelle sûreté aura-t-on pour châtier les séducteurs sans être dans la possibilité de les contredire? Ces bruits produisent plus de mal que la force armée, et nous aurons la plus grande difficulté à les éteindre s'ils viennent une fois à prendre racine. Je prie Votre Excellence de me dire avec ingénuité ce qu'elle peut m'assurer comme certain dans nos relations, ce qu'elle pense sur les moyens dont se prévaut notre ennemi commun.
« Votre Excellence pourra juger par cette marque de confiance de la bonne foi avec laquelle je traiterai nos affaires réciproques, »
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VOS prédécesseurs le 8 messidor. En conséquence, vous exigerez, avant tout, que TAngleterre souscrive aux deux points préliminaires qui concernent la restitution des vaisseaux pris à Toulon et la renonciation du Roi de la Grande-Bretagne au titre de roi de France et de Corse, l'autre point préliminaire relatif à la négociation séparée étant actuellement convenu.
L'article des restitutions à faire à la France exigées par la Constitution et les lois de la République, étant accordé par l'Angleterre, vous n'en parlerez que comme d'une chose faite sur laquelle il n'est pas permi;. de revenir.
Mais il est d'autres objets compris dans les instructions et sur lesquels vous insisterez. Tels sont l'abandon de l'hypothèque sur la ci-devant Belgique, la cession de Jersey et de Guernesey. Le Directoire n'entend pas se départir de la première de ces conditions; il ne tient pas si rigoureusement à l'autre, quoique jamais le temps ne lui fut plus favorable pour l'obtenir. Vous pouvez, au reste, montrer quelque facilité à comprendre dans le traité les possessions du Roi d'Angleterre en Allemagne, bien qu'il ne s'agisse ici que d'une paix maritime.
Rien assurément n'est changé aux articles qui portent la cession du nord de l'île de Terre-Neuve, depuis le cap Buena-Vista jusqu'au cap Vaye, et la liberté de la pêcherie sédentaire et errante.
Quant aux Indes orientales , indépendamment de la restitution des conquêtes faites sur la République et qui
est convenue par l'Angleterre , vous obtiendrez que la France soit remise dans cette partie du monde, telle qu'elle y était en 1754; mais le Directoire ne regarde pas cette condition comme étant sine qua no)i; il ne tient pas non plus, avec une extrême rigueur, à ce que l'art. 11 du traité de 1783, concernant la traite de la gomme sur les côtes d'Afrique, soit annulé; mais il a trop haute opinion de votre patriotisme pour ne pas croire que vous saurez mettre en avant ces questions pour peu que le succès soit probable. En général, vous aurez à suivre, comme thermomètre, la situation intérieure de la Grande-Bretagne, pour hausser vos demandes ou laisser tomber celles sur lesquelles le Directoire n'insiste pas absolument.
Le dernier article de vos instructions qui concerne immédiatement les intérêts de la République, est celui par lequel il vous est enjoint de stipuler qu'aucune des parties contractantes ne pourra s'opposer à l'exécution des stipulations territoriales et commerciales que chacune d'elles a faites ou pourrait faire avec toute autre puissance. Ce point ne sera pas difficile à obtenir, l'Angleterre ayant la première porté atteinte à ce qui avait été réglé à cet égard, à Utrecht, entre les puissances contractantes.
Le Directoire traitant pour la France, conformément à la Constitution et aux lois de la République, est obligé également de négocier pour ses alliés aux termes des traités qu'il a faits avec eux.
Celui qui le lie avec l'Espagne ne porte que la stipu-
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lation de traiter d'un commun accord et de telle manière, que chacune des parties contractantes obtienne la satisfaction qui lui sera due.
D'après cet engagement, l'Espagne ne peut guère s'attendre qu'à obtenir le statu quo ante hélium; mais comme la restitution de Gibraltar est pour nous un point de la plus haute importance, et qu'elle fermera la Méditerranée à l'Angleterre, vous n'oublierez rien pour l'obtenir si les circonstances sont favorables.
Nos engagements avec la République batave sont plus positifs. L'article 6, séparé et secret, du traité d'alliance, porte la garantie des possessions respectives des deux puissances dans les deux Indes et sur les côtes d'Afrique. Il y est dit expressément que vous ne vous en relâcherez point sans des ordres précis du Directoire. Et si, par une demande directe ou de simples insinuations, on voulait vous conduire à quelque altération de ce point , vous saurez répondre qu'on n'a jamais pu regarder comme de véritables conquêtes ces possessions hollandaises, que la déloyauté et non le droit de la guerre a livrées aux Anglais, car ils n'imagineront pas sans doute que le Directoire ignore qu'elles ont passé entre leurs mains par l'ordre positif d'une autorité qui n'existait déjà plus à cette époque.
Du reste. Citoyens, vous observerez strictement les autres articles portés dans vos instructions, relativement à la remise en dépôt de Gibraltar et des îles de Jersey, Guernesey, Aurigny, etc. , ainsi que l'article
relatif à la loi du 10 brumaire, jusqu'à Tentière exécution du traité.
En vous remettant sous les yeux les principaux articles des diverses instructions données à vos prédécesseurs, le Directoire espère. Citoyens, que par votre zèle et votre fermeté vous amènerez à un heureux terme une négociation entreprise dans des temps difficiles et dont vous êtes chargés dans des circonstances plus heureuses ^