MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES
Lille, le 30 fructidor an V (16 septembre 1797). CiTOYEM MINISTRE,
Nous avons eu hier notre première conférence avec lord Malmesbury; nous vous adressons la note que
' Sandoz-RoUin écrivait à son gouvernement :
« La doctrine du ministre Talleyrand n'a pas encore eu l'approbation du Directoire, et son influence sera lente à l'acquérir. Je sais que le jour où il fit lecture des nouvelles instructions à donner aux négociateurs à Lille, le sieur Pievvbellles censura et les rejeta comme frivoles; il dut en produire de nouvelles, modifiées sur l'esprit et le système de ce directeur. Le sieur Barthélémy a montré ici la même
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nous lui avons remise ; nous pensons que vous la trouverez rédigée dans l'esprit et dans l'intention de l'arrêté du Directoire ; il ne nous a pas dissimulé qu'il n'avait pas les pouvoirs suffisants pour restituer à la France et à ses alliés toutes les possessions qui, depuis le commencement de la guerre, ont passé dans la main des Anglais; il nous a même dit qu'il croyait qu'on ne lui donnerait pas de pareils pouvoirs; notre objet dans la conférence a toujours été de présenter notre demande comme un moyen d'activer la négociation, et nous avons singulièrement insisté sur le vœu du Gouvernement français pour la paix. Le lord Malmesbury revenait souvent sur le résultat des premières entrevues, sur l'adoption de la base des compensations et sur le consentement de son gouvernement de ne pas les prendre dans les possessions françaises si on les assignait sur le territoire des alliés : nous lui avons
faiblesse que de coutume, il n'a rien dit pour défendre le rapport de son ami. »
C'est ce rapport que nous donnons sous le n" VIII.
Cet incident se trouve confirmé par Carnot lui-même dans son Histoire du Directoire constitutionnel :
« Déjà le Gouvernement anglais, en reconnaissant la République et consentant à l'augmentation décrétée et même prévue de son territoire, offrait non seulement de nous rendre sans aucune exception toutes nos possessions dans les diverses parties du monde, mais encore de nous indemniser des vaisseaux qu'il nous avait enlevés à Toulon, et d'abandonner avec les armoiries le titre de Roi de France, que prend depuis des siècles celui d'Angleterre, comme pour perpétuer d'anciennes prétentions à faire valoir en temps opportun; il paraissait, en outre, très disposé à consentir certains arrangements qui eussent beaucoup facilité l'accroissement de notre commerce dans l'Inde... »
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répondu que la République était liée par des traités sacrés pour elle; qu'au surplus, il ne s'agissait, dans ce moment, que de se procurer des pouvoirs assez étendus pour ne pas courir les risques de voir, après de longues conférences, une négociation rompue faute de pouvoirs suffisants dans la personne du négociateur; à quoi le lord a répondu qu'il ne pouvait séparer dans son esprit les pouvoirs de la faculté d'en user ; qu'il n'en userait pas quand même ils lui auraient été donnés; il nous a, au surplus, annoncé qu'il donnerait sa réponse écrite ; nous l'attendons ; nous devons vous dire que, de part et d'autre, les formes ont été observées, et qu'à cet égard les négociateurs des deux nations ne peuvent qu'être satisfaits ; mais nous prévoyons que vu l'insuffisance de ses pouvoirs et la précision de l'arrêté du Directoire qui doit nous servir de règle, le lord Malmesbury aura à se retirer vers sa cour; nous emploierons le temps de son absence à un examen particulier et approfondi de tous les papiers et mémoires que nos prédécesseurs nous ont transmis, et nous vous transmettrons les observations qu'ils auront fait naître.
Salut et respect.
P, S. — Nous ne devons pas omettre de vous dire, Citoyen ministre, qu'au commencement de la conférence, le lord Malmesbury nous a demandé la communication de nos pouvoirs ; nous lui avons remis l'une des deux expéditions de l'arrêté qui nous nomme et que
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VOUS nous avez adressées ; nous vous prions de nous en faire passer une troisième, afin que chacun de nous ait son titre : le citoyen Derché n'a pas encore reçu Tarrêté qui le nomme secrétaire de la légation.