ET BONNIER
MINISTRES PLÉNIPOTENTIAIRES A LILLE
8 vendémiaire an VI (29 septembre 1797).
La note qui vous a été adressée de Londres par le lord Malmesbury et à laquelle vous avez fait une
* Treilhard et Bonnier avaient, on l'a vu, remplacé Le Tourneur et Maret dans la négociation de Lille.
Maret, parlant avec les instructions de Delacroix, rédigées par le Directoire, « avait conûé à un de ses amis, écrit Sandoz-Rollin, que toute espérance de paix s'évanouissait depuis qu'il en avait eu connaissance » .
Les instructions de Talleyrand, que Rewbell avait trouvées frivoles et que le ministre avait dû modifier, ne devaient pas procurer un meilleur résultat.
Voici une dépêche de Le Tourneur et de Maret qui explique l'état des négociations et les difficultés qu'elles rencontraient :
« Lille, le 8 thermidor an V (26 juillet 1797).
« Citoyen Ministre,
« Le courrier que le lord Malmesbury avait expédié à sa Cour le 28 messidor, est revenu le 4 de ce mois. Il a apporté la réponse du Roi d'Angleterre à la déclaration consignée dans la note dont copie était jointe à la dépêche que nous avons adressée à votre prédécesseur.
« Immédiatement après l'arrivée de ce courrier, le lord Malmesbury nous a demandé pour le lendemain une conférence qui a eu lieu le 5 à une heure.
« Il nous a dit que Sa Majesté Britannique avait été surprise que le Gouvernement de la République française, après avoir consenti à entrer en négociation avec l'Angleterre, exigeât comme un préliminaire indispensable l'acceptation d'une condition qui la privait de tout moyen et de tout objet de négociation ; que l'Espagne et la République batave, en autorisant la République française à négocier en
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réponse provisoire et convenable, ne prouve malheureusement autre chose, sinon qu'on cherche à colorer aux yeux du peuple anglais la rupture des négociations en la rejetant sur nous.
11 est assez extraordinaire que le lord Malmesbury, après avoir formellement déclaré qu'il n'avait pas les pouvoirs nécessaires pour restituer les possessions hollandaises ou espagnoles occupées par les troupes de Sa Majesté Britannique, veuille établir aujourd'hui que ses pouvoirs étaient suffisants et que la demande du Directoire exécutif ne se rapportait qu'à ses instructions.
leur nom, semblaient lui avoir donné le droit de modifier avec leur consentement les engagements partiels qu'elle pouvait avoir contractés envers ces deux puissances ; que Sa Majesté Britannique ne pouvait penser que si l'Espagne et la Hollande étaient animées des mêmes dispositions pacifiques que manifestait la République française, on persistât à exiger d'elle comme un préalable indispensable la restitution générale et gratuite de toutes les possessions françaises, espagnoles et hollandaises occupées par l'Angleterre.
« Nous avons observé au lord Malmesbury qu'il convenait que sur un objet aussi important sa réponse fût écrite, et nous l'avons invité à nous la faire parvenir le plus tôt possible, en le prévenant qu'elle serait transmise aussitôt à notre gouvernement. Le lord Malmesbury nous promit que le jour même ou le lendemain, il enverrait une note qui contiendrait la réponse de Sa Majesté Britannique et les motifs déterminants de cette réponse.
« Nous avons reçu celte note le 6, à six heures du soir. Vous en trouverez ci-joint la copie.
« Vous remarquerez, Citoyen ministre, qu'elle présente à l'appui des prétentions de l'Angleterre une considération dont jusqu'à présent le lord Malmesbury n'avait cherché à tirer aucun avantage dans nos conférences. Elle est relative au principe des compensations que le Directoire avait admis dans le cours des premières négociations qui ont été entamées à Paris l'hiver dernier. »
Le Directoire sait à merveille qu'on ne demande point à un négociateur qu'il fasse connaître ses instructions; mais quoiqu'il hésitât à supposer que celles du lord Malmesbury fussent en contradiction avec les pleins pouvoirs qu'il a communiqués, il pouvait désirer d'être instruit jusqu'à quel point les véritables intentions du Gouvernement britannique étaient d'accord avec cette pièce ostensible. Si tel fut l'objet de la première question que vous fûtes chargé d'adresser au lord, il faut convenir que sa réponse et son départ ont prouvé jusqu'à première évidence que si ses pleins pouvoirs apparents étaient dans une forme convenable, ses instructions étaient de nature à éloigner toute possibilité d'un accommodement.
On ne conçoit pas qu'une politique franche puisse concilier ainsi des pouvoirs dont on affecte de montrer l'étendue, et des instructions dont la rigueur entraîne la nullité de ces mêmes pouvoirs. Toute négociation qui n'est point un jeu suppose une discussion commune et des cessions réciproques, mais elle suppose aussi la possibilité d'une conciliation, et cette possibilité n'existe que par la latitude des pouvoirs et des instructions donnés aux négociateurs. Ainsi, dans cette circonstance et d'après l'aveu que lui-même vient de faire encore, si ce ne sont point des pouvoirs autrement conçus que le lord Malmesbury doit demander à sa cour, ce sont des instructions telles que pouvant tout discuter, il puisse aussi tout consentir.
Il pouvait convenir au Gouvernement britannique de
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prolonger par lettres et par courriers cette discussion insignifiante, mais le Directoire ne peut s'y prêter; il veut marcher au but ou prouver à l'Europe que la continuation de la guerre n'est en aucune façon son ouvrage. En conséquence, il vous prescrit d'adresser au lord Malmesbury une note officielle dont vous puiserez l'esprit et le texte dans l'arrêté du Directoire que je joins à cette lettre, et dans laquelle vous saurez conserver la dignité et la bienséance qui ont accompagné jusqu'ici toutes vos communications ^