LE BARON DE THUGUT A TALLEYRAND
Vienne, 31 août 1797 (14 fructidor an V).
Monsieur,
J'ai mis sous les yeux de l'Empereur la lettre dont vous m'avez honoré, datée du 24 thermidor, et Sa Majesté n'a pu qu'éprouver une satisfaction aussi vive que sincère des assurances que vous avez été chargé de m'y donner de l'entière uniformité des dispositions du
des ressources immenses pour notre commerce et un trésor pour les sciences. » — (Rapport du 22 février 1798.)
Deux ans plus tard, dans sa polémique avec son prédécesseur, Delacroiv, Talleyrand soutiendra que ni l'idée première ni la détermination n'en étaient à lui, et qu'il en avait été fort question avant lui, quoiqu'on n'eût encore rien arrêté, ni sur le mode, ni sur l'époque, ni sur les agents d'une telle entreprise. « J'avais dit qu'on m'attribuait l'expédition d'Egypte, mais que ni la gloire ni le blâme ne peuvent m'en appartenir; que c'était un projet très ancien, et qu'antérieurement à mon entrée au ministère, le citoyen Magallon, consul général en Egypte, qui déjà avait envoyé beaucoup de mémoires relatifs à une expédition dans ce pays, avait reçu un congé dont l'objet était de donner des renseignements à l'appui de ses mémoires. » (V, Gazette nationale du 7 thermidor an VII.)
Gouvernement de la République française avec celles qui animent Sa Majesté à l'égard du plus prompt et s^olide rétablissement de la paix et de l'amitié entre les deux puissances.
Mais l'Empereur n'a pu se défendre, Monsieur, d'être peiné de la supposition que votre lettre semblait indiquer que les sentiments de Sa Majesté avaient successivement éprouvé des variations depuis l'époque des préliminaires : une telle opinion, si jamais elle avait existé, n'aurait visiblement pu provenir que de quelque malentendu, de quelque interprétation erronée : le désir loyal de l'Empereur d'accélérer, autant que possible, le parfait retour de la tranquillité de l'Europe, lui avait fait penser que le temps qui s'écoulerait jusqu'à l'assemblée du congrès, convenue dans les articles deLeoben, pourrait être mis à profit pour faire discuter d'avance par les plénipotentiaires respectifs en Italie les moyens de conciliation sur les points que Ton présumerait pouvoir offrir des difficultés dans les négociations du congrès, et en retarder par conséquent d'autant les progrès ; mais il n'en est pas moins vrai que Sa Majesté n'avait jamais autorisé ses plénipotentiaires à proposer que la paix définitive fût conclue et signée en Italie et sans la concurrence de ses alliés; il leur avait été, au contraire, constamment enjoint d'insister sur l'assemblée d'un congrès, telle qu'elle a été stipulée dans l'article 4 des préliminaires, demande à laquelle les plénipotentiaires de la République se sont, de leur côté, toujours refusés.
Ces faits reposent sur des preuves non équivoques, ce qu'il serait aisé de vérifier, si les justes espérances qui paraissent résulter du parfait accord actuel des intentions des deux puissances pour hâter et faciliter la conclusion d'une paix, objet des vœux de tant de peuples, ne semblaient rendre désormais superflu de revenir sur le passé; car si le Directoire exécutif, comme les termes précis de votre lettre. Monsieur, ne sauraient y laisser le moindre doute, regarde le renouvellement de la guerre comme un grand malheur, l'Empereur se réunit bien loyalement à des sentiments d'humanité aussi respectables dont il est lui-même intimement pénétré ; et la République française étant décidée à ne pas soufl'rir que le sang qui malheureusement serait versé encore pût lui être imputé, l'Empereur est, de son côté, bien éloigné de craindre qu'il pût jamais en être censé coupable, Sa Majesté ayant déclaré et déclarant encore solennellement qu'elle se borne à demander uniquement l'exécution des préliminaires et à invoquer la foi des traités, dont l'inviolabilité est universellement reconnue comme pouvant seule cimenter la tranquillité publique et la bonne intelligence entre les puissances.
En considérant donc cette analogie complète des dispositions réciproques, il est sans doute permis d'en tirer l'augure le plus favorable pour le prochain succès des négociations d'Udine, dans lesquelles les plénipotentiaires de l'Empereur se trouvent munis de tous les pouvoirs et instructions nécessaires pour traiter la paix
définitive de Sa Majesté, en sa qualité de roi de Hongrie et de Bohême, et pour signer tous les articles dont on sera convenu d'après les bases fondamentales posées à Leoben, le 18 avril, et dûment consolidées depuis par la ratification des deux gouvernements.
Il me reste, Monsieur, à vous présenter mes félicitations bien sincères sur le poste important auquel votre mérite et la confiance de votre gouvernement vous ont appelé : la joie que cet événement m'a inspirée s'accroît encore par l'espérance certaine, fondée sur la loyauté connue de vos principes, que vous contribuerez efficacement par vos soins et par vos talents au plus prompt avancement d'un ouvrage si intéressant pour le repos et la félicité de deux Etats, et auquel je serai, en mon particulier, très heureux de consacrer tout mon zèle.
Agréez, je vous en prie. Monsieur, l'assurance de ma haute considération.
CLARKE A TALLEYRAND
Passeriano, 16 fructidor an V (2 septembre 1797).
Citoyen ministre, M. le baron de Degelmann, l'un des trois plénipotentiaires de Sa Majesté l'Empereur et Roi, est arrivé à Udine, vingt-quatre heures après M. le marquis de Gallo ; et le général en chef Bona-
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parte est arrivé ici le 10 fructidor. Je m'y suis transporté le même jour pour lui faire part de la résolution que MM. les plénipotentiaires autrichiens avaient prise de fixer leur séjour à Udine, malgré l'invitation que je leur avais faite, en son nom, de se rapprocher de lui en se rendant à Codroipo. Ce refus de leur part était principalement fondé sur le texte littéral de l'acte qui transfère les négociations à Udine. Après deux jours de discussion sur cet objet, on était convenu de se réunir au village de Campo-Formio, qui se trouve entre Passeriano et Udine. Néanmoins, il a été trouvé ensuite plus commode de tenir les conférences alternativement
Il ici et dans cette dernière ville. La première a eu lieu en conséquence le 14, chez M. le marquis de Gallo.
1 Après nous avoir remis, dans cette séance, copie de leurs pleins pouvoirs et avoir reçu celle des nôtres en
^ échange, les plénipotentiaires autrichiens ont annoncé que Sa Majesté Impériale se réservait formellement le droit d'ouvrir un congrès à Berne dans le cas où les négociations qui allaient s'entamer à Udine ne pourraient réussir, et qu'elle se disposait même à nommer
I dès à présent des plénipotentiaires chargés de se rendre incessamment au lieu indiqué par l'article 4 des préliminaires. Cette réserve nous a paru donner à leurs pleins pouvoirs un caractère conditionnel, et nous avons aussitôt insisté pour qu'elle fût entièrement omise, comme contradictoire à leurs pleins pouvoirs conçus dans une forme absolue. Les motifs de notre refus ont été principalement puisés dans le texte des pleins pouvoirs donnés
par la Cour de Vienne et dans les préliminaires euxmêmes.
En efibt, avons-nous dit, Sa Majesté Impériale articulant dans les pleins pouvoirs qu'elle a résolu d'en munir ses plénipotentiaires en conséquence des préliminaires de paix conclus entre la République française et elle, l'article 4 de ces préliminaires relatif à la négociation de la paix définitive se trouve exécuté et rempli par l'envoi de plénipotentiaires à Udine, et la réunion projetée à Berne existe, par conséquent, réellement dans celle d'Udine. iV'est-il pas incontestable que si la réunion d'Udine ne devait point être regardée comme l'exécution de l'article 4, cette réunion, ne s'appuyant plus alors sur les préliminaires, manquerait totalement de base, et que les pleins pouvoirs donnés à MM. les plénipotentiaires autrichiens, en conséquence des préliminaires, se trouveraient en contradiction avec ces derniers et par conséquent nuls? Forcés donc, pour donner à la réunion d'Udine un caractère légal, de la considérer comme l'exécution de l'article 4, la réserve que veulent faire MM. les plénipotentiaires est sans but et inadmissible, car si les négociations ouvertes à Udine n'ont pas l'issue désirée, tous les moyens de conclure la paix conformément aux préliminaires se trouveront épuisés, et il ne restera plus qu'à tenter les hasards d'une nouvelle campagne. Dans tous les cas, il ne peut donc y avoir une réunion de plénipotentiaires à Berne.
Passant ensuite aux motifs secrets qui ont pu inspirer une déclaration aussi extraordinaire au ministère
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autrichien, nous avons cru les voir dans le système qui paraît toujours exister de ne pas séparer sa cause de celle de l'Angleterre, dans le désir de se réserver le moyen de rompre à volonté les négociations d'Udine, sans courir, pour cette année, les chances de la guerre et de se réunir aux Anglais à Berne, après la rupture des conférences de Lille, si cette rupture avait lieu. Nous avons fait sentir aux plénipotentiaires que nous nous apercevions du piège qui nous était tendu, sous un faux prétexte de loyauté et d'humanité, et nous leur avons déclaré être dans la ferme volonté de suspendre toute négociation s'ils ne retiraient pas leur réserve. Incapables de la défendre soit par ses motifs, soit par son résultat probable, ils ont annoncé ne pouvoir s'en départir sans une autorisation formelle de leur Cour. Après avoir cherché pendant très longtemps et vainement une rédaction pour un acte commun qui pût concilier nos idées et les leurs, on a ajourné la résolution définitive à la seconde séance, qui s'est tenue le lendemain à Passeriano.
Cette conférence a vu se reproduire les mêmes arguments de notre part et les mêmes difficultés de l'autre, et l'impossibilité apparente où l'on était de terminer ce différend avait déjà fait prendre la résolution d'attendre pour continuer les conférences, que la Cour de Vienne eût fait connaître sa détermination définitive, lorsque, considérant les entraves que ce retard devait apporter à la négociation et le désavantage dont il était pour notre position, et croyant apercevoir d'ailleurs dans
les plénipotentiaires autrichiens le désir personnel de terminer, nous sommes respectivement convenus de continuer la négociation sans avoir égard à la réserve faite, ni à notre contre-déclaration. Voulant cependant détruire dans le ministère autrichien l'espérance de nous faire tomber dans une nouvelle négociation, si celle-ci ne conduisait pas à la paix, et annuler pour nous l'effet qu'il s'était promis de sa perfidie, nous avons déclaré aux plénipotentiaires autrichiens, aussi clairement qu'il leur a paru possible de l'admettre sans exposer leur responsabilité, que nous nous refusions formellement à toute clause qui tendrait à donner à la négociation un caractère différent de celui qui lui était affecté par le texte de leurs pleins pouvoirs, en convenant toutefois de la continuer, conformément à leur texte pur et simple. De cette manière, la non-admission de la réserve de notre part se trouvant liée à la convention respective de poursuivre la négociation, et les plénipotentiaires admettant l'une et l'autre, ils sont censés avoir levé l'obstacle qui s'opposait à sa continuation, c'est-à-dire avoir renoncé à la réserve.
La troisième conférence aura lieu demain, à Udine.
Salut et respect.
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CLARKE A TALLEYRAND
Passeriano, 19 fructidor an V (5 septembre 1797).
Citoyen Ministre,
J'ai l'honneur de vous envoyer ci-jointes les copies des procès-verbaux des deux conférences qui ont eu lieu les 17 et 18 fructidor.
Nous avons terminé la première, ainsi que vous le verrez, par une déclaration qui nous a paru nécessaire tant pour éloigner l'idée d'une nouvelle négociation, que pour connaître à temps les véritables intentions du cabinet de Vienne. Elle nous a été de plus inspirée par l'interprétation désastreuse que la Cour de Vienne affecte de donner au terme de trois mois, stipulé dans les préliminaires pour la conclusion de la paix définitive entre la France et l'Autriche.
Dans le procès-verbal de la conférence du 18, vous remarquerez. Citoyen ministre, non sans un grand étonnement sans doute, que la Cour de Vienne paraît être dans l'intention de ne se prononcer sur rien de ce qui regarde l'Empire; et en prétendant ne traiter avec nous que sous le rapport de Roi de Hongrie et de Bohême, l'Empereur semble n'avoir pas abandonné le plan de la convention secrète proposée à Montebello,
au moyen de laquelle il voulait entrer en possession de ce qui lui est accordé en Italie par les préliminaires et conserver au congrès d'Empire la liberté d'influencer les résolutions de la Diète d'une manière opposée à nos intérêts et à nos demandes, ce qui nous exposerait même à perdre ce que les préliminaires nous accordent. Il ne nous suffirait pas qu'il s'engageât, en cas de guerre avec l'Empire, à ne fournir que son contingent, ainsi que les plénipotentiaires autrichiens l'ont laissé entrevoir, sans même vouloir l'articuler d'une manière précise, car l'Empire seul ne peut recommencer et soutenir la guerre contre nous, et la République se trouverait impliquée dans une négociation dont le terme ne peut s'apercevoir : aussi avons-nous moins cherché à connaître le parti que prendrait Sa Majesté Impériale pendant cette guerre qui est impossible, que celui qu'elle se propose d'adopter, pendant les négociations, au congrès d'Empire, et nous croyons indispensable de nous assurer du vœu de l'Empereur dans une circonstance aussi essentielle. La réponse précise que nous devons demain solliciter à cet égard de ses plénipotentiaires nous donnera, je pense, la mesure de ses intentions amicales. Je crois inutile. Citoyen ministre, de m'étendre davantage sur cet objet, puisque tout ce que je pourrais vous dire aujourd'hui ne serait que conjecturai.
Salut et respect.
' Le 24 fructidor, Clarke écrivit encore deux lettres, dont une
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TALLEYRAND AU CITOYEN GÉNÉRAL BONAPARTE
20 fructidor an V (6 septembre 1797).
Citoyen Général,
Le courrier d'aujourd'hui vous apportera de grandes nouvelles de Paris. Les proclamations du Directoire, les actes du Corps législatif, les papiers publics, la lettre même que j'écris aux agents de la République à l'extérieur et dont je vous adresse une copie ' , vous
confidentielle, au ministre des relations extérieures. Dans la lettre officielle il dit : u La première des séances a fait connaître combien les craintes manifestées dans ma dernière lettre étaient fondées, La réponse des plénipolexitiaires autrichiens à la demande que nous avons faite conformément au texte des préliminaires, tend non-seulement à priver la République des avantages que la reconnaissance faite par TEmpereur des limites de la France décrétées par ses lois, lui donnait le droit de réclamer et d'espérer, mais elle s'étend encore jusqu'à lui enlever des pays organisés en départements et dont les représentants siègent au Corps législatif. » Dans la lettre confidentielle Clarke ajoute : « Et si même on devait juger de leur issue (des négociations) par ce qui jusqu'ici a été fait, on serait forcé de regarder la reprise des hostilités comme inévitable et très prochaine. »
^ « Talleyrand aux agents de la République.
« Paris, le 20 fructidor an V.
« Un grand événement vient de se passer, Citoyen, le 18 fructidor; il doit nécessairement avoir la plus énergique influence sur les destinées de la République, et tout ce qui en France a le sentiment
apprendront les détails et vous mettront à même de saisir l'ensemble de cet événement de la Révolution
de la Liberté pense qu'il en affermira à jamais la durée. Mais comme la perfidie pourrait chercher à le dénaturer par des récits infidèles, je dois fixer dès ce moment vos idées en vous transmettant les principaux détails, ainsi que les proclamations du Directoire. Je me réserve de vous faire parvenir successivement les pièces, actes et décrets subséquents.
u Vous lirez dans les proclamations qu'une conspiration véritable et toute au profit de la royauté se tramait depuis longtemps contre la Constitution de Tan III : déji\ même elle ne se déguisait plus ; elle était visible aux yeux des plus indifférents. Le mot patriote était devenu une injure, toutes les institutions républicaines étaient avilies : les ennemis les plus irréconciliables de la France accourus en foule dans son sein y étaient accueillis, honorés : un fanatisme hypocrite nous avait transportés tout ;\ coup au seizième siècle; les héros de nos armées n'étaient que des brigands ; les vaincus se demandaient entre eux quels étaient ceux des vainqueurs à qui ils pourraient faire grâce. Enfin la République française, couverte de gloire au dehors et commandant le respect aux puissances de l'Europe, commençait à devenir un problème en France.
« Tout cela eût pu n'être qu'un égarement passager de l'esprit public, ou plutôt, tout cela n'eût pas existé un seul jour si les deux premières autorités constituées s'étaient montrées unanimes dans la résolution de maintenir la Piépubliquc ; mais la division était au Directoire ; mais dans le Corps législatif siégeaient des hommes visiblement élus d'après les instructions du prétendant et dont toutes les motions respiraient le royalisme; mais déjà, sous prétexte de police intérieure, s'était élevé dans ce corps un monstrueux pouvoir exécutif qui men;)çait le gouvernement et autour duquel se rangeaient les royalistes les moins déguisés qu'on enrôlait en foule. Enfin tout était prêt pour dissoudre la Constitution, lorsque le Directoire, par une de ces mesures vigoureuses que commandait le salut de la patrie, se rappelant que le dépôt de la Constitution avait été spécialement commis à sa fidélité par l'article 377, que c'est à lui (par l'article 144) à pourvoir à la sûreté extérieure et intérieure de la République ; que (suivant l'article 112) les membres du Corps législatif eux-mêmes peuvent être saisis en flagrant délit ; considérant aussi qu'au moment où une conspiration armée allait éclater et où
que votre esprit supérieur a dû pressentir, qu'il saura apprécier, et qui doit avoir une si grande influence sur
les points du rassemblement étaient dans les salles mêmes du Corps législatif, les moyens ordinaires n'étaient plus en son pouvoir, soutenu par un grand nombre de députés fidèles qui bientôt ont formé rimmense majorité de la législature, et muni de pièces authentiques qui montraient jusqu'au plan de la conspiration ; lorsque, dis-je, le Directoire, fort de toutes ces circonstances, a fait saisir dans un lieu étranger à celui oiî s'étaient réunis les représentants du peuple en majorité, des individus qui osaient se dire députés, en distribuant des cartes de ralliement aux conspirateurs à qui ils faisaient aussi distribuer des armes.
ce Cette conduite ferme a reçu l'assentiment général ; aucune résistance ne Ta laissée un instant douteuse ; aucun désordre ne l'a souillée; les gardes du Corps législatif ont obéi à la voix d'Augereau et gardent maintenant les deux Conseils avec un zèle qui n'est plus inquiet; les patriotes n'ont pas laissé égarer leur enthousiasme; aucun cri de vengeance ne s'est fait entendre ; enfin la confiance dans le gouvernement est unanime, et le peuple est satisfait et tranquille.
« Les députés ont délibéré avec le plus grand calme; ils ont secondé puissamment les mesures du Directoire et lui ont prêté l'appui de la loi. Eclairés par lui sur l'existence de la conspiration, ils ont remonté rapidement à sa source et ont rendu plusieurs décrets fermes et rassurants que vous connaîtrez; mais, ennemis de tout ce qui pouvait rappeler le règne affreux de la Terreur, ils ont voulu que le sang même le plus coupable ne fût pas répandu, que toute la punition pour ceux qui avaient voulu déchirer la République fût de ne pas vivre dans son sein, et c'est ce qui distinguera dans l'histoire cette époque mémorable de la Révolution. Les opérations de quaranteneuf assemblées électorales ont été annulées : deux directeurs, cinquante-quatre députés et dix individus ont été déportés, non par un jugement qui était devenu impossible, mais par une mesure extraordinaire du Corps législatif que les circonstances ont nécessitée.
« On vous dira que la Constitution a été violée, et ce reproche vous sera fait surtout par ceux qui regrettent le plus qu'elle n'ait pas été entièrement détruite. A ce reproche voici la réponse : la Constitution était presque renversée, et par des moyens qu'elle n'avait pas prévus, qu'elle n'avait pu prévoir; dès lors il a fallu de
les destinées de la République. Je n'ai donc presque rien à vous dire. Toutefois j'ai voulu ajouter ce peu de mots : Paris est calme ; la conduite d'Augereau, parfaite ; on voit qu'il a été à la bonne école ; les patriotes respirent ; point de mouvement populaire , quelques terroristes ont voulu s'agiter un instant : un seul mot d'Augereau prononcé d'un ton ferme les a repoussés vers les faubourgs où ils sont tranquilles ; ils avaient
toute nécessité se saisir des seuls moyens de la relever, de la raffermir pour s'y renfermer ensuite et pour toujours; aussi l'instant d'après a-t-elle été plus que jamais religieusement respectée ; tous les actes du Directoire ont été sur-le-champ adressés au Corps législatif; tout ce qu'a résolu le conseil des Cinq-Cents, il l'a soumis à celui des Anciens. Toutes les délibérations ont été parfaitement libres, et aucun murmure de tribune ne les a même interrompues ; on va procéder au choix de deux nouveaux directeurs ; enfin, pour confondre à la fois et les espérances et les calomnies de tous ceux qui auraient tant désiré ou qui méditeraient encore la ruine de cette Constitution, une mort prompte a été prononcée dès le premier jour contre quiconque rappellerait la Royauté, la Constitution de 1793 ou d'Orléans, et c'est ainsi que la Constitution de l'an III s'est refortifiée par cette secousse même, et, dégagée maintenant de ses ennemis, se trouve entourée de plus de moyens de défense qu'elle n'en eut jamais.
« Voilà ce que vous direz; vous ajouterez que le Directoire, par son courage, l'étendue de ses vues et ce secret impénétrable qui en a préparé le succès, a montré au plus haut degré qu'il possédait l'art de gouverner dans les moments les plus difficiles ; que la République française pourra déployer désormais et au dehors et au dedans les plus fécondes et les plus énergiques ressources ; qu'elle aura pour elle et cet esprit public qui s'est ranimé tout à coup et avec lequel, chez les Français, rien n'est impossible, et cet accord parfait entre les autorités constituées qu'on était parvenu criminellement à désunir, et enfin cette belle expérience de vigueur qui l'a fait triompher dans une heure et sans combat du plus terrible danger qu'elle ait couru depuis qu'elle existe.
tt Salut et fraternité. »
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espéré recueillir les fruits de la victoire, mais ce qui a été fait sans eux n'aura pas été fait pour eux. Des mesures sévères ont été prises : plusieurs étaient nécessaires, quelques-unes pourront être adoucies : d'excellents patriotes le désirent, mais ils pensent aussi qu'il faut si bien finir que ce ne soit plus à recommencer. On est sorti un instant de la Constitution, on y est rentré, j'espère, pour toujours. Combien sont coupables ces hommes du nouveau tiers qui nous ont conduits à de si douloureuses extrémités ! Dans tout cet événement, Barras a montré une tête extraordinaire, c'est-à-dire sang-froid, prévoyance, résolution.
Salut et respectueux attachement.
TALLEYRAND AU GÉNÉRAL BONAPARTE
22 fructidor an V (8 septembre 1797) .
Citoyen Général,
Les événements du 18 fructidor doivent nécessairement réagir au dehors. Ils attesteront à l'Europe la force du Gouvernement et la vigueur de la République qui vient de dissiper ses ennemis intérieurs avec cette facilité dont vous lui avez donné un si bel exemple par
rapport à ses ennemis étrangers. Ils doivent éteindre les espérances que les puissances européennes avaient fondées sur nos divisions intestines : ils renversent l'appui qu'elles s'étaient donné; enfin ils brisent beaucoup d'obstacles à la paix. Le ton des négociations doit donc en devenir encore plus élevé. Cette remarque, comme vous le pensez, ne s'adresse point à vous qui, certes, n'avez pas attendu ce moment pour faire parler à la France le langage qui lui convient; mais il me semble qu'en résultat vous devez pousser plus que jamais à la négociation. Surtout, que la République d'Italie soit bien affermie et que Mantoue soit à elle : c'est le cri de tous les républicains ; si, avec cela, nous avons la limite du Rhin et que Venise ne soit pas à l'Empereur, c'est là une paix digne de Bonaparte. Pour tout le reste , livrez-vous à vos combinaisons : elles porteront sûrement un caractère de grandeur et de stabilité que vous savez donner à tout \
' Quelques jours après sa nomination de minisire des relations extérieures, le 6 thermidor an V f24 juillet 1797), Talleyrand avait écrit à Bonaparte la lettre suivante :
« J'ai rhonneur de vous annoncer, Général, que le Directoire exécutif m'a nommé ministre des relations extérieures. Justement effrayé des fonctions dont jo sens la périlleuse importance, j'ai besoin de me rassurer par le sentiment de ce que votre gloire doit apporter de moyen et de facilité dans les négociations. Le nom seul de Bonaparte est un auxiliaire qui doit tout aplanir. Je m'empresserai de vous faire parvenir toutes les vues que le Directoire me chargera de vous transmettre, et la renommée, qui est votre organe ordinaire, me ravira souvent le bonheur de lui apprendre la manière dont vous les aurez remplies. »
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TALLEYRAND AU GÉNÉRAL BONAPARTE
Paris, 29 fructidor an V (15 septembre 1797).
Citoyen Général,
J'ai reçu vos dépêches des 17 et 20 fructidor. Voici ce que je suis chargé de vous répondre :
On peut faire sur le Rhin tout ce que vous demandez ; mais l'envoi de troupes en Italie ne peut avoir lieu aux termes que vous désirez. Tout ce que le Directoire peut faire à cet égard, c'est de vous faire passer deux à trois mille hommes de cheval tirés des dépôts des armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle, si vous avez de quoi les monter et les équiper en Italie. Encore devez-vous sentir qu'ils ne peuvent arriver que fort tard. Il ne faut pas non plus compter sur les dix mille Piémontais que vous demandez. Le Directoire exécutif ne se trouve pas en situation de ratifier le traité avec le Roi de Sardaigne ^.
* Le procès-verbal de la séance du Directoire à la même date porte : « Le ministre des relations extérieures soumet un projet d'instructions à Bonaparte et une lettre particulière à ce sujet, le tout approuvé par le Directoire.
« Le ministre garde les pièces par devers lui. »
{Feuille de travail autographe.)
* Dans un rapport des derniers jours de thermidor, le ministre des relations extérieures faisait connaître les motifs qui devaient
C'est la République cisalpine qui doit vous procurer le renfort dont vous avez besoin. C'est là où vous devez puiser. Faites des efforts pour avoir les quatre mille
déterminer le Directoire à ratifier le traité avec le Roi de Sardaigne. « D'après les dépêches du citoyen Miot, le Gouvernement sarde redoute avant tout qu'une révolution prochaine est prête à le renverser, et que celte révolution sera, sinon favorisée, du moins approuvée par la République.
« De tous les moyens de calmer les alarmes de ce gouvernement, le plus efficace, suivant le citoyen Miot, eût été la ratification du traité d'alliance; et cet ambassadeur pense que si les circonstances actuelles rendaient cette ratification possible, il serait très avantageux de la près sir.
« Le citoyen Miot demande sur cet objet des instructions nouvelles.
a Considérations politiques :
« La sûreté de Tarmée d'Italie exige que le Piémont soit tranquille. Il serait peut-être aussi dangereux que ce pays fût livré dans ce moment aux agitations révolutionnaires, qu'influencé par nos ennemis. Pénétré de celle vérité, le général Bonaparte a déjà témoigné que l'intention de la République était de seconder le Roi de Sardaigne pour le maintien de l'ordre dans ses Etals. Par celte déclaration, es général a sans doule exprimé la volonté du Directoire exécutif. Ce système me paraît fondé sur des considérations bien puissantes. Le Roi de Sardaigne, entouré d'Etats libres alliés de la France, nous est nécessairement dévoué ; il tient de nous, pour ainsi dire, sa couronne ; il ne la conserve que par notre protection, et le maintien de son autorité, en prouvant notre modération, détruit les calomnies répandues sur le projet qu'on nous suppose de renverser tous les gouvernements monarchiques, malgré leur liaison avec nous. Le Roi de Sardaigne privé de ses forteresses n'est plus redoutable pour nous ; il peut nous devenir utile, en mettant ses troupes à notre disposition, en défendant aux ennemis que nous pouvons avoir de ce côté l'approche de notre territoire.
« Au contraire, le Piémont, livré aux convulsions révolutionnaires, ne nous présente aucun de ces avantages; il offre un accès facile à nos ennemis qui seraient en même temps ceux des nouvelles Républiques.
« Le Piémont constitué lui-même en République séparée n'en conserverait pas moins son antipathie pour les Génois et les Lombards;
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Génois dont vous parlez, et même demandez-en un plus c^rand nombre, si vous voyez jour à l'obtenir. Enfin, si le calme se soutient dans le Midi, vous pourrez rappeler
comme eux il aurait besoin de noire alliance. Comment alors concilier tant d'intérêts opposés? Mais la conformité de principes politiques amènerait sans doute la réunion de ces divers Etats. Alors je vois naître de nouveaux dangers, et ici, je prie le Directoire de me permettre de préjuger, pour un moment, la question qu'il faudra bientôt agiter peut-être sur les avantages et les inconvénients qui résulteraient pour la France d'une République unique en Italie.
« Le Piémont réuni aux États libres ajoute à leur force, et dans cette hypothèse, il s'élève en Italie une puissance tellement formidable qu'elle nous en impose à nous-mêmes qui l'avons créée. Fière de sa force, elle veut s'affranchir de notre influence. L'Autriche aura peutêtre alors le bon esprit d'offrir son alliance à cette République d'Italie, sous le prétexte de la protéger contre notre ambition, mais en effet pour nous punir de l'avoir fondée et pour se ménager les moyens de l'asservir ou du moins de l'influencer à son tour. C'est ainsi que l'Angleterre semble attirer aujourd'hui les Etats-Unis dans son alliance, pour joindre leurs forces aux siennes, contre leurs libérateurs. Cette ingratitude des nations n'est pas sans exemple.
"Ces considérations, quoique fondées sur des hypothèses, doivent, cerne semble, nous déterminer à maintenir le Gouvernement sarde.
« Je propose au Directoire exécutif de m'autoriser à rédiger dans ce sens les instructions que le citoyen Miot me demande. »
Le Directoire repousse la proposition, et dans une lettre qui porte la même date que le projet d'instruction qui précède, et dont il est fait mention dans le procès-verbal de la séance du Directoire, Talleyrand fait connaître à Bonaparte les motifs de la décision prise parles directeurs.
« Citoyen Général,
« J'ajoute à ma dépêche de ce jour quelques éclaircissements sur des objets qui ne m'ont pas paru devoir faire partie d'une pièce offlcielle, et dont néanmoins il est bon que vous soyez instruit.
« Le Directoire ne veut pas ratifier le traité fait avec le Roi de Sardaigne: il y aurait de la contradiction à ce qu'il se liât par des engagements solennels avec une monarchie dont la prochaine destruction pourrait être l'effet de tout ce qu'elle a opéré en Italie. On l'accuserait du machiavélisme avec lequel le Roi de Prusse s'est con-
auprès de vous la colonne que vous aviez ordre d'y envoyer. L'unanimité de la nation sur l'événement du 18 fructidor donne à croire que le Directoire pourra s'en passer.
Je viens aux détails diplomatiques :
Je vois, par votre dépêche du 20, que les plénipotentiaires autrichiens vous ont fait de fort singulières propositions. Ils demandent la Romagne, le Ferrarais, Mantoue, Peschiera, Venise et tout l'Etat vénitien. Dites-leur en réponse à ces étranges communications, et signifiez -leur, comme l'ultimatum du Directoire,
duit envers la Pologne. D'ailleurs, l'article du traité auquel le Roi de Sardaigne tient le plus est celui par lequel la sûreté intérieure de son royaume lui est garantie : or, nous ne pouvons donner aux rois une garantie contre les peuples ; un tel engagement nous conduirait à faire la guerre aux mêmes principes pour lesquels nous avons combattu jusqu'à présent, et auxquels est due une grande partie de nos victoires. Le Piémont deviendra ce qu'il pourra entre la France et l'Italie, l'une et l'autre libres. Tout ce que nous pouvons faire dans ce pays, c'est de laisser les choses suivre leur cours naturel.
« D'après cela, vous ne pouvez avoir les dix mille Piémontais qu'on avait promis ; mais rien n'empêche que vous n'ayez tout ce que vous voudrez de soldats de ce pays; il n'y manque pas d'hommes qui voudront combattre pour la liberté et sous vos ordres. Tout ce qu'il y aura de révolutionnaires s'empressera d'accourir. Il faut que vous engagiez la Cisalpine à les enrôler, les solder et les équiper. De cette manière vous aurez la petite armée que le Roi de Sardaigne devait fournir, et nous n'aurons aucune obligation à un prince de la Maison de Savoie. Il est très croyable que la Cour de Turin ne s'opposera nullement à ces enrôlements : elle sera peut-être même fort aise qu'on la délivre de gens qui l'inquiètent, et cette mesure, utile à nous, retardera l'explosion chez elle. Toute la difficulté consiste à les payer. Je comprends que la Cisalpine paye déjà beaucoup, mais ce n'est que de l'argent; et la France a payé la liberté bien plus cher qu'elle. Il y va d'ailleurs fortement de son intérêt. »
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qu'en Italie l'Empereur gardera Trieste, et gagnera ristrie et la Dalmatie; qu'il renoncera à Mantoue, à Venise, à la terre ferme et au Frioul vénitien, et qu'il évacuera Raguse. La République française ne veut rien garder dans le continent de l'Italie. Quant aux îles, les arrangements qui seront pris sur ce point avec la République cisalpine ne regardent pas l'Empereur. L'Empereur peut se dédommager par l'archevêché de Salzbourg et l'évêché de Passau. Il cherchera, en Allemagne, le dédommagement du duc de Modène et du prince d'Orange. La France consentira à ces arrangements. Elle est résolue de maintenir la limite du Rhin. L'Empereur a fait à cet égard, tant comme Empereur que comme prince de l'Empire, une déclaration qui exprime son consentement et ne laisse plus lieu à aucune équivoque. Il évacuera Ingolstadt, Manheim, Mayence, Ehrenbreitstein, Ulm, Kœnigstein.
Tel serait. Citoyen Général, Vultimatum du Directoire, si toutefois vous êtes en mesure de soutenir ces propositions. Sinon, vous marquerez au gouvernement ce que vous pouvez tirer de la négociation. Vous avez carte blanche. Mais je ne puis vous dire trop combien le Directoire désire, et combien il est de l'intérêt de la République que vous puissiez faire passer les articles ci-dessous. L'Empereur doit être entièrement écarté de l'Italie. Les dédommagements doivent consister en biens ecclésiastiques sécularisés en Allemagne, et nous devons prendre toutes précautions pour qu'il ne puisse pas nous gêner pour la paix de l'Empire. C'est à quoi
tendent les arrangements proposés. Si l'Empereur se refuse à cet arrangement fort raisonnable, que vous trouviez votre situation assez forte, et que vous sentiez que la négociation ne peut plus être menée à bien, alors vous poursuivrez le plan d'expulser la Maison d'Autriche de l'Italie.
Le Directoire se trouve aujourd'hui dans une situation à proposer une paix basée, non sur des préliminaires précipitamment conclus, mais sur les convenances naturelles et les limites permanentes des deux puissances.
La République est affermie dans l'intérieur, et le gouvernement, en abattant la faction qui favorisait l'Autriche, se trouve maître des ressources nécessaires pour donner à la nation une paix stable et glorieuse, telle enfin que l'attend la partie saine et éclairée du peuple français. Il est également en mesure pour le dehors : je suis chargé de vous informer qu'il négocie avec la Prusse un traité d'alliance offensif et défensif, que cette négociation se pousse avec chaleur, et que le résultat que vous en espérez pourrait être de nature à inquiéter la puissance autrichienne' . De plus, il a ouvert
1 Les négociations engagées avec la Prusse par l'intermédiaire de Caillard, en vue d'une alliance offensive et défensive, ne donnèrent aucun résultat. Les instructions sont du 29 fructidor (15 septembre), la réponse négative de la Prusse du 27 septembre; le 8 octobre, Sandoz écrit à sa Cour : « Hier, j'ai cherché à conférer avecle ministre des relations extérieures et j'y ai réussi. Je suis entré en matière en le prévenant de la manière dont Votre Majesté avait envisagé les différentes propositions du Directoire, et de l'impossibilité où elie s'était trouvée d'y adhérer. Je me référais à la réponse même que le sieur Caillard
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avec la Russie une négociation pour un traité de paix qui peut avoir une prompte issue.
Au reste, ces conditions ne sont point telles que l'Empereur ait droit de s'en plaindre. Il perd la Belgique et la Lombardie qui ont été conquises sur lui, et il obtient l'Istrie et la Dalmatie sur laquelle il n'a pas même les droits de la guerre.
Ostende et Nieuport sont-ils comparables au port Rose, au port Quielo, à celui de Pola? Toute la marine de Venise ne tire-t-elle pas ses bois de construction de l'Istrie? Les Dalmates ne sont- ils pas les meilleurs matelots du monde? Et l'histoire n'atteste-t-elle pas que l'empire de l'Adriatique a toujours appartenu à la puissance maîtresse de l'Istrie et de la Dalmatie?
Je vous ai dit plus haut, Citoyen Général, que nos arrangements avec la République cisalpine étaient étrangers à la paix avec l'Empereur; que celui-ci ne devait y intervenir en aucune manière, ni même en être instruit. Lorsqu'il s'agira de traiter avec cette République, il faudra vous modeler sur notre traité
ne tarderait pas de lui acheminer par courrier. Ici, la physionomie du ministre s'altéra d'une manière entièrement sensible. Jamais nouvelle, se mit-il à dire, ne pouvait me contrarier et me chagriner davantage que celle-ci, je ne m'y attendais pas. Les offres faites au Roi de Prusse étaient de nature à le convaincre de notre confiance et de notre amitié. Ainsi alliance et concert pour la guerre, tout est refusé, interrompit-il avec le ton de la surprise; il faudra m'occuper promptement et sérieusement d'y remédier... Pourquoi vous le cacher? continua le ministre, j'ai la plus forte répugnance d'ap- ( prendre cette nouvelle au Directoire, sachant combien il en sera affecté et mécontent. »
avec la République batave pour ce qui regarde les troupes à y conserver. Il vous faut porter le plus haut possible le nombre de celles que vous pourrez laisser. Le Directoire vous enverra des instructions particulières et détaillées pour établir nos relations avec la République cisalpine, et c'est alors que vous stipulerez pour l'acquisition, à la République française, des îles de Corfou, Cépbalonie, Zante,CerigoetFine. Peut-être aussi qu'il sera important de s'assurer des villes de Butrinto, Preveza, Arta et Vonitza. Ne sera-ce pas là brider l'ambition de l'Autriche du côté de la Porte, et mettre la Grèce à l'abri d'être envahie par la Cour de Vienne? Vous vous rappellerez que l'Empereur traitant avec la République, comme Empereur et comme Roi de Hongrie et de Bohême, doit, en ces différentes qualités, céder tout ce qui lui appartient sur la rive gauche du Rhin ; cette cession emporte le comté de Falckenstein, le Frichtal et les terres et droits que la Maison d'Autriche possède sur la rive gauche du Rhin, au-dessus de Râle. Le Directoire s'en réfère à cet égard aux instructions des 3 et 30 floréal, par lesquelles il demande, en outre, les îles du Rhin dépendantes de Brisgau, et le Vieux-Brisach.
Comme chef de l'Empire germanique, l'Empereur doit d'abord consentir à ce que tout le territoire cédé ou à céder à la République française, sur la gauche du Rhin, soit à perpétuité soustrait à la suprématie de l'Empire. Il est absurde que, sous le prétexte du maintien de l'intégrité de l'Empire, on veuille attaquer les droits de la République sur Liège, Stavelot et Malmedy,
comme si cette intégrité n'était pas une chimère après les atteintes qui lui ont été portées par tous les traités déjà conclus avec des princes allemands, et par la reconnaissance que l'Empereur lui-même a solennellement faite des limites de la République française, fixées par la Constitution et les lois de la République. Vous ne permettrez donc aucune tergiversation ni réserve à cet égard. I/Empereur doit renoncer également à tous droits de suzeraineté prétendus et souvent exercés par l'Empereur et l'Empire sur différents Etats d'Italie, et consentir à ce que les fiefs dits impériaux dans l'Etat de Gênes soient remis à la République pour en disposer.
Quant aux dettes, hypothéquées sur la Relgique, vous ferez tous vos efforts pour les connaître et pour rejeter toutes celles de ces dettes qui auraient pu être contractées pendant la guerre.
Vous recevrez incessamment une lettre confidentielle de moi par un exprès qui vous est connu.
CLARKE A TALLEYRAND
Udinc, le premier jour complémentaire de l'an V (17 septembre 1797).
CiTOYEX Ministre,
MAI. de Gallo et de Degclmann sVHant rendus aujourd'hui à Passeriano, il s'y est tenu une nouvelle conférence dont il n'a point été lait de procès-verbal.
Le but que s'étaient proposé MM. les plénipotentiaires autrichiens dans cette conférence était de nous présenter une note relative au congres de Rastadt. Cette note, qui devait être insérée en entier dans le procès-verbal, annonçait que Sa Majesté Impériale et Royale, en réponse à la demande que le général Bonaparte et moi avions faite dans la quatrième séance, relativement à l'article 5 des préliminaires et au congrès général d'Empire, acceptait Rastadt pour le lieu de ce congrès, et qu'en conséquence, elle avait fait des dispositions pour que, selon la forme usitée, la chancellerie d'Empire communiquât notre demande à la Diète de Ratisbonne, afin que le congrès pût se rassembler le plus tôt possible.
La note contenait, en outre, que Sa Majesté considérant les négociations d'Udine comme destinées à la conclusion de la paix entre la République française et
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elle en sa qualité de Roi de Hongrie et de Bohême exclusivement, Sa Majesté avait donné les ordres nécessaires pour que le congrès de Rastadt se rassemblât le plus tôt possible pour la paix d'Empire, qu'elle envisageait comme un objet absolument distinct et indépendant des négociations d'Udine.
Ne pouvant empêcher que MM. les plénipotentiaires autrichiens insérassent dans le procès-verbal la note dont je viens. Citoyen ministre, de vous donner Fanalyse, nous leur avons annoncé que ce même procèsverbal contiendrait une réponse de notre part dans laquelle, après avoir établi, ainsi que nous l'avions fait dans la séance du 18 fructidor, en discutant l'article 5 des préliminaires patents, que l'intention de la République française était de n'envoyer au congrès de Rastadt que lorsque la paix définitive entre la République française et Sa Majesté Impériale et Royale aurait été conclue à Udine, nous aurions demandé expressément que Sa Majesté, s'isolant entièrement, comme roi de Hongrie et de Bohême, de tout ce qui est relatif à l'Empire germanique, retirât, dès à présent, du territoire de l'Empire toutes les troupes qu'elle peut y avoir, à l'exception du contingent qu'elle est tenue de fournir comme membre de l'Empire, et qu'elle ne s'opposât pas à ce que nous reprissions, si la République française le
jugeait convenable, les hostilités contre les Etats d'Allemagne qui ne sont pas en paix avec nous.
Quelque impératives qu'aient pu être les instructions que la Cour de Vienne a transmises à ses plénipoten-
tiaires, Tannonce de notre réponse à leur déclaration devait nécessairement les porter à l'annuler; mais ils y ont été déterminés par une foule de raisonnements que nous avons cru à propos d'ajouter. En effet, Citoyen ministre, nous leur avons dit que la France était lasse de toutes les subtilités dont la Cour de Vienne n'avait cessé d'envelopper jusqu'ici les négociations ; qu'une grande nation et ceux qui la représentent ne pouvaient souffrir plus longtemps l'incerlitude dans laquelle le cabinet autrichien s'efforçait de la maintenir; que le Directoire exécutif, ayant eu l'humanité de proposer la paix au moment même des plus grands succès de la nation française, ne pouvait souffrir qu'on abusât de sa générosité, et voulait des réponses positives et non dilatoires aux demandes que nous avons été chargés de faire ; qu'il fallait enfin que l'Europe s'accoutumât à respecter un grand peuple qui l'avait vaincue presque tout entière et qui s'était acquis assez de gloire par ses triomphes et la modération avec laquelle il en avait usé, pour n'être plus le jouet de quelques intrigues ténébreuses opposées à sa loyauté et à sa franchise. Il ne nous a pas été difficile, Citoyen ministre, de faire sentir aux plénipotentiaires autrichiens combien la conduite du cabinet de Vienne, et celle de M. le baron de Thugut en particulier, devaient réveiller l'énergie nationale et exciter l'indignation de ceux qui, comme nous, dépositaires de l'intérêt d'un grand peuple, attachent leur gloire à faire respecter ses droits.
. les plénipotentiaires autrichiens ont cessé d'in-
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sister sur l'insertion de leur note au procès-verbal, et, après l'avoir retirée, ils sont convenus qu'ils feraient part à leur Cour des sentiments qui nous animent et que nous venions de leur exposer.
Salut et respect.
TALLEYRAND AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE
Paris, le 2 vendémiaire an VI (23 septembre 1797).
CiTOYEx Général,
J'ai reçu toutes vos dépêches des 26 et 27 fructidor, ainsi que celles du général Clarke, avec les procès-verbaux. Je réponds aussitôt après avoir pris les ordres du Directoire.
Le Directoire s'en tient aux intentions que je vous ai marquées dans un grand détail par ma dépêche du 29 fructidor. C'est donc d'après les bases posées dans cette dépêche que vous voudrez bien désormais poursuivre la négociation. Le Directoire cependant, en mettant en avant ces bases, vous suppose en mesure de les soutenir.
Les propositions que fait la Cour de Naples ne méritent pas d'être écoutées ; elles sont absurdes et presque
offensantes; cette Cour n*aurait pas dû oser les transmettre à un gouvernement fondé sur le principe que nous professons. Nous ne sommes pas entrés en Italie pour nous faire marchands de peuples. Il n y a plus personne dans le Corps législatif ni dans le Directoire qui soit dans l'idée de donner des peuples et des villes. Répondez dans ce sens et sur ce ton aux ridicules propositions que le Gouvernement napolitain s'est avisé de vous faire.
Le Directoire approuve vos idées sur Malte. Depuis que Malte s'est donné un grand maître autrichien, M. de Hompesch, le Directoire s'est confirmé dans le soupçon, déjà fondé sur d'autres renseignements, que l'Autriche visait à s'emparer de cette île; elle cherche à se faire puissance maritime dans la Méditerranée. C'est pour cela qu'elle a demandé de préférence, dans le traité de Leobcn,lapartiederitaliequiavoisinelamer; qu'elle s'est hâtée de s'emparer de la Dalmatie, qu'elle a trahi son avidité en prenant Raguse, dont il n'avait pas été parlé; outre cela, comme elle dispose du Gouvernement napolitain, Malte aurait pour elle un double avantage et servirait à attirer à elle toutes les productions de la Sicile. Ce n'est pas seulement dans des vues de commerce qu'elle a voulu émigrer du centre de l'Italie vers les côtes de cette presqu'île, mais encore dans des vues de conquêtes, plus éloignées à la vérité ; elle se ménage les moyens d'attaquer par terre les provinces turques, auxquelles elle confine, l'Albanie et la Bosnie , tandis que de concert avec la Russie, elle aurait pris ces mêmes
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provinces par le revers en entrant dans l'Archipel avec une flotte russe. Il est de notre intérêt de prévenir tout accroissement maritime de FAutriche, et le Directoire désire que vous preniez les mesures nécessaires pour empêcher que Alalte ne tombe entre ses mains. Quant à l'Egypte, vos idées à cet égard sont grandes, et l'utilité doit en être sentie. Je vous écrirai sur ce sujet au large. Aujourd'hui, je me borne à vous dire que si l'on en faisait la conquête, ce devrait être, pour la Porte, pour déjouer les intrigues russes et anglaises qui se renouvellent si souvent dans ce malheureux pays. Un si grand service rendu aux Turcs les engagerait aisément à nous y laisser toute la prépondérance et les avantages commerciaux dont nous avons besoin. L'Egypte, comme colonie, remplacerait bientôt les produits des Antilles, et, comme chenîin, nous donnerait le commerce de l'Inde; car tout, en matière de commerce, réside dans le temps, et le temps nous donnerait cinq voyages contre trois par la route ordinaire.
TALLEYRAND AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE
Paris, Je 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797).
CiTOYEX Général,
Le Directoire trouve à propos que je vous écrive d'une manière plus positive au sujet de la proposition que vous faites de vous assurer de l'île de Malte. Il importe de prévenir l'Autriche , l'Angleterre et la Russie à cet égard. De nouveaux renseignements qui sont parvenus au Directoire, et les rapprochements qu'il a faits, le confirment dans l'opinion qu'il était fondé à avoir depuis longtemps, que cette île, devenue le foyer des intrigues autrichiennes, russes et anglaises, et gouvernée par le grand maître autrichien, est à la veille de tomber sous la puissance de l'Empereur ou de ses alliés. La possession de cette île, jointe à l'Ilalie et à la Dalmatie, ferait de l'Autriche une puissance maritime capable de donner des inquiétudes à la France et à la République cisalpine, dont il est aisé de prévoir qu'elle ne peut jamais être que l'ennemie; Malle lui donnerait, par sa situation, les moyens de troubler la navigation de toute la Méditerranée. Il y aurait encore
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plus de dangers que cette île tombât au pouvoir des Anglais et des Russes.
D'après cette considération, le Directoire vous donne tous les pouvoirs nécessaires pour mettre à exécution le plan que vous avez proposé dans votre dépêche du 27 fructidor. Il vous autorise à donner à l'amiral Brueys tous les ordres convenables pour s'assurer de l'île de Malte, dans la vue d'éviter que l'Autriche ne s'en empare, comme elle a fait à Raguse. Sa prise de possession de Raguse légitime notre prise de possession de Malte et nous en fait un devoir, afin de mettre cette île à l'abri de l'avidité de l'Autriche, avidité si connue et qu'elle a si évidemment montrée en s'emparant, avant le terme fixé, de l'Istrie et de la Dalmatie, et en envahissant même, et sans en avoir le moindre prétexte, cette République de Raguse qui n'était pour rien dans les troubles de l'Italie, et à l'indépendance de laquelle aucune des puissances belligérantes n'était en droit de porter atteinte.
Je vous envoie quelques lettres de la plus grande conséquence, qu'il serait peut-être bon de faire parvenir à Malte par voie sûre. Vous concevez qu'il est nécessaire d'y préparer l'opinion. Quant à la Russie et à l'Angleterre, avec lesquelles nous sommes encore en guerre, vous n'êtes obligé de donner aucun motif.
TALLEYRAND AU GÉNÉRAL BONAPARTE '
Paris, 8 vendémiaire an VI (29 septembre 1797).
Citoyen Général,
J'ai reçu vos deux dépêches avec la lettre pour le Directoire du troisième jour complémentaire, ainsi que la dépêche du général Clarke du premier complémentaire.
J'ai mis le tout sous les yeux du Directoire, qui me charge de vous répondre qu'il se réfère à son ultimatum contenu dans ma lettre du 29 fructidor.
Je vous répète donc, Citoyen Général, que les conditions de paix que le Directoire accordera à l'Empereur, sont les suivantes. L'Empereur gardera Trieste et
^ On lit au procès-verbal de la séance du Directoire du 8 vendémiaire an VI :
« Le ministre des relations extérieures entretient le Directoire des négociations ouvertes pour la paix avec l'Empereur. La délibération s'ouvre à cet égard ; le Directoire rédige de nouvelles instructions pour le général Bonaparte contenant son ultimatum sur le projet de paix à conclure avec l'Empereur. (Ces instructions sont restées au portefeuille secret.)
« Le Directoire écrit au même général Bonaparte pour lui faire connaître ses intentions au sujet de l'Italie, lui indique les principaux moyens qu'il pourra employer, dans le cas où les hostilités commenceraient, et l'assure qu'il trouvera un appui sans bornes de la part du Corps législatif et du Directoire. » Et la feuille de travail autographe
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gagnera i'Istrie et la Dalmatie vénitiennes. La rivière de risonzo servira de limite. Il renoncera à Mantoue, Venise, à la terre ferme, au Frioul vénitien.
La République française ne veut rien garder dans le continent de l'Italie; mais les îles de Corfou, Céphalonie, Zante, Cérigo, Fine, etc., resteront à la France, ainsi que Butrinto, Préveza, Arta, Vonitza, qui font partie de l'Albanie vénitienne.
L'Empereur aura les îles qui bordent la Dalmatie jusqu'à Raguse. Raguse sera évacuée et conservera son indépendance. L'Empereur pourra se dédommager en Allemagne par l'archevêché de Salzbourg et l'évêché de Passau ou par tout autre moyen sur la rive droite dn Rhin. Le Directoire est fermement résolu de maintenir la limite du Rhin. L'Empereur cédera donc les petites portions de territoire qu'il y possède et fera, à l'égard de la limite, tant comme Empereur que comme archiduc d'Autriche et prince de l'Empire, une déclaration qui exprime le consentement le plus formel
^e Talleyrand porte : « Lettres et instructions adressées au général Bonaparte. »
Le 25 octobre (4 ÎDrumaire), Sandoz écrivait à sa Cour : « L'existence de Talleyrand est toujours la môme que je Tai dépeinte, c'est-à-dire précaire. Ce serait un phénomène d'esprit et de conduite s'il parvenait à se soutenir. Tout lui est opposé dans le Directoire ; le sieur Barras est le seul qui fasse profession de le protéger hautement. Les autres directeurs, j'en suis instruit, ne lui adressent presque jamais la parole. »
Quelques jours après, le 6 novembre, il ajoutait : « Les instructions des plénipotentiaires français pour le congrès 4e Rastadt sont dressées et rédigées dans le bureau môme du Directoire. Talleyrand n'y est pour rien. «
possible et ne laisse lieu à aucune équivoque. Finalement, il évacuera Ingolstadt, Ulm, Manheim, Mayence, Ehrenbreitstein, Kœnigstein. Quant à Malte, je me réfère à ma lettre du 6 vendémiaire qui contient les intentions les plus positives du Directoire à cet égard.
Telles sont les dernières instructions diplomatiques que le Directoire ait à vous faire passer. Elles sont irrévocables, et il regarde la guerre comme inévitable, si l'Empereur ne se soumet point à ces conditions.
Le Directoire ne néglige rien pour vous mettre en état de la faire avec le succès auquel vous l'avez accoutumé; il prend les mesures les plus fermes pour faire rejoindre partout les réquisitionnaires; il tâchera de détacher de l'armée du Rhin six mille hommes. On vous envoie un régiment de cavalerie légère qui est en route : on tâchera de vous envoyer un régiment de plus de la même arme. On vous enverra les dépôts de cavalerie qui sont dans l'intérieur, mais ces derniers sans chevaux. On emploiera tous les moyens pour vous passer de l'infanterie. Vous pourrez vraisemblablement rappeler sous peu les cinq mille hommes qui sont en marche pour l'intérieur. On prendra, relativement à l'armistice sur le Rhin, le parti que vous indiquerez.
Outre toutes ces mesures sur la stricte exécution desquelles vous pouvez compter, le Directoire secondera par la négociation les arrangements militaires que les circonstances le forcent à prendre : il engagera les cabinets à faire des efforts communs avec nous.
sous LE DIRECTOIRE. Ifil
Vous VOUS rappelez ce que je vous ai dit à ce sujet de la Prusse : il tâchera de détacher les autres des intérêts de la Cour de Vienne par tous les moyens que la politique peut suggérer.
De votre côté, Citoyen Général, comme il s'agit ici de l'existence des Républiques italiennes, tirez de ces États tout le parti possible et faites-y toutes les levées
que vous pourrez, surtout dans les Etats vénitiens. Montrez aux Vénitiens que c'est de leurs intérêts qu'il s'agit ici, que c'est uniquement pour eux et pour leur assurer la liberté et les soustraire à la Maison d'Autriche que nous continuons la guerre ; qu'ainsi ils doivent faire les plus grands efforts en hommes, en chevaux et en argent. Servez-vous des Cisalpins pour avoir des troupes piémontaises conformément à ce que je vous ai dit dans ma lettre particulière du 29 fructidor; car le Directoire persiste à ne point ratifier le traité avec le Roi de Sardaigne.
Si l'Empereur refuse nos conditions, la guerre que vous allez entreprendre produira les plus grands événements. Servez-vous sans ménagement de votre plus puissant auxiliaire, des principes de la liberté, de tous autres moyens que votre prudence vous suggérera, pourvu qu'ils aient pour résultat de rendre les provinces indépendantes, et de les soustraire à la Maison d'Autriche; c'est là le genre d'hostilité le plus efficace, que votre marche en Allemagne y fasse éclater l'indépendance, et que la Maison d'Autriche se repente de son opiniâtreté à ne pas souscrire à nos conditions,
en perdant pour jamais la plus belle partie de ses États héréditaires ^
» Le 20 septembre (4« jour complémentaire), l'Empereur d'Autriche avait écrit à Bonaparte :
« Monsieur le général Bonaparte,
a Lorsque je croyais avoir donné i\ mes plénipotentiaires toutes les facilités nécessaires pour terminer l'importante négociation dont ils sont chargés, j'apprends avec autant de peine que de surprise qu'en s'écartant de plus en plus des stipulations des préliminaires, le retour de la tranquillité dont je souhaite de faire jouir mes sujets et que la moitié de l'Europe désire si sincèrement, devient de moment en moment plus incertain.
« Fidèle à remplir mes engagements, je suis prêt à exécuter tout ce qui a été convenu à Leoben, et je n'exige que la réciprocité d'un devoir aussi sacré. C'est ce qui a été déjà déclaré en mon nom et que je n'hésite pas à répéter moi-même. Si peut-être quelques-uns des articles préliminaires étaient devenus d'une exécution absolument impossible par les événements qui leur ont succédé, auxquels je n'ai eu aucune part, il serait nécessaire de leur en substituer d'autres également adaptés aux intérêts des deux parties et conformes à leur dignité, les seuls auxquels je puisse jamais donner les mains. Une explication franche et loyale, dictée par le même esprit qui m'anime, est la seule voie qui puisse conduire à ce but salutaire. Afin de l'accélérer autant qu'il est en moi et de mettre fin, une bonne fois, à l'état d'incertitude où nous sommes, et qui n'a déjà que trop duré, je me suis déterminé à faire partir pour le lieu des négociations actuelles le comte de Cobenzl, étant en possession de ma confiance la plus étendue, instruit de toutes mes intentions et muni des pouvoirs les plus amples; je l'ai autorisé à écouter et à recevoir toute proposition tendant au rapprochement des deux parties, d'après les principes de l'équité et de la convenance réciproque, et à conclure en conséquence. « Après cette nouvelle assurance de l'esprit de conciliation qui m'anime, je ne doute pas que vous ne sentiez que la paix est entre vos mains, et que de vos déterminations dépendra le bonheur ou le malheur de plusieurs millions d'hommes. Si je me suis trompé dans le moyen que j'ai cru le plus propre à mettre fin aux calamités qui dé&olent depuis si longtemps l'Europe, j'aurai au moins la consolation d'avoir épuisé tous ceux qui dépendaient de moi, et les suites qui en résulteront ne pourront jamais m'être imputées.
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« Je me suis surtout décidé au parti que je prends aujourd'hui sur l'opinion que j'ai de voire loyauté et l'estime personnelle que j'ai conçue pour vous, dont je suis bien aise, Monsieur le général Bonaparte, de vous donner ici l'assurance.
« Signé: François. »
Le 26 vendémiaire (17 octobre), Bonaparte, ne tenant qu'un compte relatif des instructions du Directoire, signait le traité de Campo-Formio.
Le procès-verbal de la séance du 5 brumaire dit simplement : « Le Directoire reçoit le chef d'état-major général de l'armée d'Italie Berlhier et le citoyen Monge, membre de la commission chargée de la recherche des objets de sciences et d'art, qui lui remettent le traité de Campo-Formio... articles patents... articles secrets. Le traité est signé et envoyé au conseil des Cinq-Cents. »
Talleyrand n'assiste pas à la séance; Sandoz écrit à sa Cour : « Une heure après l'arrivée du général Berthier, le Directoire s'est réuni et est resté assemblé près de quatre heures. On n'était rien moins que d'accord sur les avantages considérables accordés à l'Empereur et qui n'avaient point fait partie de leur ultimatum. L'abandon de Venise était à leurs yeux une tache à la paix. Les sieurs Rewbell et Merlin surtout en ont montré le plus grand mécontentement ; mais la majorité ayant décidé que le besoin de terminer cette guerre était devenu impérieux, on s'est déterminé à ratifier le traité. Comment donc vouloir déplaire au général Bonaparte ? »
CONGRÈS DE RASTADT