‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 35 sur 74 · LETTRE DU CITOYEM TALLEYRAND AUX GÉNÉRAUX BONAPARTE ET CLARKE · texte numérisé non relu

LETTRE DU CITOYEM TALLEYRAND AUX GÉNÉRAUX BONAPARTE ET CLARKE

2 fructidor an V (19 août 1797).

Vous verrez par les deux pièces ci-jointes les dernières ouvertures qu'a faites M. de Thugut, et par ma réponse, les dispositions du Directoire; vous êtes à portée de tout juger, rien n'échappe à votre discernement de ce qui peut être moyen ou obstacle, et vous êtes munis d'amples pouvoirs dont le Directoire vous renouvelle la confirmation ^ Ils vous serviront pour

* On voit par la lettre ci-après de Sandoz-Rollin à sa Cour (jue ces instructions émanaient directement de la majorité du Directoire,

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mettre à profit les dispositions que TEmpereur manifeste. Le Directoire doit, de son côté, vous instruire de ses intentions. Il continue à désirer la paix, et ce désir soutenu lui fait vouloir, quel que soit Févénement de la négociation, que tous les torts soient du côté de l'Empereur.

Dans cette vue, il s'est déterminé à vous presser de reprendre la négociation sur la base générale des préli-

et que le ministre des relations extérieures avait dû les rédiger en opposition avec le sentiment de Carnot et avec le sien propre.

« Le Directoire est divisé en politique comme en administration. Le ministre des relations extérieures Ta éprouvé en dernier lieu. Ayant voulu représenter qu'un des grands moyens de faciliter la paix avec r Autriche était de reprendre les frontières déterminées par les préliminaires de Leoben, et d'abandonner cette prétendue frontière militaire qui ne servirait qu'à rendre la paix peu stable , le sieur Rewbell s'est emporté à cette proposition; il a déclaré qu'il ne signerait jamais pour sa part la paix avec l'Autriche, qu'il ne l'eût éloignée des deux rives du Rhin, et il a traité d'ignorantissimes tous ceux et le sieur Talleyrand lui-même qui soutenaient un système opposé. Ce dernier n'a point fléchi ; il a soutenu qu'en prolongeant la frontière en question, on ne la fortifiait pas davantage, et qu'en empiétant sur l'Empire, on augmentait les prétentions de l'Empereur et ses demandes en indemnités ; que si le but de la paix extérieure était utile au Directoire pour gagner l;i confiance du peuple, il fallait le dégager de toutes les entraves qui en retardaient la conclusion... Carnot s'est rangé de l'avis du ministre : ce n'était pas une frontière plus ou moins étendue que la nation demandait, c'était la paix, et le moyen qui devait y conduire plus promptement était celui qu'il fallait préférer. Le sieur Barthélémy s'est aussi peu prononcé dans cette occasion que dans les autres. 11 a gardé un silence profond, lui qui aurait pu, par ses connaissances diplomatiques, ramener le Directoire à d'autres principes et soutenir la doctrine de son ami. »

Sandoz tenait évidemment de Talleyrand lui-même ces renseignements indiscrets sur les discussions intérieures du Luxembourg, où siégeait le Directoire. On retrouve ici des idées exprimées par Talleyrand dans son mémoire à Danton.

minaires de Leoben, mais il désire que vous vous écartiez le plus que vous pourrez des stipulations qui nous sont évidemment défavorables. Et comme déjà ces préliminaires ne sont plus intacts, ainsi que vous Tobservez si bien dans la dernière note que vous avez remise au ministre plénipotentiaire de l'Empereur, il a lieu d'espérer qu'il ne vous sera pas impossible, d'après les circonstances où vous vous trouvez, d'en tirer encore un parti avantageux.

Je vous remets pour cet effet devant les yeux les objets qui doivent vous occuper de préférence au moment de conclure.

Le principal de ces objets est d'éloigner l'Empereur de l'Italie et d'insister sur ce qu'il s'étende en Allemagne. Vous concevez sans peine l'intérêt que nous y avons. Nous réduisons sa puissance maritime, nous le mettons en contact avec son ancien rival, le Roi de Prusse, et nous l'écartons des frontières de la République italique, notre alliée, qui, dénuée de force militaire et située entre les Etats du Grand-Duc de Toscane et ceux de l'Empereur, serait bientôt influencée ou subjuguée par la Maison d'Autriche. Entre les raisonnements que vous pourrez employer et que vos lumières vous suggéreront pour engager l'Empereur à se prêter à nos vues, je vous en indiquerai quelques-uns qui me paraissent d'une grande force. L'Empereur doit trouver peu de sûreté à ranger sous sa domination des peuples remplis de l'esprit de la liberté et voisins d'une république démocratique , à laquelle quelques - uns

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d'entre eux auront déjà appartenu. Il lui sera impossible de les gouverner sur le pied de ses autres sujets ; il faudra qu'il leur accorde des privilèges, et même avec ce moyen, sa domination ne promettrait pas d'être tranquille. Cette acquisition serait donc presque nulle pour lui, comme il paraît déjà le sentir dans les mémoires qu'il vous a fait remettre le 18 juillet. En second lieu, le voisinage de ses Etats avec ceux de la République italique , à la conservation de laquelle la France prend un si pressant intérêt, doit nécessairement produire des troubles et faire naître de nouvelles guerres entre les deux puissances.

Si donc l'Empereur désire de conclure une paix solide et fermer la porte à tout motif de rupture, il ne doit point insister sur la possession de ces provinces, et il doit s'attendre nécessairement, à la première guerre, que ces peuples secoueront son joug et se joindront aux Républiques française et italique. Une possession aussi inquiète et aussi précaire ne vaudrait donc, dans aucun cas, les dédommagements que la République pourrait lui offrir en Allemagne, dans un pays où les peuples sont accoutumés à sa domination et l'aiment, et où, éloigné des frontières de la France et de celles de ses intimes alliés, qu'elle regarde presque comme les siennes, il pourrait espérer, pour ainsi dire, de n'être jamais attaqué par elle.

Si la Maison d'Autriche trouvait ces raisonnements concluants, il y aurait trois propositions à faire : la première, qu'elle renonce à toute la terre ferme de

Venise et se contente de la Dalmatie et de Flstrie vénitiennes dont elle s'est déjà emparée, et qu'il n'est pas à espérer qu'elle consente à évacuer. Vous pouvez faire valoir l'indulgence avec laquelle la République a permis qu'elle occupât dès à présent ces provinces qui ne lui reviennent qu'à la paix.

L'archevêché de Salzbourg et Tévêché de Passau compenseraient amplement la terre ferme de Venise proprement dite; on pourrait même ajouter la prévôté de Berchtolsgaden et le haut Palatinat jusqu'à la Naab, ainsi que les éiêchés de Trente et de Brixen, s'il consentait à renoncer à toute indemnisation en Italie, même l'Istrie et la Dalmatie vénitiennes.

C'est dans ce système de sécularisation , auquel il faut en venir tôt ou tard, et qui est déjà consenti par la Prusse, la Hesse, Wurtemberg et Baden, que l'Empereur trouvera à la fois un dédommagement plus ample et un arrondissement plus convenable à ses Etats héréditaires que dans les provinces italiennes, agitées par les principes démocratiques, et qui, d'ailleurs, seraient pour sa Maison des sujets perpétuels de guerre.

Si, malgré toutes ces bonnes raisons, cette première proposition ne réussissait pas, vous pourriez en faire une seconde par laquelle l'Empereur renoncerait à tout ce qui lui a été promis sur la rive gauche de l'Adige. De cette manière, Mantoue, Brescia, la Polésine et Rovigo seraient réunies à la République italique, et le dédommagement en Allemagne ne se bornerait qu'à l'évêché de Passau seul, sans la ville.

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Ce qui importe infiniment au Directoire, c'est que Mantoue ne retombe pas entre les mains de l'Empereur, et à cet égard, vous vous rappellerez sans doute les instructions qui vous ont été antérieurement transmises par mon prédécesseur, le 15 prairial passé. Il y est dit que, s'il était possible de procurer à la République italique Mantoue, Brescia jusqu'à l'Adige, le Directoire consentirait à ce que Venise appartînt à l'Empereur ; mais il demanderait que la petite ville de Chioggia, qui se trouve dans les lagunes à l'embouchure de l'Adige, fût réservée à cette République, afin de lui procurer un débouché pour l'exportation de ses denrées. Dansée cas, la cession formelle de Venise importerait peu au Directoire, d'autant que cette ville est tel- " lement sous la main de l'Empereur, qu'il serait impossible qu'il ne s'en emparât pas sous peu et qu'il serait toujours maître de l'affamer.

Mais aucune de ces trois propositions ne nous serait plus avantageuse que la première. C'est donc à faire adopter celle-là qu'il s'agit de mettre les plus grands efforts, en insistant sur les motifs allégués plus haut, qui doivent déterminer l'Empereur à s'étendre de préférence en Allemagne.

Dans le cas de ces trois alternatives et surtout dans celui des deux dernières, la République a besoin d'êlre fortement organisée surtout sous le rapport militaire. Il faut que le traité lui assure non-seulement l'indépendance, mais encore de la consistance. Elle aura pour voisins l'Empereur, le Roi de Sardaigne et le Grand-

Duc de Toscane. Cette situation critique nécessite une grande force militaire sous le rapport des troupes et des forteresses. Quant aux premières, elles sont peu de chose, même y compris les légions polonaises. Vous ne les faites guère monter qu'à environ six à huit mille hommes en tout, dans une de vos dépêches. L'unique moyen de parer à cet inconvénient et d'enseigner la guerre à des peuples qui passent pour peu belliqueux, c'est d'entretenir chez eux des troupes françaises, à l'imitation de ce que le Comité de salut public a fait avec la Hollande ; il faut donc porter le plus haut possible le nombre des troupes que vous pourrez laisser à la République italique.

Quant aux forteresses, cette République est dans un dénuement presque total en vertu des préliminaires, tandis que l'Empereur a Palma-Nuova, Peschiera, Mantoue, Porto-Legnano et les châteaux de Vérone, d'Osopo et de Brescia. Ce danger est tel qu'il devient indispensable d'aviser aux moyens de ne pas remettre à l'Empereur toutes ces places, et de faire passer l'une des trois propositions indiquées plus haut.

En attendant, l'évacuation de ces forteresses, ainsi que de toute la gauche de l'Oglio et du Pô, qui est promise à l'Empereur, doit être retardée le plus possible. Il est dit dans les instructions du 17 floréal que cette évacuation sera subordonnée à celle que fera l'Empereur du territoire jusqu'à la Lech et la Rednitz et des places de Manheim, Mayence et Ehrenbreitstein. Le Directoire confirme cette condition capitale et désire

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en outre que les troupes de la République névacuent V Italie ni aucune partie des pays quelles occupent qti après la paix continentale. C'est d'après cette intention que vous demanderez le plus long terme possible pour celte évacuation.

Si, comme il est à désirer, Venise ne sert pas d'objet d'échange contre Mantoue, ainsi qu'il est dit dans les instructions du 15 prairial, et que nous obtenions la droite de l'Adige ou toute la terre ferme contre des dédommagements en Allemagne, cette ville peut, ou subsister par elle-même sous la forme de République démocratique en conservant sa terre ferme et ses îles, ou être réunie à la République cisalpine. Ce dernier parti paraît être le plus avantageux. Si Venise demeure indépendante, les anciens oligarques, qui n'aiment ni la France ni les principes de liberté et qui conserveront toujours de l'influence, feront tout pour la soumettre à l'Empereur; au lieu qu'ils seront efficacement bridés et surveillés s'ils appartiennejit à un gouvernement central placé à Milan ou ailleurs et qui n'ait contre l'Empereur que des motifs de haine ou de crainte ; la République italique, gagnant en outre à cette réunion une étendue considérable de côtes sur l'Adriatique, pourra concourir avec nous à balancer l'influence commerciale que l'Empereur acquerrait dans la Méditerranée et l'Archipel. Dans ce cas, — et surtout dans celui oîi l'E mpereur aurait la Dalmatie et l'Istrie, — les îles du golfe de Venise, celles de la Grèce qui lui appartiennent et les villes vénitiennes en Albanie, demeureraient à

la République cisalpine ou seraient cédées à la France. Dans tous les cas, Corfou, Céphalonie, Zante et Cerigo doivent rester à la République française.

Il importe également de s'opposer à ce que l'Empereur conserve Raguse, dont il s'est emparé contre toute espèce de droit. Il faudra, pour cet effet, qu'un article du traité définitif assure l'indépendance de cette petite République, et que l'Empereur s'en dessaisisse tout de suite.

Après avoir parcouru les articles relatifs à l'Italie, je passe à ceux qui concernent l'Allemagne.

L'Empereur traite avec la République comme Roi de Hongrie et de Bohême et en sa qualité d'Empereur d'Allemagne. Sous le premier de ces rapports, il doit céder tout ce qui lui appartient sur la rive gauche du Rhin. Cette cession emporte le comté de Falkenstein, de Frickthal, et les terres et droits que la Maison d'Autriche possède sur la gauche du Rhin au-dessus de Baie. Le Directoire s'en réfère à cet égard aux diverses instructions données au général Clarke, notamment celles des 3 et 30 floréal, par lesquelles il demande en outre les îles du Rhin dépendant de Brisgau et le Vieux- Brisach.

Comme chef de l'Empire germanique, l'Empereur doit d'abord consentir à ce que tout territoire cédé ou à céder à la République française sur la gauche du Rhin soit à perpétuité soustrait à la suprématie de l'Empire. Il est absurde que, sous le prétexte du maintien de l'intégrité de l'Empire, on veuille attaquer les droits de la

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République sur Liège, Stavelot et Malmedy, comme si cette intégrité n'était pas une chimère après les atteintes qui lui ont déjà été portées par tous les traités déjà conclus avec les princes allemands, et par la reconnaissance que TEmpereur lui-même a solennellement faite des limites de la République française fixées par la Constitution et les lois de la République. Vous penserez donc qu'il faut hautement exiger ce point et ne permettre aucune tergiversation ni réserve. L'Empereur doit renoncer également à tous droits de suzeraineté prétendus et souvent exercés par l'Empereur et l'Empire sur différents Etats d'Italie, et consentir à ce que les fiefs dits impériaux dans l'Etat de Gênes soient remis à la République pour en disposer.

Le Directoire ignore le montant des dettes hypothéquées sur la Belgique. Il faut faire tous vos efforts pour les connaître et rejeter, si le contraire n'est pas formellement convenu, toute dette hypothéquée sur la Belgique qui aurait pu être contractée pendant la guerre.

Restent les dédommagements à fixer au Stathouder et au duc de Modène ; l'un et l'autre doivent les trouver sur la droite du Rhin et aux dépens des biens ecclésiastiques. C'est le principe auquel vous travaillerez à faire consentir l'Empereur.

Le duc de Modène ne peut plus prétendre à la Romagne qui lui avait d'abord été adjugée, depuis que celle-ci est actuellement réunie à la République italique. Comme il est presque connu que l'Empereur lui

cédera le Brisgau, cet objet ne paraît pas devoir souffrir de contestation.

Quant au Stathouder, vous êtes instruit par une lettre de mon prédécesseur du 15 prairial passé, que le Directoire verrait avec plaisir le Roi d'Angleterre expulsé de l'Allemagne; et le Hanovre servirait d'indemnité à ce prince; mais outre que cette mesure souffrirait de grandes difficultés de la part de l'Empereur, elle aurait l'inconvénient d'approcher trop le Stathouder de la République batave.

Il serait très à souhaiter que l'Empereur consentît à transporter au Stathouder le Brisgau autrichien. Le moyen le plus efficace pour lui faire goûter ce projet est de séculariser en faveur du duc de Modène quelque principauté ecclésiastique, réversible à l'archiduc Ferdinand, oncle de l'Empereur. Cette principauté pourrait se trouver en Souabe. L'Empereur doit être plus flatté d'établir sa Maison en Allemagne qu'en Italie : il ne peut se dissimuler que cet établissement sera plus solide, et que s'il consent de bonne grâce à se dessaisir du Brisgau en faveur du Stathouder, le dédommagement du duc de Modène pourrait en être d'autant plus considérable.

Au reste, le Directoire désire que dans ce que je vous écris ici, vous ne voyiez que diverses combinaisons plus ou moins favorables à la République dans lesquelles vous chercherez des directions et non des ordres. Il a une entière confiance en vous et se repose sur votre sagesse comme sur votre gloire. Votre

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réponse énergique du 10 thermidor aux notes des ministres de l'Empereur lui prouverait seule, s'il en était besoin, combien est fondée cette haute confiance.

Il consent donc que vous négociiez sur la base des préliminaires de Leoben, mais avec précaution et seulement autant que sur chaque point bien médité, il vous sera prouvé qu'il n'est pas possible d'obtenir mieux.

Surtout, il vous demande d'avoir sans cesse présente à l'esprit la nécessité d'affermir la République italique, l'avantage de repousser le plus possible l'Empereur en Allemagne, de vous assurer son influence pour la négociation avec l'Empire; de ne pas laisser Mantoue à sa disposition, d'écarter enfin dans les circonstances toute idée de congrès. Les motifs d'un tel vœu doivent être vivement sentis par vous; mais, encore une fois, ils sont des avertissements et rien autre chose.

Dans le cas où il serait accordé à l'Empereur, en Italie, tout ce que les préliminaires lui donnent, vous sentirez sûrement l'utilité de ne lui donner aucun dédommagement en Allemagne et de le faire renoncer aux prétentions qu'il pourrait avoir sur la Bavière et sur quelques-unes des nouvelles sécularisations.

La Dalmatie et l'Istrie vénitiennes devant, suivant toute apparence, rester à l'Empereur et amener de nouvelles relations commerciales, vous arrêterez dans un article qu'il sera fait un traité de commerce où la France jouira des avantages des nations les plus favorisées; les détails en seront renvoyés à l'époque même du traité.

Vous demanderez avec force et vous saurez obtenir

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la liberté de toutes personnes détenues pour cause d'opinion politique et victimes de leur amour pour les p Français ou pour la liberté.

Enfin , vous exigerez comme réparation et indemnités pour les citoyens Maret et Sémonville, ambassadeurs de la République française, enlevés à main armée sur un territoire neutre par ordre de l'archiduc Ferdinand, pillés, chargés de liens, conduits à travers l'Allemagne de cachots en cachots, et, par la violation la plus révoltante du droit des gens, détenus en prison pendant trente mois, eux et leur suite, la somme de 354,440 francs à laquelle ont été fixées, par ordre du Directoire, le 23 floréal an IV, non les réparations, mais les indemnités seules qu'ils avaient droit de réclamer. Déplus, pour la citoyenne Mongeroult, veuve du citoyen Mongeroult, ancien maréchal de camp, lequel, chargé d'une mission extraordinaire à la Cour de Naples, fut arrêté par ordre du même archiduc et a péri dans les cachots de Mantoue, après avoir été indignement pillé, cinquante mille francs ; et enfin, pour les familles de Lamarre, secrétaire de légation à Constantinople, et de Facistro, ingénieur interprète attaché à cette résidence, l'un et l'autre arrêtés par la même autorité et morts en prison, une indemnité que vous déterminerez.

Cette lettre n'annule en rien les instructions passées, en ce qui n'y serait pas directement contraire. Elle ne gêne pas non plus vos combinaisons et vous laisse libres d'agir suivant votre prudence.

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TALLEYRAND A BONAPARTE

Paris, ce 6 fructidor an V (23 août 1797).

Général,

Il serait extrêmement possible que l'Empereur, tout en prenant un tendre intérêt à l'intégrité de l'Empire et en refusant tout dédommagement qui pourrait nuire à cette intégrité, demeurât, avec toutes ces belles protestations, le maître de la Bavière après la signature de la paix. Comme il est fort important qu'il ne cherche pas son dédommagement sans nous et qu'il ne puisse se dispenser de celui que nous voulons lui offrir en Allemagne, il faut qu'il soit mis hors d'état de retenir par la force des pays quelconques de l'Empire à l'issue de la guerre. Pour cet effet, je vous propose, comme un article essentiel à insérer dans le traité définitif, qu'aussitôt après la signature et dans un terme donné, l'Empereur évacuera les villes et forteresses appartenant soit à des Electeurs, soit à des Princes ou Etats de l'Empire, telles que nommément Ingolstadtj Ulm, Manheim, Mayence, Ehrenhreitstein , ou telles autres places qu'il aurait occupées.

Vous concevez sans peine, général, de quelle importance il est que cette évacuation soit consommée à

Fépoque où s'entamera la paix de l'Empire. L'Empereur, s'il était le maître des places, le serait aussi de la paix que l'Europe fera et nous dicterait les conditions. Il faut donc de toute nécessité faire passer cet article, soit pour tranquilliser les Princes du Corps germanique, soit pour nous assurer l'avantage dans la négociation de la paix avec l'Empire ; soit, enfin, pour ne pas mettre l'Empereur dans une situation à dédaigner ou refuser les dédommagements que nous avons à lui offrir. Quand il se verra lié par un pareil article, il sera plus à notre merci et traitera de meilleure grâce et avec plus de sincérité.

Le Directoire approuve parfaitement l'occupation de Zante, Corfou et Céphalonie. Vous aurez vu, par une de mes précédentes dépêches, que le Directoire et vous, vous êtes rencontrés à cet égard, et qu'il avait également nommé Cerigo comme bonne à occuper. Rien, au reste, n'est plus important que de nous mettre sur un bon pied avec l'Albanie, la Grèce, la Macédoine et autres provinces de l'Empire turc d'Europe et même toutes celles que baigne la Méditerranée, comme notamment l'Egypte, qui peut nous devenir un jour d'une grande utilité\Le Directoire, en approuvant les liaisons que vous avez établies avec le pacha Ibrahim

^ « Je vais vous confier », dira quelques mois plus tard Talleyrand à Sandoz, « des projets qui m'appartiennent. J'ai proposé, en effet, une entreprise qui pourra étendre la sphère de nos colonies et éclairer l'histoire du monde : c'est celle d'employer les quarante mille hommes restant en Italie à conquérir la partie la plus florissante de l'Egypte. J'y vois peu de défense à rencontrer, et j'y vois

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et la nation albanaise, désire que vous fassiez connaître le peuple français au reste des provinces turques d'une manière qui, tôt ou tard, puisse tourner à leur profit et au nôtre et au désavantage de nos communs ennemis.

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