PRÉSIDENT DE LA LÉGATION FRANÇAISE
AU CONGRÈS DE RASTADT
23 brumaire an VI (13 novembre 1797).
Citoyen Président,
Le général Berthier, qui vous portera cette lettre , vous remettra en même temps les pleins pouvoirs que le Directoire exécutif a jugé convenable de vous accorder
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tant pour procéder à l'échange des ratifications du traité que vous avez négocié et conclu à Campo-Formio avec les plénipotentiaires de TEmpereur, que pour concourir avec les citoyens Treilhard et Bonnier, comme président de la légation française, à la confection du traité définitif entre la République et l'Empire,
Je dois vous annoncer que j'ai remis à vos coUa-^ borateurs qui sont partis hier, les instructions, mémoires et documents qui ont paru essentiels à la mission commune que vous avez à remplir.
Dans ces mémoires, qui recevront par la correspondance tous les développements dont ils sont susceptibles, vous remarquerez, Citoyen président, que l'intention du Directoire exécutif est d'obtenir par la paix d'Empire la conséquence des stipulations que vous avez comprises dans le traité glorieux qui est votre ouvrage, et que, pour atteindre ce but important à travers les difficultés de tout genre que les intéressés ne manqueront point d'accumuler, le Directoire ne compte pas peu sur l'ascendant de votre génie et sur les efforts de votre zèle.
Ce sera pour moi une satisfaction bien vive de partager vos travaux et d'applaudir aux nouveaux succès qui vous sont rései"vés.
Salut et fraternité.
TALLEYRAND AU CITOYEN TREILHARD
MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DE LA RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE AU CONGRÈS DE RASTADT
5 nivôse an VI (25 décembre 1797).
Je vous remercie bien sincèrement des détails intéressants que VOUS me transmettez. Ne craignez point de les multiplier. Dans une matière aussi grave, jusqu'aux minuties ne sont point sans importance; tout ce qui est relatif aux principaux personnages appelés à jouer un rôle dans le congrès ne peut m'être indifférent, et si ces diverses notions ne doivent point trouver place dans la correspondance officielle de la légation, il m'est précieux que la vôtre y supplée.
La manière dont M. de Metternich s'est fait connaître à vous dès les premiers jours, doit vous donner promptement de l'avantage sur lui. Il a peine à quitter les formes gothiques de la diplomatie allemande, il oublie que l'opinion a changé sur ce point comme sur beaucoup d'autres, et s'il n'a pas sur les affaires des idées plus justes que sur la situation de Paris, il s'expose à faire plus d'une fausse démarche et à rétrograder souvent.
J'ai fait part au Directoire de l'apparition de quatre
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émigrés à Rastadt, et il n'a pu qu'applaudir à la conduite du magistrat de cette ville.
Il est trop étrange que la députation de l'Empire se présente au congrès avec des pouvoirs qui ne reposent que sur des instructions et avec des instructions qui ont plus de deux ans de date, et auxquelles on n'a point changé une ligne, malgré les grandes mutations que les victoires de trois campagnes ont opérées dans la situation respective de la République et de l'Empire.
Sur une base pareille, toute négociation est impossible, et le député de Mayence n'a pas meilleure grâce à réclamer l'ouverture des conférences qu'il ne met de franchise et de discrétion dans ses plaintes exagérées sur la retraite des troupes autrichiennes.
L'arrivée des plénipotentiaires prussiens vous mettra dans le cas de concerter avec eux la marche que vous devez suivre dans cette circonstance. Vos premières communications semblent annoncer de leur part un désir de travailler en commun, et vous savez que c'est aussi l'intention du gouvernement.
Le Directoire a remarqué la promptitude avec laquelle M. de Gœrtz s'est montré disposé à consentira la cession des pays prussiens à la gauche du Rhin; il est loin de ne point admettre la condition d'une indemnité, et malgré toutes les réclamations que pourrait mettre en avant l'animosité autrichienne, il faudra bien que cela se termine ainsi.
Je vous prie de remercier M. de Cobenzl de tout ce
qui me revient d'obligeant de sa part, et de lui dire combien je serai heureux de le retrouver.
TALLEYRAND A TREILHARD
17 nivôse an VI (6 janvier 1798).
Continuez à mettre une grande franchise dans vos rapports avec la légation prussienne, mais rappelez-lui que la communication des articles secrets d un traité n'est jamais qu'une indiscrétion méditée, une preuve incomplète de confiance, et souvent un piège. Car, qui peut jamais dire que ce qu'on montre est ce qui existe, ou qu'il n'existe rien au delà de ce que l'on montre? Nous sommes jaloux que la Prusse ait de meilleures preuves de notre sincérité, et, pour que la sienne y réponde, elle verra bientôt que, bien loin d'avoir jamais eu l'intention de la sacrifier, nous conservons l'habitude de la regarder comme un allié naturel de la République.
Sur la manière dont vous devez entamer la négociation, je n'ai rien à ajouter à ce que renferme ma dépêche à la légation, ainsi que vos instructions précédentes. Mayence est en nos mains; notre frontière est assurée. Vous pouvez hautement annoncer des prétentions avec lesquelles l'Europe s'est familiarisée depuis
plus de trois ans, et auxquelles nous ne prévoyons pas de puissants contradicteurs; car il nous est impossible de croire que la Maison d'Autriche veuille persister à parler de l'intégrité de l'Empire, tandis que toutes ses conventions avec nous à son profit, comme au nôtre, ne sont assises que sur les dépouilles du Corps germanique.
Vous avez d'autant mieux fait de demander à l'Autriche l'éloignement de M. Reichert, que d'un moment à l'autre nous aurions pu le provoquer officiellement. Je manque de renseignements particuliers sur l'agent batave ; mais je sais que son gouvernement paraît en faire cas, puisque le citoyen Meyer a été chargé de le recommander d'une manière expresse.
TALLEYRAND A TREILHARD
25 nivôse an VI (14 janvier 1798).
Aucune négociation relative à la pacification de l'Allemagne n'est conduite en ce moment à Berlin. Votre légation est seule chargée de cet important ouvrage, et c'est uniquement sur elle que le Directoire exécutif se repose, autant pour la négociation générale et définitive, que pour les discussions et arrangements particuliers qui peuvent la précéder. Aussi j'ai peine à
concevoir que vous vous soyez trouvés embarrassés dans vos premières conversations avec les ministres prussiens. Il me semblait que vous aviez dans vos instructions de quoi lier la partie avec eux.
Il y est expliqué d'une manière positive que le Gouvernement français, en désirant d'obtenir la limite du Rhin, n'a point le projet de laisser la Prusse sans dédommagements; il y est suffisamment indiqué que l'intention du Directoire n'a point cessé d'être que la puissance prussienne fut mise en état de balancer en Empire celle de l'Autriche.
C'est aux ministres de Prusse à faire connaître ce qu'ils demandent. C'est encore à eux à mettre en avant les réclamations de la Maison d'Orange, à soutenir celles de la Maison de Hesse, de Deux-Ponts, et, comme toutes ces demandes ne manqueront pas d'être exagérées, ce sera à vous ensuite à les discuter, à nous les transmettre. Quand le Directoire exécutif aura donné son assentiment , elles deviendront bases de la négociation.
Cette marche est simple, et si les négociateurs prussiens ont réellement le désir et l'ordre de s'arranger avec nous, je ne vois pas qu'il y ait lieu à de trop longues discussions. Mais, je le répète, rien ne vous empêche de demander qu'ils s'expliquent ; et, dans vos réponses, pouvant affirmer qu'il ne peut y avoir de difficultés que sur la valeur et la situation des indemnités dont vous reconnaîtrez le principe, vous serez en mesure de faire marcher cette négociation séparée, de
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pair avec celles que vous aurez à suivre soit avec FEmpereur, soit avec l'Empire en général, soit avec plusieurs de ses membres en particulier.
Je n'ai pas besoin de vous rappeler à quel point le secret est nécessaire pour chacune de ces négociations séparées, et qu'il peut seul, au milieu de tant d'intérêts divers, assurer le succès de la pacification définitive.
Salut et fraternité.
TALLEYRAND AUX PLENIPOTENTIAIRES
DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU CONGRÈS