‹ Correspondance diplomatique de talleyrand (volume 2)Chapitre 66 sur 74 · A RASTADT · texte numérisé non relu

A RASTADT

8 pluviôse an VII (27 janvier 1799).

Je vous ai marqué hier, Citoyens ministres, de déclarer au ministre de TEmpereur que son silence sur la note que vous lui remettiez ou le défaut de décla-^ ration dans la quinzaine de la part de TEmpereur, qu'il avait donné des ordres précis pour faire rétrograder les Russes, serait regardé comme une agression. Il faut commencer par déclarer que la marche ultérieure des Russes sera regardée comme agressive, et ajouter ensuite que ce silence ou ce défaut de déclaration sera aussi regardé comme un acte d'hostilité. Si vous aviez^ donné votre note avant la réception de cette lettre, vous en présenteriez une seconde pour rectifier la première en y faisant Faddition proposée.

TALLEYRAND AU CITOYEN SIEYÈS

9 pluriôse an VII (28 janvier 1799).

Je vous dois d abord l'explication du fait dont la connaissance est parvenue à Berlin, mais altéré, dénaturé. J'ai écrit à M. de Knobelsdorff, mais non pas pour faire à la Porte des ouvertures de paix. Il s'agit seulement d'un cartel d'échange pour les otages et les prisonniers, et, afin que la chose fût plus régulière, le Directoire a pensé que, tandis que nous remettrions à Paris, dans les mains de MM. Azzara et de Sandoz, les passeports par l'ambassadeur turc, etc., il convenait que ceux qui seraient délivrés par la Porte à nos agents et nationaux fussent remis pareillement aux ministres d'Espagne et de Prusse. Voilà l'objet de ma correspondance avec M. de Knobelsdorff, voilà le genre de service que nous réclamons à Constantinople de l'agent prussien.

J'ai reçu, il y a quelques jours, de M. de Sandoz, la notification des mesures prises en Prusse pour le visa des passeports français. Je n'ai pas hésité un moment à regarder, ainsi que vous, cette détermination du cabinet de Berlin comme un acte de représailles. Je ne

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pourrai la présenter au Directoire que sous ce point de vue; je vous ferai savoir ce qu'il en aura pensé.

Le silence que gardait l'Empereur sur la note adressée à son ministre, relativement à la marche des Russes ; la réponse insignifiante de la Diète de Ratisbonne ont déterminé le Directoire à provoquer de nouveau une explication. Il la veut avant quinze jours, il la veut catégorique et satisfaisante. Il regardera, soit un silence prolongé au delà de ce terme, soit la marche ultérieure des Russes, comme une agression, et il agira en conséquence. Le courrier qui porte aux plénipotentiaires l'ordre de faire cette nouvelle déclaration est parti le 7 ; ainsi, de toutes parts, on saura bientôt qui veut la paix, qui veut la guerre.

TALLEYRAND AU CITOYEN SIEYÈS

17 pluviôse an VII (5 février 1799).

Toute mon attention s'est portée sur les pièces que vous m'avez transmises, relativement à un des courriers qui vous a été expédié , et je ne négligerai rien pour découvrir le fond de cette affaire. Tâchez, de votre côté, d'acquérir sur elle de nouveaux éclaircissements.

Les lettres que je reçois de Theremin, qui est en ce

moment à Francfort, parlent beaucoup dun général Kœlher, qui est accueilli à Berlin , que la Gazette fait aller à Constantinople, mais dont on soupçonne que la véritable mission est de pénétrer dans les provinces réunies à la République pour s'y mettre à la tête de l'insurrection. En même temps, on assure que Wesel est le rendez-vous de ceux qui sont chargés de porter le trouble de l'autre côté du Rhin , et que c'est aussi par cette place qu'arrivent les fonds nécessaires pour maintenir la révolte.

Il me semble qu'il serait utile que vous eussiez, à Wesel, un observateur qui vous rendît compte des mouvements de toute espèce qui pourraient y avoir lieu. Vous êtes suffisamment autorisé à l'y placer.

TALLEYRAND AU CITOYEN SIEYÈS

25 pluviôse an VII (13 février 1799).

Citoyen, je suis sans lettres de vous depuis celle du 5 de ce mois, numérotée 41. Vous m'aviez accoutumé à ne point éprouver de semblable retard, et votre correspondance m'est trop précieuse pour que je ne m'aperçoive pas de cette petite lacune.

Nous n'avons point de réponse de Vienne ni de

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Rastadt. Le jour fatal arrive dans deux jours. îl sera manifeste pour l'Europe entière que nous avons voulu la paix, et qu'on nous a forcés à recommencer la guerre.

TALLEYRAND AU CITOYEN SÎEYÈS

29 pluviôse an VII (17 février 1799)

Citoyen, votre dépêche du 3, n*" 40, ne m'est parvenue que le 26. J'attribue ce retard au débordement des fleuves, et j'en prévois refl*et pour les lettres suivantes.

Au moment où je vous écris, nous n'avons point encore de nouvelles de Rastadt; mais ce silence indique qu'il faudra bientôt agiter le glaive. Nous savons déjà que la confusion et l'inquiétude sont dans une grande partie de l'Allemagne. Ceux des membres de cet Empire qui soupiraient sincèrement après la pacification et qui attendaient leurs dédommagements de l'appui de la France, paraissent aujourd'hui très empressés à traiter particulièrement avec elle. De ce nombre est le landgrave de Darmstadt qui, pendant tout le cours de la négociation, a tenu et prescrit à son plénipotentiaire une conduite de tout point convenable, et qui a déjà envoyé le colonel de Papenheim à Paris, pour y négo-

cier en son nom. Je serais satisfait d'avoir votre avis sur l'effet que produirait, à Berlin, la confection de plusieurs accommodements particuliers avec les princes des Cercles intérieurs, tendant à former ainsi au cœur de rAUemagne la fédération dont nous nous sommes souvent entretenus.

Examinez cette question sous ses divers rapports et donnez-moi votre opinion.

Salut et fraternité.

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