‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 21 sur 70 · XI · texte numérisé non relu

XI

Monsieur.

Je dois respondre a deui de vos lettres, mais je deffereray a la faire plus au long une aultre fois pour ne pas retarder le départ de ce gentilhomme. L'on faicl d'icy tout ce qui est humainement

ible pour former les moyens de secourir Gravelines1 et l'on voit bien qu'il ne se peut rien adjousteraux diligences que vous

- faictesde vostre costé. On a envoyé ordre aux vaisseaux qui estoient destinés pour entrer dans la rivière de Bordeaux de s'en aller en diligence a Dunkerque pour tascherde jetter du bled et

troupes dans Gravelines. Enfin, il tant s'appliquera chercher tous les moyen- imaginables pour jetter quelques hommes dans cette place1 et des vivres à Dunkerque, a quoy jescayque vous

1 A ' Virdick le 14 avril, « gnols sans cire connu et en étant -

l'archiduc Léopold, gouverneur d • pour continuer son chemin il rencontra

Bas espagnols, VSDlit dfl meure le siège « des troupes qui l'obligèrent pour se

qui fut COD- • sauver à I Uns l'eau jusqu'au

truintu Je se rendre le 18 mai. « col où il demeura c.i à ce que

3 (.'et alors que t le maréchal d'An- • tout fut pn-- 1 dant plus

• mont | taine au regi- • de bruit, il sortit de ce mara

• ment d Ichei d'entrer « mouille, il entra dans DunUerq.

• dans |)iinkerqu< D • appn icnt

• tr.nli . s'il 1 i| point jeter du • K ■ avoit que lui

• secours d , ],,| . qUi pût . \lcin. Je

• passa au travers de l'armée des Espa- àionigUti, ap. PetitOt, t I . .

n'oublierez rien. Nous sommes à la veille de voir une crise dans les affaires par un combat. Si cela est et que Dieu donne un heureux succèz aux armes du Roy, comme il y a tout sujet de l'espérer, vous serez bientost puissamment fortiffié. Ce gentilhomme vous dira quelques autres choses dont je l'ay entretenu, a quoy me remettant, je demeure, Monsieur, vostre très affné et très véritable serviteur,

Le Cardinal Mazarim.

Montereau, le 22 avril 1 652.

M. le Mareschal d'Aumont.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

Monsieur,

C'est merveille que vous ayez pu faire avec le peu de troupes que vous avez les choses dont nous a parlé le sieur de Saint-Lieu '. Leurs Majestéz les ont entendues avec un plaisir singulier et pour moy je vous advoue que j'en suis encor tout ravy. Vous verrez par le mémoire cy joinct ce que l'on a résolu en Bretagne pour le secours de Graveline et Testât des préparatifs que l'on y faict pour ce desseing, outre ce qui est porté par les mémoires 3 Leurs Majestéz ont ordonné que l'on joignist tous les moindres vaisseaux de l'armement qui se faict en Bretagne aux trois frégattes anglaises que M. de Vandosme a acheptées et que l'on embarque dessus encor cent soldatz d'augmentation. Le commandant de cette petitte flotte a ordre d'envoyer vers vous, si tost qu'il approchera

1 René Lallier, comte de Saint-Lieu, Chéruel (t. V, pp. io2-io3) avec dix lignes

nommé peu après maréchal de camp. de plus. (Affaires étrangères, France,

a Le commencement de cette lettre est t. 269, fol. n5 v°, copie du temps), inédit, mais la suite a été publiée dans

de vos quartiers, pour scavoir ce qu'il aura à faire tant pour venir mieux à bout de battre les frégattes ennemies qui sont devant Graveline que pour introduire le secours. Vous jugez bien qu'il n'y a pas de temps à perdre en ce qui est de donner ordre que tout ce qui se peut faire de vostre costé pour l'exécution de ces deux poinctz, soit prest à l'arrivée de cette petitte Hotte que l'on a jugié plus utile que n'auroient esté de grands vaisseaux.

On a escrit en Bretagne et en Normandie afin qu'on tist partir sans delay une quantité de blés pour Dunkerque et 1 on v en portera infailliblement. Je vous prie de le mander en chifre à M. d'Estrades et de l'advertir de mesme du secours qu'on prépare pour Graveline afin qu'il se dispose a le faciliter de ^a part en ce qui luy sera possible. Tout cecy doit estre tenu secret, je n'en ay escrit qu'un mot a M. le mareschal de Granccy me remettant à ce que vous luy en ferez scavoir. Si M. d'EIbeul est en voz quartiers cette lettre servira aussy pour luv >\\ vous plaist '.

Je suis. Monsieur, vostre très aff'"' et très véritable serviteur,

Le Cardinal Ma/akini.

Saint-Germain, le V mav i65a.

M. le i\fareschal d'Aumont.

Archives de Monaco, fond» d'AnmoM.

' I i copie des affaires étrangères ajoute : • H faut, a mon advis, faire

• courre le bruit qu'on ne songe pas a » secourir Graveline*, et cependant pré-

• parer diligemment les vaisseaux et ■■ petits bâtiments destinez a introduire

t les six cens hommes du régiment de

« La Mcilleraye qui viennent de Hreta-

• tagne, et il est ues important d'asseu-

• rcr les assiégez du secours, afin qu'ils « se ménagent bien et fassent leurs der-

• niers eflorts. •

Monsieur,

J'ay receu toutes les lettres que vous avez pris la peine de m'escrire et comme j'ay entretenu au long M. de Villequier1 et celuy que vous avez envoyé icy, je crois superflu de rien répliquer de ce que je leur ay dict, puisque je scay qu'ils vous en informeront ponctuellement. On approuvera tout ce que vous jugerez à propos de faire sur la lettre que vous a escrit Monsieur le Prince pour l'Espagnol que vous avez arresté. Je ne me souviens point qui il peut estre. S'il a quelque chose d'important à me faire scavoir il le peut dire à une personne de vostre qualité en qui j'ay toute confiance sans en faire de scrupule et quand il en auroit quelqu'un, cette lettre le Iuy doit oster. Vous vous réglerez pour ce que vous devez faire de luy selon la conséquence de ce qu'il vous dira, dont vous prendre la peine de m'informer. Du reste on ne doute point que vous ne fassiez tous vos effortz pour empescher les ennemis d'entrer en France pour venir assister les princes ou de faire de nouveaux progrez sur la frontière2 et on s'en repose d'autant plus sur vous qu'on est asseuré que vous ferez en cela tout ce qui sera dans la possibilité. Cependant je demeure, Monsieur, vostre très affné et très véritable serviteur,

Melun, le 22 juin 1 652.

M. le Mareschal d'Aumont.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 C'est le fils du maréchal, Louis- 2 Après son succès à Gravelines, l'ar-

Marie-Victor d'Aumont, alors âgé de chiduc avait fait reposer ses troupes. Il

22 ans, et qui a pris à son tour le nom n'envoya qu'en juillet Fuensaldagne par

de Villequier. On ne le connaissait aupa- Guise et Chauny {Afontglat, ap. Petitot,

ravant que sous celui de Chappe. t. L, p. 38o).

aumont. 8.

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