XI.VIII
Monsieur,
Je vous suis trop obligé de ce que vous m'escrivéz sur la blesseure de mon neveu*. Elle s'est trouvée mortelle et il ne luy reste plus que trois ou quatre jours à vivre. Vous pouvez juger si cette perte m'est sensible et je croy que vous en serez touché non seulement par l'amitié que vous avez pour mov. mais parce que Monsieur vostre filz et luy en avoient lié une très estroicte. Ce sont des coups qu'il faut recevoir de la main de Dieu avec résignation. Ce qui me console le plu I qu'il meurt pour
le service du Roy. On a donné ordre pour l'expédition de tout ce que M. Je Yillequier a demandé de vostre part et je n'oublieray rien pour vous servir toujours de plus en plus en toutes les choses qui pourront contribuer à vostre satisfaction, .le me remetz a luy pour toutes nos nouvelles, .le ne doutte poinct que vous n'aves assemblés le plus de monde que vous aurez pu pour former des obstacles aux desseings des ennemis. L'on a résolu le secours de Dunkerque et pour cet effet on y envoyé toute l'armée navale', .le vous prie de vostre COSté de voir si nous pourrions faire préparer à B ' -tic'1 du mouton, de la vache, du formage, un peu de vin et ce qu'il faut pour faire de la bière et de me mander quelle despense il faudrait faire pour cela, .le demeure. Monsieur. vostre tresatb et très véritable serviteur.
Le Cardinal M \.' uuki.
Saint-Denis, le i 5' juillet 1 65 2 .
' Ptul M t : . e : n 1 , blessé aux côtés de Dunkcrquc, arrêtée par la flotte de Cro-
Saint - Maigrin qui commandait l'aile mwcll et obligée de se retirer à Brest. —
droite des troupes royales au combat du i'
faubourg Saint-Antoine, le ï juillet l65i. t. L, p. M
' I .1 Botta, commandée par Vendôme, * Boulognc-sur-Mer. ne put pas, comme l'on sait, parvenir à
AU MARÉCHAL D'AUMONT 5g
Je me remet1 sur touttes choses à Monsieur vostre filz2, luy ayant parlé avec une entière ouverture de cœur, il fut affligé de l'état ou il laissa mon neveu, et avec raison, puisqu'il avait une dernière amitié entre eux, il faut se rassiner3à la volonté de Dieu.
M. le Mareschal d'Amnont.
Archives de Monaco, fonds d'Aumont. — Publiée dans le tome II, p. 367 du Journal de Dubuisson-Aubenay, par M. G. Saige. — (Cf. Lettres du Cardinal Ma^arin, t. V, p. 676) ; analyse.
Monsieur,
J'ay esté bien aise de voir par la lettre que vous avés pris la peine de m'escrire que vous eussiés résolu de partir aussitost que avés sceu la marche des ennemis. Quelque jalousie qu'ilz donnent pour Arras et Saint Quentin, j'ay grand sujet de croire que leur desseing est d'aller attaquer Dunkerque par force4 et vous devez prendre principalement vos mesures et vos resolutions sur ce fondement pour voir le secours que vous pourries donner à M. d'Estrades avec le corps que vous avés. Il faudroit tascher d'y faire entrer, à présent qu'il y en a plus de facilité, les cens hommes des gardes que vous avés de delà et envoyer les ordres nécessaires pour cet effet et si on y pouvoit jetter un régiment d'infanterie cette place donnerait asseurément bien de la peine aux ennemis. M. de Mondejeux5 presse fort afin qu'on luy renvoyé
' Autographe. de vive force vers la fin d'août, et d'Es-
2 Depuis le 21 août i65i Louis-Marie- trades, n'espérant plus de secours « en Victor commande à Boulogne en l'absence « sortit le 16 septembre, pour aller à du maréchal, son père. « Calais avec quatre pièces de canons. »
3 Résigner. (Mém. de Montglat, ap. Petitot, n° 38î). * L'archiduc tenait cette ville bloquée 5 Gouverneur d'Arras depuis le 24
depuis la prise de Gravelines; il l'attaqua mars précédent (Ga\. i652, n°4i, p. 335).
6o LETTRES DE MA/.ARIN
ses troupe^. Mais encore que vous déviés avoir éveil à Arras il faut songer preferablement a Dunkerque, car je crois pouvoir asscurer positivement que lc> Lspagnols veulent entreprendre de l'emporter de force et vous ne scauries rendre un service plus important au Roy que de la sauver et de ne laisser rien d'intenté pour cela par terre, pendant que nous depeschons courriers sur courriers à M. Ycndosmc pour le presser d'y aller sous peu de temps avec l'armée navale. Cependant je demeure toujours avec la mesme passion, Monsieur, vostre très affni et très véritable
serviteur,
Le Cardinal Mazarim.
Pontoise, le 7 aoust i65a,
L'armée navale1 arrivant, j'espère qu'il ne sera pas difficile de sauver Dunquerques, parce que outre lé i,aoo hommes du régimenl de la Malleray que M. Ji Vandommé a ordre d'y jetter du cousté di Calais on y pourra envoyer autant dés truppes et de vivres que on voudra sans aucun risque a la faveur de l'armée navalle. Je vous conjure de songer à tous les moyens imaginables pour empêcher les ennemis de venir à bout de ceste entreprise pendant que je n'ohlieroy rien de mon cousté pour Cesl etTet.
icitant la ditte armée et taisant fortifier les trouppes ivec
grande diligense.
11 me semble que lorsque les ennemis seront passés et qu'il n'y aura plus d'appréhension pour les plases de la Somme, on pourra retirer les trouppes que vous y ave/ laissies; en joingnant
toute la cavallerie qui est remontée présentement et la meilleure partie des trouppes quea M. le mareschal d'Etrée, vouspow
former UD assés bon COrps. Enfin il faut faire quelque chose d'extraordinaire et VOUS verrez le gré que Leurs Majestés VOUS en auront et que je n'oublieray rien pour vous servir comme VOUS
' Ce post-5criptum est de la main de Muarin; on en a, comme toujours, reproduit fidèlement l'orthographe.
mérités. La diligense est absolument nécessaire. Je vous prie d'asseurer expressément M. de Mondejeu que vous l'assisterés et assés à temps de tout ce que vous avez, mais les ennemis allant a Dunquerques vous pourriez tirer une grande assistence, sy au mesme temps que aves marchés avec votre corps on en formoit un composé des garnisons d'Arras, La Bassée et Béthunes qui asseurement seroit capable de faire une grande diversion. Et à propos de Béthunes je vous diray que on a sujet de se mesfier de quelques officiers du régiment escossois qui ont intelligense avec un de leur nation qui est à Paris, quy a servy les Espagnols et qu'il s'entent présentement avec eux et negotie pour leur faire tomber entre les mains la dicteplase. Vous y prenderés garde, s'il vous plait et prenderés telle resolution que jugerez la meilleure pour le service du Roy. Je crois que M. Le Tellier vous en escrira, luy ayant dict de le faire. Donnéz-moi souvent de vos nouvelles.
Adresse :
A Monsieur,
Monsieur le Mareschal Daumont, chevalier des Ordres du Roy, gouverneur du Boulonois, commandant l'armée de Sa Majesté, en Flandre.
Deux cachets rouges aux armes du Cardinal; lacs de soie rouge. M. le Mareschal d'Aumont.
Archives de Monaco, fonds d'Aumont. — Publiée par Chéruel, avec le postscriptum, d'après la copie des archives du ministère des affaires étrangères, France, t. 269, fol. 178 v».
Monsieur,
M. du Bosquet1 s'en allant vous trouver de la part du Roy pour concerter avec vous ce que l'on peut faire du costé de terre pour la conservation de Dunkerque, je vous prie avec d'autant plus de chaleur de tenter tous les moyens imaginables pour cela. que vous ne sauriez rendre un service plus considérable que celuy là puisque de là dépend en partie la paix generallc. Comme ledit sieur du Bosquet aura l'honneur de vous entretenir plus au long la dessus je n'av qu'à nie remettre à sa vive voix, vous priant de luy donner entière créance, en me contentant seulement de VOUS asseurer icy qu'il ne se peut rien adjOUSter à la passion avec laquelle je suis. Monsieur, vostre très atl" et très véritable
Berviteur,
Le Cardinal Ma/arini.
Pontoisc, le 11 aoust 1 652.
M. le Mareschal d'Aumont.
Archives de Monaco, fonds d'Aumont.
M< insieur,
J'ay esté ravv de recevoir de vos nouvelles et de toute la famille, estant asseuré qu'elle n'a serviteur ny plus acquis ny plus véritable que nmv, et qui embrassé avec plus de plaisir les
asions de leur procurer des avantages; «-'est pourquoy VOUS ne
• René-Charles de Bougy du Bosquet, maréchal de camp depuis 1649, devenu lieutenant général en i655.
devés pas douter que je nemploye du melleur de mon cœur mes supplications très humbles auprès de Leurs Majestés pour vous obtenir l'honneur que vous desires et que vous mérites par vos services1. J'ay esté au desespoir que, après touttes les peines que vous vous estes donné et les avanses que vous avez fait et le temps que nous a donné la fermeté et vigoureuse conduitté de M. Destrade, nous ayons esté si malheureux dé perdre Dunquerques 2 et la meilleure partie des vaisseaux destiné à son secours3. Il faut songer a remédier par quelque autre moyen à cette perte causée par ceux qui avoient contribué à lacquisition de ladite plasse. Je prie Dieu que au moins ils prennent à la fine une telle résolution a leur devoir nous cessions les uns et les autres destre malheureux et les Espagnols de faire des progrès auxquelles sans la puissante assistanse des Fransois ils noseroient pas songer. Je suis avec passion, Monsieur, vostre très affné et très véritable serviteur,
Le Cardinal Mazarini.
Bouillon, le 3o septembre i652.
Adresse :
A Monseieur,
Monsieur le Mareschal d'Aumont, gouverneur de Bouloigne.
Archives de Monaco, fonds d'Aumont. — Autographe, analysé par Chéruel (t. V, p. 685), d'après une copie du ministère des affaires étrangères, France, t. 269, fol. 266 v°.
' Allusion directe au titre de duc et 3 Dans la rencontre avec la flotte de
pair auquel Antoine d'Aumont aspirait Cromwell un certain nombre de nos
dès lors ardemment. vaisseaux avaient été pris par les Anglais.
3 Faulconnier (Histoire de Dunkerque, Ils furent, d'ailleurs, rendus plus tard, t. II, pp. 8-1 1), a publié le texte de la capitulation signée le 11 septembre.
LETTRES DE MAZAKIN
LU
Monsieur.
Le sieur du liiez1 m'a rendu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire du 22' octobre. Je vous suis trop obi:.
iinuelles marques que vous me donnez de votre amitié, qui ne peinent plus néantmoins accroistre la mienne ny la passion extrême que j'ay pour tous vos interests. J'ay veu ce que vous ave/ escrit à M. d'Llbcuf. .s'il eust suivy vostre sentiment il auroit este aysé de jetter du monde dans Chasteau-Portien et Kethel et d'oster par ce moyen aux ennemis la pensée de a'ei bliren ces quartiers cy . Mais puisque cela ne s'est pas fait, je VOUS conjure et par le service du Roy et par l'affection que vous avezpour moy de travailler, sans perdre un moment de temps. pour assembler la cavalerie qui est dans le Boulenois et sur le re^te de la frontière avec toute l'infanterie qu'on pourroit tirer d'Arras, de La Bassée et des autres places qui ne courent plus de risque, afin de pouvoir envoyer par ce moyen un renfort considérable a QOStre armée . et si M. d'Klbeut vouloit demeurer en Picardie VOUS pourrie/ commander ce corps tout seul et agir de
Cert avec M. de Turennc. Je me remets a ce que j'escris plus amplement la dessus a M. de Har; et a ce que vous dira le sieur du Biez. Pour ce qui est de mon retour, ce que je vous puis dire, ces que j'ay receu ordre du Roy de me rendre en diligence à Paris. Je me prépare à l'exécuter le plustOSl que je pourrav.
1 Charles-François du liiez, seigneur gnôles avaient enlevé Rcthcl et Châtcau-
d'Ignacecourt, d'Hercules, etc., qui s'était Porcicn.
signalé à Cens, puis a Kulid eu il arail * Le marc Ji. il J'Aumont put rassem-
.lu régiment de bler quelques troupes ci les envoyer en
(".happes. Champagne " -iflat. ap. Pctitot,
3 Aprt .la prise de Dunkcrque Fuensal- t. I,, p. 38a).
ut revenu sur l'Aisne avec 10 4 Guy de Uar, gouverneur de la ville de
tes ses forces; unies a celles de Condc et Doullens. de Charles de Lorraine, les troupes espa-
Mais je vous diray confidemment que je ne le saurois faire que nostre armée ne soit fortiffiée en sorte qu'elle puisse s'approcher en deçà pour faire reserrer celle des ennemis qui occupe tous les passages, du reste asseurez-vous de ce que je vous ay promis et que quad je seray à la Cour j'employeray mes très humbles suplications auprès de Leurs Magestés pour vous faire accorder la grâce que vous demandez. Ce que je ne doucte point qu'elles ne fassent très volontiers1. Je me remets du surplus à la vive voix dudit sieur de Biez et je demeure, Monsieur, vostre très affné et très véritable serviteur,
Le Cardinal Mazarini.
Sedan, le premier novembre i652.
Je ne doucte2 poinct que M. d'Elbeuf et vous, outre le service de Roy qui le requiert insy, n'employés tous vos soins pour former un corps le plus considérable que vous pouvez, afin que l'armée que messieurs de Turainé et de La Ferté comandent estant agrandi par la vostre, pussiés tout ensemble vous opposer au dessein des ennemis et secourir au même temps un assiège 3 qui vous en aura beaucoup d'obligations et je ne doucte pas que messieurs de Mondejeu, le comte Broglio, M. de Bar et le sieur de Montgobert me donnent toute l'assistence pour cela et si monsieur le maréchal d'Oquincourt a quelque truppe, je m'asseure qui vous les baillera en une rencontré si importante au service du Roy et à mon intérêt particulier. Je me remet en cela entièrement à M. Dubiez qui est un fort honest gentilhomme.
Archives de Monaco, fonds d'Aumont. — Minute dans le Recueil des lettres françaises de Ma^arin (Archives du ministère des affaires étrangères, France, t. 269, fol. 356). — (Cfr. Lettres du Cardinal Ma^arin, t. V, p. 690) ; analyse.
1 Voir plus haut lettre LI. 3 Allusion à Sainte-Menehoulde qui
1 Autographe. succombait quelques jours plus tard.
66 LET'l !: MAZARIN