‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 31 sur 70 · I.XXXI · texte numérisé non relu

I.XXXI

Monsieur.

Je suis bien aise que la nouvelle que nous avions eue sur l'attaque de Mardis1 ne se soit pas trouvée véritable. Ce n'est pas que tous les a\ is ne portent que les ennemis sont tousiours resoluz à l'assiéger. Mais ils ne marquent pas précisément en quel temps et j'espère que les soins que l'on a pris Je jetter dans la place toutes les choses nécessaires, les secours qu'on y a envoyez et surtout vostre présence leur feront changer un dessein ou apparemment ils eschoûeroient et qu'ilz s'en iront tout de bon en quartier d'hyver. Cependant le plus grand secret est de redoubler la diligence pour la continuation des travaux et surtout de ceux qu'on fait du COSteJ des Dunes, afin de pouvoir asseurer en sorte la communication de la mer au fort; que tous les efforts des ennemis qui viseront plus à cela qu'a toute autre chose, ne la puissent cinpcschcr. Je mande à M. d'Ormcsson- qu'il ne laisse manquer l'argent pour les travaux ny aucune des choses que vous luv escrivez estre nécessaires, et vous priant de me donner souvent de VOZ nouvelles, je demeure de tout mon COSUT, M msieur, VOStre très aff1 et très véritable serviteur,

1 e Cardinal Ma/akini.

\ Paris, le 19' décembre 1 1> s 7 .

Aiv! \ ;monl. — Copie à la bibliothèque nationale

Cotbtrt, t Si», fol 4SS vo). — Cf. Lettres du (.\1rJ1njl MafWTM, t. VIII, p analyse.

' On annonçait, en effet, que Don Juan xi bien, qu'il fit avorter toute tentative

d'Autriche taisait de grands préparatifs sur cette place.

pour reprendre le fort de Mardick aux J Oliviei I I • >e d'Ormcsson, inten-

premiers beaux jours. Turcnne se bâta dant de Picardie depuis io56.

'Je vous diray encore que je sçay qu'ilz avoient grande

inquiétude des fortifications que nous faisons faire du costé des Dunes, quy est une marque que c'est l'endroit par lequel ilz vouloient attaquer la place, et par cette raison, j'escris fortement que non seulement il les faut continuer, mais y en faire encore de nouvelles, ce que je vous prie aussy de faire de vostre costé, et de relever le plus qu'il se pourra la contre-escarpe, puis qu'il y a des planches et des palissades autant qu'il faut pour cela. J'ay encore nouvelle que M. le Prince estoit retombé malade, et avoit esté à l'extrémité, mais qu'il estoit encore reschappé et se trouvoit presque sans fièvre2.

De Paris, ce 18 décembre 1657.

M. le Mareschal d'Aumont.

Je ne doutois pas que vous ne fussiez bien aise de donner au Roy de nouvelles marques de votre zèle et j'avois bien assuré Sa Magesté que vous ne manqueriez de le faire en ce rencontre. Ainsy ce que vous avez fait, quoyque de la meilleure grâce du monde, ne m'a nullement surpris. Mais je l'ay esté extrêmement

1 Une seconde copie de la même lettre gères. Mais le Cardinal y a ajouté les

portant la date du 18 décembre 1657 et quelques lignes ci-jointes, renfermant quelques variantes sans in- 2 Cf. Lettres du Cardinal Ma^arin,

térêt, se rencontre au folio 72, t. 43, t. VIII, pp. 231-240. Hollande, des archives des affaires étran-

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de ce que vous m'avez escrit de l'estal ou est Mardik. car on le croyoil icy tout autre, et je crny que c'est Dieu qui m'a inspiré de vous proposer au Roy pour aller dans ladite place, avant grand suict de le louer de ce qu'au moins nous avons le temps de pourvoira tous les defiautsdont vous, me donnez advis.

J'escrîsea Angleterre et à M. Dormesson sur toute- choses1 et L'argent ne manquera pas, quoy que j'espère qu'en arrivant à Mardik vous y trouverez tout en meilleur estai que vous ne me marque/.

Il n'y a rien, à mon advis, qui soit plus nece-saire que les palissade- non seulement pour achever le- travaux, mais ai. pour les mettre en magasin afin de s'en servir quand la place -eta attaquée. C'est pourquoy |c ne vous dis rien pour VOU&exct* pousser qu'où vous en envoyé de tous costez en quantité. Et vous pourrez vous adresser pour cela et pour toutes le- autre- chost M. Dormesson et il sera fort utile que vous escriviez Je temps en temp- à M. de Bordeaux * afin qu'il sollicite M. le Protecteur3 à vous assister au

Il tant s'apliquer sur tout à fortifier le- deux costez de- dunes et particulièrement celuy qui vient de Ounkcrque. car a--eurément la place sera attaquée par là et rit la dessus .1 tout le

monde -i fortement que je m'a-seure qu'il n'y aura nv Mousquetaire du Roy, nv de mes gardes ny autre- qui ne mettent la main a l'œuvre pour rendre la place plus forte par cet endroit là que d'aucun autre. Surtout il faut achever la contre-carpe de ce COSté la et je VOUS prie d'e-tre a--eure. quelque cho-e qu'on VOUS pui dire au contraire, que la résolution de- ennemis est de VOUS attaquer et qu'ils n'attendent pour l'exécuter que d » oir marcher tout a fait nostre armée pour aller prendre ses quartier- d hyver.

Il faudroil que vous prissiez la peine sans perdre un moment

1res du < ..iriinj/ M.tjjrin. Picardie, puis ambassadeur en Angle-

tCt:

\ntuine de Bordeaux, intendant de * Olivier Cromwcll.

de temps, d'obligier celuy qui commande la flotte Angloise de faire descharger trente ou quarante milliers de poudre, car cette chose pourrait arriver qu'il ne peust pas vous donner ce secours Mardik estant attaqué.

Je fais partir tout présentement un gentilhome pour aller à La Fère faire charger cinq ou six mil grenades que je croy qui restent dans le Magasin et les faire porter en diligence à Calais.

Je luy donne ordre aussy de faire porter cinq ou six cens mousquets sur lesquels vous pourrez reprendre ce que vous en avez fourny. Je suis, Monsieur, vostre très affné et très véritable serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

De Paris, le 23e décembre 1657.

Le Roy m'a recommandé de vous escrire que vous renvoyassiez icy M. le comte de Guische1, car pour mon neveu2, il faut qu'il demeure pour commander les mousquettaires.

Adresse :

A Monsieur,

Monsieur le Mareschal Daumont, gouverneur du Bolonnois.

Double scel rouge aux armes ; lac rose.

M. le Mareschal d'Aumont, gouverneur du Boulonnois .

Archive2 de Monaco, fonds d'Aumont. — Copie à la bibliothèque nationale (Ms. fr., Mél. Colbert,l. 5ia, fol. 465 v°).— Cf. Lettres du Cardinal Ma^arin, t. VIII, p. 658; analyse.

1 Le comte de Guiche, fils du maréchal Cardinal Maqarin, t. VIII, pp. 359-407.

deGrammont. Il est plusieurs fois ques- 2 Philippe Mancini, devenu plus tard

tion de cet officier dans les lettres du duc de Nevers. (Cf. Lettres du Cardinal

cardinal de cette période. {Lettres du Mayarin, t. VIII, p. 233).

aumont. i3.

! RES DE MAZAKIN

\\< msteur,

Apres ,n . i i r tait fermer la lettre C) joincte est arrivé le chevalier de Montgaitlard1 qui ma rendu celle que vous m'avez escrite depuis vostre arrivée a Mardik et vous ne .sauriez croire à quel point i'a\ esté estonné d'aprendre le marnais estât de la mais j'espère qu'on aura remédié a tout de la bonne manière et sans VOUS spécifier en détail tous les ordres que j'av donne/, je vous diray en un mot que vous aurez abondamment et aucune perte de temps toutes les choses que vous avez demande puisque, outre ce qui vous sera envoyé de M. Dormesson et d'Amiens, j'av despesebé un gentilhomme exprès à La Fère pour faire charger 6000 grenades dont une partie est de 4" et trois mil outils et en passant a Amiens il prendra encore cinq cens mousquets, enfin VOUS ne manquerez de rien, et la demeure de M. de Turenne à Amiens, apr< iir fait arrester l'armée en t

environs là, vous donnera temps de remédiera tous les déliants que vous avez trouvez dans la place. urémenl le> ennemis

ne songeront pas à l'attaquer tant qu'ils verront une armée sans aller prendre ses quartiers d'hvvcr.

Je vous coniure de nouveau de laite incessamment travailler partout, mais particulièrement au costé des Dunes car asseurement ce sont les endroit-, par OU les ennemis attaqueront la place, et celnv qui regarde Dunkerque est le plus exposé et qu'il importe le plus de mettre promptemenl en bon estât. Si une : la contrescarpe v estoil achevée et palissadéc j'en aurais l'esprit tort en repos.

1 II mmeni question do cet daace. (Cf /.--r; rdiiutl Ma\arin,

agent du Cardinal dam m q- l VIII, pj

Et1 comme Ton parle que le dessein des ennemis est de faire une batterie de ce costé là pourchasser les vaisseaux et les frégates angloises qui sont dans la fosse de Msrdik, je voudrois, si vous l'aprouviez, que Ton fist une batterie de sept ou huit pièces de canon, laquelle seroit plus près de celle des ennemis et ainsy le pourroit plus endommager, que les vaisseaux ne le feroient de la leur, et peut estre qu'il seroit aussy bon d'en faire une autre du costé de Gravelines puis que les ennemis peuvent agir avec la mesme facilité et liberté de ce costé là que de celuy de Dunkerque ; je vous prie d'en dire un mot au chevalier de Clerville2 lequel asseurément prendre tous les avantages imaginables, n'y ayant personne qui s'entende mieux a tout cela que luy et le sieur de la Guillotière3 ne le laissera pas manquer d'argent, ayant escrit à M. Dormesson de luy en fournir avec ponctualité.

Il faudroit qu'il y eust mil ou douze cens hommes qui travaillasent continuellement et j'espère qu'outre les palissades d'Angleterre, M. Dormesson aura commencé à vous envoyer de celles de Montreuil et souvenez vous qu'il en faudroit tousiours avoir une bonne quantité en magasin pour les employer lorsque les ennemis attaqueront.

J'aprends qu'il y a grand nombre de soldats Anglois malades qui périssent faute de commodité et par l'impossibilité qu'il y a de pouvoir prendre soin d'eux dans le fort ; j'ay tousiours mandé qu'à mesure qu'il tomberoit des malades, il les falloit envoyer, je vous prie de l'exécuter ainsy et mesme défaire ajuster qu'on donnast quelque lieu pour les Anglois en Angleterre ou ils seroient mieux et guériroient plustost et on les y pourroit transporter avec aussy grande facilité qu'à Calais.

J'escris à M. Dormesson de payer ponctuellement les soldats et

1 Ce paragraphe est seul reproduit dans (1662), commissaire-général des fortificale tome VIII des Lettres du Cardinal tions. C'est le prédécesseur de Vauban. Majarin, p. .'.43. 3 Michel d'Aits de la Guillotière, maré-

2 Nicolas de Clerville, maréchal de chai de camp (1649), commandant la camp depuis 1652, nommé plus tard place de Landrecies depuis i655.

Université

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