‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 37 sur 70 · LXXX1X · texte numérisé non relu

LXXX1X

M 'iisieur,

J'ay reçeu les deux lettres que vous ave/ pris la peine de m'escrire, avec les nouvelles que vous avez eue lande. Par

la disposition ou sont les choses, il paroist que l'affaire* peut réussir, mais je vous advoue que je ne sçaurois me guérir de l'appréhension que j'ay qu'ayant trair. ngtemps et estant

sçeue de tant de personnes on ne l'ayt descouverte. Neantmoins puisque l'on ne hazarde pas les hommes, la chose est trop im; tante pour ne pas la tenter, et je souhaite de tout mon cœur que

is ayez bientost la gloire de c /.

1 M ^rt.

jui tenait dans 11 était travaillé , îols

qui, suivant Guy Patin, lui offraient cent mille • livrer la \ille.

' Isa n de Casau. protège de

Mazarin, servait alors dans les mousquetaires du Cardinal. Il devint plus tard maréchal de cam; . ut lieutenant

e d'Ostende. — Cf. Leti iiiul Idajarin, t. VIII, pp. 336,

Je croy que vous estes présentement à Mardik l, et quand vous n'y eussiez pas esté pour cette affaire, il auroit esté à propos que vous en eussiez pris la peine pour maintenir l'union entre les François et les Anglois, laquelle, [comme] M. d'Ormesson me mande, commençoit un petit à s'altérer, et vous jugez assez des mauvaises suites que cela pourroit produire pour croire que vous n'oublierez rien pour les prévenir.

Les officiers des compagnies des gardes s'en vont à leurs charges. On a desjà escrit à M. de Villequier2, de se rendre en diligence dans vostre gouvernement pour y demeurer; pendant vostre absence si les ennemis pouvoient faire la dixiesme partie de progrès que leur fait espérer le mareschal d'Hocquincourt3, je ne doute point qu'ils ne fussent fort satisfaicts. Il n'avoit pas manqué de vous faire la faveur d'y comprendre la prise de Boulogne et de tout le Boulenois ; mais je ne sçay pas si vous aurez la eomplaisance de luy laisser faire cette libéralité à ses amys, et l'approche du Roy de la frontière4 luy fera encore trouver difficulté à en venir à bout.

Cependant vous aurez appris par M. Le Tellier les ordres que l'on a donnez à l'esgard des personnes qui vous sont suspectes, à l'exception du marquis de Montcavrel5, qui est un homme de

< Le maréchal était à Calais, d'où il est « chevaux pour aller reconnoistre les

parti pour Ostende le 28 avril 1G.17., « retranchemens de Dunkerque et le ma-

i658, n° 5i,pp. 336-337) après avoir reçu « réchal y fut tué de plus de sept cens

cette lettre de Mazarin. « pas par trois Suisses, qui estoient

1 Cette lettre au fils du maréchal, datée « dans une méchante redoute palissadée,

du même jour, existe à l'état de copie <i luv qui avait essuyé tant de coups

dans le tome 5a, fol. qo, des Mél. Colbert, < tirés de près, fut misérablement tué

à la bibliothèque nationale. On en trou- 0 de cette façon, » (Mémoires du Comte de

vera plus loin le texte. Coligny-Sali&nj-, publiés pour la société

3 Le maréchal d'Hocquincourt qui de l'Histoire de France par Monmerqué,

avait fait sa paix avec le Cardinal en Paris, 1841, in-8°, p. 5~.

p; -, à des conditions d'ailleurs fort * Le roi était arrivé le 20 à Calais,

onéreuses pour la France, venait de 5 Jean-Baptiste de Monchy, marquis

prendre parti de nouveau pour les Espa- de Montcavrel, né en 1029, maréchal

gnols et pour Condé. Il se faisait tuer de camp en i652 (à 23 ans). Après sa

un peu plus tard sous Dunkerque. 0 M. le mort et celle de son fils, les domaines

« Prince et le maréchal d'Hocquin- de la maison de Montcavrel passèrent

« court 0, écrit Coligny dans ses Mémoi- aux Mailly ^d'Avenel). res, « se détachèrent avec quatre mille

no LF.TTRES V)V. MAZARIN

qualité qui a beaucoup de bien à perdre et qui a donné toutes les -urances que l'on pouvoit désirer de sa fidélité, de sorte que l'on croit que l'on s'y peut fier.

[Amk .ivril 1 658.

Minute. Mel. Colhert, t. 52, fol. igi. — Cf. Lettres du Cardinal .\/jfjrin, l. VIII, pp. 349-351.

Monsieur,

Je ne sçais pas sur quel fondement l'on croirait que je n'ay pas pour vous toute l'amitié et la considération que vous mérite/, puisque je me suis toujours déclaré ouvertement et que je n'ay perdu aucune occasion de vous en donner des marq comme je continuerai de faire a l'advenir. mais il faut que vous me rendiez la justice d'en estre bien persuadé et que vous ne / pas susceptible de toutes les impressions contraires qu'on veut vous donner.

Il n'est point vray que M. de Turcnnc doive s'aprocher de Hesdin et jetter des troupes dans le Bolonois. Au contraire, il entend tenir l'armée ensemble en Flandres le plus qu'il pourra et. quand la mauvaise saison l'obligera de la séparer, les troupes marcheront en diligence à leurs quartiers d'hvver - .irrester

en aucune façon sur la frontière Vous n'aurez dans vo-tre gouvernement que ce qu'il en faut pour consommer ce que le Roy destine, de bien loin que M. de Turenne a\t les 0U8 de le ruiner par son départ en haync contre vous, .le suis tousjours persuadé que ce sera l'instrument le plus utile dont on puisse se servir pour pacifier toutes les choses pas* 1 t pourquoy j'estime qu'il est de la prudence que VOUS ne tesmoisgniez point d'aigreur contre luy sans un sujet fort légitime et je vous en prie mesme en mon particulier. M. le leilier vous

AU MARÉCHAL D'AUMONT m

a deub mander a Tesgard des villages de contribution que l'intention du Roy est que les choses soient restablyes dans le mesme estât qu'elles estoient lorsque Sa Majesté estoit en possession de Dunkerque, de Graveline, de Bergues, d'Ipres et des autres places qu'on a reprises cette campagne, ce que je croy que vous trouverez juste, comme MM. de Charost et de Rouville ny apporteront aucune difficulté.

On fera donner le pain à la compagnie de cinquante hommes que vous voulez mettre dans Estaples pour empescher les courses de la garnison de Hesdin et vous n'avez qu'à vous adresser pour cela à M. Le Tellier. Quand il y aura occasion de placer le sieur Datin il esprouvera ce que peut pour moy votre recommandation et je vous conjure de croire que je seray toujours

parfaitement, etc.

Le Cardinal Mazarini.

De Bordeaux, le i3e novembre 1 658.

Vous ne mandez rien delà réponse que le marquis de Caracen* vous doit avoir faite touchant vostre eschange et vous scavez que personne ne s'intéresse plus que moy a vostre liberté2 et vos interest.

Minute3.

1 Le marquis de Caracene, général - Cf. Lettres du Cardinal Maçarin,

espagnol, qui joue un rôle très important t. VII, p. dans les événements de la frontière. 3 Ibid., t. VIII, p. 3/g, 385.

Je n'avois point doute que si l'on avoit UIl peu de patience, les ennemi »us rendissent la liberté1 pour celle Je MM. de

teville-'. d ' et de Sevable4. Je suis ravv qu'ils en

ayent enfin exécuté la résolution et que vou - a présent en

estât de continuerai] Roy les services que vous lui ave/ toujours rendus si utilement, J'ay beaucoup d'impatience de vous en pouvoir féliciter de vive yoix et vous protester que personne ne s'yntéresse plus sensiblement aux choses qui VOUS touchent, que. Monsieur, vo-tre trèsaffné et très véritable serviteur,

! Cardinal Ma/arim.

A Kohannc, le 18 janvier 1659.

A Monsieur le Mareschal Daumomt, gouverneur du Boulonnoie.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

1 I maréchal prisonnier

aux pr>r; le le 14 mni procèdent.

Il comptait •.': de captiwlê

au moment de ce tardif

3 Henry de M 1 ville,

plus tard duc ci maréchal de 1

taille des Dunes 1 14 jui

chc :trcs du CjrJin.il itajarin,

t. VIII, p

1 Jean d< ' ny, connu sous

le nom de comte d

un escadron tte même

bat.'

qui ; par deux

«irammont. Il a lui-même

conte en détail C< I nie-

moi: Ju coml'

de l'histoire de :ncrque.

invert, ^paiement prisonnier depuis la bataille des ses « je fui 'utcvillc

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M. le i sté

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manuscrit publie par M '■■>n-

nait, dit-il, le non. I ^ans

-dire à peu | celui d;. neur d'A M

merqué qui ne connaissait pas ce personnage, proposait de lire Saint 1

Monsieur,

Je ne pouvois recevoir une nouvelle plus agréable que celle du

retour à la Cour de M. vostre fils et que son affaire soit à la fin

entièrement terminée'. Elle n'avoit pas empesché que le Roy

n'eust tousiours conservé la mesme estime et la mesme affection

pour vous qu'avant cette disgrâce et je m'asseure aussy que

Sa Magesté considérera doresnavant M. de Villequier comme si

elle ne luy estoit point arrivée. Je ne vous offre point d'y

contribuer de mes offices auprès de Sa Magesté, puisque vous

devez estre persuadé que vous pouvez disposer de moy en tout

ce qui regardera vos intérêts comme d'une personne qui est

passionément, Monsieur, vostre très affné et très véritable

serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

A Bidache, le 23 juillet 1659.

A Monsieur le Mareschal d'Aumont, gouverneur de Boulonois. Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

XCÏII

Monsieur,

Il n'estoit pas nécessaire que M. de Villequier prist la peine de venir icy pour me remercier des offices que je luy ay rendus dans son affaire, puisqu'on peut dire que ce ne sont que des devoirs

1 Villequier avait passé en Hollande à la suite de sa condamnation par le Parlement.

ii4 LETTRES DE MAZARIN

de l'amitié que je vous ay promise a tous deux. J'av esté néantmoins très aisé de l'embrasser, et je vous advoùe que son absence a augmenté la joye que j'ay eue de le revoir. Je luy ay dit quelque chose sur sa justification au Parlement dont il vous rendra compte et j'escris à M. le Procureur général que je lui seray obligé s'il fait en sorte qu'il puisse suivre le Roy dans son voyage sans que cela luy préjudicie. Je suis persuadé qu'il y contribuera tout ce qui dépendra de luy et que vous me croire/ toujours aussy passionément que je suis, .Monsieur, vostre 1res affné et très véritable serviteur,

Le Cardinal Mazarini.

A Saint-Jcan-dc-Luz, le xi* aoust i65 |.

\ Monsieur le Mareschal d'Aumaut, chevalier des Ordres du Roy, g vernevr de Boulonois.

Archives de Monaco, fonds d'Aumont.

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