‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 6 sur 70 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les d'Aumont sont une vieille famille du Beauvaisis, dont les origines se confondent avec celles de l'abbaye de Ressons fondée et enrichie par ses plus anciens membres1.

Dès le milieu du xme siècle ils avaient leur place à la Cour de France; un Jean d'Aumont suivit Saint Louis en Terre-Sainte, un autre Jean d'Aumont servait Philippe le Hardi et Philippe le Bel. Pierre Ier fut chambellan de Philippe de Valois, Pierre II, dit Hutin, a rempli la même charge auprès de Charles V et de Charles VI et gardait l'oriflamme.

Le plus célèbre de tous les ancêtres du maréchal d'Aumont, dont il sera longuement question dans les pages qui suivent, est Jean d'Aumont, sixième du nom, comte de Chàteauroux, baron d'Estrabonnes, Nolay, Molinet, Chappes et autres lieux, chevalier des Ordres du Roi, capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances de Sa Majesté, conseiller aux Conseils d'Etat et Privé, gouverneur et lieutenant général du Dauphiné. Il s'est signalé en maintes rencontres, fut lui aussi maréchal de France (2 1 décembre 1 b-jg) et mourut d'un coup de mousquet au siège du château de Comper, près Rennes (19 août 1 5g5), à l'âge de y3 ans 5.

Il était fils de Pierre III et de Françoise de Sully et avait épousé Antoinette Chabot dont il avait eu trois fils et trois filles. Antoine Ier d'Aumont, baron de Chappes, Nolay, etc., prédécesseur de celui qui va nous occuper dans le gouvernement du Boulonnais, était le second des enfants issus de ce mariage. Le troisième, Jacques, époux de Charlotte Catherine de Villequier, est le père d'Antoine II d'Aumont, marquis de Villequier, notre héros.

' Cf. Généalogie de la maison d'Aumont ' Cf. P. Anselme. Histoire généalogi-

dressée en 1627 {Cab. d'Hoper, t. 20, que et chronologique de la maison royale

n° 1 336. Biblioth. nation., fonds français, de France, des Pairs, Grands Officiers

n° Sogoi). — Généalogie de la maison de la Couronne, etc., Paris 1/33, in-fol.,

d'Aumont jusqu'à M. le duc d'Aumont II. t. VII, p. 356. (Arch. de Monaco, fonds d'Aumont).- Etc.

AUMONT. b.

Né en 1606' et placé d'abord comme enfant d'honneur auprès du jeune roi Louis XIII, ce dernier commença très tôt sa carrière militaire. Il était, paraît-il, au siège de Montauban (1621), fut blessé au combat de l'île de Ré le 8 novembre 1627, assista, l'année suivante, à la prise de La Rochelle (1628) et fut envoyé par Richelieu à la Reine- Mère (8 mars 1629) lui porter des nouvelles du combat qui avait permis aux Français de forcer le passage du Pas de Suze2.

Il avait conquis bien vite tous les grades, depuis celui d'enseigne jusqu'à celui de maître de camp, et à vingt-six ans (2 novembre iô32) il avait été pourvu de la charge de capitaine des gardes du corps de Louis XIII, vacante par la démission du maréchal de Brézé. C'était une charge qui valait 18,840 £3.

Moins de deux mois après (20 décembre), sans attendre l'âge « que « nos Roys ont destiné pour le terme de cette Grandeur 4 », Louis XIII l'avait nommé chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit.

C'était le type le plus complet du gentilhomme de ce temps; dansant dans le ballet du Roi5, mais fréquentant aussi des compagnies médiocres ; pressant fort une des filles de la Reine, et rompant à l'occasion une bouteille sur la tête du conseiller Des Barreaux6. Tout

' Cette date se déduit des renseigne- s Arch.de Monaco, fonds d'Aumont Q6.

ments biographiques donnés par le texte * Cf. Le Héraut François, racontant

officiel de l'acte, par lequel le roi érigeait une partie des actions héroïques de Messire

en duché-pairie le marquisat d'Isles au Anthoine d'Aumont de Villequier Roche-

profit du maréchal d'Aumont... « en l'an- baron, chevalier des Ordres du Roy,

« née 1642, bien qu'il n'eust atteint que mareschal de France et gouverneur du

« l'âge de vingt-six ans... » (Cf. P. An- Boulonois, etc. Paris G. Sassier, i65l,

selme, op. cil , t. IV, p. 866, t. VII, 14 p. in-4". — Ce panégyrique fort enflé,

p. 542). publié sous les initiales G. S., qui sont

Toutefois les deux portraits gravés par celles de G. Sassier, renferme quelques

Moncornet et par de PArmessin du vivant détails biographiques intéressants,

du maréchal portent la date 1602. 5 Gaj., 20 février et 22 mars i635,

1 Lettres, instructions et papiers d'Etat n°" 32 et 35, pp. 91 et 143.

du cardinal de Richelieu, publiés par 6 Les Historiettes de Tallemant des

M.Avenel, t. III, p. 249. — P.Anselme, Réaux, Ed. Monmerqué et P. Paris, i855,

op. cit., t. IV, p. 866. in-12, t. IV, p. 48, t. V, p. 387.

ET LE CARDINAL MAZARIN xi

jeune encore, il avait osé se mesurer contre le terrible bretteur Bouteville, et il s'e'tait tiré de ce duel ine'gal en blessant son redoutable adversaire '.

Antoine Ier d'Aumont, gouverneur de Boulogne, mourait à Paris le 27 avril i635!, et cinq jours après (2 mai), son neveu, le capitaine des gardes, était appelé, par la faveur royale, à aller occuper un poste auquel la rupture avec l'Espagne devait donner tout aussitôt une importance exceptionnelle.

Dès la fin du même mois (23 mai), le nouveau titulaire prenait possession de son gouvernement3, et se mettait rapidement en mesure de justifier la confiance de son maître.

Deux ordonnances maritimes venaient d'être rendues à Compiègne (3o avriD, et à Péronne (7 mai)4. L'une interdisait tout trafic avec l'Espagne et toute sortie des navires qui ne seraient pas armés en guerre et assez forts pour se défendre des entreprises de l'ennemi.

L'autre renouvelait le service, existant déjà, des garde-côtes des mers du Ponant, destiné à empêcher toute surprise le long du littoral. Les capitaines garde-côtes devaient armer en diligence les « habitans pro- « ches de la mer qui sont sujets au guet, en temps de paix, et à la garde, « en temps de guerre », en passer la revue, et les distribuer « dans les « lieux et endroits accoustumés. »

Villequier — c'est sous ce nom qu'il est constamment désigné jusqu'au jour où il deviendra le maréchal d'Aumont — Villequier s'empressa d'assurer l'exécution de ces deux ordonnances dans son nouveau gouvernement, et la défense du littoral étant ainsi rendue solide, il s'occupa, sans plus tarder, de la sécurité de sa frontière de terre. Une mobilisation de troupes locales, dites troupes bouloiinoises'0, en faisait la base; il voulut donner à cette organisation spéciale un point d'appui particulièrement résistant, en constituant au chef-lieu un

1 Le Héraut François, etc., p. 6. — Il l'abbé D. Haigneré (Bull. Soc. Acad. de

n'avaitquequatorze ans, lorsqu'il dégaina Boulogne-sur-Mer, t. II, pp. 5ji, 1873).

ainsi contre le plus redoutable duelliste * Ga\. i635, n<« 58, 61, pp. 239, 252,

de l'Europe. 5 L'organisation officielle des troupes

5 Gtff. ) 635, n° 56, p. 232. boulonnaises en régiments d'infanterie et

3 Mèm. hist. et anecdoliq. de Pierre de cavalerie ne remonte cependant qu'à

Maslebranche, chapelain de la cathé- l'année 1670. dralede Boulogne, 1619-1635, publiés par

corps permanent, comprenant d'abord une compagnie de chevau-légers (9 mai) de quatre-vingt-dix maîtres dont il avait le commandement personnel' sous l'autorité du comte d'Alais, colonel-général de la cavalerie légère de France, puis un régiment de « gens de guerre à pied françois », composé de vingt enseignes, de cent hommes chacune, dont il fut le premier mettre de camp (8 septembre)2.

Lorsque le duc de Chaulnes rassembla, en Picardie, la puissante armée qui devait couvrir la frontière3, Villequier était en mesure de lui amener environ quatre mille combattants qui n'eurent, d'ailleurs, rien autre chose à faire, pendant les vingt jours que dura leur campagne4, que conduire jusqu'en Ponthieu le canon qu'on avait pris au combat d'Avein. L'armée retourna vers Corbie ayant rallié les troupes étrangères débarquées à Calais et « les généraux renvoyèrent la noblesse du Boulonnois, sous les ordres du sieur de Villequier, pour la garde de leurs frontières.5 »

Tout le poids des hostilités de cette première année d'une guerre qui devait en durer vingt-quatre, retombait sur les garnisons distribuées des deux côtés de la frontière, depuis l'Aa jusqu'à la Canche et la Ternoise.

Les limites des territoires espagnol et français correspondent assez exactement, à cette époque, à celles de la Flandre maritime et de l'Artois d'une part, et de l'autre de la Picardie haute et basse0.

La place de Gravelines défend l'extrémité septentrionale de la frontière espagnole. L'ennemi vient de bâtir contre l'Ecluse, qui est sur une petite rivière, à une portée de mousquet de la ville, un fort entouré de deux larges fossés remplis de quatre pieds d'eau, pour défendre un

' Arch. de Monaco, fonds d'Aumont, Q«.

" Ibid.

1 Elle comprenait trois cent quinze drapeaux d'infanterie, soixante cornettes de cavalerie française et un régiment de cinq cents chevaux étrangers, soit environ onze mille cinq cents hommes. 0 On « n'a veu de longtemps », dit la Galette (n° 268), « un plus puissant corps ni une

0 armée si leste remplie d'officiers et de « soldats si délibérés. »

* Maslebranche, Mém. cit., p. 5jl>. — Cette douce guerre de Picardie, comme l'appelle Maslebranche, se terminait sans qu'on ait « tué rien autre chose que des 9 lièvres. ».

s Merc. franc., t. XXI, p. 38.

6 Voyez les cartes ci-jointes de Tavernier et de Sanson.

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nouveau havre qu'il y veut faire1. Bourbourg vient ensuite, puis ce sont le fort Phcbus à Audruick, entouré d'un double fossé, dans un sol marécageux; le fort de Polincove qui garde la Hem ; Watten, magnifique position défensive sur les collines au nord de Saint-Omer; Saint- Omer enfin et Aire, les deux principaux boulevards de l'Espagne dans ces parages et qui resteront les dernières possessions du Roi Catholique en Artois. De Saint-Omer à Hesdin, quelques petits postes encore, dont le plus important est celui de Renty sur le haut Aa ; enfin d'Hesdin une dernière ligne qui gagne Arras par Lens.

Du côté français la défense s'appuie à la mer sur la place de Calais, à laquelle se rattachent des travaux extérieurs à Oye, àMarck, à Guemps; puis viennent le groupe d'Ardres avec le fort de Balinghen, le fort Brûlé, le fort Rouge; le Mont-Hulin, à l'est de Desvres, qui commande du haut de sa croupe de plus de six cents pieds tout le bas Boulonnais et s'appuie, en arrière, sur la vieille forteresse, non encore déclassée, de Boulogne, où Villequier centralise la défense. Montreuil, Crécy, Doulens, complètent plus au sud la ligne des places fortes.

Dès les premières hostilités, toutes les garnisons se sont mises en mouvement et ont inauguré une terrible guerre d'embuscades et de surprises, de réquisitions et de pillages.

La guerre de frontières, telle que la pratiquent les troupes des deux nations, reproduit presque constamment les mêmes scènes d'une barbare monotonie. L'un des deux partis a franchi les limites du territoire; il s'attaque à un village qu'il saccage de son mieux, et tandis qu'il ramène son butin, l'adversaire va l'attendre dans quelque passage favorable afin de reprendre ce qui vient de lui être volé et de faire le plus de mal possible à l'agresseur. Villageois et soldats sont mêlés à ces luttes où le sang coule en abondance et bientôt la contrée tout entière sera ruinée et dépeuplée.

Deci-delà pourtant quelque chevauchée héroïque se dégage de ces mêlées de soldats incendiaires et pillards et l'on peut admirer, sans réserve, le courage et le sangfroid d'un Rambures tombant à deux heures du matin avec ses quatre cents cavaliers, sur les dou\e cents Croates du

1 Ga;., i635, no i53, p. 6i3.

colonel Forgaz qui s'étaient logés dans Frévent1 et taillant en pièce cette horde de bandits détestés2.

De nombreux engagements avaient eu lieu le long de la frontière, de La Capelle à Auxi-le-Chàteau, presque toujours favorables aux Français. Le duc de Chaulnes avait pris et rasé le fort de Pas en Artois (12 juillet); Audruick s'était rendu au marquis de Montcavrel (3i juillet) qui battait un peu plus tard à Landrethun-les-Ardres la cavalerie du gouverneur de Saint-Omer et ruinait le bourg de Tournehem. Les Espagnols de Hesdin s'étaient laissé surprendre par les Français de Crécy, aidés de six cents paysans, et il ne s'était sauvé qu'une centaine d'individus la plupart blessés gravement. Une compagnie de Villequier avait tué, blessé ou pris trente-cinq cavaliers d'Artois (27 avril). Les défenseurs du Mont-Hulin avaient « sauvé force bestiaux et charettes de blé » que les Espagnols avaient enlevés aux environs de Campagne-lès-Boulonnais. Enfin un engagement très vif avait mis en présence les garnisons de Renty et de Montreuil, et la première avait perdu plus de deux cents hommes dont cent trente prisonniers3.

D'autre part « les habitants de Desvrenes, Guisnes et Brunem- « bert... par leurs fréquentes courses, avoient empesché celles « des Croates qui se sont retirez pour se mettre à l'abri de leurs plus « fortes places4». Ces sauvages cavaliers avaient toutefois, aussi bien en territoire espagnol que sur la frontière française, exercé des cruautés inouïes5; les Espagnols qui payaient les services de ces brigands, durent les retirer d'Artois en Luxembourg (18 décembre)6.

' Gjj, i635, n« 169, p. 678.— Cf. Maslebranche, Mém. cit., p. 5/5.

2 0 Ils ne se sontservis de leurs armes », disait de ces mercenaires avec indignation le comte de Charost, 0 que pour assas- « siner ou enlever de pauvres vieillards, «des femmes et des enfans; ajoutons à 0 ces crimes qui crient vengeance devant « Dieu les bruslemens qu'entre les gens de « bien la seule nécessité rend excusables « à la guerre. . . On auroit déjà exercé de «terribles représailles!), continue Charost, « si ces boute feux n'eussent esté plus « adroits à jouer des éperons que du cime- « terre ».— (Ga^., i636, n° 88, p. 364).

3 Gaf.,n° 101, p. 404; n° 10S, p. 433; no 123, p. 494; no i3q, p. 25;; no 148, p. 594; no 1 5 1 , p. 6 1 5 ; no 1 53, p. 6i3; n° 154, p. 617; no 178, p. 714, etc. — Merc.fr., t. XVI, p. 391.

* Ga^., 22 septembre 1 635 .

5 Une lettre de Montreuil, du 29 novembre 1 635, insérée dans la Galette, parle du meurtre d'une jeune tille de 12 ans, d'ongles arrachées à des paysans « avant que de les faire mourir », etc. — Cf. Gaj., Extr., i635, p. 141.

6 Ga{., i635, no i83, p. 732.

ET LE CARDINAL MAZARIN xv

L'avantage était resté presque toujours aux nôtres dans ces nombreuses rencontres, et le comte de Frézin « disgracié », dit la Galette, « pour n'avoir point assez, au gré du Roi d'Espagne, ruiné la frontière « de France», fut remplacé au commencement de i636 parle comte d'Hanapes dans le gouvernement d'Artois '.

Les hostilités reprirent bientôt en divers points de la frontière, et à la fin de mars Villequier dut marcher en toute hâte sur Ardres, menacée par l'ennemi. «Ayant reçeu avis le 12 du courant », dit la Ga\elte , « que « les ennemis avoient dessein de venir brusler un village appelé la Basse « Ville d'Ardres, il fit promptement assembler sa cavalerie et s'avança « dans le pays ennemi avec trois cents chevaux composez de sa « compagnie qui est de cent maistres, commandez par le sieur d'Ivran, « de celles du baron de Busca, de Painleu, Alincthun, Godinctun et « Brunieaubois. En marchant il sceut des prisonniers et espions, que « les ennemis avoient pris un autre chemin pour s'en aller au Mont « Saint Eloy, rendez-vous d'un de leur corps qui se font pour s'opposer « aux bruslemens que le duc de Chaulne continue sur eux vers « Péronne, et qu'à cette fois ils avoient tiré toutes leurs garnisons, « depuis Bourbourg, Gravelines, Saint-Omer et Aire, jusques à « Hesdin. C'est pourquoi, outre ces 3oo hommes, ledict sieur de « Villequier retint encore près de luy 70 maistres de la compagnie de « Conelle, celle de Roque et toute la noblesse du Boulenois avec « lesquelles forces il s'avança du costé d'Arras, où ayant fait montre « de peu de troupes pour attirer plus aizément les ennemis au combat, « ils n'ont osé paraistre, ledit sieur de Villequier ayant par ce moyen « préservé les frontières de leurs ravages2 ».

Les troupes françaises, rentrant de Hollande, débarquaient d'ailleurs quelques semaines plus tard (7 juin) à Calais et à Boulogne, au nombre de huit mille hommes de pied et de deux mille cinq cents chevaux, et la présence de cette belle troupe3 assurait provisoirement le respect de notre territoire.

Le danger était ailleurs. C'est par la Thiérache, que le prince Thomas de Savoie, avec trente mille combattants, pénétrait jusqu'au

1 Ga^., i636, n° 58, p. 244. 0 gens mieux faits «, dit la Galette, « ni

5 lbid., 1 636, n° 52, pp. 219, 220. « desquels on doive se promettre plus de

3 lbid., 1 636, n° 86, p. 355, Merc. fr., « services ». t. XXI, p. 217. — « Il ne se voit guère de

cœur de la Picardie. On sait comment, après un instant de panique, Paris se ressaisit, et comment une armée de réserve, formée en quelques semaines, vint arrêter, sur l'Oise, la marche de l'ennemi.

La région maritime était restée en dehors de ces graves événements, dont elle n'eut à souffrir que par contre-coup, lorsque l'ennemi se fut retiré. Il fallut entretenir les troupes royales, rassemblées en très grand nombre le long de la frontière (2 novembre i636). La basse ville de Boulogne eut, notamment, à sa charge « cinq compagnies, tant che- « vaulx légers que de cavaliers », qui devaient y loger et y vivre « par « estapes et contributions ». On s'empressa de déléguer à Villequier, qui se trouvait à Abbeville, Antoine de Lozière, l'un des échevins, pour lui remontrer, que l'exécution des ordres du Roi « causeroit la totalle « ruyne, tant des habitans de laditte ville que du pais, et feroit un « grand préjudice aux privilèges et franchises d'icelle » et le prier d'assister la ville « de son credict et faveur vers sa dicte Majesté et « Nosseigneurs de son Conseil1. »

Déjà à diverses reprises et notamment en 1 633, on avait déchargé les Boulonnais du paiement d'une contribution militaire-, et cette fois encore l'échevinage, qui appuyait ses réclamations sur une série de lettres patentes et d'arrêts du Conseil, obtint gain de cause auprès du Roi, grâce à Antoine d'Aumont.

La campagne de 1637 n'a été marquée, dans le nord de la France, par aucun événement important. Presque partout, cependant, sur la frontière, des escarmouches ont mis aux prises les garnisons des places fortes. Le zèle et la vigueur de Saint-Preuil qui commande, pour le Roi à Ardres, se sont manifestés dans diverses rencontres, à Eperlecques, à Audruick, à Fouquesolles, à Ruminghen et jusque dans un faubourg de Saint-Omer 3.

Les chevau-légers du comte de Charost, gouverneur de Calais, se sont signalés à Offekerque, à Vieille-Eglise, à Oye, et aux portes de Grave-

• Délibération de Véchevinage sur le 3 Cf. F. Morand, Année boulonnaise,

logement des troupes, 2 novembre 1 636. Boulogne, 1859, in-12, p. 164.

(Arch. Comm., publié dans {'Impartial 3 Gaç, i63;, n°* 23, 35, 43, 45, 53, 68,

du 2 novembre 1870, par l'abbé D. Hai- 76, etc., pp. 101, i52, 192, 210, 246,

gneré). 3i 1, 345, etc., etc.

ET LE CARDINAL MAZARIN xvn

lines. Un lieutenant de Rambures, du nom de Duchesne, a jette, dans la Canche, à Frévent, une troupe sortie de Hesdin et lui a tué soixante hommes ; il refoulait peu après, jusqu'aux murs de Saint-Pol, un autre détachement, du gouverneur de Rivière, qu'il a taillé en pièces. Un combat, non moins heureux, délivre l'abbaye de Saint-Josse d'une attaque d'un parti d'Espagnols. Enfin, le sieur de Lambert, maréchal de camp, s'est emparé du château de Boz, en Artois.

Mais ce sont les troupes de Villequier qui ont remporté les avantages les plus considérables, entre Ruisseauville et Coupelle-Vieille, d'une part, sur la route d'Hucqueliers à Fruges (20 mai) et de l'autre, entre Desvres et Fauquembergue (3 juillet). Villequier conduisait en personne la première de ces deux expéditions qui coûta trois cents hommes à l'ennemi '.

« Le 20 de ce mois (20 may 1637) », dit la Galette Extraordinaire du 29 suivant (page 353), « le sieur Villequier, gouverneur de Boulogne, « estant sorti avec cinq cent chevaux et autant de fantassins, avança « quatre lieues dans le pays d'Arthois, où ayant posé trois embuscades, « il fit batre la campagne par ses coureurs. Il eut avis que trois cens « fantassins des ennemis s'estoient emparez d'un bois, entre Ruisseau- « ville et Coupelle1, près de cette dernière, et encore d'un autre bois « qui fait la pointe de la forest de Cequi2, entre lesquels bois, qui ne « sont qu'à la portée de mousquet l'un de l'autre, les François estoient « nécessitez de passer. Le sieur de Villequier envoya aussi tost la « Mothe Belle-Isle, capitaine du château de Suceliers3, pour comman- « der à l'infanterie d'avancer vers ces bois, où les sieurs de la Chioube, « Vière, Longfossé, Alingthum et Questinghem, capitaines au régiment « dudit sieur de Villequier, se rendirent pareillement et ayant investi « le bois de Coupelle dans lequel tous les Espagnols s'étoient retran- « chés, après avoir abandonné celui de Cequi, ils se ruèrent sur les « ennemis qui se défendirent deux heures durant, à la faveur d'une « haye qui sert d'enceinte à ce bois, des forts halliers et brossailles « duquel ils tascherent inutilement de se couvrir. Car encore que ce « genre de combat inusité aux nostres leur donnast mille peines, le « lieu les empeschant souvent de se pouvoir reconnoistre, si est ce que

' Sur la route d'Hucqueliers à Fruges. J Hucqueliers, chef-lieu de canton de

2 Créquy. l'arrondissement de Montreuil.

« les ennemis enfin furent entièrement de'faits et en demeura sur la « place deux cents soixante et quarante furent faits prisonniers, sans « que les François y ayent perdu plus de quatre soldats et quelques « blessés ».

La Motte Belle-Isle commandait la deuxième entreprise et taillait en pièces les sept cents Espagnols engagés contre la garnison de Desvres1.

Dès le 18 mars 1 638 l'armée du Roi avait franchi la Somme, enlevé en passant le château de Saint-Pol et marché rapidement sur Saint- Omer, Villequier prit part au siège de cette place forte en s'emparant « de quelques forts qui incommodoient l'abord de notre armée2 ». C'étaient le fort d'Acquambronne qui commandait la roule de Lumbres et auquel il fallut envoyer quarante volées de canon, le château d'Enne, sur l'Aa, qui appartenait au vicomte de Fruges, celui de Frelinghen

1 La Galette Extraordinaire du 16 juillet 1637, n°io2,pp. 453-454, a publié sous ce titre : La défaite de sept cens Espagnols par le duc de Villequier, gouverneur du Boulonnois, un récit détaillé de cet événement :

« Cependant que les régimens de Na- « varre et de Picardie se rafraichissoient » dans le Boulonnois, les Espagnols qui a sont en garnison sur les frontières de « l'Artois firent au commencement de ce « mois une entreprise sur le bourg de « Desurene, proche du Monthulin, vers « où ils s'avancèrent au nombre de trois « cens chevaux et quatre cents fantassins a espérant enlever les compagnies d'in- « fanterie qui sont en garnison dans ce « bourg, et piller ensuite tous les villages 0 voisins. Mais le sieur de Villequier, 0 gouverneur de la ville de Boulogne et « pais de Boulonnois, ayant eu prompn tement avis de cette marche par les ■ païsàns, fit incontinent monter à cheval a la compagnie de carabins du sieur de <i la Mothe Belle Isle, celle du Baron de « Courset et la seconde compagnie de « Chevaux légers, auxquels il joignit 0 encore quelques mousquetaires tirez « du bourg de Desurene, le tout com-

« mandé par le dit sieur de la Mothe (i Belle-Isle, lequel estant parti le 3 de ce « mois pour empescher le dessein des « ennemis, les attaqua si courageusement « jusques dans leurs embuscades, ou ils « s'estoient cachez pour attaquer la gar- « nison française, qu'après un combat « d'une heure les Espagnols furent con- « traincts d'en sortir et ensuite furent « entièrement défaits par les François « qui en tuèrent près de trois cents sur « la place, en firent cinquante prisonniers « qu'ils ont amenez dans Boulogne, et n chassèrent le reste jusques dans Fal- « kembergue* et dans les bois qui sont <i autour. Tous les officiers et soldats « françois ont fort bien fait en ce combat, 0 mais particulièrement le sieur de la a Mothe Belle-Isle qui les conduisoit, « lequel eut son cheval tué sous luy d'un « coup de mousquet et fut blessé du « mesme coup an gras de la jambe. Nous « n'y avons perdu que quinze hom- « mes ».

J Merc.fr., t. XXII, pp. 186, 190.

* Fauquembergue, chef-lieu de canton i: l'arrondissement de Saint-Omer.

ET LE CARDINAL MAZARIN nx

et quelques autres points fortifiés autour de Bayenghen et de Coulomby1 qui gênaient le passage des vivres.

Le siège levé, non sans quelques pertes sensibles pour la troupe de Villequier2, l'armée royale s'empara de Renty (17 août). On résolut de démanteler cette petite forteresse, et Villequier chargé de surveiller la chose « exécutant de trop près sa commission fust blessé d'un éclat « des ruines de la place, comme il la faisoit sauter par mines3». Il commençait à se guérir de sa ;blessure, lorsque Lermont lui demanda ses carabins pour chasser de Zouafques une troupe d'Espagnols qui s'y étaient embusqués « pour attaquer les marchands qui alloient à la « foire de Lieques (4 octobre). » Il était en mesure, quelques jours plus tard, de venir servir près du Roi « les dernières six sepmaines de son « quartier4 ». Ce fut alors qu'il obtint de joindre au gouvernement de Boulogne celui d'Etaples5, que venait de rendre vacant la mort du marquis de Montcavrel (3o octobre i638)6.

La campagne de 1639, sur la frontière [du Nord, eut pour principal résultat la prise de Hesdin qui débarrassa d'un voisinage particulièrement pénible une partie de la Basse-Picardie. Le Roi qui s'était avancé jusqu'à Abbeville (3o mai) vint visiter les travaux du siège (3 juin) et se logea dans le quartier d'Aumont7 où il demeura jusqu'à la capitulation de la place (29 juin). Un coup de main heureux à Saint- Nicolas ; la destruction de divers petits forts le long de la frontière; la chasse aux Croates du Cardinal-Infant occupèrent le reste de la campagne qui prit fin au commencement d'octobre8 peu après la destruction de la flotte espagnole9, anéantie à la bataille des Dunes sous les coups du célèbre Tromp.

1 Gay. extr. du 7 juillet 1 638, p. 33o. 8 Gaj., 1639, n° 146, p. 692.

a Dans la sortie du 23 juin, le sieur de 9 Des cinquante trois vaisseaux dont se

Hames, cornette de la compagnie de composait la flotte commandée par Don

Villequier et dix à douze soldats avaient Antonio de Oquendo.vingt-trois s'échouè-

été tués ou blessés. (Ibid., p. 33i). rent, quatorze furent pris et quatre

3 Merc.fr., t. XXII, p. 202. — Corres- brûlés. Plusieurs des vaisseaux dont

pondance de Richelieu, t. VI, p, 101, 107. V Amiral de Naples, furent jettes sur les

Correspondance de Richelieu, t. VI, côtes du Boulonnais et du Ponthieu, à

p. 221. Wissant, à Dannes et à Merlimont. —

B Archives de Monaco, fonds Aumont. Cf. Ga?., 1639, nos ^g, 1 53, 1 56, 160,

c Gaf ., i638, n» 154, p. 648. pp, 705, 728, 729, 732, etc.

7 Ibid., 1637, n° 84, p. 369.

xx LE MARÉCHAL D'AUMONT

Une tentative sur Hesdin du comte d'Isembourg, gouverneur d'Artois pour l'Espagne, marque sur la frontière le début de l'année 1640. Bellebrune, qui défend la nouvelle conquête, défait l'avantgarde ennemie au gué du Vieil-Hesdin, dans les bois de Saint-André et dans le village de Cavron'. On sait parles prisonniers qu'Isembourg « a quelque entreprise sur le Boulenois » et Villequier, prévenu par Bellebrune, prend ses dispositions de défense.

Mais bientôt le siège d'Arras détourne de ce côté toutes les forces des Espagnols, et les garnisons de Calais, de Guines, d'Ardres prennent à leur tour l'offensive vers Gravelines et vers Saint-Omer2 pendant que Villequier va occuper sa place avec les troupes boulonnaises dans les opérations du siège, protégeant les convois de l'armée assiégeante, dont un seul sur douze est intercepté par la puissante cavalerie de l'ennemi4, ou engagé dans les luttes qui se livrent autour de la place, à Frémicourt, par exemple, et à Sailly. Villequier et Grancey ont eu leurs chevaulx tués sous euxb dans cette dernière rencontre, où les troupes de Lamboy ont été mises en pleine déroute. Les Français entraient dans Arras pour n'en plus sortir, le 10 août 1640, et le Cardinal-Infant se réfugiait derrière ses lignes fortifiées entre Béthune et Lille.

Il ne restait plus en Artois, aux Espagnols, que deux places fortes Aire et Saint-Omer. Le siège d'Aire par La Meilleraye (21 mai - 26 juillet), fut le principal événement de la campagne de 1641, et Villequier eut l'occasion d'y déployer de nouveau son courage et son activité. C'est lui qui, avec le concours de Charost et de Gèvres amenait au camp, sous Aire, un convoi de six mille chariots contenant deux mois de vivres et des munitions pour l'armée0. C'est lui encore qui, lorsque plus tard La Meilleraye et Brézé durent se retirer devant les forces combinées des Lorrains et des Espagnols, fut chargé d'occuper les chemins de Saint-Omer à Aire avec deux mille chevaux, arrêtant

1 Cf. La défaite desix vingt volontaires * Ga%., n° 104, p. 579. de la ville d'Aire, en Artois, par le gou- s Ibid., n° io3, p, 369.

verneur d'Hesdin. — Ga\. Extr. du 6 C'est ce qui faisait dire au soldat,

i3 mars 1640, n° 34, p. 147. qu'ayant pour ennemi le baron de Beck.

2 Gaj, n° 98, pp. 525, 528, n° 126, on devait mettre en sûreté les affaires de p. 691. . la bouche.

3 Ibid., 11° 92, p. 5oo, n° 93, p. 509.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxt

les convois destinés aux troupes du duc Charles et du Cardinal-Infant, « leur prenant grande quantité de chariots et leur faisant force pri- « sonniers ».

Aire fut reperdue, mais dix mille ennemis avaient succombé de misère et de faim pendant ce second siège', et la désertion des mercenaires, Allemands, Napolitains, Flamands, Espagnols, etc., qui composaient cette armée, en avait considérablement réduit les effectifs2. Aussi l'entrée en campagne de l'ennemi fut-elle assez tardive, l'année suivante. Une fausse attaque, pour occuper le fort Nieulet et isoler Calais (fin mai) fut déjouée par d'Harcourt, et Don Andréas Cantelmo tenta vainement de pénétrer en Boulonnais3 avec les quatre ou cinq mille hommes de pied et les deux mille chevaux du comte de Fuentes (10-21 août). Mais Don Francisco de Mello mettait Guiche en déroute à Honnecourt, et jusqu'au 2 octobre, l'ennemi put ravager â tel point le pays reconquis que le gentilhomme qui commandait les troupes espagnoles crut devoir présenter des excuses au comte de Charost « pour les incendies et ravages » dont il « rejettoit la faute sur les « païsans de la frontière de France ». Ce qui n'a pas toutefois satisfait, ajoute le rédacteur, « les habitans du païs dans lequel ces violences ont « été exercées, qui ne furent jamais aussy animez, qu'ils sont à présent, « pour avoir leur revanche4 ».

< « La faute de vivres est grande dans « eu ordre du Roy de se tenir sur les

« le camp », écrivait de Boulogne, le « chemins de Saint-Omer à Aire avec

i« novembre, un correspondant de la « deux mille chevaux, etc. »

Galette Extraordinaire, n° 139, pp. 819- 3 Cf. Merc. fr., t. XXIV, p. 55, etc.,

820, « et est encore accreue par les par- p. io5, etc. — Ga%., 1641, n° 67, p. 344,

« ties qu'envoyé incessament contr'eux le n° 98, p. 525, etc.

1 sieurdeVillequier.capitainedesgardes, 3 Cf. Bibl. de Boulogne, ras. Scotté,

« maréchal de Camp et gouverneur de p. 120.

« Boulogne et de Mont-Hulin, lequel a 4 Ga^., 1641. n<> 11 3, p. 800.

xxi. LE MARECHAL DAUMONT

Les premières relations e'pistolaires connues du cardinal Mazarin avec Antoine d'Aumont, marquis de Villequier, remontent à la fin de juillet 1643, mais il semble bien au ton de la lettre, qui n'est d'ailleurs qu'une réponse à un mémoire adressé par le gouverneur de Boulogne, il semble, dis-je, que la correspondance entre les deux personnages n'en est plus à ses débuts.

Nous sommes brusquement transportés au milieu des incidents de frontières auxquels, depuis huit ans déjà, Villequier se trouve intimement mêlé, comme on vient de le voir.

Aussitôt après Rocroy (19 mai), le Cardinal a fait décider le siège de Thionville, et tandis que le duc d'Enghien, secondé par Gassion, pousse vigoureusement l'attaque de la forteresse et que Guébriant tient en échec, dans l'est, les Bavarois et Charles de Lorraine, le duc d'Angoulème, qui commande sur la frontière du nord, s'efforce d'empêcher les Espagnols de détacher des troupes au secours de la ville assiégée. On pousse de temps en temps quelque colonne volante au milieu du territoire ennemi ; La Tour, par exemple, qui commande à Arras, depuis l'exécution de Saint-Preuil, lance vers Béthune une troupe d'élite de cent-vingt maîtres commandés par Du Vivier, Verderonne, Montgobert, La Verdure, et du Hameau qui remportent un brillant succès sur la cavalerie espagnole !.

Cependant les avis reçus à la cour aussi bien que les renseignements recueillis par Villequier signalent une importante diversion que tente vers le Neuf-Fossé le comte de Fuensaldagne, renouvelant une tactique déjà plusieurs fois mise en oeuvre par les Espagnols dans les campagnes précédentes. D'autres nouvelles, non moins menaçantes, annoncent que l'ennemi va attaquer le Mont-Hulin.

Le Cardinal prie (23 juillet) le duc d'Enghien, qui avait déjà envoyé mille chevaux au duc d'Angoulème'd'en faire passer davantage « pour « aller couvrir le Boulonnois ». La Tour reçoit l'ordre d'envoyer

' Merc. fr., t, XXV, p. 66.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxm

les dix compagnies du régiment de Villequier que commande Manicamps. En attendant, Villequier se jette dans la forteresse menacée, il a rapidement organisé la défense et l'ennemi ainsi prévenu renonce à prendre l'offensive. « Vous voyez », écrit Mazarin au frère cadet d'Antoine, maréchal de camp qui est devant Thionville, « ce que « peut vostre maison pour prendre et conserver des places et si ce n'est « pas avec raison que je l'estime ».

Fuensaldagne s'est retiré en Flandre au bruit de la marche en avant des huit mille hommes du duc d'Angoulême. Et comme pendant ce temps Don Francisco de Mello s'est joint au général Beck pour aller vers Thionville, les troupes d'Angoulême tournent du côté de Mouzon pour se rapprocher de celles de Gassion et d'Enghien1.

Alors la garnison du Mont-Hulin, dégagée par la retraite de Fuensaldagne, sort à son tour vers Arques, sous les ordres d'un des lieutenants de Villequier, le sieur de Lantanjac2, tue quatre-vingts hommes de la garnison de Saint-Omer et enlève tout son bétail. Lantanjac, un autre jour s'en va du côté d'Aire et, sous les yeux de l'ennemi, force les redoutes bâties pour protéger Yzbergues, Molinghem, Pont-à-Bac, et fait subir des pertes considérables à tout ce malheureux canton.

Puis c'est Lermont qui pique droit d'Ardres sur Saint-Omer pour faire un exemple aux dépens des pillards de la garnison espagnole, attaque à l'improviste une demi-lune des défenses extérieures et passe au fil de l'épée tous ceux qui la gardent, à la réserve de cinq hommes qu'il force à crier Vive la Reine! « Tout cela sans que personne ose « parestre dessus les remparts3 », dit un témoin de cet étonnant coup de main.

La Reine, dont on mêlait ainsi le nom à ces terribles scènes, aurait blâmé, sans doute, une pareille tuerie. Ne faisait-elle pas, en effet, déclarer par Mazarin qu'elle entendait qu'on évitât « toutes les violences et les « actions indignes des gens de guerre4 ».

Les troupes du duc d'Angoulême, ramenées vers le nord après la

1 Merc.fr., 1643, t. XXV, p. 61. Inventaire des munitions du Mont-Hulin.

2 François Dassemaire, écuyer, sieur Bull. Soc. Acad. de Boulogne -sur-Mer , de Lantanjac, exempt des gardes du corps t. II, p. 36-, 1875).

du Roi, lieutenant-colonel au régiment 3 Merc.fr., 164.3, t. XXV, p. 69.

de Villequier et commandant du Mont- * Lettres du cardinal Mazarin , t. I,

Hulin, mort en août 1645. (Cf. L.Bénard, p. 558. — Ce texte est du 3o janvier 1644.

xxiv LE MARÉCHAL DAL'MONT

prise de Thionville, avaient e'té renforcées par un corps de cavalerie envoyé par le duc d'Enghien et l'ennemi ne reparut pas sur la frontière du Boulonnais '.

La campagne de 1644 commença au mois de mai. L'armée royale, dont Gaston d'Orléans avait réclamé le commandement, franchit la Somme le 16; Rantzau passait la rivière, à gauche, par Abbeville, La Meilleraye, au centre, par Amiens, Gaston d'Orléans, à droite, par Péronne, ou Gassion suivait de près avec un quatrième corps.

Gaston s'avance par Bapaume, Aubigny, Saint-Pol, Fruges et Nielleslès-Blequin, où le fort de Stackenwert (?), abandonné par l'ennemi est livré aux flammes, puis il gagne Zouafques, et contourne l'inondation que les Espagnols ont produite en levant les écluses, et tandis que La Meilleraye s'empare rapidement des forts de Bajette, de la Capelle et de Saint- Folcuin et construit un pont sur l'Aa; Antoine d'Aumont, qui a laissé son gouvernement à son frère Roger, abbé d'Uzerches3, est à l'avantgarde avec son autre frère Charles. Il est parti en hâte avec la noblesse et la milice du Boulonnais au début des hostilités et s'est saisi des postes et passages qui empêchent d'entrer dans Gravelines3 dont on va commencer le siège; mais Gassion vient prendre sa place dans les lignes d'investissement et ramène sa troupe dans le Boulonnais pour s'en servir, comme dit le Mercure françois « dans la nécessité des occasions4».

L'armée navale des Hollandais s'est présentée devant Gravelines, mais comme elle n'est composée que de gros vaisseaux, elle ne peut pas empêcher les « bellandres », à fond plat, que possède l'ennemi, d'amener de Dunkerque sept à huit cents hommes de renfort avec des munitions, et Gaston presse Villequier, à peine rentré à Boulogne, de rassembler en toute hâte, dans son gouvernement, les « bellandres » qui pourraient s'y trouver, et de les lui envoyer au plus tôt « avec les voiles et apparaux, « chacune garnie de deux ancres et de deux cables et de cinquante ou » soixante planches 5. >-

Villequier rendit bien d'autres services à l'armée de siège pendant

1 Lettres du Cardinal Majarin, t. 1, * Merc. fr., 1644, t. XV 2e partie,

pp. 247-248. pp. 5-7.

3 Lettre CVIII. » Lettre CX.

3 Mém. de Montglat (Petitot, t. XLIX, p. 444).

ET LE CARDINAL MAZARIN xxv

les deux mois que durèrent les opérations devant Gravelines : « Escorte « des voitures de la trésorerie1, confection et transport de fascines2, « fourniture de pieux, envoi de mousquets3, etc., etc. » A deux reprises Piccolomini a menacé de tourner les positions françaises, et l'on a envoyé le gouverneur de Boulogne jetter de l'infanterie dans la place d'Ardres4. On lui a, une autre fois, demandé une troupe de six à sept cents hommes, en attendant l'envoi des renforts qu'on doit envoyer de la Cour 5.

On avait ouvert les tranchées devant Gravelines le i" juin, la place s'est rendue le 28 juillet, au moment où Gaston se disposait à donner assaut, et Mazarin, qui n'a pas manqué d'informer la Reine du concours actif prêté par d'Aumont « pour tout ce qui regarde le siège », lui envoie coup sur coup les lettres les plus flatteuses et les plus reconnaissantes 6.

La campagne si bien commencée se poursuit par la prise d'un certain nombre de redoutes qui vont assurer à l'armée française le cours de l'Aa et l'entrée de la Flandre. Une des plus importantes est l'abbaye fortifiée de Watten, qui commande Saint-Omer et que Gassion a emportée quelques jours après la reddition de Gravelines. Renforcée par les soins des deux d'Aumont, cette nouvelle conquête est confiée à la garde de Manicamp7.

Les escarmouches avaient continué, pendant ce temps, le long de la frontière. Les Espagnols de Saint-Omer avaient couru jusqu'à Campagne-en-Calaisis qu'ils avaient dévasté, et s'étaient fait battre au Moulin de Crezeque par Tassancourt, tandis que la garnison du Mont- Hulin, sous ce même Lantanjac dont il a déjà été question plus haut, prenait une sanglante revanche d'un parti ennemi qui avait « pétardé » l'église de Doudeauville8.

Au moment où Villequier allait prendre un repos exigé par l'état de sa santé, une douloureuse nouvelle lui arrivait de l'armée d'Allemagne. Charles, son frère, marquis d'Aumont, devenu lieutenant général, venait

1 Lettre CXI. » Lettre VI. — Cf. Bibl. Maf., ms.

a Lettre CXIII. n'2216, f°3go.— Merc.fr., 1644, t. XXV,

* Lettre CXV. pp. 57-77. — Mém. de Montglat (Petitot,

* Lettre CXII. t. XLIX, p. 451).

» Lettres CXIV et CXVI. « Merc. fr., 1644, t. XXV, 2« partie,

6 Lettres III et VI. pp. 140-141.

xxvi LE MARÉCHAL D'AUMONT

de mourir à Spire, des suites d'un coup de mousquet dans la hanche reçu au siège de Landau. Ne voulant rien oublier pour s'emparer d'une place qui assurait le quartier d'hiver de l'armée « il fit ses approches », dit le Mercure « et mit en batterie son canon avec une prompti- « tude si grande, qu'il faisoit tout d'un mesme temps l'office de soldat « et de capitaine, mais s'il agissoit avec grande ardeur, les assiégez, qui « se trouvoient au nombre de quatre cens hommes, ne témoignèrent « pas moins de chaleur à se bien deffendre. En effect, la courtine étoit « quasi tousjours toute en feu. Il arriva que le marquis, qui ne con- « sideroit pas le péril pour venir à bout de son entreprise, receut, le « quatrième jour, une mousquetade à la hanche, dont il mourut quelce que temps après. »

« Perte fort considérable à la France », ajoute le chroniqueur, « fort « sensible à tous les soldats et particulièrement regrettée du Duc « d'Enguyen, qui faisoit une merveilleuse estime de son courage et de « sa conduite * ».

La mort de Charles d'Aumont est pour Mazarin l'occasion de fournir à Y'illequier de nouvelles preuves de l'amitié affectée qu'il lui a maintes fois témoignée dans ces deux dernières années. La brillante conduite de notre personnage au passage de la Colme (1645), allait bientôt donner matière à de nouvelles manifestations de la sympathie un peu bruyante du Cardinal.

« Dès que le printemps fut venu »,dit Montglat5, « le duc d'Orléans « assembla son armée et s'avança jusqu'à Calais pour donner les ordres « à tout et de là il se rendit à Auvat (Watten) où l'armée étoit campée. « Il fut en ce lieu résolu de passer la rivière de Colme; ce qui étoit « difficile, à cause qu'elle est profonde et marécageuse; il ne laissa « pas de marcher de ce coté là, ou il trouva Piccolomini retranché « à l'autre bord de la rivière qui salua l'armée françoise de son artilletie, « laquelle lui répondit de même. Mais M. le duc d'Orléans jugeant « le passage impossible, feignit de marcher vers la Lys et s'avança « jusqu'au Neuf Fossé.

« Durant cette marche », continue Montglat, « Villequier, avec la

1 Merc.fr., 1644, t. XXV, 2« partie, » Mém.de Montglat [Petitot, t. L,p.i$).

ET LE CARDINAL MAZARIN

« milice du Boulonnois et les régimens de Rambures, de Noir- « moutier et de Clanleu marcha secrètement devers la Colme et, ayant « trouvé toute la campagne inondée, il fit mettre l'infanterie dans l'eau « jusqu'à la ceinture, et par ce moyen, il passa ce marais jusqu'à l'autre « bord, ou il fut attaqué par un gros d'Espagnols qui gardoient ce « passage; mais ayant tiré deux coups de canon pour avertir qu'il « étoit passé, le maréchal de Gassion tourna tête droit à lui et y arriva « pendant le combat qui étoit fort chaud de part et d'autre1 ».

« Mais les Espagnols, voyant arriver ce secours, se retirèrent, et « le maréchal ayant passé dans l'eau comme avoit fait Villequier, fit « faire quantité de ponts sur lesquels l'armée passa deux jours après « à Lobergue et aussitôt investit le fort de Mardick, Piccolomini, qui « avoit suivi les Français quand ils s'approchèrent de la Lys, voyant

* Voici en quels termes l'anonyme de Bourbourg raconte ce même épisode :

« L'an 1645 , l'armée du Roy estant c< derechef venue à ti avers la Chastellenie t de Cassel, vint droict à Looberghe, en « dessing de passer la rivière Colme. Les <i Espaignols les prévinrent et deffen- « dirent courageusement le passage quel- « ques jours. Les Franchois ne voyant « d'apparence d'y réussir, se rethirèrent « et voltigèrent quelcque temps le pays, et « ayant détache quelques trouppes soulz « la commande du maréssal* d'Aumon « pendant que les Espaignols estoyent « allés au quartier de rafraischement , « laissant garde assez légère sur la Colme « de Berghe, d'Aumont et ses trouppes « vinrent tout à l'impourveu par le Pont « Abbesse** descendirent à travers le « village de Cappelbrouq (quoyque tout « inondé), passèrent jusques à ventre « dans les eaux, firent un passage dans « la Basse Colme au lieu nommé Speje « (Ecluse)*** environ le my-chemin de

« Bourbourcq à Lincque; d'abord se « fortifièrent es masures de la censé de « Plumhoison. Quelques trouppes espa- « gnôles, avecq les guarnisons de Bour- 11 bourg etautres lieux s'y rendirent avecq « quelques pieches d'artillerie, atta- « querentde loin les Franchois par trois « endroits, mais par faulte de courage de « les pousser tout oultre, quoyqu'ils « l'avoyent assez belle puisqu'ils avoient à « faire contre des trouppes tout mouillées, « le soir venu, ils quittèrent le camp et « se rethirèrent en lieu de seureté. Le « lendemain on vit toute l'armée de « France sus, et assez éclatante audessus « l'avant dict canal, comme mestre de la « campaigne marcher droict au fort de « Mardicque qu'ils prirent en peu de « jour ». (Relation du progrès et décadence de la ville et chastellenie de Bourbonrq, ses ruynes et désolations arrivées pendant un demi siècle... depuis i635 jusques à i685. (Mém. Soc. Dunkerquoise, i856, pp. 175-176).

* 11 ne fut maréchal qu'en janvier i65i. ** Sur la Colme, entre Watten et Linck. *** Entre Cappel brooke et Link existe encore une Tieille écluse dite Cheval de bcis ; sur un Watter-

gand qui se jette dans la Colme, à Linck. C'est peut-être, dit Coussemaker, l'endroit indiqué ici (Loc. cit., p. 176).

kviii LE MARÉCHAL D'AUMONT

« leur contremarche, en fit autant, mais trop tard, car il la trouva « passée et Mardick bloqué dès le 20 de juin1 ».

Ce coup d'éclat, qui mettait Villequier singulièrement en relief, ne lui valut pas seulement les compliments de la Cour. La Reine voulut lui envoyer ce que Mazarin appelait dans son jargon « une petite aiute de coste2 », témoignage, à la fois, de l'estime qu'elle faisait de sa personne et de la satisfaction qu'elle avait de sa conduite3. Peu après il était promu lieutenant général « pour le service qu'il venoit de rendre », dit Montglat, « au passage de la Colme, dont la profondeur est si « grande, que pour estre maistre un autre fois de ses bords, il fut « résolu de prendre le fort de Linck qui est situé dessus4. »

Mardick avait succombé le 20 juillet, Linck capitula le 23 ; Bour-> bourg, Cassel, Estaires, Merville, Saint- Venant, Béthune, Lillers, Lamothc-aux-Bois, Armentières, Menin, se rendirent successivement, et les garnisons espagnoles de Saint-Omer et d'Aire se trouvèrent ainsi complètement cernées par les troupes du Roi. La campagne s'achève sous Gassion et Rantzau par la prise de Pont-à-Vendin, de Lens, d'Orchies, d'Arleux; toutefois les Espagnols ont pu reprendre, par surprise, une nuit du mois de décembre, la forteresse de Mardick, qu'il faudra péniblement reconquérir l'année suivante.

' Mém. de Montglat (Petitot, t. L, » Lettre VIII.

p. :3). 1 Mém. de Montglat, p. i5.

1 Aiuto di costa, gratification.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxix

La correspondance se poursuit avec les exagérations d'affection et de zèle dont Mazarin est volontiers prodigue. Un jour il promet de s'employer de tout son cœur pour le fils de Villequier l ; un autre jour il vient offrir à ce dernier des condoléances dramatiques sur la mort de son beau-neveu, le comte de la Recheguyon. Les d'Aumont sont des meilleurs amis qu'il ait au monde, et s'il pouvait de son sang soulager leur douleur2, il le ferait avec grande satisfaction3.

Rien d'ailleurs qui rappelle, dans les lettres que nous possédons, les nouvelles prouesses de Villequier. Véritable type du général de cavalerie des guerres modernes, il dirige, en avant de l'armée, un large service d'éclaireurs4. A Courtrai et à Lcns, comme à Gravelines, c'est lui qui investit la place. Dans la marche versYpres, il enfonce, par une charge soudaine, la cavalerie ennemie qui protège les fourrageurs et lui enlève équipages et butin. Au Pont-à-Vendin, il dégage les Anglais du prince Robert pressés par Piccolomini.

Le régiment de cavalerie de Villequier s'est fait, dans toute l'armée, une si belle réputation qu'on cherche à l'augmenter de deux compagnies nouvelles5.

Pendant qu'Antoine d'Aumont chevauche ainsi à l'avant-garde de l'armée de Gassion, et prend une part fort active aux événements de guerre qui se pressent à la frontière du nord, c'est son frère l'abbé, qui continue à tenir sa place à Boulogne et qui doit donner, notamment, son concours à l'enquête sur les prises des corsaires boulonnais, que vient faire le sieur Le Roux, lieutenant général de robe-longue, en la grande prévôté de France 6.

La blessure et la mort de Gassion sous les murs de Lens (28 septembre 1647), avaient fait passer, temporairement, le com-

« Lettre IX. * Lettres XI, XIII, XIV.

a Lettre X. » Lettres XV, XVI. — Cf. Lettres CI,

* Mém. de Montglat (Petitot, t. L., CIL p. 72, etc.) 6 Lettre XII.

m II M IRÉCHAL D'A r MONT

mandement de l'armée assiégeante entre les mains de Villequier, et Rantzau. qui venait d'arriver, déclarait que l'honneur de cette conquête endrait à Villequier et i ses officiers1. Quelques jours plus tard (3 octobre . Lena capitulait -, mais pendant ce temps, l'archiduc I p"ld reprenait Dixmuvde que Rant/.au avait enlevée le 19 juillet précédent. Ce fut la fin de cette campagne qui nous avait donné La I. et Lena, mais qui nous coûtait un grand général et nous faisait

perdu.- Comines, Armcntiéres et Landrecies. Les troupes fatigi.

les marches et manquant parfois de pain avaient un peu

fondu au cuuis de cette année, et Ma/.arin se préoccupait de voir si

promptement dépérir des régiments que l'on avait travaille a former

pendant des années entières, avec des soins continuels. Le Cardinal

Villequier de s'appliquer particulièrement « au faict des vivres »,

d'annoncer aux soldats l'approche de la monstre qui est arrivée à

Amiens, et A\n ménager les deniers pour pouvoir dépenser ce qui

restera en travaux indispensables, que la gène du trésor empêche

it de p.nivoir entreprendre 3. « Les finances du Roi sont si

« épu rit encore M tarin à Villequier*, « qu'il faut que les

« pi suppléent a ce deffault et fassent un effort pour contribuer

« à la subsistance des troupes, et je ne doute point qu'en cette occasion

;e donna/ une nouvelle marque du zèle que vous avez toujours

■ faict paroistre pour le service de Sa Majesté. 1 Allusion très directe

aux difficultés q trouvé, en Boulonnais, de précédai

mtributions militaires.

Tout en adressant a Villequier les ordres pour mettre en quartier

d'hiver les ; qui revenaient du siège de I.ens, Mazarin l'avait

»ut' jon s'en présentait, quelque entreprise

sur l'ennemi, et Villequier, taillé Lillera et Saint-

Venant, , une pointe audacieuse jusqu'au fau-

md qui devait faciliter, pour l'hiver, les contribu- : i t de (

Villf demeure encore au milieu de ses troupes ; il a mille

; emplir les instructions minutieuses dont Le Tellicr

'Vil. -tre XIX.

■ Vil. • | c;lrc x.\.

:rc XVI.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxxi

l'accable. Assurer vers Lillers la sécurité' des voituriers inquiétés par les bandes du vicomte de Samer ; interdire aux gouverneurs du Mont- Hulin et d'Ardres de faire des courses dans les villages qui se sont soumis à la contribution, et dont le Roi défend qu'on exige rien autre chose ; faire garder sévèrement les passages « par ou les soldats « des troupes de l'armée et des garnisons des places de Flandres se « peuvent retirer. » Les désertions sont devenues très faciles par la négligence des gouverneurs. Il est des régiments, comme celui de Salbris, à la garnison de Béthune, qui sont réduits à ne plus pouvoir faire le service de place. « On enverra des officiers de la prévôté « pour avoir partout l'œil à ce que la garde se fasse si soigneusement, « qu'aucun officier ni soldat ne se puisse sauver sans estre arresté. »

Il faut encore que Villequier prépare d'avance la démolition des fortifications de Lens qu'il dirigera au printemps; inspecte les garnisons de Béthune, d'Arras, d'Hesdin, etc.; renforce les compagnies de tel ou tel régiment; concentre sur Montdidier les troupes anglaises; « fasse « retirer des régiments et compagnies suisses » les soldats des autres régiments étrangers ; veille aux vivres ; règle la solde ; habille et chausse à neuf toute l'infanterie, etc., etc.1

Et cependant sa présence serait bien utile à Boulogne, pour régler la question fort délicate du logement du régiment écossais de Douglas qui doit prendre ses quartiers d'hiver dans cette ville, que des privilèges séculaires exemptent du logement des gens de guerre.

Le Roi veut continuer à Douglas « le bon traitement qu'il a toujours reçu » et il a décidé que ce régiment logerait dans la haute et basse ville et ne serait « à charge aux habitants que pour l'ustancille ». Mais le baron de Colembert, lieutenant du roi, qui commande en l'absence de Villequier, et déjà à Réty, a fait rebrousser chemin aux malades du régiment que l'on envoyait en convalescence de Calais à Desvres, s'entend avec le maïeur Jacques Framery pour loger les Ecossais « dans « la basse-ville soubz de simples couverts sans hostes ny ustancilles'' ». Plaintes des officiers, réunion du conseil de guerre, envoi du marquis de Piennes, maréchal de camp, pour informer de ce qui s'est passé, loger la troupe et intimer aux habitants l'ordre de lui fournir l'usten-

I Lettres CXVIII et suiv. » Lettre CXXIII.

»ile réglementaire, querelle du marquis avec le baron de Colembert, etc.. etc. Lramtry est mandé à la Cour pour rendre compte de sa conduite1 et Colembert est sévèrement blâmé.

On avait laissé à Villequier la disposition du reste de son gouvernement pour loger son régiment de cavalerie en tels lieux qu'il estimerait. On désirait seulement qu'il enlevât « sa substance pendant « le quartier d'hiver, ensemble ce qui luy sera ordonné pour ses recrues » et que la dépense en fût « régallée sur tous les lieux » qui dépendaient de ce gouvernement. « On en use de mesme en une partie des provinces « du rovaume, ajoutait Le Tcllier, messieurs des finances n'ayant pu « dans la nécessité présente, trouver d'autres moyens pour mettre les « troupes en meilleur estât de servir qu'elles n'ont esté la campagne séc * ».

La province réclama toute entière, et Villequier voulut bien se faire l'interprète de ses doléances. Le Tellier, tout en protestant contre privilèges qui rendent la condition des peuples du Boulonnais coup meilleure que dans les autres provinces, apprenait au gouverneur, le 6 décembre, que le Cardinal avait fait trouver bon à la 1 ne que cette province pounût ■ seulement à l'entretenement des • dues compagnies durant l'hyver sur le mesme pied de ce qui sera ■ ordonné aux autres troupes de mesme qualité, qui est Jeux montres, « les fourrages et ! I icilcs suivant le règlement, fui est tout ce

« qui peut se fairt pour le soulagement du pajrs* : Bientôt M. de < mont viendra répartir dans la province « l'imposition de la subsis- « tance et d ment de Villequier

Il est d'ailleurs expressément recommandé par le Roi aux officiers, de maintenir i boD ordre et discipline sans nen prendre des habitans « du lieu ny d'autres, qu'en payant, si ce n'est l'ustancile qui sera « fournye gratuiltement ■> conformément au règlement du quartier d'hit

I commencement de l'moeV Villequier, déjà en

campagne, inquiétant les abords de Tournay et de Douai, et pou^

■ i\. > l tttra CXXIV.

' I IV. < Arch. de Monaco, fond» d'Aumont.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxxm

jusque dans un faubourg de Lille « où il fit quelques prisonniers et « prit plusieurs chevaux, mesme ceux du gouverneur ' ». Un peu plus tard il combinait avec Paluau, qui commandait à Courtray, et l'ingénieur militaire Le Rasle, les moyens de renforcer la garnison de cette ville 2 à l'aide des recrues de Lens et de La Bassée.

« Se précautionnant », dit la Galette*, « contre les ennemis qu'il « pourroit trouver en chemin, il manda son régiment de cavalerie qui « faisoit le nombre de trois cens chevaux et cent gentilshommes « Boulonnois qui vinrent de leur bon gré à la première semonce qu'il « leur envoya faire, tant cette noblesse se montre zélée au service du « Roy à son ordinaire, comme il paroît en ce que n'estant ni payée « ni autrement tenue de se trouver en cette action, elle s'y porta « néantmoins avec autant ou plus de résolution et de courage que « plusieurs qui y sont tenus par le devoir de la charge ».

Le plan de Villequier est de marcher sur Courtray « au travers du « pays ennemi et contre l'opinion des ennemis mesme ». On part d'Arras pour La Bassée dans la nuit du 3 au 4 mars. Cent cavaliers du régiment de Chappes courent en avant avec cent mousquetaires en croupe « pour travailler aux ponts » ; Sainte-Colombe a fini son premier pont au Quesnoy quand, à l'aube, Villequier arrive et passe. Un deuxième pont est construit dans les mêmes conditions à Warwick, sur la Lys. Paluau attend, avec sa cavalerie, au pont de Marquette, où se fait de nuit la jonction des deux troupes et au retour on enlève un convoi de sel et d'autres provisions que l'ennemi conduisait de Lille à Ypres.

Villequier, cette mission terminée, se rend à La Bassée où il doit transférer les munitions de guerre enlevées de Lens dont la démolition est commencée sous ses yeux4. Il rejoint par Doullens l'armée de Condé et se signale presque aussitôt par un nouveau coup de main en enlevant un convoi parti de Lille pour ravitailler Ypres, que Condé allait bientôt investir5. Un peu plus tard (6 août), Villequier s'emparait d'Estaires

1 Ga^., 184S, n° 8, p. 72. défaite d'un convoi des ennemis par le

2 Lettres XXI, XXII, CXXXI, CXXXII. sieur de Villequier. (Gaj. extr., n° 38, — Cf. Gaj., 1648, n° 24, p. 2ii, n° 38, p. 329 et suiv).

p. 329. ■» Gaj., 1648, n° 33, p. 292. — Cf. Let-

3 Cf. Le renfort de quinze cents hom- très CXVIII, CXXI. mes n'aguère conduit à Courtray avec la 5 Lettre XXII.

I I M AR1 CHAL D'AI'Mi >N I

que les Kspagnols avaient occupé en marchant sur la Lys, et faisait trois cen; puis il prenait une part importante à la victoire

ren .rs après (ig août , par Condé, dans les plaines de

Len

Le combat de cavalerie qui décida du sort.de cette grande journée

avait commence* par renfoncement de la première ligne française

rejettée en e sur la seconde où commandaient Villequier et

La M ■ e qui avaient été faits prisonniers. « Le premier s'avisa », dit

\1 ... M tteville « de dire a ceux qui l'avoient pris qu'il étoit blessé et

« qu'il leur donnerait deux cens pistoles s'ils vouloient le mener à Lcns,

« qui étoit tout proche ». Lens était en effet retombé, la veille, aux mains

de l'Archiduc. • Comme les ennemis étoient encore dans la créance qu'ils

roient la bataille », continue .\1 c de Motteville, ■ ils ne tirent

difficulté. Le marquis de Villequier ne douta pas, de son c

■ ice oe demeurât victorieux, que l'étant, il ne manqui

ir Lens, et que reprenant cette place il le sauverait : ce

« qui an une il l'avoil . caria bataille donnée. M. le Prince

« envo) •! des troupes se saisir de la \illc, et Villequier lit lui-

téme la capitulation et devint le maître de ceux qui, deux heures

■ au \ \ ant la bataille perdue », dit de

'i mtglat, I . qui étoient entrés dans I ivec

.llequic: :ient tous à lui I Ile. Il reçut

« l'un ei et leur promit quartier, après leui avoii fait quitter les

« armes 3 ».

1er mettait entre les mains du vidame d'Amiens,

Do cinq mille prisonniers de la bataille de

■ ra\ette, « pies de ti I :;iols

« narun .• huit t qui

■ !otirv,lle. $• partie, W III. p

bataille

Ville-

iiicle

ionna le cheval de ■nnicr avec d.s leui

• senv. :iJan$,

• et pmir atm.

■■• pris un filet » — M s -

ET LE CARDINAL MAZARIN xxxv

« sont demeurez à Arras pour s'y faire panser et quelques uns encore « à mesme fin dans notre armée '. »

La reprise de Furnes suivit la bataille de Lens, mais peu après le prince de Condé retournait à Paris (20 septembre), par ordre de la Reine, qui défendit de plus rien entreprendre à cause des barricades ; Condé parti, Villequier prenait le commandement de l'armée qu'il ramenait entre Hesdin et Saint-Omer.

La Fronde venait de commencer; on ne voit pas qu'Antoine d'Aumont ait joué aucun rôle particulier au début de la guerre civile. Son gouvernement est demeuré inébranlablement fidèle à la cause royale et, à son instigation, une assemblée qui se tient, le 24 janvier 1649, à l'hôtel de l'Echevinage et à laquelle assistent les gens du Roi et les messieurs de la ville, délègue à Saint-Germain-en-Laye Claude Lesseline, maïeur, et Marc Stricq, échevin, pour témoigner au Roi et à la Reine-Mère, de l'attachement des Boulonnais « au nom de ceste ville « et de tout le pais 2. »

Villequier était auprès du Roi, remplissant sa fonction de capitaine des gardes, qui ne fut marquée, pendant son quartier, que par l'arrestation, dans la cour du château, le 5 mars, du maréchal de Rantzau, remplacé à Dunkerque par le comte d'Estrades3.

Ce n'est qu'après la surprise manquée de Cambrai que le Cardinal reprend, pour consoler d'Aumont de cet échec4, une correspondance interrompue depuis plus de neuf mois (8 juillet 1649).

Cambrai, occupé par une faible garnison, avait été brusquement investi par d'Harcourt et Villequier le 24 juin5. Mais tandis que Villequier était occupé par une fausse attaque de la cavalerie ennemie et que Fleckstein, qui commandait les auxiliaires allemands, s'efforçait de lui venir en aide, l'archiduc, favorisé par un épais brouillard, avait

1 Ga^., 1648, n° 1 37, p. 1207. * Lettre XXIV.

2 Arch. commun, de Boulogne. 3 Mém. de Montglat (Petitot, t. L,

3 Ga-{., 1649, n° 23> P- '46. — D'après p. 177).— Cf. Lettres du Cardinal Ma\a- Montglat le maréchal était accusé d'intel- rin, t. III, p. 3iio à 353.

ligence avec les Espagnols ; il ne fallut pas moins de onze mois pour reconnaître son innocence.

I I MARÉCH M. D'AUMONT

jette un secours de quinze cents hommes dans la place, et d'Harcourt, qui n'avait pas de matériel de siège, avait cru devoir se retirer contre l'opinion de Villequier, de Broglie et de Puységur, en couvrant la frontière menacée vers Béthune par les troupes de l'archiduc1.

Iques jours après Villequier passait l'Escaut à la nage, près de Bouchain - et venait, avec Quincé et du Plessis-Bellièvre, canonner i |ui tombait, pour quelques jours seulement, entre les mains

de l'armée royale '.

Il prenait part, ensuite, à divers chocs de cavalerie entre Douai et Valeneicnnc l . la tête des gardes du comte d'Harcourt il

nait l'ennemi qu'il taillait en pièces, « à la réserve du peu de fuyards « qui se jettèrent premièrement dans le faux bourg de Valencienm

0 ou ils furent poursuivis par les dits sieurs de Villequier et du Ples-

« et leur nombre encore diminué par le carnage de-< plus paresseux ».

1 autre jour il rencontrait une troupe de Croates qu'il chai ;u'aux portes de Douai « d'où il eut bien de la peine à faire retirer

ent entrez jusque dans la contrescarpe, non. b-tant « la mousqueterie et le canon. » Puis ce fut un grand c u'il

ame.i i a d Harcourt vers le Quesnoy, après un engagement contre deux mille chevaux et mille mousquetaires qui voulaient lui couper la route ». I lerie ennemie se retira derrière la Lys, a l'abri d'Armentières,

' Lettre XXV. — r a largc-

ce malru

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clairement de \ » 1 1 o-

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• l'Escaut, à une demi-lieue d

• cl ''>ule, et une partie de notre t cavalerie trouva un lieu plus bas sur « la main droite de m . où les

• chevaux ne Dag(

t mais la plupart «voient de l'eau jusques

• à la selle. Nous allât ttc nuit-là

• camper au camp des ennemis et le

• lendemain nous marchions droit sur < Valenciennes » [Mm de Puysi-

ET LE CARDINAL MAZARIN xxxvii

et l'armée française fixa son quartier principal à Saint-Riquier, sous le commandement du comte de Quincé « pour l'absence dudit sieur de « Villequier qui est allé dans son gouvernement de Boulogne1 ».

L'activité de Fuensaldagne, qui commande en Flandre, s'est manifestée en plein hiver par des manœuvres qui ne furent arrêtées que par les eaux ; les troupes de Villequier et de La Ferté étaient encore sous les armes, aux environs de Béthune et de La Bassée, le 24 décembre. Rambures, Bournonville, et d'autres régiments vécurent sur le pays pendant tout cet hiver, mais, sur la demande de Villequier, le nombre des cavaliers fut réduit à six compagnies z.

Avant de regagner sa résidence, Antoine d'Aumont avait assisté, avec ses troupes (i3 novembre), à la destruction, par Chamfort, de la fortification de Lillers « n'ayant pas été jugé à propos de la conserver, « pour ce qu'elle estoit de trop grande garde, et que sa conservation « n'avoit pas d'importance. »

* Ga\., 1649, n° 141, p. 1091. — Joa- général, et dix ans plus tard ambassachim, comte de Quincé, alors maréchal de deur d'Espagne, camp, devenu l'année suivante lieutenant 2 Lettre CXXIII.

xxx\ :•:

LE MARÉCHAL DAIMONT

Retenu à la frontière jusqu'au cœur de l'hiver, Villequier n'avait eu aucune part dans la première Fronde, et lorsqu'il revint prendre son quartier de capitaine des gardes en janvier i65o, il fut assez heureux pour n'avoir point de rôle à jouer dans les événements qui se déroulèrent, avant la reprise des hostilités en Flandre. Lorsque le 18 janvier on voulut arrêter les Princes au Palais Royal, ce fut Guitaut, capitaine des gardes Je la Heine, et son neveu et lieutenant Comminges, que l'on chargea de cette exécution, quoiqu'elle fut dans les fonctions qu'exerçait, pour l'instant, Villequier. On le savait plein de courage et d'honneur, on avait la plus haute idée de sa fidélité au Roi et à la Heine, mais on voulut lui épargner le chagrin d'avoir à conduire en prison le guerrier illustre qu'il avait vaillamment assisté à la bataille de Lens. NI Je Motterille nous raconte qu'elle eut quelque peine à consoler Villequier de ce qu'il prenait pour une marque de défiance à laquelle il n'avait pas donné lieu. « Il en fit de grandes plaintes au ministre », ajoute-t-ellc malicieusement, « et peut-être qu'il les redoubla soigneu- « sèment afin d'effacer, par sa sensibilité, une tache qu'il croignoit » d'avoir sur le front, d'être partisan du prince de Condé, qui n'auroit « pas été fort agréable en la personne d'un capitaine des gardes du « corps, mais elle n'y étoit pas en effet, car il étoit incapable de manquer « à son devoir. »

Son quartier terminé, Villequier reprend le chemin de son goi Dément ; il s'est adjoint, comme lieutenant, un brave gentilhomme angl.ns, originaire Je Bristol, lord Digby, qui est Jcpuis plusieurs années au service Je la France et dont on a fait, en 1648, un maréchal de camp. Les réquisitions de milices ont recommencé depuis Je nouvelles menaces d'invasion. Piennes se fortifie dans \ et l'mi envoie du renfort à Ihinkcrquc et à Mardick que semble

suitout viseï l'ennen

niglai,*p Petitot, 1 l.,p. jiS.

■ Uém iê W-" je- Motii-ville. 3« part., «p Pstitot, t xxxv lll, p. a.

/ rares du CarJttul Mjjjtm. t III.

p. 334, n»4J, p 3qi, n« Si. p 536.

ET LE CARDINAL MAZARIN xxxtx

Mais cette attaque vers la mer, est, cette fois encore, une feinte. C'est vers le Catelet que le mouvement s'accentue, et Villequier se tient à Péronne prêt à se porter, suivant les événements, vers la mer ou du côté de Guise1. Assaillie le 27 juin, la garnison de cette petite ville que Villequier et Hocquincourt avaient pu renforcer, s'est jettée dans le château et s'y défend si bien que l'ennemi, coupé, par l'armée française qui occupe la rive nord de l'Oise, de ses communications avec le Hainant, sans vivres, sans munitions, est contraint à lever le siège (2 juillet). « La campagne a trop bien commencé pour « ne pas finir de mesme2 », écrivait Mazarin à Villequier en le félicitant de la part qu'il avait prise aux opérations qui avaient réussi à affamer l'ennemi3. La bataille de Rethel, à laquelle se rapportent nos autres lettres de i65o, allait bientôt justifier cette confiance.

Après avoir vainement tenté un coup de main vers Paris, l'armée, commandée par l'archiduc Léopold et par Turenne, s'était repliée sur la Meuse et assiégeait Mouzon. Villequier qui avait vu « qu'il n'y avoit a aucune apparence que les ennemis s'approchassent desl places qui « estoient destinées à ses soins », avait marché avec sa brigade « qu1 « estoit de mille chevaux, quatre compagnie des gardes et le régiment « de Picardie » dans la direction de Soissons 4 et de Laon, où il concentre toutes ses forces. Il repart de cette ville, le 28 septembre, avec les régiments d'infanterie de la Marine, de Saulx et de Mazarin, et les régiments de cavalerie de Grammont, Rouvroy, Ravenel, Chamereau et Guerre, ayant donné l'ordre aux régiments de cavalerie d'Harcourt, Chappes, Maire et aux cavaliers d'Arnault qui venaient de Reims, de l'aller joindre àMézières, en laissant leur équipage à Laon. Il avait l'avis certain que le colonel Fauge avec six régiments du duc Charles avait investi Mouzon et que le comte de Molinghem se rendait vers Donchery sur la Meuse avec un corps de cavalerie de l'archiduc. « Le jeudi 29e du « passé (septembre), à une lieue d'Aubenton, il vist paroistre de loin « quatre gros escadrons qui venoyent à lui, ce qui fit juger que c'estoyent « des ennemis qui le vouloyent attaquer dans le défilé, ou il n'y avoit « que l'avant-garde de sa cavalerie passée et quelque peu de son

1 Lettre XXIX, etc. le convoi de Landrecics. {Lettres du

2 Lettre XXXIV. Cardinal Mazarin, t. III, p. i-jq).

3 II avait notamment arrêté avec Bougy '' Gaj. cit., n° 134, pp. 1196, 1200.

I I M UŒCHAL D'AUMONT

« infanterie. Pour les mieux reconnaître et voir leur contenance, il a s'avança sur une hauteur et trouva qu'ils faisoyent retirer leurs valets « derrière eux et aussitost ils continuèrent leur marche pour venir à luy, u ce qui l'obligea de mander au sieur de Montécler1, mareschal de camp, u de luv envover cette avant-garde déjà passée de sa cavalerie qui estoit « Je trois escadrons, à scavoir : le régiment de Uavenel, pour un ; celui « de Chamereau et Guerre, pour le second, et la moitié du régiment de

• iiammont, pour le troisième, afin que s'opposant aux ennemis il « donnast temps au reste de ses trouppes de passer entièrement le défilé, a II mandait aussi au sieur de Rouvroy, mestre de camp, de donner à « l'arrière-garde et faire avancer l'infanterie ».

' /pendant les ennemis s'avançans tousjours il se met aussi en « marche avec ses trois escadrons pour aller à eux, et se trouvant alors ■ teste pour teste, les uns et les autres chargèrent en mesme temps, « teste baissée, avec toute la résolution possible. Le sieur de Yillcquier vaut que les ennemis qui avoyent quatre escadrons, faisoyent un a plus grand fonds que luy qui n'en avoit que trois, fit prendre à luche par celui de Grammont et voyant que les encadrons ennemis a rénovent charger le reste de sa cavalerie, il donna avec tant de « jugement et de vigueur, se mettant à la teste de cet escadron de

Grammont, commandé par le sieur de Vandeuil, que les ennemis « furent tous nus en déroute et entièrement défais en estant demeuré a soixante sur la place mortz ou blessez mortellement. De ces derniers « estoit le comte Arias de Gonzallcs qui commandoit les ennemis, « lequel estant pris demanda à Be rendre audit sieur de Villequier, qui « pratiquant sa civilité ordinaire au milieu des coups d'espée, lui donna « son carosse et son chirurgien pour le panser, mais ses pl.iyes qui d'un coup de pistolet se trouvoient si grandes qu'il en i expira douze heut es après le combat.

«... Les nostres firent prisonniers en cette occasion le baron « d'Estrein, frère de la comtesse de Bossut, Jeux lieutenans colonels, un « major, six capitaines espagnols naturels, neuf lieutenans, neuf cor-

1 le sieur de Montccler ou Montéclair. ventre Gttf., eii . p. i35ol et alla mourir

maréchal de i verneur des ville dans sa résidence, âgé seulement de

délia de i . fut blesse dans 48 ans. (p. 1 388).

la rencontre d'un coup de pistolet dans le

ET LE CARDINAL MAZARIN

« nettes, un pagador qui alloit en Flandres quérir de l'argent pour les « travaux du siège de Mouzon et Donchery, qui ont esté par ce moyen « retardez et les autres desseins de l'Espagnols rompus : parmi lesquels « sont quelques quartiers-mestres que nous appelons maréchaux de « logis et près de deux cens autres prisonniers, le reste estant cavaliers, « la plupart espagnols naturels.

« Cette cavalerie ennemie avoit laissé tous ses estendards et équia pemens à l'armée de l'archiduc, d'où elle estoit partie ledit jour « 19 du passé, et n'avoit qu'un estendard qui fut aussi tost pris envoyé « à Son Altesse Royale par le dit sieur de Villequier1. . . Après que « les nostres eurent poursuivi les fuyars à deux lieues de la campagne « ou s'estoit fait le choc, les mieux montés des ennemis s'estant sauvez « au nombre ci-dessus dans la forêt d'Ardennes, le sieur de Villequier « fit assembler toutes ses troupes, et quoique ce fust soleil couchant « et qu'il plust sans cesse, il fit encore deux lieues avant que de camper. « Et ce qui lui obligeoit estoit le grand désir qu'il avoit de se rendre « à Donchery, joint l'avis qu'il eut que l'armée de l'archiduc avoit « marché ce jour là du costé de la Meuze et que si les ennemis « estoyent avertis de sa marche et notamment de l'avantage qu'il « venoit de remporter sur eux ils pourroyent destacher un grand corps « de cavalerie pour l'ataquer, n'estant qu'à quatre lieues l'un de l'autre.

« Le lendemain, dernier septembre, ledit sieur de Villequier partit « une heure avant le jour, pour gangner un passage par la forest « d'Ardennes, d'où il n'y a plus de risque jusqu'à Mézières 2. . . »

1 « L'étendart pris avec la croix de « Bourgogne d'or en champ de sable, que « S. A. Roy. reçut le 6e de ce mois (octo- « bre), fut renvoyé à la dame de Viliequier « pour demeurer en sa maison comme une « marque perpétuelle de la valeur de son « généreux époux ». (Gaj., p. i3.',2).

2 Cf. La Défaite de deux Régiments Espagnols entre Donchery et Aubenton par le sieur de Villequier, l'un des lieutenans généraux de l'armée du Roy, etc. {Gaj., i65o, pp. i345-i352). — On trouve un autre récit de ce même combat d'Aubenton dans une plaquette inspirée sans

doute en partie par Villequier et intitulée : Les articles de la paix de Bordeaux apporté^ à Paris par un courrier extraordinaire, arrivé le mercredy 5 octobre 1 65o avec les précédons, rendus à Son Altesse Royale par Monsieur le comte de l'Hospital du quatrième dudit mois ; ensemble d'autres particularité^, avec l'entière défaite de deux régimens espagnols en ta province de Champagne et de i5o prisonniers, par M. de Villequier, Vun des Généraux de l'armée du Roy.

Extraitte d'une lettre écrite de Donchery, le 2 de ce mois d'octobre à Monsieur le

Il II

LE MARÉCHAL D'AI'MoM

Il est devant Mouzon assiégé par Fuensaldagnc depuis le 25 septembre et réussit, le i3 octobre, à faire pénétrer dans la ville un renfort de quatre cents hommes', ce qui n'empêche pas, malheureusement, la garnison de capituler le b du mois suivant.

I. archiduc Le'opold, après ce succès qui assurait sa position sur la M ise, avait laissé Turennc hiverner dans ces quartiers et était rentré dans les Pays-Bas Espagnols. Les hostilités paraissaient termir. lorsque Ma/arin, qui cherche dans une victoire soudaine la consolidation de son pouvoir contre la Fronde qui s'agite Je nouveau, lance Du Plessis à l'assaut de Rethel qui se rend en quatre jours3.

Villequier et Hocquincourt ont arrêté au pont de Tugnv une sortie de la garnison. Turcnne est accouru trop tard au secours de la place; il se laisse attirer a combattre dans des conditions imprévues, et la cavalerie française, soutenue vigoureusement par les mousquetaires et les piquiers que Lu Plessis a entremêle-, a se- escadrons, linit par enfoncer les Allemands et les Lorrains qui lui sont 0|

[*OU3 les officiers généraux ont si bien faict », dit Mazarin, « que i .s ne sçait de qui parler plus avantageusement. M. Je Yille-

marquis Je Couvres, j L.wn. — Paris, Ani , huit pages,

• Monsieur de Villequier, insinue le

• panégyriste a i'Antoinc d'Au-

•, a telemeot u en ce péril

« leux ie en tous les autres,

■ la grandeur de sa conduite et .1

• cou' n voit ne le

M bouillonne puissamment dans

• les veines de ce grand guerrier dont les

■ Ram s par ses continuelles et

se rend si considéde leurs majesté*, qu'il

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■ mut ».

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prisonniers, perdu huit pièces Je canon, quinje cens ehevai

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— La bataille

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.minutre p.ir le mareschal Je a* ioo, p. prise

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ni.iresch.il J; Ju A'»)- en \dres et

ET LE CARDINAL MAZARIN xliii

« quier soustint le principal choc des ennemis, ayant eu à combattre « l'aisle gauche qu'ils avoient extrêmement fortifiée, et où M.deTurenne « combattit, et ce fut là que se fit le plus grand effort, parce que, leur « ayle droicte ayant fuy d'abord, les nostres qui lui estoient opposez, « se mirent à les poursuivre et se desbandèrent tous, à la reserve de « Valavoire, qui demeura tousjours ferme avec deux escadrons de mon « régiment', et Broglia avec le sien et avec Manicamp, au centre de la « première ligne de l'aisle droite ». Villequier n'avait pas chargé moins de huit fois l'ennemi ?.

« Tout le monde tombe d'accord », écrivait Mazarin, « qu'il n'a « jamais si bien faict et qu'il agit avec une prudence et une fermeté « qui n'est pas concevable3, et, si la chaleur n'eut emporté la plus « grande partie de l'aisle gauche que commandoit M. d'Hocquincourt, « il est certain qu'il ne se fust sauvé un seul des ennemis. Mondit sieur « d'Hocquincourt n'y oublia rien pour l'empescher, et chacun admira « la prudence et le flegme avec lequel il se conduisoit4 ».

« Je puis vous asseurer, en homme d'honneur, que jamais

« desroute n'a esté plus complète qu'en cette dernière bataille que les « ennemis ont perdu b. . . Le Roy ne se peut pas empescher de faire des « mareschaux de France, et il n'y a pas un homme de l'armée qui ne « donne cette qualité à MM. de Villequier et d'Hocquincourt6».

Mazarin, accomplissant une vieille promesse, comprenait, en effet, Villequier dans la promotion du 2 janvier 1 65 1 , en même temps qu'Hocquincourt, La Ferté-Imbault, La Ferté-Senneterre et Grancey. Villequier devenait dès lors le maréchal d'Aumont 7

Cependant milord Digby avait enlevé entre Arras et Bapaume, un

1 Le régiment de cavalerie italienne de « besoin de témoins pour faire connaître Mazarin. 9 que vous êtes brave, toute la France

2 Cf. Le héraut français, racontant une « le sait. Aussi est-il bien véritable qu'il

partie des actions historiques de messire « y fit fort bien » (Mém. de Puysé-

Anthoine d'Aumont de Villequier, etc. gur, t. II, p. 123).

Paris, i65i. * Lettres du Cardinal Mazarin, Ed.

3 « M. de Villequier », dit Puységur, Chéruel, t. III, pp. o,5i-o,52. c me dit que j'étois témoin comme les !i Ibid., t. III, p. 957.

« choses s'étoient passées et que je savois 6 lbid , t. III, p. 963.

« qu'il avoit fait son devoir. Je lui ré- 7 Ga$., i65i, n° 5, p. 5i. — Manicamp,

« ponds : Monsieur, vous n'avez pas était nommé gouverneur de La Fère.

quartier d'Espagnols : « deux rcgimcns de cavaliers, trois compagnies o franches et une autre du Roi d'Espagne » avaient été entièrement rompus, le comte d'Hanappes a commandant tout le corps », son lieutenant général et plusieurs autres officiers avaient été faits prisonniers1.

Le 5 mars i65i, le comte de Bassigny, gouverneur de Saint-Omer, pénétrait à son tour en Boulonnais, avec mille six cents fantassins et autant de chevaux, trois canons et deux mortiers. Il se proposait d'attaquer le Mont-Hulin; il dut se borner à piller la ville ouverte de Desvres, où ses soudarts assassinèrent quatre hommes et deux femmes7.

' Ga^., i65o, n» 188, p. 162 1. — Cf. vres du Dût. hist. et arch. du dep. de Lettre CXXIX Pas-de-Calais, arr. de Boulogne, t. II,

* Cjf ., n° 40, p. 329 — Cf V» Des- p. 369.

ET LE CARDINAL MAZARIN xlv

Pendant ce temps le nouveau maréchal de France installait dans sa charge de capitaine des gardes son fils Louis-Marie-Victor qui en avait la survivance depuis le 23 septembre 1643 ', et l'avait remplie un instant déjà, en 1648 2. Il fallut cependant au fidèle serviteur du Roi reprendre bientôt le bâton, dans les circonstances particulièrement graves que traversa la Cour, lorsque la coalition des deux Frondes eut ramené en triomphe, du Havre à Paris, les Princes délivrés.

On attendait Condé à Paris « comme s'il eut dû en prendre pos-

« session », dit la duchesse de Nemours 3, « ses amis et ses créa-

« teurs ne pensoient déjà plus qu'à choisir toutes les charges et tous « les gouvernemens du Royaume et ses ennemis étoient dans des « alarmes mortelles. La Reine et les ministres vivoient dans de pareil- « les inquiétudes, abandonnés de tout le monde et sans savoir à quoi « se déterminer

« Il est certain qu'on ne craignoit rien et qu'on ne prévoyoit rien là « dessus (sur les projets relatif à une régence du Condé), quelque « extraordinaire que cela parût, qui ne pût bien arriver, et que M. le « Prince le pouvoit entreprendre et exécuter facilement dans la terreur « et dans la consternation qu'il avoit données à toute la France.

« La Reine qui ne parloit plus avec autorité, pria le maréchal

« d'Aumont (qui étoit du petit nombre de grands seigneurs dont la « fidélité n'étoit pas ébranlée) de vouloir bien prendre lui-même le « bâton de capitaine des gardes et de ne le point confier à son fils, qui « n'étoit encore qu'un jeune homme4, quoiqu'elle n'ignorât point « qu'ayant l'honneur d'être maréchal de France, cet emploi fût au- « dessous de lui. Sur quoi le maréchal lui répondit que ce lui étoit un « grand avantage de servir le Roi, qu'en quelle qualité que ce pût être « il s'en feroit toujours beaucoup de gloire ; mais que, comme il en

1 Arch. de Monaco, fonds d'Aumont. 3 Mém. de la duchesse de Nemours

* Lettre XXIII. (ap. Petitot, t. XXXIV, pp. 477-478).

'< Il n'avait pas vingt-deux ans.

Xl.VI

I ! MARÉCHAL D'Al'MONT

« vouloit sortir à son honneur, il ne se chargeroit point du bâton « qu'elle ne lui promit que le Roi ne marcheroit point trop loin de « lui, afin qu'il put mieux répondre de sa personne et que l'huissier « eût ordre de laisser entrer tous ceux qu'il presenteroit. Il ajouta qu'il « avoit quantité d'officiers et de cavaliers réformés dont il répondoit « et dont il vouloit faire remplir son appartement, lorsque les princes a viendroient, afin qu'elle put être la maîtresse. Ce que la Reine « approuva et trouva fort à propos.

« Ceux qui virent cette quantité de gens inconnus crurent que le « hasard et la curiosité seulement de voir une entrevue aussi consi- « dérable que celle Je M. le Prince avec la Reine en avoient formé la » la foule.

i Le jeudi gras que les trois princes arrivèrent à Paris, on y fit des îx de )<>ic de leur élargissement, comme on avoit fait auparavant de

■ leur prison Monsieur, qui n'avoit point vu la Reine depuis leur

« brouilleric, vint lui présenter les trois princes; et de là il les mena

mper BU Palais d'Orléans. Cette \isitc fut assez froide, le repas ne

I guère plus échauffé; et comme il n'y arriva rien de plus remarqua-

o ble, on commença, des lois, de te remettre de ce qu'on avoit tant

ppréhendc de ce retour de M. le Prince »

Retenu par la Reine pendant trois mois encore ', le maréchal, que son inébranlable fidélité avait fait appeler le 11 avril' à « commander en chef l'armée du Roy en Flandre •>. panait le la juin pour Amiens. Il allait, disait pompeusement l'officielle Galette, montrer au I îols

pcui se rendre un compte exact de l'importance du rôle assigné à Antoine d'Aun. i des per-

i -.sages de In ( NI i/ann avec

LtTel! I

tinal Adajarin, t. IV,

* • P te lieutenant général à

« mondit seigneur li il J'Aumont

l'armée du

^ •. at. —

Duhui \ . t 1 1 . p ■ i — I ii

• du maréchal

l'armée à la date du iS juin, Dubuisson-Aubcnay ajo.itc : ■ le sieur de Villequier, son fila aine, se guérit ». Il Bvar c en duel par La

TrémoiUe, comte d'Olonne-Royan ilhiJ., t. 1, p. Il n de ce duel

et de deux autres alln rail eues

récemment Antoine lui-mer ■ I ,

i. t 11. p -.' que les maréchaux et autres officiers de la courant la déclaration contre le duel, que le maréchal d'Hocquinco lit à l'armée en juin 1661 et d.ins laquelle ils tiennent • pour méchants et indignes chre!; et malheureux serviteur» du

ET LE CARDINAL MAZARIN

« que pour avoir quitté le nom de Villequier il n'avoit point oublié « la diligence, qui leur avoit rendu ce nom si redoutable1 ».

C'était une tâche particulièrement délicate, en ces temps troublés, que de mener à l'ennemi des troupes relativement nombreuses, il est vrai, mais profondément indisciplinées et dont une notable partie obéissait à des influences hostiles au commandement supérieur.

En arrivant à Amiens, le maréchal se trouva aux prises avec des difficultés que ne laissaient guère prévoir les renseignements officiels2. Les violences exercées sur les habitants, par l'armée, avaient en effet soulevé les Picards, et l'on venait d'incarcérer dans les prisons d'Amiens plusieurs officiers accusés de vol.

Le maréchal intervient avec hauteur, le lieutenant-criminel lui tient tète, la querelle s'envenime et d'Aumont enferme chez lui le magistrat qu'il se refuse à rendre si l'on ne délivre pas ses officiers. «Alors», dit Goulas, « le peuple en mauvaise humeur des désordres de la solda- « tesque, prend les armes et oblige M. le maréchal non seulement « de relascher leur citoyen, mais mesme de sortir de la ville et regagner v ses troupes sans ramener ses officiers qui couroient fortune et qu'à « grand'peine on garantit de la corde3».

« et de l'Etat, et les plus bas et vils entre « les hommes ceux qui, pour pointillé ou « intérêts particuliers se battront désor- « mais en duel ». {Dubuisson- Aubenay, t. II. p. 76).

1 Gaj., 1 65 1 , n° 86, p. 696.

2 La Galette présentait, en effet, cette armée comme * la plus leste et au meilleur « ordre qu'aucune armée françoise ayt 0 esté il y a longtemps ».

3 Mém. de Nicolas Goulas, i65i, t. III, pp. 35~-358 (Soc. de l'Hist. de France, 1882, in-8°). — Cet épisode était déjà raconté avec plus de détails dans un pamphlet du temps. « Pour le commenn cément de ma campagne », faisait dire l'auteur de cette feuille au maréchal d'Aumont, « j'eus bien de la peine de me « sauver de la fureur du peuple, esmeu t contre moy, d'autant que j'avois fait « arrester en ma maison le lieutenant- « civil qui avoit fait mettre en prison

« (en suite des arrests du Parlement de « Pans) quelques officiers de l'armée, « pour les grands désordres que leurs « soldats faisoient dans la province, et « ne trouvant de seureté pour moy dans « une ville ainsi mutinée et qui assiégeoit n ma maison je fus contraint de me « retirer à la desrobée pour m'en aller à « Corbie où je fis passer l'armée pour 0 la mettre dans le pays ennemy afin de « la faire subsister à leurs despens, en « suite des ordres que j'avois reçus».

(Lettre du mareschal d'Aumont au Roy où il luy rend compte de ce qu'il a fait avec son armée depuis le commencement de la campagne jusqu'au 6 septembre.

Paris (jouxte la copie imprimée à Bruxelles), 1 65 1 , in-4°, p. 16). — Cette lettre, supposée (datée du camp du Chasteau de Cambrésis le 6 septembre 1 65 1), où l'on critique vivement les bulletins de victoire de la Galette, tout en mettant

M M XRÉCHAL D'AUMONT

L'armée, qui avait franchi la Somme, ne comptait pas moins de quatorze mille fantassins et neuf mille chevaux '. Mais le général en chef ne tenait bien en mains qu'une partie de cet effectif. Il avait dû subir, comme lieutenant général, une créature de Condé, le comte de Ta van nés, qui marchait et campait à part « sans vouloir souffrir », dit Monglat, « pour quelque occasion que ce fut, qu'on séparât ses trouai pes, tellement que la seule déférence qu'il rendoit au maréchal étoit « qu'il prenoit le mot 2 de lui.

1 | recédé fut fort suspect à la Reine qui en fit ses plaintes à

M ieur, lequel s'entremit pour accommoder l'affaire, mais le Prince

■■ répondit qu'il voyoit bien qu'on vouloit ruiner ses troupes en les

« séparant et qu'il avoit donné l'ordre au comte de Tavannes de ne le

« pas endurer, le maréchal d'Aumont étant dans les intérêts du

I .ardinal qui ne cherchoit qu'à le perdre Durant ces négociations,

« le maréchal vint se porter à Arlcux, n'osant avancer davantage à « cause du comte de Tavannes, d m la conduite lui donnait du « soupçon3 ».

L'ennemi s'était retiré sans combattre; on perdit un mois au camp d'Arleux en attendant des instructions que la Régente ne se décidait pas a donner à Villars et à Quincé, que le maréchal lui avait successivement dépéch. Ne sçachant », dit Goulas, « quelle résolution « prendtoit M. le Prince, elle TOuloil avoir un corps d'armée en l « d'investir ses troupes et de le chasser luy mesme de Paris* ».

bien en vue les misères de la guerre de

rcs, piliaijes et cruautés, maladies,

I •sthoine

d'Aun :r,,n IUnauii.it se

risl a la démentir, dans son

numer int, et « ce n'est

», dit

\ia\arinadct

• que le maréchal d'Aumont se suit vu

igé de taire publier qu'il n'avait rien

il de semblable ». Il est bien clair

qu'il

le citer ■ ' iestes et huict

• pièces de canon d'assez petit calibre, < six charettes de munitions de guerre, « force caissons vides, mx pontons et huict « autres moyennes barques ». Goulas accepte le chiffre de trente mille hommes t. III, p. 358).

* Son mot d'ordre.

1 èiomtglmi, ap Petitot, t L, pp. *<ï6-

4 Dans sa lettre du 27 juin (voir plus loin lettre (AI.Y , la Heine déclare n'a\oir point encore d'ordre particulier i donner au maréchal et se borne à lui mmander d'avoir l'œil à ce qu'on n* fait* pat Jrcjhjle Jjns l'jrmec la lettre du 1" août \i.\ i n'en pas

plus explicite.

ET LE CARDINAL MAZARIN xlix

« Le 8 aoust », dit la Galette, « tous nos officiers et soldats, un « genouïl en terre, rirent raison au Roy de la santé dont Sa Majesté « les avoit honoré, et pour servir de feux de joie à cette allégorie « militaire, le mareschal d'Aumont fit sauter en l'air cinq redoutes de « briques par lui prises sur les ennemis, près d'un ruisseau qui couvre « Douay, et ne pouvant aussi retenir autrement la gayeté de ses trouer pes, marcha le lendemain â la teste de cinq mille chevaux et mille « mousquetaires. » L'ennemi refusa de nouveau le combat, et l'on dut se contenter, pour célébrer la majorité du Roi, d'une démonstration vers Bouchain1.

Quelques jours plus tard commençait le siège de Furnes. « Le « maréchal d'Aumont », dit Montglat, « à la nouvelle de ce siège voulut « s'avancer pour le secourir, mais en même temps le comte de Tavan- « nés se sépara de lui et marcha du côté de Stenay pour joindre Don « Estevan de Gomarre, espagnol, sur la nouvelle qu'il eut que le « prince de Condé s'étoit retiré en Guienne pour commencer la guerre « civile. L'archiduc demeura pour tenir tête au maréchal d'Aumont « avec lequel il eut deux chaudes escarmouches, où il y eut force gens « tués et blessés de part et d'autre2 ».

La première de ces affaires fut célébrée dans la Galette sous ce titre pompeux : Le glorieux passage de l'Escaut par l'armée du Roy par le mareschal d'Aumont, malgré la résistance de l'armée Espagnole rangée en bataille sur la rh>e opposite, auquel passage grand nombre des ennemis ont esté tué\ et noyé\, 400 faits prisonniers, et le reste mis en fuite2. Quelques jours après le même recueil annonçait un deuxième engagement dans un numéro extraordinaire intitulé : Seconde défaite des Espagnols par l'armée du Roy en Flandre, ou le duc de Chaulnes était à son tour glorifié

Toute l'action utile s'est bornée, en somme, dans cette campagne, compromise par la défection de Tavannes, à jetter deux mille hommes dans Dunkerque, le 19 septembre, et à refouler les Espagnols qui menaçaient Mardick4. L'ennemi prit ses quartiers d'hiver le long de laColme,

1 Voy. la lettre du Roi au maréchal, en 3 Ga^., n° 11 5, p. 937.

date du 18 septembre i65t.(Let.CXLVIII) 4 Ga^., n° 169, p. 1431, n° 175, p. 1880,

2 Ga%., n° 127, p. 1049, n° 149, p. 1252, n° 179, p. i5i5. etc., etc. — Cf. Mém. de Puységur, éd.

cit., t. II, p. i32.

d'aumont. g

l LE MARÉCHAL D'AU. M ONT

tandis que les troupes françaises s'arrêtaient dans le Vimeu. Une dernière alerte mit, une fois encore, en avant Antoine d'Aumont du côté du

au-Cambrésis; les Espagnols se retirèrent à l'arrivée des Français'.

campagne était finie, et notre maréchal avait perdu, par des circonstances indépendantes de sa volonté, une occasion unique de s'illustrer a la tête d'une grande armée.

• C'est pendant le séjour des trou; Villcquier au Catcau-Cambrésis qu'une mutinerie éclata, dont le sang-froid de ^ur put heureusement se rendre maitre : « Le jour que les troupes partirent du rendez-vous, comme elles furent toutes assemblées, elles se mutinèrent et je crois que cela ■voit été concerte des auparavant, étant rai.

en bataille. Des officiers de presque tous les régimens me vinrent trouver, comme j'étois a la tête de celui de Piedmont et que M. d'Aumont sur une montagne près de là, qui vouloit voir marcher l'armée et la faire défiler devant lui par régiment. Ces rs me disant qu'ils venoient vers moi pour me représenter, qu'il falloit que nous considérassions Testât où nous étions depuis la mort du feu Roi, qu'on ne nous payoif en aucune façon et qu'on ne récompensoil pas un de ceux qui avoient bien servi et que je i-même et que si nous . nous pourrions bien

paver et considérer; que i |u'à députer à la Cour, et demander payement, faute duquel il n : joindre avec ceux

I Pai et avec les i le lui

bien surpris des

'ils me faisoient. et que

bien loin de me joindre avec eux, je ne

l'autre sentiment que de

i et faire la guerre aux

rebelles. Ils me dirent : si vous ne

, rec eux, ne

• marchons point du cote des Flandres t où M. d'Aumont veut nous mener, mais

• allons prendre Compiègne et y demeu- « rerons jusqu'au temps qu'on nous « ait payé Les arrérages qui nous sont

■ dûs sur le pied de dix monstres et nous

■ faisans assurer le payement à l'avenir, « et pour vous marquer l'estime qu'on

• fait de vous, vous serez là pour nous c commander. Je leur répondis : Votre

• m est fort bonne pour faire pendre « un homme, je crois même que ce ne

• scroit pas assez, qu'il faudroit le brûler « tout \if, et pour moi je ne comman-

• derai jamais de troupes contre le service « d -je suis étonné de voir « une révolte générale contre son Roi, < ii 1 s d'un autre Roi qui a tant aimé les

• gens de guerre et principalement

« infanterie que pour moi je savois

c fort bien que le feu Roi m'avoit donné « beaucoup de marques de son amitié et

• qu'il avoit une grande confiance en « moi... Vous devea juger par là s'il « est possible que je puisse tomber

ilia le malheur où vous nous voulez

• mettre • Et comme les rebelles

insistaient, Puvscgur fit marcher son

•uent de Piedmont et les autres suivirent. Knlïn, la campagne terminée, il fut envoyé à la Cour de la part de M. le maréchal d'Aumont et de toute l'armée pour assurer le roi de leur fidelit obéissance. Ses Mémoires contiennent la lettre que lui écrivit le Roi à ce sujet le 16 septembre . t 11,

pp. i35-i3

ET LE CARDINAL MAZARIN li

Si cette armée, « grosse et belle, capable de la plus glorieuse entre- « prise », comme le dit si bien Goulas1, ne fit presque rien, cette campagne, par la volonté de la Reine et la trahison du lieutenant de Condé, du moins demeura-t-elle en dehors des luttes civiles qui marquent le début de la seconde Fronde. Toutefois elle vit casser quelques-uns de ses régiments, dits de M. le Prince, de M. d'Enghien, de M. le prince de Contj', tandis que le maréchal était autorisé à fortifier ceux sur lesquels pouvait plus particulièrement compter le Cardinal

Mazarin chassé par la coalition des Princes et du Parlement a été réduit à fuir et à chercher un asile sur les bords du Rhin, dans le château de Bruhl, tandis que la Reine et le jeune Roi demeurent prisonniers des factions au Palais Royal. Le Cardinal lutte sans se décourager contre ses ennemis, et lorsque la révolte de Condé vient lui en fournir le prétexte, il se fait autoriser (17 novembre) à revenir « au secours du Roi » et avec un corps de troupes qu'il a levé en Allemagne de ses propres deniers, il entre à Sedan où l'accueille le lieutenant général Fabert (24 décembre). Dès la seconde moitié d'octobre, Mazarin est passé à Huy, puis à Dinant et à Bouillon. Tous les commandements de la frontière sont aux mains de ses amis ou de ses créatures ; quatre des gouverneurs sont des maréchaux créés par lui après la bataille de Rethel. Tout ce monde est acquis à sa cause, et il s'est assuré, en outre, le concours du duc de Vendôme, amiral de France, de son fils Mercœur et de beaucoup d'autres.

Le maréchal d'Aumont, en particulier, montre, en toute rencontre (c'est Mazarin qui nous l'apprend lui-même-), beaucoup de chaleur pour les intérêts du Cardinal qui lui écrit, dès le 18 décembre, en lui

1 Goulas, loc. cit., t. III, p. 358. <i qu'on pourroit attaquer et prendre telle

2 « D'Estrade », écrit Mazarin à de « place qu'on voudroit sur les ennemis. » Lionne, le 4 juillet i65i, « m'a depesché (Lettre Au Cardinal Maçarin, t. IV,p.3ioi. « et m'a envoyé une lettre du mareschal Malgré ces assurances si formelles, le 1 d'Aumont la plus obligeante du monde. cauteleux cardinal invite d'Estrades, en « Il me convie aller à la teste de l'armée octobre suivant, à intéresser encore le « qu'on m'assure n'avoir esté si belle ny maréchal à sa cause. « Si le mareschal est « si forte. Il me dict que j'y serai reçeu « dans vos quartiers, il seroit à propos « avec grand applaudissement et que. si « que vous luy fassiez de grands compli- « on peut avoir seulement cent mille « mens de ma part et faire aussy en sorte « escus de secours, il me respondoit « de sçavoir ses sentimens, que je voys

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