‹ Correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d'AumontChapitre 7 sur 70 · I.II · texte numérisé non relu

I.II

envoyant par Navailles et par Broglie, qui sont venus le voir à Dinant, des instructions secrètes '.

Les plans de Mazarin se dessinent plus nettement dans une autre lettre du 26' où il annonce au Maréchal qu'il lui est impossible de faire passer sa petite armée en Alsace et en Champagne « tant à cause des ennemis qui sont sur le chemin que des eaux qui se trouvent fort débordées ». Il s'est résolu d'embarquer cette infanterie' à Wesel • pour

:lccrque, où d'Estrades, un autre ami fidèle de Mazarin, la recevra et la fera passer en Picardie. Mazarin conjure de tout son cœur Antoine d'Aumont « d'avoir la mesme bonté, de la faire mesme s'il est nu

lira reposer dans le Bolonois, et comme ces troupes n'auront nv « route ny ordre du Roy et que les communautés pourroient bien « avoir celuy de leur courre sus », il réclame la protection particulière du gouverneur de Boulogne, et le prie de les faire passer pour siennes et de leur donner une route pour Rcthcl, « où il y aura ordre de les « recevoir1 ».

Mazarin, a- mercenaires, a rejoint la Cour à Poitiers le

invicr 1(02, et dès le lendemain il reprenait lu direction des affaires.

Ce jour même il écrivait au maréchal d'Aumont0 une lettre affectueuse

où, en lui faisant part du bon accueil du Roi et de la Heine, il lui

recommandait de s'entendre avec le duc d'Elbcuf pour arrêter de

elles attaques qui se prononçaient vers la Picardie.

l'.n exécution d'une convention conclue avec les Espagnols, ceux-ci vont envoyer trois ou quatre mille hommes à Tavanncs » pour les

• entièrement favorables pour moy ; et

• en cas qu'il ne fust pas trop loing de « vous, il semit bien que la mesme per-

• sonne que vous me despecherez la vist t de vostre part, et luy dist une partie

• dei choses que je vous escris pour

• l'obliger A s'ouvrir sur ce que je il

« faire dans Testât présent des choses ; « et en cas que vous ayez forme une -

• lution avec le mareschal de Granccy, la

• faisant adroitement insinuer a mondict

• 'icur le mareschal d'Aumont, je ne < doute point qu'il ne tombe dans le t mesme sens. »{lbtd., t. IV, p. 4I

lettre du !•• novembre montre

Mazarin assurant qu'il ne perd jamais le souvenir de tant de marques d'amitiés du maréchal Hbid., t. IV. p. 4<<5).

' Voir plus loin la lettre n° XXXVIII — Cf Lettres du Cardinal Mazarin, t. IV , p. 5i3.

1 I attn XXXIX.

1 EU mposée de mil huit cents

hommes de pied levés dans le Brandebourg Lettres du Cardinal Mazarin , t V, p. 99).

• Kllc était à Wcscl dès le 5 décembre l65l ilbid.. t. V,p. 576).

» Lctu-c XXXJX

• Lettre XL.

ET LE CARDINAL MAZARIN un

« joindre aux troupes qu'il commande et entrer promptement en « France1 ».

« Je sçay bien », dit Mazarin en transmettant cette fâcheuse nouvelle au Maréchal, sous la date du 5 février, « je sçay bien que vous n'estes « pas en estât de faire grand chose avec les seules troupes que vous

« avez, mais en vous entendant bien avec M. le mareschal de La

« Ferté-Senneterre et vous entre-assistant selon les occurrences, vous « pouvez l'un ou l'autre, ou tous deux ensemble, vous poster en bel lieu « d'où vous viendrez à bout d'empescher la jonction de ce corps « avec celui de M. le duc d'Orléans, ce qui seroit de la dernière « importance »

On annonce, en outre, une attaque de Dunkerque pour le mois de mars et le Maréchal doit songer dès à présent à traverser cette entreprise et à « favoriser la vigoureuse deffense que fera M. d'Estrades ».

D'Aumont reçoit cette lettre, comme il revenait de Béthune où il avait dû prévenir la trahison du vicomte d'Hostel, gouverneur de la place, qui négociait avec les Espagnols de Douai2. Après avoir constaté le départ d'une colonne commandée par le prince de Ligne qui avait fait une démonstration vers le Boulonnais et le Ponthieu3 (26 février), il marche avec lord Digby, vers la Seine, pour tâcher d'empêcher Nemours de passer le pont de Mantes avec les fantassins qu'il amène de Cambrai. Nemours, appelé par Sully, a pris les devants sur la petite troupe que mène le Maréchal; huit cents chevaux de Wittemberg arrêtent les cinq cents de Digby, et Nemours peut faire sa jonction dans la Beauce avec les troupes du duc d'Orléans4. D'Aumont et Digby

1 Lettre XLI. — (Cf. Lettres du Car- s'était retiré de Béthune et fut arrêté à dinal Mazarin, t. V, p. 37). Arras par La Tour et Saint-Agathe et

2 Cf. Gaj., i652, n° 22, p. 179. — Un mis en prison (Dubuisson-Aubenay, t. II, capitaine du régiment d'Hostel était allé pp. 161 et 170).

traiter avec le comte de Roeux, gouver- 3 Ibid., t. II, p. 170 — Cf. Ga\., i652,

neur de Douai. Montgobert, lieutenant n° 41, p. 335.

du Roi au gouvernement de Béthune * Cf. La glorieuse conduite de Mon-

« s'assura des officiers de la garnison, seigneur le duc de Nemours et les avan-

particulièrement des Ecossois, qui firent tages qu'il a remportés sur les trouppes

tenir leur régiment quatre jours sous les du mareschal d'Aumont, avec un petit

armes, jusqu'à ce que le maréchal d'Au- avis aux Parisiens. Paris, i652, — Du-

mont, mandé, y fut arrivé pour donner buisson- Aubenqy, t. II, p. 175. ordre comme il fit. » Le vicomte d'Hostel

liv LE MAKI CHAI. D'AUMONT

sont contraints de se retirer vers le Nord, où bientôt après la prise de dick et le siège de Gravclines par Léopold vont réclamer tous leurs soins.

Trois quartiers de troupes de toutes sortes cernent la ville qui n'est défendue que par une poignée de braves; quarante canons sont en batterie et commencent le feu le 28 avril1. Vainement de Calais et de [Boulogne et de plus loin encore envoie-ton des frégates pour ravitailler 1'. , des bateaux ont été enfonces àaiis la ririere, d'au-

gardent l'entrée3 et après une courageuse défense de trente-sept jours, le brave Villiers doit se rendre le 18 mai.

vélines réduit. Léopold se tourne vers 1 u.nkcrquc dont l'Espagne regrette toujours la perte, et tient, dès lors, la place étroitement bloquée. Pi .pendant d'aller au secours des Princes, il se

décide, en juillet, à lancer en avant les quatorze mille hommes de l'uensaldagnc , mais celui-ci a surtout pour mission d'entretenir la guerre civile si favorable aux convoitit es et il -1 borne I

renforcer de trois mille chevaux l'armée de Charles de Lorraine, pour revenir sur I)unkerque, quand il s'L--t assuré que le duc marche bien au m Je Condé '•.

la lin d'avril Mazarina donné des instructions au duc d'Llbcuf 11 maréchal d'Aumont pour jetter du monde et des vivres dans l.i ville menacée. Le 1? juillet, le 7 et le 11 août il écrit de nouveau au maréchal; sur ses ordres on prépare a Boulogne un con\oi de itaillement comprenant: « du mouton, de la vache, du 1 .un

« peu de vin et ce qu'il faut pour faite de la bu: idra

entrer avec de l'infanterie, lorsque l'armée navale, qu'on envoie tout entière, aura forcé le blocus.

I flotte de seC"iir^, que commande Vendôme, touche à Dieppe ptetnhre, et prend, en passant .1 Calais, quinze cents hommes du régiment de la Me:! ju'elle doit transporter à Dunkerque avec

1 f.'jr., le mardi cavalier»

..p. 441. ou fantassins Allemands et Lorrains

étaient loges aux environs du Catcau- .im.il A/ororiif, t. V, Cambréais, commandes par le baron de 14, Clmchamp. Mais Tavannes n'ctail pas encore arrive au rendez-vous avec \I.YIII. mille à dou/>. mbaltant-.

.pian- son-Aiibcn.ii-. t. Il, p. :

étaient è Cambrai depuis

ET LE CARDINAL MAZARIN

vivres et des munitions. « Les vaisseaux espagnols », dit Faulconnier, l'historien de Dunkerque ', « n'auroient pu empescher le secours, s'il « y eut pu arriver, mais Blake, par ordre de Cromwell, fasché de ce « que la France avoit repoussé les propositions qu'il venoit de faire au « sujet de Dunkerque2 aiant attaque' avec sa flotte le duc de Vendosme, « comme il passoit de Calais à Dunkerque, il lui prit ses quinze vais- « seaux et les conduisit à Douvres. Les François furent bien estonnez de « se voir attaqués par les Anglois3 avec qui ils n'avoient point de « guerre, mais ceux-ci répondirent à la demande qu'ils leur firent au « sujet de ce traitement, que c'estoit par représailles de ce que des « vaisseaux françois avoient causé beaucoup de dommage et de perte « à une escadre angloise dans la Méditerranée. »

« Bien que ces vaisseaux furent lâchés en Angleterre quelque temps « après », continue Faulconnier, « on y retint cependant les officiers « sous prétexte que c'estoient eux qui avoient fait le prétendu dom- « mage. Ce coup qui fut aparemment fait exprès et à la main, empescha « le secours de Dunkerque par mer et celui que le mareschal d'Aumont

* Op. cit., t. II, pp. 7-8.

2 II avait fait offrir à d'Estrades, pour acheter Dunkerque, deux millions que le gouverneur avait refusés avec indignation. « Cromwell offrit non plus seulece ment de l'or au commandant de la « place, mais quinze mille hommes au « Roi et à Mazarin et cinquante vais- « seaux contre les rebelles et contre « l'Espagne. D'Estrades qui voyoit la « France bouleversée, le gouvernement « sans soldats et sans argent, et Dun- « kerque infailliblement perdu si l'Ano gleterre s'allioit à l'Espagne, conseilla « au cardinal d'accepter. C'étoit l'avis « de Mazarin qui, en ce moment, reo joignoit la Cour à Poitiers ; mais la « Reine ne put se décider à sacrifier « volontairement Dunkerque. Mazarin « essaya d'adoucir Cromwell... mais « Cromwell avoit sa résolution prise. . . il o vouloit rendre à l'Angleterre un nou- « veau Calais, pour tenir la France en

« bride. . . » Il favorisa de son mieux aux « Espagnols la levée des fantassins irlan- « dais qui émigroient sur le continent <t écrasés par la république anglaise, et n qui mirent l'archiduc Léopold en état « d'assiéger Graveline et Dunkerque. Et « c'est alors qu'il imagina le guet à pens « de Blake. » (Ambassades et négociations du comte d'Estrades, Amsterdam, 1 7 iS, pp. 104-113, ap. H. Martin, Hist. de France, 40 édit., t. XII, p. 434).

3 II semble pourtant résulter d'un passage de la lettre autographe de Le Tellier au maréchal d'Aumont, publiée plus loin (lettre CXLI), que l'on redoutait, dès le 7 septembre, quelque entreprise des Anglais contre la flotte. Aumont était sollicité de fournir, à la dernière heure, sur la composition et l'emplacement des escadres Anglaise et Hollandaise, des renseignements précis à Vendôme déjà parvenu à Dieppe !

lvi LE MAKI CHAL D'AUMONT

mcnoit par terre n'y pouvant arriver à tems ni s'introduire dans « la ville, il ne fut guère plus utile que celui qu'on avoit destiné pour <ii aveline, et le comte d'Estrades fut obligé de capituler iù sep- « timbre 16Î - ,

Après la prise de Dunkerque, Fuensaldagne revint sur l'Aisne faire sa jonction avec les troupes du duc Charles et de Conde, devenu généralissime de Philippe IV ; Turenne qui n'avait qu'une armée bien inférieure à celle des alliés ne put les empêcher de reprendre Rethel, Château Porcicn et Sainte-Menehoulde.

Le maréchal d'Aumont, renforcé par un contingent levé en inandic par le duc de Longucville et par quelques troupes fournies par Arras et I qui ne couraient plus de risques*, put

dénient envoyer des renforts en Champagne sous les ordres de M :ide|eu: qu'il rejoignit bientôt lui-même avec un corps de cavalerie, et lurennc. fortifié tout à la fois par d'Aumont et par Hocquincourt, pendant que l'ennemi s'affaiblissait en se divisant, put repousser Condé jusque dans le Luxembourg.

En même temps qu'il pressait le maréchal au sujet des renforts, M u in lui communiquait confidentiellement ses projets de retour. Le ;I avait volontairement quitté le [g août précédent pour ôter tout prétexte a la conclusion de la paix entre la Cour et Paris, rappelait le Cardinal qui ne voulait revenir qu'après II rc des troupes

royales. Il était à Sedan icr décembre et faisait lever des troupes dans l'éveché de Liège, et le 17 décembre il rejoignait Turenne devant , a la tête de quatre mille hommes. Après avoir assisté aux derniers succès du vainqueur de Condé, il rentrait enfin à Paris le 3 février l653.

\ milieu des témoignages d'une exubérante amitié, Mazarin s'est engagé à s'employer auprès du Roi et de la Ucinc pour faire accorder au maréchal une grâce que celui-ci sollicite d'une manière toute particulière. Antoine d'Aumont a acheté, en mai 1 648, pour cent mille écu Charles II, duc de Mantouc et de Nivcrnois, le marquisat d Islc, à trois

' Lettres du C.jrdmal Uaptrim, t. V, ■ Cf. Montpht, «p. Petitot, t. I..;

ET LE CARDINAL MAZARIN

lieues au-delà de Troyes, d'où relèvent Praslin, Chappes, etc., et il a vendu, par contre-coup, sa jolie maison de la Place Royale au président des Hameaux'. Il voudrait obtenir l'érection de ce marquisat en duché et pairie de France, sous le nom d'Aumont. Mazarin a promis à la maréchale, dès le 3o septembre 1602, de demander et solliciter cette grâce 2. . . Revenu au pouvoir, Mazarin va oublier ses promesses et il faudra attendre treize longues années les lettres-patentes concédant enfin au maréchal, devenu gouverneur de Paris, le titre et les prérogatives de duc et pair 3.

Il semble bien qu'Antoine d'Aumont ait eu un profond ressentiment de ce manque de parole, de cette ingratitude. Du moins, c'est ainsi que s'explique le refroidissement dont témoigne plusieurs fois la correspondance du Cardinal et qui aboutissait à une rupture au mois d'octobre 1654A

1 Journal des guerres civiles de Dubuisson-Aubenay, publié par M. G. Saige (Paris, Soc. de l'Hist. de Paris, i883i885, in-8, t. I, p. 20).

a Lettre XCIV. — Cf. Lettres LI et LU.

3 Je ne puis que mentionner, en passant, quelques pamphlets relatifs au rôle du maréchal d'Aumont pendant la seconde fronde. Ce sont : 1° une plaquette de vingt pages, i652, intitulée : La Relation du Conseil tenu à Epernay, entre quatre maréchaux de France et le Cardinal Mazarin sur l'arrivée de monseigneur le duc de Guyse avec six mille hommes au service de monseigneur le Prince de Condé et sur le dessein que ledit Cardinal a de rentrer dans l'Etat à main armée. L'un des quatre maréchaux est le maréchal d'Aumont. — 2° Relation véritable de ce qui s'est passé à Pontoise en la disgrâce du maréchal de Turenne dans laquelle le maréchal

d'Aumont a esté subroyé en sa place de général d'armée, Paris, Hardouin, i652, huit pages. — Faux bruits que firent courir les princes d'un antagonisme entre Mazarin et Turenne et de la disgrâce de ce dernier pour avoir quitté l'armée afin de visiter son frère, le duc de Bouillon, malade à Pontoise, et abandonné des médecins. Aumont aurait été, disait-on, substitué à Turenne comme général en chef? — Lettre de monsieur de Sauvebœuf escrite à M. le mareschal d'Haumont, sur le comportement de Mazarin, Paris, P. de Chaumasy, i652, quinze pages. — La réponse à cette pièce, sans intérêt, intitulée : Explication du miroir enchanté de la Cour, Paris, P. de Chaumasy, i652, quatorze pages, était attribué au maréchal d'Aumont. 11 n'y a rien à y noter qui en vaille la peine dans ces deux pamphlets.

* Lettres LX et LXVI.

t vin II MARÉCHAL I/AUMONT

I lettres écrites par Mazarin au Maréchal, en l6S3, ont trait exclusivement aux affaires militaires. Au mois de mars, le Maréchal reçoit l'ordre de retourner à la frontière, pour s'opposer à tout ce que les ennemis y voudraient entreprendre. Le comte de Broglie étant retenu à la Cour, d'Aumont prendra un soin particulier de La Bassée dont ce personnage est gouverneur'.

La guerre commence vers le nord-est et le duc d'Elbœuf- gagne les Ardennes d\^c l'année de Picardie; mais le coup de main de Turcnnc sur Rethel oblige Condé et Fuensaldagne à se rabattre sur le Somme, et \iie Mazarin mande à Amiens les compagnies suisses qui viennent de Calais et d'Ardres et celles qui sont à Boulogne3. Il appelle également à l'armée les deux régiments de Villequicr, français et allemand, qui serviront « au lieu où sera S M nesté1 ».

Pendant que la campagne se poursuit ainsi vers la Somme, puis en Champagne, les provinces maritimes sont a peu près dépourvues de

Disons, et l'ennemi va chercher a profiter de cet affaiblissement momentané Je la défense, pour tenter quelque chose du d'ité de

llogne. Il comptait sans le maréchal d'Aumont et sans Rouville. illance des gentilshommes boulonnais.

« Le :\ novembre », dit la relation publiée par la Galette, i cinq

• cens chevaux des ennemis estans venus brusler le village de Wimille, a ■ la veue de cette ville ' le mareschal d'Aumont, nostre gouverneur, a après avoir fait tirer trois coups de canon, qui est le signal qu'il

donne ordinairement a la noblesse pour s'assembler, sortit seulement lieurs de Colemberg, lieutenant du roi, de Grimard et l'un

• de ses pages. A peine fut-il dehors qu'il se trouva accompagné décent gentilshommes à la teste desquels il s'avança vers l'ennemi,

■ur reconnoistre lestât de leurs troupes, qui estoient chargées de

' I ettre l.vil < Lettw I \

' III' lu nom, âge alors de '• l.a ville Je Boulogne est à une lieue

33 ■■». seulement au sud Je Wimille.

' I cure I

ET LE CARDINAL MAZARIN lix

« butin; et comme il eust apperceu qu'elles avoient un défilé à passer « devant luy, il les chargea si prestement qu'il contraignit ces incen- « diaires, pour se sauver plus aisément, à laisser leur butin en un lieu « appelé Marquise '. Cinq gentilshommes furent blessez en cette action « et le fils du sieur de Saint- Pol fait prisonnier; mais le mareschal « ayant en mesme temps envoyé un soldat au sieur de Rouville, « gouverneur d'Ardres2, afin qu'il fit avancer sa compagnie jusqu'à un « autre défilé, ou il sçavoit que les ennemis devoyent passer, il l'y « vint joindre si à propos avec cinquante maistres, lorsqu'ils estoient « prêts d'y entrer que ledit mareschal eut le moyen de faire sonner la « charge et donner sur eux avec tant de vigueur, qu'il en tua plus « de cent cinquante, fit trois cens prisonniers, entre eux un lieutenant- « colonel, un major, six capitaines, plusieurs bas-officiers, dégagea « celui 3 qu'ils avoient fait sur les nostres, avec tout le butin et gagna « quatre cens chevaux qu'il abandonna à ceux qui s'estoient signalez en « cette seconde action ; ne se réservant que la gloire d'avoir tesmoigné « la prudence et générosité qu'il a monstrée en toutes les rencontres « ou il a esté employé pour le service du Roy ».

C'était un avantage signalé dont la nouvelle fut reçue « avec applaudissement4» et Mazarin se faisait, peu après, l'interprète des sentiments de la Cour en déclarant au Maréchal qu'il n'était pas possible « de couronner la campagne par une action plus esclatante et plus « extraordinaire. »

« En mon particulier », ajoutait-il, « je vous advoue que, soit que « je considère votre gloire, soit que je fasse réflexion sur le service du « Roy, je n'ay pas moins de joye de ce succez que de la prise de Saintece Menehouldc b. Je suis fort trompé si les ennemis s'hazardent si « facilement à vous visiter désormais, puisque sans estre préparé vous « leur faites un traitement si complet. Et à dire le vray, il faudroit qu'ils

1 Chef-lieu de canton, à douze kilo- objet de livrer cette ville aux Espagnols mètres de Boulogne, sur la route de de Saint-Omer (i« juillet i653). Calais. 3 Saint-Pol, le fils.

2 Hercule Louis de Rouville, sieur de '• Lettre LXII.

Meux, lieutenant général des armées du ■"> Assiégée par le jeune roi en personne,

Roi, gouverneur d'Ardres, venait de faire cette place avait succombé le 29 no-

échouer quatre mois plus tôt la conspi- vembre. ration dite des Rambures qui avait pour

,.x I i: MARÉCHAL PAUMONT

n bien aveugles s'ils s'imaginoient encore après cela vous avoir prendre au dépourvu et ne s'apercevoyent que la principale « force de votre gouvernement consiste en votre personne ».

lique cette belle épître se terminât assez vulgairement par une te de réquisition de quelques-uns des chevaux pris à Wimillc en . jr du rdgiment étranger de Villcquier, le maréchal dut espère! en lisant ces phrases si louangeuses que les lettres-patentes, attend depuis quinze mois, ne tarderaient plus à sortir. L'hiver se p.'

1 que rien vint faire supposer que Mazarin s'occupât de réal promesse et [a froideur que d'Aumont laissait paraître et don: plaignait depuis quelque temps le Cardinal1 s'accrut encore et nouveau retard

Tout l'intérêt de la campagne de no j. se concentre autour de

ti et d'Arrai; Stcnai enlevé sous les yeux du Roi aux partisans de

Condé après un siège habilement conduit par le lieutenant général

Fabcrt ; Arras investi dans le même temps3 par une puissante armée

!e et délivré par Turcnne après un victorieux combat qui

: • int trois mille prisonniers, soixante-trois canons, neuf

cents chevaux et un matériel immense rassemblé dans un camp

retranché de plus de cinq lieues de tour.

I Maréchal ne prit aucune part personnelle à ces événementne l'avait pas convié tout d'abord à venir en personne occuper un de

rieurs où il avait si souvent réussi dans les campagnes précédentes B intercepter les convois de l'ennemi : systématiquement écarté de la latte jusqu'à la lin de juillet, invité seulement au commencement d'août à venir avec ses Boulonnais, prié le 14 de ce mois de ne

prendre cette peine parce qu'il serait trop tard '■. le .Maréchal avait du se contenter de: \ .as son fils aine, le nouveau marquis

de Villequier, gouvernent en survivance de Boulogne depuis le 1 \ juillet M'- . M i.-arin s'empressait de reconnaître quesans ti tion cc'jeunc homme de vingt-deux ans avait fait des met veilles (1" sep* teml malgré ces jolis compliments, d'Aumont est de fort

' 1 •■•■• I V lires du Cardinal Maforim, t. VI,

' I \ll rP- i3S-i>> cl lettre LXIV.

me I. Mil. \ rch laMona i'Aurnont.

« Lettre Xl.Y.

ET LE CARDINAL MAZARIN lxi

méchante humeur de n'avoir rien eu à faire au secours d'Arras, alors qu'il s'était si activement employé naguère dans tant de pareilles occasions. Il ne sait pas que Le Tellier et sans doute Hocquincourt sont pour quelque chose dans cette espèce de disgrâce. C'est à Mazarin que s'en prennent et le père et le fils. Ils se répandent l'un et l'autre en plaintes contre le Cardinal qui déclare nettement un beau jour « qu'il seroit imprudent à lui de continuer à se mâle?- des choses qui ne le regardent pas et qu'il évitera, en s'abstenant, de se donner la mortification de voir que ses anciens amis répondent peu à sa bonne volonté et aux soins qu'il prend de les servir. Il termine, non sans impertinence, en assurant que les d'Aumont sont dans une asse\ grande considération auprès du Roy pour obtenir les grâces qu'ils désirent sans avoir besoin de ses offices.

Tant que Mazarin vivra, pendant sept longues années encore, les d'Aumont, auxquels le Cardinal a ainsi donné congé, vont se trouver mis à l'écart, ou bien peu s'en faut, de toutes les affaires importantes et le poids des rancunes de Mazarin pèsera lourdement sur leurs épaules.

La correspondance échangée ne consiste plus, pendant un certain temps, qu'en condoléances banales' ou en brèves dépèches administratives. Six lettres en deux ans et demi ! Et il ne faudra rien moins que la cabale montée à Boulogne contre le Maréchal-gouverneur, et conséquemment contre l'autorité royale, pour renouer des relations presque complètement déliées (29 juin 16D7)2.

L'antagonisme que nous révèle la lettre de Mazarin du 29 juin 1657 ne date point de la veille; il remonte, en effet, à la création même de la charge dont le Maréchal est le deuxième titulaire.

Lorsque le 12 août 1622 le roi Louis XIII avait pourvu Antoine Ier d'Aumont, oncle du Maréchal de la charge de capitaine et gouverneur de la ville de Boulongne et du pais Boullonois , cette nomination avait été mal accueillie dans la province et une chronique du temps3 nous montre dès 1627 le titulaire que le Roi vient de pourvoir aux prises avec le Sénéchal, un Campaigno4 et plusieurs

1 Lettre LXVII et suiv. cathédrale de Boulogne, i6iç)-i655, éd.

2 Lettre LXVII. Haigneré (Bull. Soc. Acad. de Boulogne-

3 Mémoires historiques et anecdotiques sur-Mer, t. II, p. 528).

de Pierre Maslebranche, chapelain de la ' Antoine de Patras de Campaigno.

lxii LE MARÉCHAL DAUMONT

autres membres de la noblesse boulonnaise. Charles, duc d'Elbœuf, gouverneur de Picardie, vient à Boulogne, mande chez lui les mécontents ei ■ pacifie tous les diflerrens qu'ils avoient avec M. Daumoi.'

M > l'accord ainsi rétabli était essentiellement précaire; l'institution à Boulogne d'un capitaine et gouverneur, dont les pouvoirs étaient mal derinis, devait nécessairement multiplier les conflits non seulement avec le sénéchal, comme en 1627, mais encore avec le gouverneur de Picardie , dont elle usurpait aussi en partie les attributions séculaires.

L'esprit d'opposition s'accentua davantage encore en Boulonnais quand, en 1 635, la nomination d'un deuxième gouverneur du nom .mont, vint manifester de la part de l'Etat la résolution formelle de taire de cette charge l'apanage héréditaire d'une grande maison étrangère au pays. Les Campaignos, sénéchaux héréditaires depuis 1597, sont plus particulièrement touchés par cette innovation; ils deviennent et demeurent les chefs naturels de toutes les cabales qui

vont se monter contre le gouverneur

Le 14 juin i656j disent les auteurs de Y Histoire de Boulogne,

imant les documents contemporains1, deux receveurs des traites étant venus en passage à Boulogne, le bruit se répandit en ville que ,t afin d'y établir la gabelle. Un soulèvement gênerai eut lieu; en peu d'instants, l'émeute eut occupé les abords de la maison où les agents étaient descendus, et sans la courageuse intervention du baron de Colcmbcrt, lieutenant du Roi.de Barthélémy le Roy, sieur du Quesnel, major de la place, et de Claude Lesseline, maïeur, un crime eût probablement été commis. Le lendemain l'émeute se montra de nouveau lors du départ des deux gabeleurs, sous la conduite de la garnison; sur leur route. Wimille notamment, leur passage donna lieu aux scènes les plus violentes : partout les villages s'insurgeaient :it contre les projets que l'on attribuait au Roi et dont la malveillance accusait le gouverneur d'avoir fris r initiative. Apu reçu les ordres de son souverain, le maréchal d'Aumont vint en per-

1 A. d'Hauttefeuille et L. Bcnard, L. lU-nard, Une Emeut S6, Bou-

Hutoire de Boulogne- sur- .\ttr, t. I, logne l858, br. in-8° de dix page». p. 433. Boulogne, 1860, in- la. — Cf.

ET LE CARDINAL MAZARÏN lxiii

sonne (2 juillet), visiter la contrée soumise à son commandement. A son arrive'e à Boulogne (3 juillet), le maréchal dit aux représentants du pays qui l'attendaient à la Porte-Neuve qu'il était venu pour « asseurer tout le monde de la volonté du Roy de maintenir le Bou- « lonnois dans ses privilèges et immunités; que pour luy il y contri- « bueroit de toutes ses forces, n'ayant rien tant à cœur que d'empescher « l'establissement de la gabelle en ce pays et que s'il y avoit des « esprits faibles qui eussent doubté du contraire, il estoit veneu pour « les chastier ». Ces personnes qu'il visait en terminant sa harangue n'étaient autre que le sénéchal et ses partisans, qui manifestaient quelques jours plus tard leurs sentiments hostiles (7-8 juillet) en affichant sur la place d'Armes et en plusieurs autres endroits une violente diatribe contre le maréchal.

On conjurait dans ce placard, disent les historiens déjà cités1, la noblesse de s'opposer aux desseins du grand tyran du Boulonnois et à se lever en masse contre lui ; on excitait le peuple à refuser d'obéir aux ordres du maréchal, à secouer son autorité; on ajoutait que le gouverneur étant en réalité opposé au maintien des franchises du pays, il fallait veiller et veiller en armes au salut des coutumes.

« Mais ces manœuvres coupables n'eurent point le résultat qu'en espéraient leurs auteurs. Loin de s'émouvoir à la parole des agitateurs, la population méprisa leurs appels insurrectionnels, elle crut à la parole du maréchal d'Aumont et elle eut raison; au mois de novembre de la même année2 des lettres royales viennent confirmer et continuer les « privilèges, franchises, immunités, et exemptions » des Boulonnais « en considération de leur fidélité. »

« De plus, dans une missive adressée au Maréchal (28 novembre) et qui fut lue ainsi que les lettres de confirmation à l'audience de l'échevinage (22 décembre) en présence d'une foule considérable, le Roi faisait savoir au gouverneur que son intention n'était pas de préjudicier aux privilèges du pays, mais de les conserver et d'en maintenir la jouissance aux habitants ».

1 A. d'Hauttefeuille et L. Bénard, op. (Archives de la sénéchaussée du Boulonci/., t. I, p. 434. nois. Registre du Roy A).— Cf. Archives

2 Cette confirmation des privilèges du de la ville de Boulogne-sur-Mer, liasse Boullenois porte la date du 3 novembre. n°5 977-978.

Page 1