M. de la Boulaye à M. et à M°^® de Serre
Paris, lundi Ih février 1820.
Hélas! mes bons amis, un misérable a assassiné
hier M. le duc de Berry au sortir de l'Opéra. Je
me hâte de soulager mon cœur du poids de cette
affreuse nouvelle. Mes yeux sont pleins de laniies.
C'est un garçon sellier au service du Roi qui l'a
frappe. Le monstre est arrêté. Il avoue tout; il se
vante de sa haine féroce contre les Bourbons. Notre
pauvre prince a reçu les secours de l'art dans les III. 1
salles de radministration de TOpéra ; il y a même reçu TExtrême-Onction. Son auguste père, M*"* la duchesse d'Angoulême, le duc d'Angoulême et le Roi entouraient le lit de mort, près duquel M™® la duchesse de Berrj% couverte du sang de son mari et que l'on croit grosse, est restée presque jusqu'au dernier moment. Le mourant a fait venir ses enfants naturels et les a recommandés au Roi et à toute la famille ^
Nous avons perdu cet espoir de la race des Bourbons entre cinq et six heures du matin. Quel hideux mélange de douleur et de joie, de mort et de fêtes mondaines! et les journaux de ce matin qui, pour la plupart imprimés avant l'événement, mêlent à tout cela leurs clameurs, leurs sarcasmes, leurs injures contre le gouvernement de notre malheureux Roi !
Les ministres sont assemblés depuis dix heures. Je vais aller à ma Chambre. Celle des pairs est convoquée.
Vos enfants vont très-bien.
J'ai Tàme navrée et je vous embrasse tristement.
* Voyez V Histoire de la Resiauration, par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 275-282, et V Histoire de la Restauration y par M. Nettement, t. V, p. 2/*3-256.