‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 104 sur 241 · M. de la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serre

Paris, dimanche 96 mars 1890.

La Marinette, gaie toute la semaine, l'est plus encore le dimanche ; la nourrice est toute réconfortée de vos souvenirs. Louise et sa dame d'honneur, dont je suis fort content, vont visiter les grands parents, qui se portent bien. Nous dînerons ensemJDle chez Royer; car j'y dîne toujours, et, jusqu'à ce qu'il me chasse, je ne négligerai rien pour lui

* Voyez VHiêtoire de ha Restauration, par M. Nettement, t. V, p. 318, et l'Histoire da gouvernement parlementaire, par M. de Hauranne, t. V, p. JS7,

rendre de bons offices. Vous verrez dans les gazettes que notre ami est entré dans la tranchée ouverte par Camille ^ .

Ressusciter le centre de la Chambre est chose difficile. On croit être neutre, on ne l'est pas. Dans la situation actuelle des opinions, les moindres nuances sont saisies. Les bravos du côté gauche et le silence du centre droit et de la droite devraient désabuser Royer, qu'on ne désabuse pas. La raison voudrait qu'il n'y eût qu'une majorité royaliste et qu'une opposition populaire. Les fractions de fractions rendent cela presque impossible, mais il faut y tendre. J'éprouve tous les jours que les premières impressions produites par la Révolution sont ineffaçables : ma haine pour les jacobins est encore toute jeune, et, dans d'autres têtes, les idées révolutionnaires ne sont pas plus vieilles ; on tient pour Marins ou pour Sylla parce qu'on a jadis suivi leurs drapeaux.

Vous verrez dans le Moniteur d'aujourd'hui mon résumé de la discussion, ou plutôt mes réponses à ce qui avait fait le plus d'impression. Les journaux me tronquent, me travestissent et m'injurient. Je suis à mille lieues des beautés antiques ; mais, si les Callots de la littérature faisaient la caricature de l'Apollon du Belvédère, ils le rendraient hideux. * Je reçois, cher ami, votre lettre du 16. Reposezvous, écrivez peu, c'est fort bien fait. J'expliquerai

* Voyez la Vie politique de M. Royer-^Collard, par M. do Ba^ rânte, t. II, p. 6-10.

VOS raisons. Que le retour du soleil soit béni s'il vous ranime ! Germain sera remercié*.

Nous n'avons qu'une pensée sur les inconvénients de l'appel d'un membre de la droite ; nous n'en sommes pas là. Toutefois ces messieurs supportent impatiemment le frein. Les plus fougueux n'ont pas cessé d'entretenir des intrigues et de planter des jalons. Leur position les gêne ; ils convoitent. J'ai foi aux raisonnables et à la fermeté du ministère.

Sur les deux degrés je vous ai. devancé; ils me répugnent par les raisons que vous me donnez et par d'autres. J'ai fort demandé qu'on ne fît à cet égard aucune concession, et, quoique la droite y pousse, quoique Saint-Cricq et autres un peu vifs s'y prêtent, je crois qu'on ne s'engagera pas. La' situation est fort brouillée, mais nous chercherons à l'éclaircir, et, si vous revenez, vous serez notre flambeau.

Sans adieu, mes bien chers amis. Que l'amitié nous console et que la santé vous revienne !

Le Roi a été indisposé pendant vingt-quatre heures. Il paraît que cela n'aura pas de suite : que Dieu le veuille !

* Le comte Germain, qui avait ëcrit à M, de Serre. — Voyez cidessus, p. 1 )9.

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