M. de la Boulaye à M. et à W^^ de Serre
Paris, mardi h avril 1820.
Nos petites filles sont très-gaies et très-bien, mes chers amis. Je vois dans votre lettre à Louise que vous craignez de n'en être pas reconnus et de revenir noirs comme des Maures. C'est de la coquetterie, madame de Serre, et (;ela sent le retour pour la fin d'avril.
Je reçois votre lettre du 27. J'ai toujours dit et pensé la plus grande partie de ce que vous m'écri-
vez sur les deux degrés. Vos lettres à ce sujet exercent leur influence. Nous allons voir.
On vous donne les nouvelles des départements et spécialement celles de Bkines.
avons déi^otaPR la Benjamine.
des affaires de marine, demain, et n^e tendresses, mes chers amis, xands pai^ts se portent bien.
comte Portails à M. de Serre.
Paris, ce A avril 1890.
Monseigneur,
S'il était question de remettre en service ordinaire quelques maîtres des requêtes, je proposerais sûrement en première ligne M. de Jessaint, d'après l'intérêt que Votre Excellence veut bien prendre à lui. Mais il me paraît que le travail du Conseil, qui aura besoin d'être remanié en entier, ne doit pas être fait avant votre arrivée; ce sera donc vous, monseigneur, qui, selon toutes les apparences, rendrez à M. de Jessaint la justice à laquelle il a des droits. On a seulement remplacé M. de Mirbel, qui avait donné sa démission, en rappelant M. Sallier, l'un des plus anciens maîtres des requêtes, l'un des plus honorables et qui. à d'excellentes opinions et à
SBS CORRESPONDANCE.
un dévouement bien connu au Roi et à son au^iuste famille, joint une grande modératicMi de sentiments et les connaissances d'un magistrat.
Il vient de vaquer, en effet, une place de conseiller à Nancy. Beaucoup de prétendants se sont présentés Quoiqu'il en soit, j'avais pris la détermination de ne point proposer la nomination d'un conseiller à la Cour de Nancy, dont je connais les besoins, avant de savoir quel était celui des candidats qui obtiendrait votre suffrage. Cette Cour et cette province vous sont connues, et personne . ne pourrait mieux diriger à leur égard le choix du chef de la Justice, si vous ne l'étiez vous-même. J'ai l'honneur de joindre à ma lettre Tétat indicatif des prétendants, et je vous prie de vouloir bien me faire connaître ce que vous en pensez.
M. le préfet du département de ** *", qui est venu me voir, désirerait beaucoup que l'on pût pourvoir au remplacement de M. le procureur général près la Cour royale de ** *, dont les infirmités s'accroissent journellement et qui n'est plus, à ce qu'il m'a assuré, au niveau de sa place, surtout dans les circonstances difficiles du moment et lorsqu'il paraît nécessaire d'exercer une surveillance plus active et plus rigoureuse dans certaines parties du royaume. Je suis bien aise de mettre ce renseigne* ment sous les yeux de Votre Elxcellence afin qu'elle puisse me faire savoir quelle serait son opinion à cet égard et m'indiquer, dans le cas où il faudrait remplacer M. X., le sujet sur lequel elle aurait fixé son choix.
ANNÉE 1890. ft83
J'ai été fort sollicité pour une place que la retraite de M. Audier-Massilloa ^ laisse vacante à la Cour de cassation ; mais j'ai pensé que je devais m'abstenir à cet égard. Le besoin du service ne demande point qu'il soit nommé à cette place, et toutes les convenances me feraient une loi de vous en réserver la disposition, lors même que je n'aurais pas infiniment de répugnance à me livrer à cette partie du travail qui concerne les personnes.
Je vous répondrai au premier jour relativement à la demande de M. le comte de Belvédère.
Je voudrais apprendre que votre santé se rétablit avec rapidité et prend cette consistance que désirent vos amis et qui serait si utile au service du Roi et à la chose publique. Jl faut vous ménager beaucoup, monseigneur, faire une ample provision de forces, et nous revenir avec toute la vigueur d'un tempérament renouvelé et de ce beau talent que le repos et la retraite auront encore renforcé. Je serai heureux de n'avoir plus qu'à suivre vos directions et de pouvoir me ranger sous un si noble et si efficace bouclier.
Votre Excellence aurait été bien nécessaire dans ces dernières discussions dont M. Pasquier a supporté tout le poids. Je suis persuadé que la seule
* Bruno-Philibert Audier-MassilloB, né à Aix>en-ProTence le l®' juillet 17/i6. 11 était lieutenant général de la sénéchaussée d'Aix lorsque ses concitoyens le députèrent aux États-Généraux (1789). En 1791 , il devint suppléant au tribunal (depuis Cour) de cassation et, en 1796, juge titulaire. Il prît sa retraite en 18SK) avec le titre de conseiller honoraire
lecture de ces débats vous aura fatigué presque autant que si vous y aviez pris part.
Je vous prie d'agréer les assurances de la respectueuse considération avec laquelle j'ai l'honneur
d'être,
Monseigneur,
De Votre Excellence,
Le très- humble et très-obéissant serviteur,
Comte PoRTALis.