‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 117 sur 241 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, le 3 avril 18%.

Monseigneur,

Si Votre Excellence a remarqué depuis quelque temps une lacune dans ma correspondance, je la prie de vouloir bien ne pas se méprendre sur les motifs de cette interruption. J'ai eu rhonneur de lui écrire plusieurs fois à des époques assez rapprochées, lorsque la gravité des circonstances et l'importance des événements semblaient m'en faire un devoir; depuis, les choses se sont calmées, et je me suis contenté de faire part de tout ce que j'apprenais d'intéressant pour vous à M. de la Boulaye, cjui jugeait mieux que je ne l'aurais pu faire de ce cju'il y avait de plus ou moins nécessaire à vous apprendre. J'avouerai de plus que, ayant eu l'honneur d'écrire plusieurs fois à vous, monseigneur, et une fois à M*"^ de Serre sans que rien m'apprît si mes empressements étaient agréés, j'ai craint de m'être trompé en quelque chose ou d'avoir été mal servû par mon zèle.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence une note sur le sieur X., dont elle m'a adressé la demande.

Il n'a paru de journaux aujourd'hui que le MoniteuVy et encore n'a-t-il paru qu'à cause de deux articles officiels qu'il contient ; je suis surpris que les autres feuilles n'aient pas voulu profiter du dernier

jour de liberté qui leur reste; car, selon toutes les apparences, la censure va s'établir aujourd'hui

même^

On n'a encbre nommé que huit censeurs, et sept sont au Moniteur de ce jour; je ne sais pourquoi il a omis le huitième, qui est un M. Rothe de Nugent, protégé de M. le duc de Richelieu, mais qui n'est pas fort connu dans les lettres. Ces huit premiers choix sont généralement bons, et ce qui m'étonne, c'est qu'on ait pu déterminer des hommes tels qu'Auger^, Mazure^ et d'Andrezel*, à accepter; il

* « Une ordonnance royale du \^^ avril crëa à Paris, auprès du ministre de l'Intérieur, une commission chargée de l'examen préalable de tous les journaux et écrits périodiques, composée de douze censeurs et qui ne pouvait prendre de décisions sans la présence de cinq de ses membres au moins, et, dans chaque chef-lieu de département, une commission de trois censeurs. Pour surveiller les censeurs et leurs opérations, la même ordonnance institua un Conseil de neuf magistrats tirés des Cours supérieures, auquel la commission de Paris devait rendre compte de ses décisions au moins une fois par semaine et les commissions des départements une fois par mois, et qui prononcerait, quand il y «aurait lieu, sous l'approbation du ministre de la Justice, la suspension provisoire des journaux ou écrits périodiques. » {Histoire fie la Restaurât ioTiy par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. hoo.)

* Louis-Simon Auger, né à Parîs le 29 décembre 1773, se fit connaître par ses critiques dans \e Journal de l'Empire et par les commentaires dont il accompagna les œuvres de quelques nuteurs classiques. L'Académie française lui ouvrit ses portes en 1816 et le nomma secrétaire perpétuel en 18^. Un suicide termina se:» jours en janvier 1829.

3 F.-A.-J. Mazure, né .4 Paris en 1776. D'abord recteur, pais inspecteur do l'Académie d'Angers, il devint, en 1817, inspecteur général de l'Université. Il mourut à Paris le 8 novembre 1828.

* Barthélémy- PJiilibert Picon d'Andrezel, né à Salins (Jura), était le petit-fils du vicomte d'Andrezel, ambassadeur à Constan-

est vrai que lacensare, étant collective, aura moins de désagrément pour les censeurs. Il en reste encore six ou huit à nommer. Le retard vient de la difficulté des .choix : les hommes dont on voudrait le plus sont ceux qu'on peut le moins obtenir, et ceux qui s'offrent sont ceux dont on voudrait le moins/ Lacretelle le jeune et Vanderbourg * n'ont point voulu être nommés, et cela se comprend.

tînople et fondateur de l'Ecole française des langues orientales. Il entra dans les ordres et devint grand vicaire de M. de Cicé, archevêque de Bordeaux. 11 e'mîgra en 1702, revint sous le Consulat et, peu après la création de l'Université, fut nommd inspecteur gênerai; il conserva ces fonctions jusqu'en 182J!i, et mourut à Versailles le là dcfcembre 1835. — Voyez la Biographie universelle (Mi chaud), nouvelle «édition, t. P', p. 671.

* Charles Lacretelle, fils de Sdbastien Lacretelle, un des plus célèbres avocats du barreau de Metz, naquit en cette ville le 3 septembre 1766. Il vint à Paris en 1787. Këdacteur du Journal des DébotSy puis du Journal de Parist il se distingua par son zélé pour la monarchie constitutionnelle et, après le 18 fructidor, passa vingt-trois mois en prison. Il devînt, en 1800, membre du bureau de la presse et, en 1810, censeur impérial. Il avait été nomm<^, en 1809, professeur d'histoire à la Faculté de Paris, et occupa cette chaire jusqu'en 18/»8. En I8IJ4, il «iccueillit avec joie le retour des Bourbons et, en 1815, suivit le Roi à Gand. Il obtînt, en l&HX des lettres de noblesse. En ISiTT, l'Académie française, dont il était membre depuis 1811, protesta, sur sa proposition, contre la loi concernant la presse que présentait M. de Peyronnet: M. Lacretelle perdit la place de censeur dramatique qu'il avait reçue sous la première Restauration. Il mourut à Mâcon lé 96 mars 1855, laissant plusieurs œuvres historiques dont la plus estimée est l'Histoire du XVIII^ siècle.

Son frère aîné, Pierre -Louis Lacretelle, naquit à Metz en 1751, se fit connaître comme avocat, littérateur et publiciste, fut membre de l'Assemblée législative (1791-1709), du Corps législatif (1801-1803), de l'Académie française (1803) et mourut à Paris

ANNÉE i8â0. S79

Le Conservateur a fini, et de ses débris sort un Journal intitulé le Défenseur^ qui ne paraît pas destiné à fournir une carrière longue et brillante. La Minerve va, dit-on, cesser de paraître, Fiévée a quitté la Quotidienne, au moins pour la rédaction ; il en reste toujours propriétaire pour un tiers. Il voulait, quelque chose qu'on pût lui dire et malgré son parti, continuer d'attaquer le ministère ; il a menacé rfe ne plus ti'availler à la Quotidienne^ et on l'a pris au mot. Il est furieux et prétend maintenant que les jacobins valent mieux que les royalistes. Quant à moi, je le comprends et l'aime mieux parmi les premiers que comme auxiliaire de la cause royale.

Il paraît certain que quelques troubles ont eu lieu à Rennes. On a voulu, et je crois fort à tort, faire crier : Vive le Roi ! aux troupes de la garnison; le régiment d'artillerie, déjà fort mal disposé, <îomme le sont en général presque tous les corps de cette arme, a refusé de se soumettre à l'ordre qu'on lui donnait. Pendant ce temps les jeunes gens de la

en 18!^. Sur les deux frères, Gonsultez les articles însërës dans la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XXVHI, p. 567-583.

Martîn-Marie-Charles de Boudens, vicomte de Vanderbourg, n^ â Saintes le 8 juillet 1765. Lieutenant de i^aîsseau en 1788, il •ëmîgra en 1793, passa plusieurs années en Allemagne, revint en 180S et s'occupa de littérature et de philologie : il est surtout connu par la publication des Poésies de Clotilde de SurvUle (1803), sur l'authenticité desquelles on a tant discuté. 11 devint, en 181i!i, membre de l'Académie des inscriptions et belles-leltres. Il mourut le 16 novembre 1887. — Voyez la NoaveUe biographie aéné" raie (Didpt), t. XLV, p. 911.

ville, rassemblés en grand nombre, les encourageaient dans leur désobéissance par des cris affectés de : Vii^e la Charte ! Le général Rogniat a été tout de suite envoyé à Rennes. Notre correspondance du ministère de la Justice ne nous apprend encore rien de cela.

Nous avons adressé aux procureurs généraux une circulaire pour les engager à faire connaître l'esprit qui règne dans leur ressort ; si leurs réponses fournissent quelques renseignements importants, j'aurai l'honneur de les porter à votre connaissance.

Je suis avec respect, monseigneur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur,

Germeau.

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