‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 13 sur 241 · M. Germeau à M. de Seire · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Seire

Paris, le 17 fëvrier 1890.

Monseigneur,

L'aspect général des afiFaires est loin de s'améliorer ; comme il était facile de le prévoir, l'aigreur se met dans les esprits et les partis se prononcent de plus en plus. Des provocations et des duels ont lieu fréquemment : le sang a déjà coulé dans quelques rencontres particulières, et les lieux publics deviennent de^ arènes. Hier soir on a été obligé de fermer plusieurs cafés du Palais-Royal, où les gardes du cOTps se portaient en foule et provoquaient tous ceux qui leur semblaient être d'un autre avis qu'eux.

Hier la Chambre des pairs a nommé pour la loi de la presse une commission dans laquelle les libéraux sont en majorité. M. Boissy d'Anglas\ qui en

* François-Antoine Boissy d'Anglas,në à Saint-Jean-Ghambre (Ardéche) le 8 décembre 1756, ëtait arocat au Parlement dô Pa^

afc CORRESPONDANCE.

fait partie, est d'une exaspération qui ne se peut rendre. On a vu des bulletins pour cette commission porter à la fois les noms de M. Daru et de M. de Chateaubriand; on cite entre autres celui de M. de X... Sur quoi compter maintenant après de telles bizarreries !

La réunion Ternaux, qui s'est tenue hier après une assez longue interruption dans ses séances, a été extrêmement animée et hostile contre les trois projets du gouvernement. Sur cinquante membres présents, quarante ont été pour le rejet de la loi sur la liberté individuelle.

Les étrangers quittent Paris, et hier on pouvait à peine se procurer des chevaux de poste.

L'attxique du Drapeau blanc ^ contre M. Decazes

ris, lorsque la sdnëchaussdc d'Annonay le nomma dëpnt^ du tiers aux Etats-Gc^ncraux. Les électeurs de l'Ardéchc renvoyèrent à la Convention nationale. Lors du procès de Louis XVI, il vota pour la détention jusqu'à ce que le bannissement fût jugé convenable. Sa conduite héroïque dans la journée du l^^ prairial (^ mai 1795) est connue de tous. Membre du Conseil des Cinq-Cents, il n'échappa que par la fuite aux proscriptions de fructidor. Il devint tribun en 1801, sénateur et comte de l'Empire en 1805. Pair de France sous la première Restauration > il obtint la même dignité au retour de Napoléon, qui le chargea d'organiser les départements du Midi. Exclu de la Chambre des pairs par l'ordonnance du 2/« juillet 1815, il y fut réintégré le 17 août suivant. Il est mort à Paris le 28 octobre 18S6. — Voyez le discours prononcé par le marquis de Pastoret, à la Chambre des pairs, le 3 janvier 18^.

' On lit dans le Drapeau blanc du 15 mars :

« Le premier coupable, c'est l'homme funeste qui depuis quatre ans n'a employé l'autorité et la confiance que le Roi lui avait remises pour consolider la monarchie qu'à miner tous les fondements du trône ; qui a réchauffe, nourri, caressé, déchaîné le

et celle^ de M. de Coussergues* contre le même paraissent avoir vivement affecté ce ministre. J'au-

tigre rëvolutionnaire ; qui a encouragé , soudoyé tous les distributeurs de poison Oui, monsieur Decazes, c'est vous qui avez tué

le duc de Ben*}- Pleurez des larmes de sang; obtenez que le Ciel

vous pardonne ; la patrie no vous pardonnera jamais.

u A. MaRTA IN VILLE. >»

» « CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — Séance du lundi lU (èvriev,

« M. DuMEYLET, secrétaire, donne lecture du procés-verbal.

« M. LE PRÉSIDENT. Y a-t-il dcs observations sur la rédaction lin procès verbal ?

« M. Clausel de Cousseroues, se levant de la droite. Monsieur le président, je demande la parole.

M M. LE PRÉSIDENT. Vous avez la parole.

« M. Clausel. Messieurs, il n'y a point de loi qui ûxe le mode

(l'accusation des ministres (Un commencement d'agitation se

fait sentir ; l'orateur poursuit en élevant la voix.) Mais il est de la nature d'une telle délibération qu'elle ait lieu *en séance publique et à la face de la France. Je propose à la Chambre de porter un acte d'accusation contre M. Decazes, ministre de l'Intérieur, comme complice de l'assassinat de M^i* le duc de Berry, et je demande ù. développer ma proposition

tt Un mouvement violent et spontané éclate dans toutes les parties de la Chambre, qui retentit des cris réitérés : A l'ordre ! à l'ordre !

« M. Clausel, en descendant de la tribune. C'est mon opinion (Et s'adressant à la droite au haut de laquelle il reprend

sa place:) C'est mon opinion, messieurs, c'est mon opinion.

« Une vive agitation régne dans l'Assemblée. »

(Moniteur du 15 février.)

— Voyez V Histoire du gouvernement parlementaire t par M. de Hauranne, t. V, p. 368; V Histoire delà Restauration^ par M. Net*tement, t. V, p. S(5l, et l'Histoire de la Restaurationt par M. de Viel-Castel, t. VIII, p. 98A.

* Jean-Claude Clausel de Coussergues, né au château de Coussergues (Aveyron) le h décembre 1759, avait succédé à son père le 9 octobre 1789| comme conseiller â la Cour des aides de Mont*

as CORRESPONDANCE.

raïs pensé qu'on devait attacher moins d'importance à d'aussi absurdes folies ; mais on assui*e qu'elles fout effet sur la masse du peuple , qui , voyant un ministre formellement dénoncé aux Chambres, ne peut pas se persuader qu'il n'y ait pas au moins quelque chose de fondé dans l'accusation.

La Chambre des députés va se réunir ce matin pour nommer la commission sur le projet de loi relatif à la liberté individuelle.

M. de laBoulaye, qui est en ce moment dans mion cabinet, me donne sur la réunion Ternaux, dont il faisait partie, quelques renseignements qui modifient ceux que j'ai eu l'honneur de vous donner au commencement de cette lettre. Sur les cinquante députés présents, quarante ont été, il est vrai, formellement opposants aux trois projets du ministère, mais les dix autres, qui ne l'ont pas été formellement, se sont bien gardés de s'élever pour les défendre. M. de la Boulaye seul a pris la parole avec une grande énergie, et a démontré que ce n'était pas isolément, comme on venait de le faire, qu'il fallait juger les trois projets, mais dans leur ensemble et d'après les circonstances où l'on se trouvait ; que s'opposer à ces propositions, c'était forcer le ministère à se jeter entièrement vers les ultras, et que les

pellîer. U ëmigra et fît, dans Tarmee de Condë, les campagnes de 1793 à 1796. Rentre sous le Consulat, il devint niembre du Corps législatif en 1807, conseiller à la Cour impériale de Montpellier en 1808, et conseiller à la Cour de cassation le !48 février 1815. Au mois d'août suivant, les lecteurs de l'Ardéche l'envoyèrent à la Chambre, et il y siégea jusqu'en 1827. Après la révolution de juillet, il se dëmit de ses fonctions de magistrat et mourut en 18Zi6.

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conséquences de cette marche étaient faciles à prévoir. Les paroles de M. de la Boulaye, venant à la fin de la séance et après des divagations et des généralités, ont paru produire de Teffet. M. Royer- Collard lui a fait de grands compliments sur la manière dont il a parlé. Puisque j'ai prononcé le nom de M. Royer-Collard, je dois dire de lui, comme de M. Courvoisier, qu'ils ont été fort mal pour le ministère l'un et l'autre dans cette séance ; la plupart des autres fonctionnaires publics qui y assistaient n'ont guère été mieux ; ceux qui ont été les plus favorables sont ceux qui n'ont rien dit.

On annonce aujourd'hui que M. Manuel doit déposer au prochain comité secret une proposition d'accusation contre M. Decazes pour violation de la Charte. En tout, le déchaînement contre ce ministre est plus grand qu'il ne l'a été à aucune autre époque.

Je suis avec respect, monseigneur, Votre très-humble et très obéissant serviteur,

Germeau.

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