M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, lundi 10 avril 1820.
J'ai dîné hier chez Royer, et, les habitués partis, nous sommes restés, depuis dix heures jusqu'à près d'une heure du matin, à battre le fer toujours sur la même enclume.
Vous êtes maintenant le seul homme du ministère dont on puisse faire quelque chose : l'un n'a que son nom; l'autre, qu'une certaine aptitude; tout le reste... quantités négatives. Mais vous, homme droit, pur, courageux, doué de l'éloquence de la vérité, vous, l'espoir du pays, sauf toutefois ces inconvénients qui datent de l'ouverture de la session.
3iA CORRESPONDANCE.
VOUS qu'on aime, qu'oa aimera toujours, vous enfin, vous êtes encore traité en enfant gâté. Puis les héros du jour sont Guizot, la Bourdonnaie, Chateaubriand.
J'ai besoin, en vérité, <ÏB,\x>irrobaretœ8 triplex^ pour résister. J'aime, j'honore Royer; sa femme me dit les choses les plus touchantes, mais ma conscience me redit qu'ils se trompent. La sienne (de Royer) nous fera bien du mal : on ne gouverne pas une révolution avec des théories. La nécessité, qui domine tout, devant qui tout doit plier, à ce qu'il dit, cette nécessité, chacun la façonne à sa guise.Veut-on la France entière? Il faut les Bourbons. Veut-on de la liberté? 11 faut les Bourbons. Veut-on la paix intérieure? Les Bourbons encore. Et comment les garder, avec tant d'ennemis de plume et d'épée, si chacjue jour on fournit ou on laisse prendre contre eux de nouvelles armes?
Nous allons continuer nos comptes, puis les douanes, puis les dépenses et la loi d'élection.
MM. Royer, Laine et Foy ont écrit hier, conformément au vœu de la commission, à M. le duc de Richelieu pour lui dire que l'on rejetait le projet, pour faire quelques ouvertures sur des projets nouveaux et pour annoncer l'intention de s'entendre si, de son côté, le gouvernement a des ouvertures à faire. On demande au président un rendez-vous.
Sans adieu, mon bien cher ami; je vous serre la
main«
* Horat. lîb. 1, carm. lïT, r. 9.