‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 131 sur 241 · M. Oermeau à M. de 8erx>B · texte numérisé non relu

M. Oermeau à M. de 8erx>B

Paris, le 10 avril 1820.

Monseigneur,

J'ai été fort heureux d'apprendre par M. de la Boulaye que votre santé se rétablissait de plus eu plus et que vous alliez vous rapprocher un peu de nous. Tout Français de cœur, j'ai toujours envié à l'étranger l'honneur de votre rétablissement; j'espère au moins que le doux climat de notre Provence achèvera ce que le beau ciel de Nice a si heui'eusement commencé .

La température de Paris a été si belle pendant <iuelques jours que je me disais : Comment peut-on aller chercher au loin ce qu'on trouverait chez soi ? Mais depuis quelques jours le temps est de\'enu brumeux et s'est refroidi : nous nous retrouvons au mois d'avril ; nous étions en mai il y a quinze jours.

Notre horizon politique est encore moins riant : le passage de la liberté de la presse au régime de la censure ne s'est pas opéré sans secousse. Le venin des journaux quotidiens, rejeté par la censure^ a été recueilli par les pamphlets et notamment par la Minerve et la Bibliothèque historique, qui n'ont changé que leurs titres pour échapper à la loi ; mais, malgré cette métamorphose, on les a si bien reconnues qu'on a cru devoir les faire saisir, et toutes

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deux sont déférées aux tribunaux : elles n'avaient changé que leur couverture, et la Bibliothèque historique n'avait même fait autre chose que mettre Document à la place de Bibliothèque; du reste envoi et distribution aux mêmes personnes et aux mêmes jours, enfin simulation manifeste.

Les troubles de Glasgow sont assez sérieux ^ ; Votre Excellence verra au Constitutionnel de ce jour l'affiche qu'y ont placardée les séditieux. Elle remarquera sans doute, à l'article de l'Espagne, le décret royal qui oblige tout Espagnol à signer la Constitution sous peine d'être mis hors laloi et déporté- Il est curieux de voir nos libéraux approuver une mesure qu'on peut à bon droit appeler acerbe y car, si l'on peut obliger des fonctionnaires et autres gens dépendant du gouvernement à suivre la même marche quelui, il est plus que rigoureux d'exigerd'un individu privé une conviction ou plutôt une conversion assez subite pour lui faire approuver aujourd'hui ce qu'il improuvait et ce qu'on lui commandait d'improuver hier. Certes, la tyrannie populaire est la pire de toutes.

On vient d'apporter à l'instant une caricature assez plaisante représentant Ferdinand dans une cage de fer avec de beaux habits royaux, signant, à travers les barreaux, des actes que lui présentent certains personnages militaires, le genou en terre et le pistolet à la main ; ils ont pour coif-

^ Voyez V Histoire de la Resiaiv^aiion, par M. de Viel-Caste!, t. Vni, p. 399.

fure, au lieu de la résille espagnole, un bonnet rouge retombant.

Le déplacement de M. Laffitte n'a pas fait autant de sensation qu'on le croyait, et celle qu'il a produite est, je crois, très-favorable au gouvernement

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence l'hommage de mon respect.

Germeau.

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