H. Oermean à M. de Serre
Paris, le 15 arril 1830.
Monseigneur,
Je croîs devoir informer Votre Excellence de deux événements dont les journaux ne Tinstruiraîent point ou ne l'instruiraient qu'incomplètement.
Le cours d'histoire moderne, fait par M. Raoul Rochette à la Faculté, a été troublé jeudi de la manière la plus grave par les cris de A bas le censeur ! Point de censeur pour professeur ! M. Raoul Rochette, étourdi par ces clameurs inattendues, répondit d'une manière assez peu convenable en disant que demain le professeur ou le censeur aurait disparu. Cette réponse, qui n'était autre chose qu'une insigne faiblesse et une concession fort inopportune, calma le tumulte, et le cours s'acheva paisiblement. Dans la journée, M. Raoul Rochette ne tarda pas à se reprocher ce qu'il avait dit, et, mieux conseillé, il a annoncé l'intention de rester censeur; c'était en effet le seul parti qu'il eût à prendre et pour lui et pour le gouvernement. Le cours d'histoire a été fermé, et je pense qu'on ne le rouvrira pas de sitôt. 11 paraît certain que le trouble a été causé par des gens pour la plupart étrangers au cours, par des hommes àj moustaches et une foule
d'individus qui certainement ne venaient pas là pour étudier * .
Le second fait, quoique ayant eu moins d'éclat, est plus grave encore. M. le duc de Gaëte, lorsqpi'il alla se faire installer comme gouverneur de la Banque, trouva une protestation faite par les membres du Conseil contre sa nomination. Cette opposition repose sur ce que, bien que le décret d'organisation de 1810 relatif à la Banque donne au chef du gouvernement le droit de nommer le chef de l'établissement, les actionnaires, par l'organe des régents, censeurs et autres fonctionnaires de la Banque, n'avaient cessé de réclamer une organisation nouvelle qui reposât sur des. bases plus libérales et qui la rendît plus indépendante du gouvernement; que parmi les choses les plus demandées était le droit de nommer un gouverneur, etc., etc. Cette scène avait été préparée à l'avance, et presque tous ceux qui y parlèrent avaient des discours écrits; M. Delessert, entre autres, en fit un assez mauvais d'esprit et assez hostile. On décida enfin que l'on convoquerait très-prochainement une assemblée générale d'actionnaires pour délibérer sur cet objet; mais un des censeurs (ou n'a pu me dire son nom), effrayé du tour que prenaient les choses, fit observer qu'une assemblée générale d'actionnaires, hors des époques habituelles de réunion, ne devait avoir lieu, aux termes des règlements, que sur un rapport fait
^ Voyez l'Histoire de la Restauration, par M. de Viel-CasteU t. VIll,p.A56.