‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 142 sur 241 · M. de Mésy à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de Mésy à M. de Serre

Paris, le 15 arrîl 1630.

Monsieur, C'est avec grand plaisir que j'ai reçu votre petit mot du 5 avril. Comme vous ne me parlez pas de

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votre santé, je suppose que vous n'en êtes pas mécontent. Je suis fort aise que vous ayez eu à vous louer des soins de M. Léotardi. Sa femme, fille d'un capitaine de vaisseau, est filleule du Roi. Je l'ai placé à Antibes comme il le désirait, à portée de sa famille.

Vous serez averti, à propos, de la discussion sur la loi d'élection ; la Boulaye vous aura sûrement mandé où nous en sommes à cet égard. La situation de la Chambre et la faiblesse de la majorité rendaient impossible l'adoption de la loi proposée et surtout du meilleur de ses articles, le renouvellement intégral. Il a donc fallu songer à un autre projet de loi pour nous tirer de cette Chambre qu'il devient impossible de conserver l'année prochaine. Vous savez que le projet consiste en deux degrés, que les électeurs à 100 écus nommeront dans chaque arrondissement des candidats en nombre égal à celui des députés du département et sans qu'il puisse y avoir double emploi, et que les plus imposés dans la proportion du cinquième du total nommeront les députés parmi les candidats. Ainsi, dans le Haut-Rhin, vous, auriez 9 candidats, et si vous avez 1,000 électeurs à 100 écus, le collège du second degré réuni à Colmar se composerait des 200 plus imposés du dé-^ partement et nommerait les 3 députés parmi vos 9 candidats. Le maximum des collège de département serait 600, et le minimum 100. Si, comme on l'espère, cette loi donnait de bons résultats, on suppose que la Chambre nouvelle se constituerait immédiatement pour cinq ans. Ce projet sera, je crois^

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proposé au comnianoement de la sanaine prochame; il aurait peut-être mieux valu attendre dix jours de plus et ne le porter qu'à la fin du mois de manière qu'il fût délibéré dans les nouveauxbureaux. Ceux-ci sont fort mal arrangés : nous avons trop d'avantages dans deux bureaux et nous n'avons de chances que pour trois ou quatre commissaires au plus* D'un autre côté, si l'on tardait, Roycr ferait peut-être son rapport. Tout cela est très-embarrassant, et il paraît qu'on se décidera à porter la loi tout de suite. Je crains cpi'une mauvaise commission ne fasse durer naturellement la discussion et n'apporte son rapport qu'à la fin de mai. Dans tous les cas, vous pouvez compter qu'elle ne peut avoir lieu à la Chambre avant le 15 mai.

M. Decazes se trouve à merveille de la campagne * et sa santé est presque tout à fait rétablie ; il ne reviendra pas avant le âO mai et partira au bout de huit jours pour son ambassade. Son passage à Paris fera faire beaucoup de contes, mais j'ai l'intime conviction qu'il n'a pas la moindre envie de rentrer au ministère qui, dans les circonstances actuelles, serait impraticable pour lui. Je crois, comme vous, que la majorité se consolidera et s'accroîtra ; mais il nous manquait hier vingt-cinq membres : tout le côté droit va à la campagne et le côté gauche est toujours assidu. J'ai grand'peur qu'il ne surprenne quelques mauvaises décisions.

On nous a dit que vous alliez peut- être quitter Nice pour venir à Grasse ; mais j'ai chargé M. Léo- . tardi de vous faire parvenir votre paquet où vous

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seriez. N'avez-vous pas eu quelques difficultés avec le gouverDement piéaanmtais pour Tesiaiette qui allait chercher vos lettres au Var? C^a me parâttrait bien minutieux, mais ils en sont capables.

Veuillez présenter mes respects à M"** de Serre et reoeroir la nouvelle assurance de tous mes sentiments de dévouement et de haute considération.

7M.-> M. de la Bonlaye à V. de Berre.

Paris, dimanche 16 avril 186X).

M. Portai doit vous écrire aujourd'hui. La loi des élections sera probablement présentée demain . M. Pasquier vous a dit à ce sujet, dans sa dernière lettre, ce qui paraissait passible. Tirons-nous de là et à quelque prix que ce soit. Nous sommes livrés aux factieux; on les surveille, on les surprendra peut-être en flagrant délit ; mais, en attendant, nos discussions deviennent interminables. MM. Pasquier^ et Laine ont très-bien dit hier sur les emprunts.

Si vous avez entendu parier d'une pétitiim d'un M. Madier*, conseiller à la Cour iDyale de Nîmes,

* Voyez les DiBoottr§4e M. Pasquier,!. H, p. 199-^18b. ^ Fsulîn Madier de Montjav, né A Bonrg-Saint-Andéol (Arâdd») en 1785. D'abord «udîteor sa Conseil d'État, U deriot, «n 18iS,

VOUS savez qu'il y est question de lettres que Ton dit émanées du pavillon Marsan et dont on donne les numéros. Monsieur paraît indigné de ces rumeurs dont les factieux se targuent, et Son Altesse Royale témoigne hautement et noblement le désir que tout cela s'éclaircisse ^ Saulnier* doit faire, dans le cours de la semaine, le rapport de cette pétition.

On a d'abord publié que vous ne vous associeriez jamais à de pareils ministres, puis que vous seriez une force à part dans le Conseil, et maintenant vous êtes ultra. « Qu'on y prenne garde, me disait hier Royer, et qu'on ne nous force pas, après avoir tiré l'épée, à jeter le fourreau. — Prenez-y garde vous-même, ai-je répondu. Le temps des transac-

conseîller à la Cour impériale de Nîmes, et conserva ces fonctions sous la Restauration. Les électeurs de Castelnaudary l'envoyèrent à la Chambre en juin 1830 ; il prit part à l'établissement de la nouvelle monarchie, et fut nomme procureur général prés la Cour royale de Lyon. Le l/i mai 1831, il entra comme conseiller à la Cour de cassation. Il donna sa démission le 19 avril 18A8 pour protester contre les atteintes portées à l'inamovibilité de la magistrature, n est mort le IS mai 1865. — Voyez la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XXXII, p. 635.

* Voyez l'Histoire de la Reatauratioriy par M. de Viel-Castel, t. VIÎl. p. ;*78-/^7.

* Pierre-Louis Saulnier, né à Nancy le 1®' janvier 1767, était, en 1789, avocat au Parlement. Après le 9 thermidor, il fut élu président de la municipalité de sa ville natale. Il devint, en 1800, préfet de la Meuse et, en 180/i> secrétaire général du ministère de la Police, fonction qu'il conserva jusqu'à la chute de l'Empire et même durant la plus grande partie de la première Restauration. Député de la Meuse de 1816 â 1838, il siégea sur les bancs de la gauche. Il mourut à Paris le S3 février 1838. Il avait épousé M^^^ Lacretelle, la sœur des deux académiciens.

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tîons, des combinaisons, des ménagements est passé. On juge sur ce que disent les partis de quel parti sont les gens. Vous blâmez ma conduite et vous me reprochez d'être ultra ; citez-moi des journaux ultras qui me louent. Je ne suis point embarrassé de vous trouver des apologistes même parmi les factieux. » Toutefois, nous dînons encore ensemble tous les dimanches. Jusqu'au dernier moment j'aurai de l'espoir.

Beugnot est à présent tout à fait des nôtres et des dîners du samedi.

Il faut songer à revenir. On vous en presse ; on ne vous demande que de paraître, et vous serez, s'il le faut, mis dans du coton. Je vous ai fait part de mes projets. L'essentiel est de se soustraire à la furie des premiers flots. Ne dépensez pas vos poumons en escarmouches.

Vous jugez bien le côté droit, et Corbière, et Villèle. On sent le danger et l'on est d'accord; les débats ne seront que pour la forme.

Dirigez de bonne heure ma correspondance. Je ne voudrais pas tirer aux moineaux, et je crois qu'il n'y a plus de temps à perdre.

Mille tendresses, mes bien chers amis. Nous

sommes mieux, à tout prendre.

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