‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 141 sur 241 · Le comte de Saint-Giioq^ k M. de Serre · texte numérisé non relu

Le comte de Saint-Giioq^ k M. de Serre

Paris, 15 arril 1890.

Mon très-honoré ministre et cher codéputé.

J'ignore si tous ceux pour qui vous avez des bontés et quelque amitié ont pris le soin de s'assurer directement des progrès de votre santé. Pour moi, j'ai trouvé plus discret de les connaître par l'ami commun que je savais en être le mieux informé ; et la Boulaye, en vous portant souvent mes hommagies et mes vœux, a dû vous dire que je n'ai rien perdu des bonnes nouvelles que vous lui avez successivement données et du bien-être que vous continuez d'éprouver. SoufiErez que je profite, pour vous en féliciter sans intermédiaire, de l'occasion que me fournit la promotion de M. Liechty, lieutenant des douanes dans la direction de Charleville, et pour qui vous m'avez demandé il y a quelques mois une lieutenance d'ordre. Je viens de lui conférer ce grade dans la direction de Beiley.

Je serais mal venu à vous entretenir de nos affaires, vous qui en connaissez exactement, et préalablement mieux que moi, la marche par le compte qui

les Opinions et discours de M. Casimir Périer, 1. 1*', p. 133-153, Paris, 1838, et l'Histoire du gouvernement parlemerUcdret fuur M. de HauraDDe, t. V, p. }S3, * Voyee t. Il, p. 89.

ANNÉE 18S0. 3tô

VOUS en est rendu de plus haut que je ne saurais atteindre. Je veux pourtant vous dire que, d'après mon jugement, nous avons gagné depuis un mois; j'entends par là que les libéraux ont perdu. Car depuis six mois, et maintenant pour toujours, la question me semble nettement posée : d'un côté, bonapartistes, jacobins, idéologues, sous le nom commun de libéraux^ et, de l'autre, amis de la dynastie et des institutions par lesquelles elle peut se perpétuer. Pour que les choses en vinssent à se trancher ainsi, il fallait qu'il n'y eût plus qu'une opposition ; les dernières élections avaient constaté ce fait, qu'un gouvernement à qui le despotisme est impossiide doit périr vite entre deux grandes opinions actives auxquelles, par la force des choses, tout finit par se rallier, et que son salut est à se mettre à la tête de l'une d elles et à la gouverner. Notre ministère pouvait-il se mettre à la tête de la première de ces opinions? Évidemment non, car il y a opposition complète de but entre cette opinion et le ministère. 11 est clair, au contraire, qu'avec l'autre on est pleinement d'accord sur le but. Le choix n'était donc pas douteux. Le ministère l'a fait^ et il a rempli son devoir. Je crois au salut parce qu'on a pris la voie qui y mène ; un gouvernement se trompe plus difficilement sur la marche quand il sait nettement où il veut arriver.

Je ne sais ce que vous avez pensé de la loi d'élection qui est encore devant la Chambre; mais vous avez dû savoir que l'adoption en était impossible, tant elle offrait de scrupules divers à vîngt^inq ou

3Uè CORRESPONDANCE.

trente des hommes du centre sans Tadhésion desquels nous ne pouvons rien. J'augure très*bien de celle qu'on va présenter; et, bien que j'aie regret de voir ajourner la pérennité de la Chambre, je crois le sacrifice indispensable à l'état actuel des esprits; je parle des esprits qui ne sont pas hostiles, car je pense qu'il faut tout faire contre ceux qui sont hostiles, et rien pour eux. Il me semble de plus que le système en lui-même, outre l'avantage de son extrême simplicité, a celui de promettre des choix plus sages, plus conformes à l'esprit de conservation dont il faut faire l'esprit dominant. La discussion sera vive; mais nous espérons que vous y sei-ez, et je ne veux, pour preuve du profit que nous en retirerons, que la peur qu'en montrent nos ennemis.

Veuillez permettre que j'offre ici mes hommages à M"** de Serre, et agréez, je vous prie, pour vousmême, mon très-honoré ministre et cher codéputé, celui de mon respectueux et inviolable dévouement.

Saint-Cbicq.

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