Le baron Portcd à M. de la Boulaye
Lundi [17 avril 18â0;.
Je VOUS envoie, mon cher monsieur, ma lettre pour M. de Serre.
Je n'ai pas encore la copie du nouveau projet pour les élections; M. Siméon me Ta promise pour ce matin, et, si elle m'arrive avant que ce billet parte, je la joindrai sous la même enveloppe.
Il est possible que le projet soit porté aujourd'hui à la Chambre, et, s'il en est ainsi, le Moniteur nous dispensera de toute copie à la main. Je mettais beaucoup de prix à ce que ce soin fût rempli par nous-mêmes, mais la chose aura été si vite qu'il aura été évidemment impossible d'éviter cet inconvénient ^
Mille et mille amitiés.
Port AL.
^ Ce même jour, 17 avril, un nouveau projet de loi sur les élections fut présente par M. Siméon à la Chambre des députés. — Pour le texte de ce projet, voyez les Discours de M. de Serre, t. II, p. 109.
769«— Le baron Portai à M. de Serre.
Ce 17 avril 1830.
Mon cher collègue,
Je ne vous ai pas écrit depuis longtemps parce que je sais que vous êtes tenu fort au courant de ce qui se passe et se prépare, et que^ de plus^ on a la bonté de vous parler quelquefois des tendres sentiments que je vous porte.
Nous marchons peu à peu vers le but; il me semble que les obstacles s'affaiblissent, et que l'opinion commence à être un peu éclairée sur les motifs de nos adversaires. Toutefois leurs efforts et leurs menées dans les provinces sont affreuses : il n'est sorte de bruits qu'ils ne fassent courir, ni sorte d'intrigues qu'ils n'emploient. Les troupes sont l'objet l>articulier de leurs soins, et il est à croire qu'ils ont plus d'un point d'appui. C'est là l'objet le plus important, et il n'est pas prouvé, pour moi, que l'on soit bien en mesure de les déjouer. Nous avons aussi un grand nombre de fonctionnaires qui vont mal ou faiblement;' mais, si nous prenons de la force, ils changeront, et peu d'exemples seront nécessaires .
D'un autre côté, ce qu'on appelle les ultras est devenu plus raisonnable. Ils reconnaissent que désormais la France ne pourra rupporter d'autres III. 23
principes monarchiques que ceux qui sont établis dans la Charte. Je crois qu'ils commencent à avoir peur. A la vérité, à aucune époque et à la veille d'aucune de nos grandes catastrophes, les ennemis de Tordre ne se sont montrés plus confiants et plus audacieux qu'ils ne le sont aujourd'hui.
Nous allons retirer la loi, c'est-à-dire le projet présenté sur les élections, et en substituer un autre. Celui-ci est plus court et plus simple. J'espère en ' avoir une copie ce matin et pouvoir la joindre à cette lettre.
Le moyen est vif et fera des mécontents ; mais il ne viole pas la Charte et, par conséquent, il ôte aux ennemis ce grand moyen d'attaque. Je crains que la commission ne soit pas bonne et qu'elle ne retarde beaucoup son rapport. Gagner du temps, fatiguer la Chambre, irriter l'opinion, voilà le système qu'on nous oppose. Le nôtre est d'aller vite, bien, et de montrer qui nous sommes et ce que nous voulons
Nous aurions besoin d'un peu plus de force dans la Chambre, et c'est vous qui nous la donnerez. Si vous vous trouviez assez bien pour vous acheminer vers nous, à la fin de ce mois ou au commencement de l'autre, vous nous rendriez heureux. Il faut surtout que les derniers moments de la session soient pour nous, que les factieux soient démasqués et mis à leur place, et que notre pauvre France soit assez avertie pour ne pas tomber dans les malheurs qu'on lui prépare.
Vous devez être bien affligé de la conduite de vos anciens amis. Ils ne peuvent pas se plaindre de
nous : nous n'opposons que du calme à leurs fautes -et à leurs outrages. Ils nous affligent encore plus qu'ils ne nous offensent. Ce sont les plus grands démolisseurs qui aient jamais existé, et les hommes les plus impuissants pour établir un ordre social <]uelconque. Peut-être pourrez-vous les ramener, et je le souhaite beaucoup pour eux-mêmes, pour nous et surtout pour le triomphe de Tordre et de la paix publique.
Je ne sais si Ton vous a parlé d'une pétition présentée par un magistrat de Nîmes dans laquelle oa démontre les menées vraies ou prétendues des ultraroyalistes dans le département du Gard. Au nombre des allégations ou des faits qu*il raconte, il parle d'une circulaire du comité directeur ultra. Le duc de Richelieu en a parlé à Monsieur^ et Son Altesse Royale lui a dit qu'il n'en avait aucune connaissance; qu'il fallait suivre cette affaire et que, s'il était vrai qu'il y eût des circulaires et que quelqu'un de ses serviteurs ou de ses alentours y •eût pris la moindre part, il les éloignerait de sa personne tout de suite et avec éclat.
Madame est aussi dans les meilleures et les plus sages opinions. En tout, le château va à merveille, et l'on y peut trouver un grand appui.
Venez le plus tôt que vous pourrez'; voilà mon dernier mot.
Présentez mes hommages respectueux à M"* de
Serre et recevez une nouvelle assurance de mes
:âentimens affectueux.