M. de Serre à M. Becquey
Grasse, 90 avril 1830.
Mon cher voisin * ,
J'ai lu un bon discours* devons, et je tiens une non moins bonne lettre de vous. Non, ne croyez pas
^ M. Becquey, directeur gênerai des ponts et chaussées et des mines, demeurait place Vendôme, n^' 19.
* Ce discours avait été prononcé le 93 mars dans la discussion du projet de loi relatif aux journaux et écrits périodiques.
que je déserte mon poste dans un pareil moment : ne P9urraîs-je proférer que dix paroles, elles le seraient pour la sainte cause du Roi et du pays. Vous avez bien jugé : quand un gouvernement loyal et paternel est en butte à toutes les forces des méchants, il n'est pas permis de l'abandonner. Mieux vaudrait s'égarer avec lui que de rompre bande. C'est la c^aravane qui traverse le désert; si elle s'éparpille, gare les Arabes !
Yous jugez ma douleur, lorsque cette vérité est aussi évidente, de la voir méconnue par des amis pour lesquels vous connaissez toute ma tendresse. Mais j'évite les longues lettres. Je vais mieux, quoique très-faible encore. Ma femme, qui vous aime, vous embrasse avec moi.
Votre ami,
H. DE Serre.
Mes compliments à M. Beugnot. Je compte sur lui, bien qu'on ne m'en parle pas; mais il a un esprit trop élevé, et trop pratique en même temps, pour n'être pas des nôtres.