M. Germeaa à M. de Seire
Paris, le 19 avril 1820.
Le silence des journaux a produit un calme qui surprend ceux mêmes qui l'espéraient le plus. Les brochures dans lesquelles s'est réfugiée la licence sont bien loin de produire l'effet des feuilles quotidiennes. Il n'en est aucune jusqu'ici qui ait fait sensation, pas même celle de M. de Pradt, pas même celle de Fiévée que je joins à cet envoi. Certes, dans mon opinion, Fiévée ne sera jamais bien dangereux comme pamphlétaire : avec un talent incontestable et beaucoup d'esprit, il est trop abstrait, trop hautain et trop dédaigneux ; jamais il n'agira sur la masse des lecteurs ; il était plus dangereux comme journaliste, et c'était là sa vocation.
On commence à s'habituer même au bruit des séances de la Chambre, et il a fallu tout le scandale de la discussion de lundi pour réveiller un peu l'at-
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tention engourdie. On ne comprend pas bien encore les motifs et le but de l'opposition en cette occasion, et il est hors de doute qu'elle s'est nui beaucoup à elle-même par une violence aussi intempestive et désordonnée. On blâme surtout beaucoup M. Royer- CoUard pour l'inconvenance avec laquelle il s'est exprimé.
Les feuilles royalistes, quoique d'abord assez contentes de la censure, commencent à murmurer de ne pas la voir laisser passer toutes les licences qu^elles voudraient se permettre. Le Défenseur^ journal périodique, qui a voulu continuer le Conservateur et est rédigé par quelques-uns de ses auteurs, a commencé à montrer de l'humeur à cause d'un article de M. de la Mennais dans lequel on demandait quelques retranchements. Il a répondu qu'il ne voulait pas retrancher même une virgule, et a menacé les censeurs des suites que pourrait avoir leur résistance dans l'état présent des choses; les censeurs ont tenu bon, et les défenseurs se sont retirés en menaçant. Votre Excellence trouvera sans doute que les censeurs ont bien fait.
Le temps est admirable à Paris depuis quelques jours, et je doute que vous l'ayez plus beau à Nice. Revenez, monseigneur, revenez aussitôt que vous le pourrez et que votre santé le permettra. Si vous trouvez quelque changement sur la scène politique, vous trouverez tout absolument dans le même état poiur l'intérieur de votre ministère : tout marche d'après ce que vous aviez réglé ; vos volontés et vos désirs président à tout ce qui se fait, et je tâche,
(juant à moi, de m'y coufonner de tout mon pouvoir Revenez donc, monseigneur, tout le monde
vous désire et plus que personne
Votre très-humble et très-respectueux serviteur,
Gërmeau.
P. S, Je ferai remarquer à Votre Excellence dans le Courrier de ce jour la lettre écrite à M. Bellart par les députés signataires de la souscription de garantie pour la liberté individuelle. J'apprends à l'instant que M. Bellart leur a répondu qu'ils se mêlaient là d'une chose qui ne les regardait pas, qu'il était libre de poursuivre ou de ne pas poursuivre qui bon lui -semblait, et qu'il n'avait à rendre compte des démarches de la justice qu'à ses supérieurs.