‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 155 sur 241 · M. de la Bonlaye à M. et à HP^ de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Bonlaye à M. et à HP^ de Serre

Paris, le vendredi SI avril 183^.

Je doute que vous ayez un plus beau soleil que celui qui brille à nos yeux depuis quelques jours, mes chers amis. Je voudrais pouvoir vous le garder, et je m'accommoderais, en attendant, des petites pluies dont nos campagnes ont besoin. Il paraît que les blés ont souffert des fortes gelées. C'est un petit malheur si, comme on le croit à l'Intérieur, nous avons, en excédant à nos consommations habituelles, 3â millions d'hectolitres.

Les enfants sont en très-bonne santé. Ma filleule Die mord les doigts, et il me semble que sa première dent se dispose à poindre. Vos parents se portent bien.

Vous verrez dans les journaux de ce jour la nouvelle commission pour la loi d'élection ^ Le minis-, tère a la majorité. Au lieu de cinq commissaires, il y en aurait eu six et même sept, sans l'absence de plusieurs membres du centre et de la droite. Il en manquait trois dans mon bureau, où Bellart n'a pas pu venir, et nous n'avons manqué M. Becquey que d'une voix. Notre Rover ne doit pas être content d'avoir été supplanté par Barrairon. Il s'agît maintenant de déterminer M. Laine à se charger du rapport et d'obtenir que ce rapport soit fait de manière que la loi d'élection puisse être discutée avant celle des dépenses, c'est-à-dire dans les premiers jours du mois prochain. La gauche est furieuse, la doctrine est désespérée et l'on se propose de faire durer deux mois au moins la discussion sur les dépenses, si, comme nos adversaires le désirent, elle précède la discussion des élections. Tous les moyens seront employés pour entraver le gouvernement. L'un de ces moyens est la pétition Madier-Montjau qui viendra la semaine prochaîne et dont on veut se faire un champ de bataille contre le pavillon Marsan, le côté droit, et pour M.Decazes. On espère irriter la droite,

* La nouvelle commission était composc'e comme il suit : MM. de Magneval, Courvoisier, Paillotde Loynes, Camille Jordan, Mousnier^Buisson, Barrairon, Laind, Daunou, Foy.

m. as

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provoquer des réponses et compromettre le centre. Il faut du trouble enfin et à quelque prix egan ce soit. Nous ne négligerons rien pour contre-miner. Mais tout ceci, mon clier ami, doit vous prouver que les voies les plus courtes pour sortir de cet horrible état sont les meilleures. Si les révolutionnairei» s'arment contre nous de nos lois libérales» ne devonsnous pas songer à les désarmer? Nous commençons, nous essayons, nous essayerons encore. La naticMu est lasse des factieux. Quoi qu'on ait fait et dit, les actions de banque et la rente ont détrôné les Laffitte et les Casimir Pérîer. La nouvelle loi d'élection détrônera les Demarçay, les Corcelles, etc., et noua ferons mieux dans d'autres temps, et les temps œ nous manqueront pas si les maîtres ne sont pomt chassés par les valets.

La réunion Durand est forte et compacte. Laissez xlire, expliquez le passé par le présent, et vous êtes fait pour commander l'avenir*

Je vous aime et vous embrasse, mes bons amis.

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