M. Royer-Gollard à M. de Serre
Ce 18 mai 1890.
Mon cher ami,
Vous voilà arrivé. On me dît hier à votre porte que j'aurais pu vous voir dans la matinée, mais que mon laissez-passer était retiré. Je n'en conclus rien, si ce n'est que vous aviez besoin de repos. Il y a entre nous de l'inefiFaçable. Nous nous connaissons intimement, nous nous sommes montré nos âmes. Nous n'en serons jamais à l'apologie; j'ai besoin de vous répéter ce que je vous écrivais à Nice : vous êtes pour moi le dehors. Je
VOUS aime avec tendresse, et plus d'une fois les larmes me sont venues aux yeux en pensant à vous. J'y pensais sans cesse en écrivant mon discoui's d'hier^ et je regrettais le temps où je vous l'aurais montré et où vous l'auriez approuvé. Rien n'est changé ni dans mes affections ni dans mes sentiments politiques. Je suis prêt à chercher avec vous, à recevoir de votre conscience ce qui peut terminer cette crise. Je ne vous demande que de communiquer avec moi par vous-même, par vos impressions, et non par celles des autres.
Je serai à la Chambre de deux à trois heures ; j'y resterai au moins jusqu'à cinq. Je serai là à vos ordres.
A vous, mon cher ami, pour la vie.