M. Boyer-Gollard à M. de Serre
Co samedi âO mai 18^.
Je n'ai en vérité, mon cher ami, ni envie ni be- €oin de dispute, car je suis toujours teitté de me moquer de moi et des autres quand je vois agiter par le raisonnement la constitution des sociétés. Je ne connais que deux pouvoirs constituants, la conquête et les révolutions ; quand on n'a pas l'un ou l'autre dans ses noms de baptême, il faut se résoudre à vivre pauvrement sur le fait.
Je tiens donc que ce qu'on veut faire est une folie ; mais, ce qui est bien pis, c'est une témérité insigne qui sera punie. Cette affaire est profondément nationale, ne vous y trompez pas, car il y a encore une nation entre quelques révolutionnaires et quelques ultras. Si, pour votre malheur comme pour le nôtre, vous êtes engagé, au moins distinguez-vous en lettres majuscules de ce misérable ministère. Je ne vous ai pas assez dît hier que, sans cela, vous èie^ perdu pour la monarchie et pour la France, et il serait déplorable que vous fussiez perdu. J'ai pu juger, à diverses choses que vous m'avez dites, à quel pcHiit
A3d CORRESPONDANCE.
VOUS êtos abusé par les choses et par les hommes. Ce qui vous entoure n'a plus rien à perdre ; vous êtes en ce moment leur planche; mais, tout fort que vous êtes, vous ne l'êtes pas assez pour porter cette majorité avilie; je n'excepte, comme le public toujours juste en pareil cas, que les ultras; mais, puisque je ne le suis pas, ce qui n'est pas ma faute, soyez sûr que pour racheter mille vies, si je les avais, je ne voudrais pas siéger dans cette majorité. Mon sentiment là-dessus est encore plus fort que mes paroles, et je l'ai, non parce que je suis changé, mais parce que je ne le suis pas.
C'est de l'amitié toute pure ; j'ai la confiance que vous n'en doutez pas. Peut-être dépend-il encore de vous d'imposer une conciliation. Pensez-y.
R.-Cl