M. Ooiswt à M. de Serre
13 (?) juin ISaO], dix heures.
J'avais encore beaucoup de choses à vous dire. Je regrette d'être obligé de vous en écrire. Vous voyez la position : votre loi actuelle peut passer, mais vous savez à quel prix. Vous n'avez pas encore rendu la moitié des combats ni subi le quart du mal qu'elle vous coûtera. La faction vous envahit bien plus encore au dehors qu'au dedans de la Chambre. Vous pouvez lui échapper en laissant proposer l'amendement dont il s'a.git. Voici ce que Royer, qui est hors d'état de sortir ce soir, m'a
Chambre, pour influer, s'il ëtait possible, sur l'issue de la discussion, n connaissait aussi les manœuvres pratiquées dans les Écoles, où il s'était formé des comités qui avaient établi des communications avec M. de Lafayettc et le grand comité directeur, en relations eux-mêmes avec les révolutionnaires des départements On s'était décidé â rapprocher de Paris ceux des régiments de la garde qui étaient en garnison dans les Tilles éloignées. » (Histoire de la RestaurcUion, par M. de Viel-Casiel^ i. VUI, p. 568.)
ANKÉE 1890. 13»
chargé de vousdire : 1** Les 358 députés actuels aux collèges d'arrondissement ; 2* l/i3 aux collèges de département composés par un cens fixé de telle sorte que ce soit, non par les collèges d'une minorité opposée à ceux de la majorité, mais par des collèges plus éclairés, moins accessibles aux préventions populaires, tels enfin que les intérêts anciens n'y soient ni dominants (ce qui arriverait si le cens était très-élevè) ni exclus, comme ils le sont dans les collèges actuels ; S'' la dissolution de la Chambre, car il regarde comme impossible de laisser arriver seuls les Ih^ députés des collèges supérieurs. I^e double vote lui paraît ainsi ^admissible, et il ne doute pas que le centre gauche et les cinq sixièmes de la gauche n'y consentent et ne votent cette loi. Voilà à quoi il croit pouvoir s'engager. Je suis très- fâché de n'avoir pu vous en parler. Mais, au nom de Dieu, regardez-y bien avant de vous engager plus avant et définitivement. Vous avez vu hier comment la faction s'apprête à marcher au dehors, et vous ne pouvez pas, vous ne pourrez pas la réprimer. J'ai vu hier les gendarmes timides devant des gardes du corps présumés ^ Ce symptôme
^ tt Dés le second jour de ]a discussion, le 16 mai, des groupes
s'étaient formés devant )e péristyle du palais Bourbon L&
30 mai, ils prirent un caractère plus prononcé Le S juin, les
groupes, plus nombreux, parcouraient la place aux cris de Vii/e la Charte I mais cette fois» les cris de Vwe le Roi! se mêlaient à cesaodamatîoiis. Ils étaient proférés par d'autres jeiuMs gens qu'à leur tournure et même à leur costume, on reconnaissait pour des môlitaires.— .; c'étaient des gardes du corps et des ofitiers de la garde royale qui, s'irritant des scènes des jours précédents.
uhO CORRESPONDANCE.
seul est terrible. Que si vos collègues veulent se faire les instruments aveugles d'une faction, ne partagez pas cette responsabilité * . Voyez enfin si ce que vous allez obtenir à 2 ou 3 voix de majorité vaut ce qu'on vous offre; et quant aux hommes, pensez-vous qu'il vous soit utile de vous séparer à jamais de ceux vers qui vous pouvez faire un pas aujourd'hui?
Adieu. Tout peut être perdu ou sauvé demain.