Le baron d'Eokstein à M. de Serre
11 juin [lœO].
Monseigneur,
Depuis deux jours je parcours la ville dans toutes les directions.
11 y aura des troubles aujourd'hui dimanche et lundi, particulièrement du côté de la porte Saint- Denis et de la rue Saint-Martin, ainsi que dans les faubourgs Saint-Marceau et Saint- Antoine.
De l'argent a été largement distribué, on dit même aux soldats. J'ai entendu des personnes raconter que les ouvriers de plusieurs grandes fabriques avaient nettement refusé de travailler toute la journée de lundi. On compte sur la lassitude du militaire, consigné depuis plusieurs jours, sur le petit nombre de troupes, sur la fréquence des insurrections et la multiplicité des points où elles doivent se porter : voilà le bruit général. Votre Excellence ne saurait douter un seul moment de la gravité des circonstances. Beaucoup de militaires continuent à s'agiter parmi les groupes ; les conversations particulières sont atroces. Je crois que M. d'Arg.^, que je vous citerai verbalement, est un grand coupable; il y en a plusieurs autres. Legou-
* M. d'Argenson.
vernement paraît être resté ignorant, depuis six ans, des choses qui se tramaient en Europe, et n'avoir pas aperçu leurs liaisons intimes.
J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et le plus sincère dévouement, votre très-humble
serviteur,
Baron d'Eckstein.