La duchesse de Brcglie à M. de Serre
[13 (?) juin ISaO.]
Victor a en effet une ébuUition, et, comme il avait -compris hier que vous le recevriez, mais non que vous l'attendriez, il n'a rien fait dire. Dès qu'il
1' Dans la séance du 19, malgré les subtilités et les chicanes de l'opposition, le projet de loi fut adopte par 15/i voix contre 95. — Voyez les Discours de M, de Serrcy t. II, p. 198-S08. Consultez aussi VHiatoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. VIH, p. QOh et suivantes, ainsi que l'Histoire de la Restaurationf par M. Nettement, t. V, p. h38.
ANNÉE 1890. /i79
pourra sortir, il ira vous voir ; mais il faut qu'il garde la maison deux ou trois jours, cela n'est pas inquiétant du tout. J'accepte tous les éloges que vous donnez à sa sagesse au-dessus de la mienne, d*abord parce qu'il en a beaucoup et que peut-être je n'en ai guère, surtout dans les expressions, car pour le fond, comme disait cet homme, je vous donne ma parole d'honneur que fai raison. Plaisanterie à part, j'espère ne différer en rien de sérieux d'avec lui, que je crois la justesse même. Vous direz que c'est mon rôle de le croire, et c'est vrai. Je suis bien sûre pourtant qu'il n'est pas meilleur que moi pour vous, c'est-à-dire plus attaché et plus dévoué. Cette impression, quoique nVe, quoique vraie, n'est et ne sera pas fugitive, et, si je voulais être impertinente , je trouverais peut-être le secret de ma grande sympathie pour vous dans cette susceptibilité d'émotions que vous me reprochez. Vous triomphez : ainsi supportez cela généreusement; ne vous fatiguez pas et rései^ez-vous pour faire le meilleur usage de votre périlleuse victoire.
Mille amitiés de la part du ménage qui vous
sera à jamais dévoué.
Staël de Bkoglie.
Ii80 CORRESPONDANCE.