‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 206 sur 241 · M. Ro3rer-Gollard à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Ro3rer-Gollard à M. de Serre

[18 juillet 18S0.1

Je ne dois de réponse qu'au dernier paragraphe de votre lettre. J'adresse cette réponse, non au mi^ nistre, non à Tancieii ami dont je détourne ma pensée, mais à Thomme sincère et vrai qui, ayant connu mes sentiments les plus intimes, saura peut-être mieux que moi mettre ma conduite dans son véritable jour.

Je sais quel respect est dû au nom du Roi ; ses bienfaits obligent presque comme ses ordres. Je ne voudrais pas lui désobéir, et cependant je ne puis, pas accepter une pension sur le Sceau, en considération de mes services.

J'ai été, pendant six années, au péril continuel de ma vie, le serviteur principal du Roi en France et ^n conseiller assidue Depuis la Restauration, j'ai •exercé jusqu'à ces derniers temps de hautes fonctions, peut-être les plus délicates et les plus difficiles de l'administration >

Le traitement public de conseiller d'État était dans une analogie parfaite avec des services de cette

^ U «raii M BMnibre du Conseil sécrétée Louis XVfU à partir d» A7W; il ««RÎ4 pour eelUgues M. Baequey, TahU 4a Jionlwcpooe ei le learquis de CleraKM*-OaUerMide.— Voyei le Vis po^ iiUqueéeMC idoy«f^Colfard, par Ji.de fiaraat^, 4. !•». p, /i5-60-

nature. C'était la récompense qui m'avait été assignée par la bonté du Roi ; elle comblait toutes mes^ ambitions. Il se rencontre aujourd'hui des ministres qui me la reprennent; je n'ai rien à dire. Mais je ne crois pas que je sois obligé d'accepter eu échange d'un traitement public, et comme une juste indemnité, \m traitement secret sur des fonds secrets. J'abaisserais mon caractère de député, je dégraderais de ma propre main les services que vous rappelez; j'aime mieux qu'ils soient oubliés.

Il n'y a point de faste dans ce refus ; il m'est dicté par une répugnance invincible et pour ma seule défense. Personne n'est plus en état que vous de le faire agréer au Roi par une interprétation équitable ; je vous demande ce bon office.

Vous me dites que Sa Majesté compte sur moi ; elle rend justice à mes sentiments. Une disgrâce honoral:)le, encourue pour son service, est un attrait de plus pour ma fidélité ^

* Depuis cette époque, M. Royer-CoUard n'eut plus aucunes reatîons avec M. de Serre. Quelques années plus tard, le jour où. il fut reçu à rÂcaddmie française (13 novembre 18S7), il prononça les paroles suivantes : « Sans doute, messieurs, j'ai reçu avec une vive reconnaissance la faveur que vous m'avez accordée, cette faveur que Bossuet et Montesquieu ont recherchée, glorieux surtout de la répandre en quelque manière sur les Camille Jordan, les de Serre, les Foy, nobles compagnons, illustres amis, qu'une mort prëmaturde a ravis à la fois à la patrie et à vos suffrages. Mais, j'ai besoin de le dire devant vous, et je suis sûr d'exprimer votre propre sentiment, si je ne suis pas tout à fait indigne d'un tel honneur, c'est' parce que je n'y ai point aspire comme à un prix qui se remporterait dans Ids combats de la tribune; c'est parce qu'il né m'a pas distrait un instant de la seule ambition qui doive animer

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