‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 21 sur 241 · M. Ctarmeau à X. de 8«rre · texte numérisé non relu

M. Ctarmeau à X. de 8«rre

Paris, le ^ février 18S».

Monseigneur,

J'attepds en ce moment le retour de M. Siméon, qui est allé à la messe du château pour savoir ce qui se passe. Je vais, en attendant son arrivée, avoir l'honneur de veus entretenir d'un fait particulier qui se rattache de la manière la plus directe aux circonstances présentes , et qui est d'ailleurs tout à fait dans les attributions du ministère de la Justice.

M. le procureur du Roi à Troyes^ adressa, il y a trois jours, au ministère de la Justice, sous l'adresse du ministre, une lettre destinée au procureur génél*al de Paris et accompagnée de différents interrogatoires. De toutes ces pièces résultait ce qui suit :

Un commissaire de police de Troyes, M. X., est accusé d'avoir dit dans un lieu public le lundi soir IJé février : « Il y a eu hier un grand coup porté à Paris. » Or personne ne savait et ne pouvait savoir à Troyes, le lundi IJi, ce qui s'était passé dans la nuit du 13, puisque le préfet lui-même n'en reçut la nouvelle que le mardi 15, à huit heures du matin, par estafette. Le commissaire, interrogé sur

^ M. Hemelot.

€0 propos, déclara d'abord qu'il tenait la nouvelle d'un comédien de la troupe nommé Lambert, et, vérification faite, aucun comédien n'avait tenu de semblables discours et aucun comédien de la troupe de Troyes ne se nonune Lambert. Le commiôsaire, pris par ce côté, déclara ensuite qu'il avait appris ce qu'il avait dit d'un individu qu'il avait rencontré sur la grande route, et qui l'avait accosté pour lui dire cette nouvelle. Rien ne paraît moins probable, îl faut en convenir, qu'une circonstance semblable, et, sans parler de la distance (quarante lieues) , il n'est guère croyable qu'un homme aille en arrêter tm autre sur la grande route pour lui conter des nouvelles; mais, quand ensuite on voit qu'une pareille explication est donnée par un homme qui a menti aussi évidemment une première fois, l'affaire prend une gravité réelle.

La lettre du procureur du Roi de Troyes a été transmise avec toutes les pièces qui l'accompagnaient à M. le procureur général de Paris; c'est très-probablement par une erreur de suscrîption qu'elle était venue au ministère ; mais cela ne démontrerait-il pas la nécessité d'astreindre les pro- <5ureurs du Roi à prévenir simultanément le ministre de la Justice et les procureurs généraux, au moins pour les choses d'un grand intérêt et pour celles surtout qui se rattachent à la sûreté de l'État? Je soumets cette réflexion à Votre Excellence.

La Minerve a paru hier, et, par sa modération inaccoutumée, contraste d'une manière bien remarquable avec l'horrible violence du Conservateur et

des feuilles royalistes en général. M. Benjamin Constant dit, entre autres choses, qu'il est temps encore de revenir sur ses pas, et paraît même offrir à assez bon compte l'appui de la gauche. M. Etienne fait sur la mort du duc de Berry un article presque plus fort et montrant plus de regrets que ceux des journaux de la droite ; le reste de sa lettre est à peu de chose près une discussion théorique des lois proposées.

M. Siméon rentre à l'instant : on a de fortes raisons d'espérer qu'on vaincra la résistance de M. de Richelieu et qu'il acceptera. La journée d'aujourd'hui doit décider l'importante question du ministère. Parmi les personnes qui ont en tout ceci témoigné, pour ce qui vous concerne, l'intérêt le plus dévoué et la sollicitude la plus vraie , je dois citer M. de la Boulaye et M. Pasquier.

Il y a ce soir réunion chez Ternaux ; tout porte à croire qu'elle sera meilleure que la dernière et offrira son appui au ministère.

Je suis avec respect, monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

, Germeau.

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