Le comta d*Arrom à IL de SenB
Quîmper, le S9 juillet IfêfiO.
J'ai reçu ma nomination \ mon cher de Serre, et je ne perdrai pas de temps pour me rendre à mon nouveau poste, quoique le ministre ne me presse pas : mes affaires personnelles sont terminées, et je serais maintenant en route si je n'avais voulu terminer le travail préparé pour le Conseil général.
Il y a peu de modestie à parler des regrets qu'on laisse après soi; cependant je tiens beaucoup à vous apprendre qu'on m'en témoigne de très-vifs, qui me paraissent sincères puisque ceux qui les expriment n'ont plus rien à attendre de moi; et parmi ceux dont je reçois ces dernières marques d'affection et de regrets se trouvent les personnes les plus distinguées du parti ultra-royaliste, qui presque toutes m'ont obligation de quelques services et dont aucune ne peut me reprocher de la partialité. Quant aux libéraux, et sous ce nom je comprends toutes les nuances de cette opinion, il m'a fallu beaucoup d'efforts pour arrêter la manifestation trop éclatante de leurs sentiments pour moi, et j'ai même été obligé de renoncer à un voyage de Brest que J'avais projeté. Ce n'est certainement pas par un senti-
* Par ordonnance du 19 juillet, M. d'Arros, préfet du Finistère, avait été appolë à la préfecture de l'Aveyron.
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ment de vanité que je vous parle de l'effet qu'a produit l'annonce de mon départ; mais, mon cher de Serre, vous avez de l'amitié pour moi, j'étais votre ouvrage ici, et j'ai pensé que vous ne seriez pas indifférent à mes succès.
Je suis trop loin du centre des affaires pour en saisir l'ensemble, et il ne m'appartient sûrement pas de juger et de condamner le système suivi en ce moment; j'aperçois même, dans la violence, les excès et l'exagération d'un parti, ce qui a pu faire demander l'appui du parti opposé; mais je vois aussi les haines que ce système a assumées, les craintes qu'il inspire , et enfin tout ce qu'il a fait perdre au gouvernementen affection et en confiance, et je m'effraye des suites qu'il peut avoir. Toutefois, je le suivrai avec franchise et loyauté, et ne •m'écarterai point de ce principe que c'est en quelque sorte trahir le gouvernement que de ne pas le servir comme il veut être servi. Si la marche d'aujourd'hui me paraît dangereuse, elle n'a certainement rien qui répugne à ma conscience; vous la suivez, mon cher de Serre, et votre exemple est la meilleure et quelquefois même la seule réponse aux objections que je me fais à moi-même.
J'espère être à la fin de la semaine à Paris et je n'y resterai que le temps qui me sera nécessaire pour voir les ministres et recevoir des instructions qui me seront bien nécessaires pour me diriger dans une nouvelle route. Mais c'est de vous surtout, mon cher de Serre, que je recevrai ma véritable direc-
SSh CORRESPONDANCE.
tion, surtout une conviction que je suis bien loin d'avoir et une confiance que je n'ai pas non plus.
Je ne vous remercie pas de tout ce que vous aver fait pour moi, mais je le vois et je le sens bien vivement. Un attachement sincère et une reconnaissance sans bornes m'acquitteront-ils envers vous? Ma femme, que votre dernière lettre a bien vivement émue, veut que je vous dise combien elle partage ces deux sentiments, dont elle se réjouit de vous renouveler l'expression au Mont-Dore, où nous
espérons pouvoir passer.
D'Arros.