M. Gerxneau à M. de 8erre
Paris, le 59 juillet 18â0.
Monseigneur,
J'ai eu rhonneur de faire remarquer à Votre Excellence un article du Drapeau blanc relatif au refus fait par les élèves de rhétorique de traiter pour sujet de discours les paroles du père de Sully à son fils ; ce refus a généralement paru une chose grave, et cependant le Journal de Paris d'hier a mis sur ce sujet un article qui me paraît d'une inconvenance choquante. Je ne sais quel effet il aura produit dans le public et comment en jugera Votre Excellence, mais il me semble que, si Ton voulait absolument parler d'une chose sur laquelle il n'y a rien de bon et de satisfaisant à dire, il fallait le faire avec plus de dignité et de gravité, et non du ton léger et plaisant qu'a pris le rédacteur de l'article. Votre Excjellence le trouvera ci -joint.
L'organisation actuelle de l'Université est maintenant l'objet d'une attention particulière, et les trois dernières nominations faites ont éveillé de vives discussions. Ce n'est pas qu'on blâme les choix qui ont été faits, quoiqu'on regrette un peu que deux des personnes nommées, M. Poisson* et
* Sîmëon-Denîs Poisson, n^ à Pîthîviers le 21 juin 1781. Ed 1798, il fut reçu le premier à l'École polytechnique. Il fut nomm^.
Tabbé NicoUe^ , aient été prises hors de l'Université ; mais quel est le but de ces nouvelles nominations? N'augmenteront-elles pas, plutôt qu'elles ne diminueront, les inconvénients de. l'organisation actuelle? Le premier de ces inconvénients est le défaut d'unité de direction : une commission est beaucoup moins propre qu'un chef unique à produire cette unité salutaire, et plus cette commission sera nombreuse, plus l'inconvénient deviendra
en 1802, professeur suppliant et, en 1806, professeur titulaire à cette mémo Ecole. Il devint, en 1809, professeur de mécanique rationnelle à la Facultë des sciences; en 1812, membre de l'Institut; en 1816, examinateur de sortie de TÉcole polytechnique; en
1820, conseiller de l'Université; en 1827, gëométre du bureau des long;itudes; en 1837, pair de France. Il mourut à Paris le 25 avril I8J4O. tlépublicain dans sa jeunesse, toujours hostile au gouvernement de NapoMon,il s'était rallie aux Bourbons, qui le comblèrent des témoignages de leur estime. Sa vie a été écrite par François Arago. — Voyez Œuvres complètes, t. II, p. 593-698. Paris, 185/1.
* Dominique- Charles NicoUe, né le U avril 1758 au village de Poville, prés Rouen. 11 était, en 1790, préfet des études au collège Sainte-Barbe, lorsque M. de Choiseul-Gouffier lui confia l'éducation de son fils. Il l'accompagna d'abord A Constantinople, puis à Saint-Pétersbourg, et fonda en cette ville un institut où furent élevés les enfants des principales familles. Chargé par le gouvernement de visiter les églises catholiques de la Russie méridionale, il connut à Odessa le duc de Richelieu et obtint son amitié. De retour en France, il fut nommé, en 1817, aumônier honoraire du Roi, en 1820 membre du Conseil de l'instruction publique, et, en
1821, recteur de l'Académie de Paris, fonction supprimée en 182/i. Il fonda avec son frère > M. Henri NicoJle, un collège auquel ils donnèrent le nom de Sainte -Barbe qu'il dut changer, im peu plus tard, contre celui de RoUin. U mourut à Soisy-so us-Montmorency le 2 septembre 1835. Sa vie a été écrite par l'abbé Frappaz. Paris, 1857.
grand. Où veut-on que les fonctionnaires de TUnîversité, les recteurs d'Académie, les proviseurs des collèges prennent leur direction , lorsqu'ils ne voient qu'une commission composée d'hommes si opposés, c'est-à-dire à peu près pour moitié d'hommes professant les idées du jésuitisme et d'hommes professant celles du jansénisme, le tout sous la présidence d'un protestant? Comment peut-on espérer qu'un agent de l'Université mette une grande franchise et un grand abandon dans sa correspondance et ses rapports, quand il saura qu'ils doivent être soumis à sept personnes qui ne peuvent être dans les mêmes idées? Et enfin, la commission fût-elle composée d'hommes parfaitement homogènes, elle ne pourra jamais inspirer au dehors la même confiance ni la même émulation qu'un chef unique. Tous ces raisonnements, faits de bonne foi et par des gens bien intentionnés, ramènent naturellement à l'idée d'un directeur supérieur de l'instruction. Mais les questions de personnalité viennent ici, comme dans tant d'autres choses, compliquer la question générale ; on sait que M. Cuvier serait vivement affligé de perdre l'espèce de suprématie qu'il exerce, et personne ne nie l'impossibilité de donner la direction suprême de l'instruction à un homme de la religion de M. Cuvier, pour lequel, du reste, on professe l'estime la plus complète.
L'approche des concours et l'événement de rhétorique ont mis à l'ordre du jour toutes les considérations dont j'ai pris la liberté de tracer l'esquisse à Votre Excellence; elle voudra bien, j'espère,
m'excuser par ce- motif, si j'aî, au courant de la plume, parlé de choses qui sont, je le sens, hors de ma compétence et devraient, dans tous les cas, être traitées avec plus de réflexion.
Pendant que nous autorisions le procureur général de Besançon à donner un sauf-conduit à Guiïlemin,le procureur général de Dijon^ nous annonçait que, sentant l'impossibilité d'échapper, ce prévenu s'était volontairement remis aux mains de l'officier de gendarmerie chargé de le poursuivre et qui l'a conduit tout de suite à Besançon : il y sera certainement arrivé avant la lettre par laquelle on autorisait M. de Saint-Marc à donner le sauf-conduit, et il est plus que probable qu'il retiendra purement et simplement un homme qui n'est plus pour lui qu'un prisonnier. Le Courrier d'aujourd'hui annonce la liberté de Combes et Planzeaux : je ne sais où il a pris cette nouvelle, qui ne peut avoir rien de fondé.
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M"® de Serre mes plus respectueux hommages.
Germeau.
* Pierre-Prudent de Vandeuvre, ne aux Riceys (Aube) le 6 avril 1776. En 1808 magistrat de sûreté à Bar-sur-Seine, en 1811 substitut du procureur gênerai prés la Cour de Paris, en 1818 procureur gënëral prés celle de Dijon, en 18Sâ prés celle de Rouen, il fut nomme, le 10 juin 18329, premier président de la Ck>ur de Lyon. Il mourut le 13 octobre suivant à sa terre de Méry-sur- Seine.En 18S0 et en 18â/<. les électeurs de l'Aube l'avaient envoyé À la Chambre : il y siégeait au centre droit. Une notice sur sa vie a été écrite par M. Nault Dijon, 183S9.