‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 2)Chapitre 32 sur 241 · M. de Mézy à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de Mézy à M. de Serre

21 février 1820.

^Monsieur,

Vous êtes bien bon et bien aimable d'avoir bien voulu me donner de vos nouvelles. Je suis très-heureux d'apprendre que le voyage vous a fait du bien, et je ne doute pas que le repos et le climat de Nice n'achèvent promptement cette œuvre.

Tous vos correspondants vous auront mis au courant de nos tribulations.Vous savez tout ce qu'ont produit le manque de foi et la fureur du côté droit, la mauvaise volonté des doctrinaires et l'opposition des libéraux. J'en suis fort aise pour la santé de notre ami, qui n'aurait pas résisté un an de plus à la vie qu'il mène, mais j'en suis bien triste pour la chose publique. M. Decazes en est sorti par la seule ix)rte raisonnable : il a refusé de gâter son caractère en se jetant dans la gauche, qui lui tendait les bras; il a formé un ministère qui n'a pas un seul élément ultra, mais ce ministère aura-t-il la majorité? Voilà la question, et elle n'est pas facile à résoudre. On l'aurait eue avant l'horrible assassinat, supposé cpie les ultras n'eussent pas manqué de parole ; aujourd'hui on aura nécessairement perdu quelques voix dans le centre gauche, et le centre droit luimême est indigné de la conduite de la droite et repu-

ANNÉE 1830. GT

^e à voter avec elle. Il faut pourtant sortir de là, sous peine de voir un ministère ultra suivi d'un ministère jacobin et de la perte de la monarchie. Au reste, Mounier n'a pas encore accepté l'Intérieur, et il s'y refuse obstinément. Il paraît que Siméon irait aux Cultes et Portalis à votre sous-sëcrétairerie d'Etat. Villèle est le seul qui se soit bien conduit dans tout cela. Aussi, hier à la bibliothèque, Salaberry\ la Bourdonnaie et Castelbajac disaient à quelqu'un qui leur demandait s'ils n'allaient pas mettre au ministère M. de Richelieu: « Fi donc, il a fait le 5 septembre. — Et M. Laine? — C'est un révolutionnaire. — Et Villèle? — Nous n'y comptons plus et il nous trahit depuis quelque temps. » Au reste, leurs journaux vous donnent encore plus la mesure de leur folie que cette anecdote.

Veuillez présenter mes respects à M™® de Serre et «être bien persuadé que personne ne prend plus d'intérêt à tout ce qui vous touche que votre très-humble et très obéissant serviteur,

DUPLEIX DE Mézy.

* Charles-Marie d*Inimberry, comte de Salaberry , ne à Paris en 17136, ëtait originaire de la Navarre et fils d'un président à la Chambre des comptes, qui mourut sur Tëchatlaud en 179/i. Il ëmi- £ra en 1790, voyagea en Turquie, servit dans Tarmc^e de Condé, puis alla rejoindre les Vendéens. Il passa dans la retraite l'époque du Consulat et de l'Empire. En mai 1815, il prit part au soulèvement de la Vendée. De 1815 à 1830, il fut députe de Loir-et-Cher et vota constamment avec l'extrême droite. Après la révolution de juillet, il se retira dans sa terre de Fossé, près de Bloîs, et y mourut le 7 janvier 18^7.

Si VOUS avez besoin de mes soins ici, vous savez que je serai toujours à vos ordres .

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