M. de la Boolasre à M. de Senre
Paris, mercredi S3 février 18â0.
Ma lettre d'hier écrite, j'ai l'eçu, cher ami, la vôtre du lA. Vous ne dites mot de votre santé, mais
« Voyez t II, p, 581.
ANNÉE 18â0. lOB
je vois que vous êtes bien établi dans une campagne channante. J'en remercierai M. Durant de votre part.
Depuis votre départ j'ai vécu dans de continuelles agitations et je me suis rarement couché avant deux heures du matin. Je n'ai pas pu voir vos grands parents chez eux ; mais j'ai tous les jours de leurs nouvelles et j'ai écrit à M""* votre mère. Nous pourrions nous rencontrer à la chancellerie, où je suis tous les jours depuis midi jusqu'à une heure. J'aurai désormais, du moins je le croîs, un peu plus de loisir.
M. Decazes a dû vous expédier hier ou vous expédiera ce matin une estafette. Il va passer trentesix heures à ÉtioUes auprès de Paris et ne reviendra que demain jeudi. Il doit passer le vendredi à Paris et partir le samedi pour Lil>oume. Je le verrai demain au soir.
L'opinion de Royer était, et je vous l'ai dit, que vous ne deviez pas rester au ministère. C'était l'opinion de dimanche, au moment où je vous écrivais le contraire. Bien m'en a pris, car hier mardi c'était tout autre chose : il fallait rester.
Si vous n'étiez pas dans le Conseil, si l'on vous nommait ministre, il y aurait à délibérer; mais vous êtes garde des Sceaux, vous êtes à Nice, M. le duc de Richelieu se dévoue, les circonstances sont on ne peut pas plus graves, votre cœur est au Roi,vous lui devez vos talents, il n'y a pas à hésiter.
\^illemaîn et Mirbel^ ont donné leur démission, Guizot va rentrer au Conseil d'Etat.
Royer se tempère : « Nous ne donnerons pas, ditil, au ministère actuel ce que nous refusions à d'autres; mais nous ne nuirons pas, nous appuierons hautement tout ce qui nous paraîtra admissible, nous nous opposerons au reste avec modération et en bons termes. »
Je crois qu'il ne me convient plus d'aller à la réunion Teinaux. J'ai vu, depuis la Révolution, les plus honnêtes gens du monde entraînés par les partis. Les libéraux exercent désonnais sur cette réunion une influence plus ou moins grande. Leur parti s'organise ; leurs journaux ont reconnu pour dictateur M. Jay *; tandis que leurs antagonistes
' Charles-François Brisseau de Mîrbel,fils d'un jurisconsulte de mérite^ naquit à Paris le S7 mars 1776. Il commença l'ëtude de la botanique en suivant les leçons du célèbre Ramond, professeur à TEcole centrale de Tarbes. 11 fut nonim<^ intendant des jardins de la Malmaison en 1803, secrétaire des commandements et conseiller d'Eltat du roi Louis en 1807, membre de l'Institut en 1808. Sous l'administration de M. Decazes, il devint secrétaire général, d'abord du ministère de la Police (9 juin 1817), puis du ministère de l'Intérieur (31 décembre 1818) : il prit part à toutes les mesures qui favorisèrent l'agriculture et l'industrie, et rendît de nombreux ser« vices aux artistes et aux savants. Il donna sa démission le fHd février 182^0. Depuis lors il se livra sans partage aux travaux scientifiques. En 18S8 il remplaça M. Bosc comme professeur de culture au Jardin des Plantes. Il mourut à Paris le là septembre 185/i. Il avait épousé» en secondes noces, M^*® Lizinska Rur, qui occupa le premier rang pnrmi les miniaturistes (1796-I8/*9) — Voyei V Éloge historique de Af. dcMirbel, par M. Payen, membre de l'Académie des sciences. Paris 1858.
* Antoine Jay, né à Guitres (Gironde} Je SO octobre 1770. Il fut
s'abandonnent aux fureurs, ils mettent de leur côté les apparences par la modération du langage. Cela devient sérieux.
Nous sommes bien loin des trois collèges. Mon avis est que les ministres actuels obtiennent tout ce qu'ils pourront obtenir, pour la sûreté du trône, sur la presse et sur les élections, qu'on passe le budget et qu'ensuite on avise.
Vos enfants sont en fort bon état. Les grands parents se portent bien. Mille tendresses, mes bien chers amis.
Durant de MareuilWîent d'arriver; il vous dit
mille choses. aimables et respectueuses.
Je vous embrasse.
d'abordftvocat; puis, de 1795 àl80S, il voyagea en Amérique; puis, durant six années, il dirigea l'éducation des enfants de M. Fouché. Il fit partie, en 1815, delà Chambre des représentants. Cette même année, il fut l'un des fondateurs de V Indépendant (bientôt le Con- 8iUutionnel)y et, en 18)8, de la Minerve. Dans ce journal et dans cette revue, il combattit, sans relâche, le gouvernement des Bourbons, et, par un mélange habile de bonapartisme et de libéralisme, exerça une grande influence sur ses contemporains. Il mourut à. Chabreville (Gironde) le 9 avril 185A. Il était membre de TAcadémie française depuis 1833.
^ Joseph-Jacques-Âlexandre Durant de Mareuil, né à Paris le 6 novembre 1769, était le fils aîné de M. Durant de Saint-André, receveur général des aides. Il venait d'être attaché à la légation de France en Wurtemberg lorqu'il dut partir avec la première réquisition : il remplit, à l'armée du Rhin, les fonctions de capitaine adjoint du génie. En 179/i, il se rendit à Copenhague comme secrétaire de légation. A son retour, il fut nommé chef de la V^ division au ministère des Relations extérieures. Il devînt ministre plénipotentiaire, en 1805 à Dresde, en 1808 à Stuttgard (où il
66A.— Le comte de lIoiitloaAer à M. de Serre.
Paris, 93 février 1890.
Monseigneur,
Voîcî ce que M. Decazes m'écrit le 20 février : « Un de mes châteaux en Espagne a été quelquefois d'aller visiter votre habitation et vos travaux agricoles. Je serais très-heureux d'exécuter ce projet. » A votre retour de la Provence, monseigneur, si vous passiez par l'Auvergne, ce qui vou sdonnerait connaissance d'une contrée qui ne ressemble à aucune au monde, ce serait bien aimable à vous de venir visiter la chaumière de Randane. Et, si par hasajnd À son retour de Lectoure, où il va aller inoessam-
ëpousa. M^i^ de Schott), en 1810 à Naples, et il y resta jusqu'à ht fia de 1813. En IBlh, le gouvernem^it proviscMre le nomma commissaire adjoint au ministère des Affaires étran^dres (3 avril- 13 maij|, et Louis XVIII, conseiller d'État en service extzaordinaire. Dëputë de la Marne pendant les Cent-Jours» il renirajui Conseil d'État en service ordinaire lors de la seconde Restauration. Ministre pl^potentiaire prés la conr des Pay»>fias en ISâO» à Washington en 1833, à Lisbonne en 1838, à la Haf e en 1830, il ren^laça temporairement M. de Tallejrand à. la confidence de Londres en 1833, et alla, comme ambassadeur, à Naples en 1833. 11 quitta bientôt ce poste et reçut le grasid cordon de la lidgion d'honneur. Membre de la Chambre des pairs depuis 1833, il y siégea assidûment de lQ3h à 18JS. î\ mourut le 13 janvier 1855. Napoltron l'avait crëë baron, et Louis-Philippe comte. -
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ment, M. Decazes réalisait le désir dont il me parle, quelle heureuse singularité^ quelle gloire pour mon ermitage! Venez; j'ai de hoa pain noir, de bons œufs frais et du lait en abondance. Je ferai élever une colonne, ou tout au moins je planterai un petit bois en souvenir de cet événement.
Voilà donc le déplacement de M. Decazes. Quand on menaçait Tabbé Maury ^ de la lanterne^ il répon* dait : En verrez-vous plus clair? En vérité, monseigneur, je n'y vois pas plus clair du tout. J'y vois beaucoup plus trouble. Il y a quelques haines d'adoucies, mais pas un obstacle levé; les difficultés restent les mêmes, peut-être même seront-elles plus fortes. Avec la faveur du Roi, M. Decazes avait bien plus d'influence sur une Assemblée que n'en auront MM. Siméon et Mounier, et M. de Richelieu luimême sans place à donner et sans portefeuille.
Le côté droit me paraît assez content de la nouvelle loi sur les élections. M. Cornet d'Incourt m'a
< Jean-SifEreio Manry, n^ à Vairà» (Vaoduse) le S6 juin 17/i6. Jt se fit, dés sa jeanesse, une grande réputation comme prédicateur» et devint, en 178/i, membre de TAcad^mie française. Députe du clergë de Përonne aux États-Gdn^raux, il se signala parmi les défenseurs de l'autel et du trône, n ëmigra en 1791, obtint en 179ll!i le chapeau de cardinal et Yévédtié de Montefiasoone, et, un peu plus tard, exerça les fonctions d'ambassadeur de Louis XVI II prés de Pie VI. Mais en 180À il se rapprocha de Napoléon, accepta, en IdlO, rarclievéché de Paris, et administra ce diocèse malgré les décrets de Pie VII, qui lui rerusait l'institution. Au retour des Bourbons, il quitta la France, se rendit auprès du Saint-Pére, passa quelques mois en prison au château Saint-Ange, se démit de l'évéché de Montefiascone et obtint son pardon. 11 mourut à Rome le 11 mai 1817.
dît qu'il la trouvait bonne ; j'ai entendu des murmures parmi les hommes de la France nouvelle. Comment tout cela s'arrangera- t-il? Je l'ignore.
Revenez, monseigneur, si vous le pouvez, revenez. Au milieu de mes champs et de mes troupeaux, je ne puis vous être bon à rien ; mais au moins mes vœux vous accompagneront partout. A jamais attachement, dévouement et profond respect.
Le comte de Montlosier.