M. Oanneau à M. de Serre
Paris, lo 15 février 185».
Monseigneur,
Voici les nouveaux détails recueillis sur l'attentat qui a coûté la vie à M. le duc de Berry.
Il est maintenant bien démontré que c'est le fanatîsme politiq[ue qui a armé le bras de l'assassin. Il a été trouvé sur lui un second poignard ; il avait laissé
difficiles ont acquis à sa mëmoire le respect et Testime de tous les partis.
le premier dans la plaie ; il avait en outre un pistolet chargé. Lorsqu'on s'est saisi de lui il a dit avec tranquillité : « Si j'avais pris le chemin de la rue de Louvois, j'échappais. » Il n'a pas montré un instant d'émotion, et les médecins ont constaté que les battements de son cœur n'avaient point été un instant accélérés. Parmi les preuves qu'il a données de son horrible sang-froid, on cite celle-ci que jen'ai luedans aucun journal : on lui avait mis les menottes, et il demandait qu'on les lui ôtât pour un monient ; l'officier qui les lui avait mises n'en retrouvait pas la clef; lui, se l'etournant paisiblement vers une personne obscure qui était parmi beaucoup d'autres dans l'appartement, dit : « C'est à monsieur que vous avez remis la clef », et cela était \Tai. Il se compare a Brutus, et cite continuellement des phrases libérales de la Mirwn^e et du Constitutionnel; tout le reste de sa conversation est celle de l'homme du peuple le plus grossier.
Je laisse aux journaux à vous donner les autres détails ; j'ai dû me borner à ceux qu'ils n'auront pas rapportés.
Je suis avec respect, monseigneur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Germeau.