M. de la Boulaye à M. et à W^^ de Serre
Parj8> vendredi 3 mars 1830.
Je quitte vos enfants, mes chers amis, et j'en suis fort content On va bien dans le faubourg Montmartre.
Hier, à la Chambre, on a passé à Tordre du jour sur les pétitions relatives aux élections malgré le long rapport de Dupont, Jobez^ Lafayette et Daunou. La majorité était d'une quinzaine de voix.
Mais cette petite majorité ne peut s'obtenir qu'avec le côté droit, et la grande affaire du côté gauche et de ses nouveaux patrons est de jeter par des incidents la discorde dans cette agglomération d'opinions très-diverses.
M. Pasquier fait des vœux bien ardents pour que votre santé se rétablisse. Je le désire comme lui et tout aussi vivement ; mais ne la compromettez pas et soyez sûr du rétablissement avant de vous mettre en route.
< Emmanuel Jobez, fils d'un riche industriel du Jura, naquît en 1775 à Morez ; il devint maire de cette localité, qui, sous son administration» fut ëlevëe au rang de ville. En ISlii, il accueillit avec sympathie le retour de la monarcliie constitutionnelle. Il représenta le département du Jura à la Chambre des Ceni-Jours et à celles qui suivirent : il siégeait sur les bancs de la gauche. II ëchoua aux élections de. 18^, mais il fut ëlu, en 18^8, par le département du Doubs. Il mourut à Lona-le-Saulnieri d'une chute de cheval y le 0 octobre de cette mcme annëe.
Les regrets du Roi sont extrêmes et manifestés de toutes les manières. Je n'en persiste pas moins à croire que notre ami doit ne pas dévier de la ligne honorable dans laquelle les événements l'ont placé. Son dévouement au Roi et la déloyauté de ses ennemis sont également manifestes. Il faut se réserver pour des temps meilleurs et ne pas compromettre une bonne position. J'ai vu, depuis la Révolution, tous les ministres évoqués par la faction populaire dupes et victimes de la perfide protection qui leur était momentanémentf accordée.
Mille tendresses, mes chers amis. Il fait ici trèsfroid. Jouez au billard, montez à cheval et aimeznous.